DRAGONSLAYER - NORTH STAR DESERTER - AT THE CUT
Je poursuis la présentation des membres de HELLO DARKNESS. Après avoir donné mon avis sur deux des disques favoris de Damien sortis en 2009, c'est au tour de deux disques plébiscités par Julien. En fait, j'ai pris une petite liberté puisque je commente plus North Star Deserter (sorti en 2007) que At the Cut car comme Julien, j'ai une préférence pour cet album.
Sunset Rubdown – Dragonslayer
J’entendais chaque mardi depuis que cet album est sorti Julien me répéter inlassablement que c’était un pur chef d’œuvre. De guerre lasse, je décide de lui emprunter sans en être convaincu, puisque malgré une base commune assez conséquente, il y a tout un axe musical ensoleillé dont il est grand fan et que je trouve dans le meilleur des cas plaisant, et dans le pire inécoutable (j’en avais fais la cruelle expérience avec Neutral Milk Hotel). Aussi ne fus je pas surpris de n’être que moyennement emballé par Dragonslayer, bien qu’il me fallut pas mal de temps pour en déterminer les raisons. Car cet album regorge de qualités. Tout d’abord l’utilisation en alternance (ou en duo) d’une voix masculine et d’une autre féminine, du plus bel effet comme par exemple sur « Silver Moon », l’excellent morceau introductif. Des rythmes entrainants fort bons, notamment sur les intros de la plupart des titres, qui attrapent directement l’attention de l’auditeur. Ces deux paramètres ont valu à Sunset Rubdown de nombreuses comparaisons (plutôt justifiées) avec leurs illustres compatriotes d’Arcade Fire. Mais c’est la guitare qui m’a le plus accroché sur cet album, un son bien dosé et agréable, relativement discrète mais sachant s’imposer au bon moment, proposant aussi bien de jolies mélodies (« Apollo ») que des passages noisy savoureux (« Black Swan »). L’ensemble est cohérent, seul le morceau « Paper Lace », m’a semblé en deca, un peu irritant à vrai dire… Mais pourquoi alors n’ai-je pas été complètement sous le charme de Dragonslayer ? Premièrement un chant que j’ai trouvé trop démonstratif, avec des « oh oh oh » partout, chose qui vraiment m’est insupportable. Et puis il y a la structure des morceaux, quasiment tous trop longs (48 mn pour 8 titres) et assez complexes. Attentif pour l’intro, il arrivait souvent que mon esprit vagabonde au bout d’un moment, avant d’être récupéré par un passage particulièrement bon, un va et vient inhabituel qui explique peut être pourquoi j’ai nettement préféré l’écoute de ce disque au casque plutôt que sur ma chaine (c’est je crois la première fois que cela m’arrive). Autant dire que je sors quand même un carton rouge aux 10 mn de « Dragon’s Lair », je n’ai jamais réussi à me concentrer sur toute sa durée d’autant plus qu’il est à la fin du disque (mais cela aurait été une grave erreur que de le mettre au début, je n’aurai alors jamais eu le courage de poser Dragonslayer sur la platine). Bref, un bilan mitigé pour moi, mais il fait un Best Album 2009 tout à fait crédible pour ceux qu’un titre nommé « Apollo and the Buffalo and Anna Anna Anna Oh ! »* ne fait pas fuir à toutes jambes… Un pur chef d’œuvre ? Possible...
* tout les défauts que je trouve à cet album sont contenus dans le nom de cette chanson…
Vic Chesnutt – North Star Deserter & At the Cut
« Splendidly full of life, wandering the countryside… »
Vic Chesnutt est un des artistes qui a donné envie à Julien de faire de la musique. Le fait qu’il en parle régulièrement, associé à la quasi unanimité des bloggueurs concernant l’excellence de l’album At the Cut sorti en 2009, m’avait donné envie de découvrir cet artiste, et ce avant son tragique décès. Dans les hommages qui ont suivi, je me suis rendu compte que je connaissais pas mal de ses titres les plus connus au travers du tribute Sweet Relief II, que je n’avais pas laissé passé en bon fan des Smashing Pumpkins que je fus. Y participais aussi Mark Linkous, dans une filiation musicale (et dans leurs expériences personnelles) évidente à l’écoute des albums de Chesnutt. La carrière du compositeur paraplégique fut ponctuée de rencontres, comme celle avec REM qui fut à l’origine de la sortie de ses premiers albums de folk aride. Une vingtaine d’années plus tard, c’est le label Constellation qui sort de l’ombre l’artiste oublié, publiant un album teinté d’une magie qu’on ne ressent que sur ce genre de rencontres, osmose et respect mutuel éclairant les 12 titres de North Star Deserter, qu’il s’agisse de la folk dépouillée de « Warm » (guitare classique + contrebasse) ou des longues épopées post rock poignantes comme le nostalgique « Splendid ». C’est à ces derniers que va ma préférence, notamment lorsque les guitares électriques et la batterie du Silver Mt.Zion Memorial Orchestra s’emparent de la rage du corps frêle du chanteur, la personnifient jusqu’à l’excès, avant de s’incliner devant sa voix magistrale, de se taire pour l’écouter, et de traduire musicalement le poème par de nouveaux éclats fulgurants. « Everything I say » ou « Debriefing », sont des titres qui marquent l’auditeur et qui font peut être la différence avec At the Cut, moins généreux en poussées fiévreuses. Ne négligeons pas cependant les titres acoustiques, tant la voix de Vic Chesnutt, aussi bouleversante qu’elle est sincère, n’a besoin que de quelques notes pour toucher l’auditeur. Après une première face de chauffe, marquée par le chant déchirant de « Glossolalia » et les chœurs de « You are Never Alone », North Star Deserter prend véritablement son envol, tel le pigeon de la belle pochette, avec la reprise sur le fil de Nina Simone « Fodder on her Wings ». L’album restera ensuite dans les hautes sphères, jusqu’à l’apogée « Marathon ». Quels sentiments traversent l’auteur alors qu’il décrit cet entrainement solitaire d’un coureur de fond, lui qui ne sort de son fauteuil roulant que par la pensée et la musique ? Une interrogation qui augmente encore d’un cran l’émotion qui me saisi à chaque fois que j’écoute ce titre. At the Cut est peut être un album plus exigeant, même si le morceau qui l’entame ne laisse que peut de doutes quant à la qualité de ce qui va suivre. Les cris de Vic Chesnutt sur « Coward », morceau à la fois intense, électrique et magnifiquement arrangé, résonnent dans le cœur de l’auditeur longtemps après la fin du disque. Sur les autres titres, à l’exception de « Chinaberry Tree » tout aussi intense, les musiciens de Constellation seront plus en retrait, au service de la voix de Vic Chesnutt, et de ses textes. Les paroles sont souvent secondaires pour moi, mais quand elles sont aussi magnifiques que celles de « Granny » ou de la prière « Flirted with you all my life », et qu’elles font écho à la musique simple et mélancolique de ces chansons, on est irrésistiblement tenté de les relire, les interpréter, les traduire… Pour le reste, je vous oriente vers l’excellent article de Thom, avec lequel je suis en parfait accord, notamment sur l’évocation de Nick Cave (sur « Philip Guston ») et d’un Ben Harper possédé (la comparaison vaut sur pas mal de titres). J’espère qu’il ne m’en voudra pas de lui emprunter son impeccable conclusion : il y a tout sur At the Cut, tous les styles et toutes les émotions d'une vie compilées en dix chansons. Une vie pleine de fêlures, de tendresse et de renoncement. » Et je vous laisse avec cet extrait du flirt de Vic et de la Mort, eux qui ont finit par s’unir ce 25 décembre 2009.
« I flirted with you all my life, even kissed you once or twice, and to this day i swear i twas nice, but clearly i was not ready… »


