BERNIE MADOFF ORCHESTRA - Enter the Business
J’ai été scout pendant très longtemps. Je ne compte pas le nombre d’expériences, de premières fois, de voyages ou de rencontres que j’ai fait grâce à ce mouvement prétendument ringard. En guise d’au revoir, j’ai encadré un stage de musique d’une semaine à Annecy. Une semaine où des pionniers de toute la France formaient plusieurs groupes, composaient quelques titres, répétaient et enregistraient sur du bon matos, avec au final la sortie du CD officiel du séjour. Parmi eux Servane, qui me présentera ensuite sa grande sœur Mélaine (= la femme de ma vie) et Benoit, guitariste lyonnais. C’est à Ben que je dois d’avoir donné quelques concerts à Lyon, que ce soit en faisant sa première partie, en l’accompagnant ou en squattant la scène de son bar fétiche, le Phoebus. Rapidement, Ben fait équipe avec Freddy le bassiste (qui est aussi son colocataire), et le répertoire s’étoffe. Au fil des mois, la progression est constante et les avancées logiques : ajout d’une boite à rythme, arrivée d’un troisième larron (Greg à la guitare solo), et enfin le grand passage à la composition. A chaque fois que j’ai l’occasion de les voir en concert, je me dis qu’ils ont encore progressé, qu’ils feront difficilement mieux… et bien sur, leur prestation suivante me fait mentir. Car la motivation est là, et surtout le travail (enfin je parle du travail musical, puisqu’ils sont tous chômeurs : un bon moyen de passer ses journées à répéter). Et c’est ainsi qu’en début d’année, la décision est prise, adios Tom et Pilou (le nom initial du duo), bonjour le Bernie Madoff Orchestra, sélection de leur cinq titres favoris et cassage de tirelire pour une semaine de studio. Mi mai enregistrement, fin mai sortie officielle de l’EP Enter the Business et mi juin hop dans les bacs du Gibert, ce bon Bernie fait les choses vite. Et bien, comme nous allons le voir.
Je n’aurai certainement pas présenté sur mon blog ce disque s’il c’était agit d’un objet sympathique d’amateur bricolé avec les moyens du bord (bon, je l’ai fait à une occasion, mais c’était mon album alors ca compte pas). Seuls quelques détails mineurs, comme un mastering un peu léger, permettent en effet à l’oreille exercée de différencier la qualité d’Enter the Business avec celle de n’importe quel premier disque d’un groupe signé sur un label connu. Prenez le thème de l’album par exemple, il est étudié dans les moindres détails. J’avoue avoir été un peu perplexe lorsque j’appris le nom qu’avait choisit le groupe. Mais les explications de Ben m’ont vite convaincu : un mec plein aux as ayant truandé des milliers de personnes et se retrouvant du jour au lendemain avec 150 ans de prison dans la musette, c’est digne d’un film de Gustave de Kerven et Benoit Delepine. Ce destin Grolandais, symbole cynique d’un capitalisme imbécile avait tout pour plaire à Ben. « Walk, Dream, Work » ? Très peu pour lui, qui a lâché sa prestigieuse école d’ingé, a subit un licenciement économique, et arbore fièrement un badge Assedic. D’où cet arwork splendide, et cette pochette qui a sérieusement sa place parmi les meilleures de l’année. Pas étonnant dès lors que le disque débute par le bruissement d’une salle de marché, et se termine par le cliquetis d’une cellule qui se referme. Entre les deux, des compositions riches de toutes les influences de Tom et Pilou, les Hives, les Strokes, le vieux rock n’roll mais aussi le reggae et la surf music, les Clash et le disco rock, la soul et Johnny Cash… un éclectisme bienvenu lors de leur concerts, mais assez maitrisé pour donner un EP cohérent. Ainsi la ballade « Lacy Jungle » ou le reggae « No west Coast » s’éloignent suffisamment des codes du genre pour s’intégrer aux autres compositions plus rock. Tous les morceaux s’appuient en effet sur la solide charpente de la basse de Freddy, et le sens du rythme imparable de Ben. La boite à rythme, loin d’être le parent pauvre, a nécessité des heures de mise au point, et a été enregistrée élément par élément ; résultat ca passe comme une lettre à la poste, le groupe étant si carré qu’il en a mis sur le cul l’ingé son du studio. Au rayon de la composition, chacun aura ses préférences, mais Enter the Business ne contient aucun mauvais morceau, ce qui aurait eut un effet désastreux sur un si court disque (un quart d’heure). J’ai pour ma part un faible pour le dernier titre, « I Don’t Want », qui rappelle les Strokes de la grande époque (même si mon vrai titre favori, qui ouvre les concerts, n’est pas sur le disque). Pour terminer en toute franchise, abordons les quelques défauts que j’ai trouvés à Enter the Business. Si l’apport de l’ingé son qui a enregistré et mixé les morceaux a été selon le groupe primordial, il n’en reste pas moins qu’il a un peu forcé la dose à certains moments, donnant parfois l’impression de s’être bien amusé avec ses effets. Cela manque un peu de finesse ponctuellement, mais rien de très grave. Le principal reproche qu’on pourrait faire au disque, c’est de manquer d’aspérités. C’est comme si le Bernie Madoff Orchestra s’était tant appliqué à faire un disque parfait qu’il en avait oublié de se lâcher. C’est d’autant plus dommage que les modèles de Ben, Pete Doherty en tête, n’hésitent pas à charcuter leur guitare et à beugler dans le micro, quitte à louper un peu le rythme ou à foirer un accord. Cela s’explique aisément par la pression d’un enregistrement, surtout s’il coute cher et que c’est le premier, et quand bien même on connait sa partie sur le bout des doigts. Et puis il y a encore dans le chant de Ben une certaine réserve, une certaine pudeur qu’il ne quitte vraiment qu’au moment d’entamer le standard de leurs live, « Sexe accordéon et alcool » du groupe Java. Enrichi de cette expérience, le Bernie Madoff Orchestra arrivera certainement à l’enregistrement de leur premier album avec une assurance nouvelle, et un public augmenté. J’en serai bien sur, admiratif que je suis de la qualité d’Enter the Business. Ben a tracé la voie, j’espère profiter de ses conseils et parvenir avec mon groupe à faire aussi bien que lui.
Parce que de la bonne musique vaut mieux qu’un article maladroit, le myspace du BERNIE MADOFF ORCHESTRA. Et pour ceux qui accrochent vraiment, il suffit de me contacter, je saurai leur faire parvenir Enter the Business (5 euros pour le premier EP d’un futur groupe de légende, autant dire que c’est donné…)
