SYD MATTERS - the DELANO ORCHESTRA - Jeudi 14 octobre 2010 - Epicerie Moderne - FEYZIN
Malo ayant eu la bonne idée de venir au monde un peu plus tôt que prévu, c'est avec plaisir que je prenais la direction de l'Epicerie Moderne (pas fréquentée depuis un moment exceptionnellement long) pour assister au concert de Syd Matters et the Delano Orchestra. C'est en fait sur ces derniers que je compte le plus, les ayant découvert l'année dernière seulement mais en étant devenu instantanément grand fan. Faute de concert en tête d'affiche à Lyon, je me contentais donc un peu déçu de cette première partie, mais en appréciant d'avoir ainsi l'occasion de voir Syd Matters sur scène. Du groupe parisien, j'avais accroché aux deux premiers albums, mais trouvé Ghost Days incroyablement soporifique (1). L'unique écoute que j'avais pu accorder au récent Brotherocean avait aiguisé ma curiosité, et je présageais un bon moment de musique live, conforté par les différents échos que j'avais pu avoir des prestations du groupe, dont celui de mon frère qui les avais vu quelque jours auparavant à Marseille.
Lorsque j'arrive à Feyzin, les portes ne sont pas encore ouvertes, et le record de file d'attente est battu: le public impatient et peu réchauffé s'étendra bientôt en un long serpentin sur toute la longueur du parking. Une fois à l'intérieur, la traditionnelle bière en main, je constate que la salle est en configuration maximale debout (avec juste trois ou quatre rangs de sièges), ce qui n'était pas arrivé depuis très longtemps. Le Delano Orchestra entre en scène et est accueilli timidement par les quelques personnes déjà en place. Heureusement, une bonne partie du public investira les lieux pendant le premier titre, qui est tiré de l'album Now That You are Free my Beloved One sorti lundi, et que je n'ai malheureusement pas eu le temps de beaucoup écouter (il m'est encore difficile de faire la part des choses entre mon attirance irrémédiable pour les compositions et l'interprétation du groupe, et la qualité intrinsèque de cette dernière production). Le Delano Orchestra, c'est six musiciens (aux traditionnels basse + batterie + 2 guitares s'ajoutent un violoncelliste qu'on entendra trop peu et un trompettiste, plus indéniable du groupe), menés par Alexandre Delano, très grand, très mince, et très mal à l'aise. Ce tordant dans tout les sens, les yeux fermés, Alexandre est totalement investit dans ses morceaux, mais ne semble pas savoir que faire du public venu l'écouter. Il nous présentera quand même son excellent label Clermontois (Kutu Folk Records) et son dernier né, avant d'en entamer l'introductif « Not an ending », dont la brève explosion fera partie des temps forts du set. Musicalement, le mariage de Sparklehorse et de Mogwai (pour caricaturer), soit deux de mes groupes préférés, est bien sur un ravissement pour moi. Le fantôme de Mark Linkous viendra d'ailleurs régulièrement hanter les lieux, jaillissant des lents arpèges, de la basse sismique et de la voix sur le fil du leader. Placé tout près des musiciens, je peux constater combien les parties de chacun sont dans l'ensemble simples: je me voyais très bien tenir les instruments sur la plupart des morceaux. Bien sur, toute la difficulté et le talent d'un artiste est de parvenir à composer des morceaux aussi émouvants et marquants avec ces quelques notes ou accords simples. Les mélodies de trompette sont vraiment importantes pour apporter une touche d'originalité dans ce post folk délicat. Malgré une prestation sans fausse note, je ressent une pointe de déception à la fin du concert. Tout d'abord, celui ci a été très court (45 mn), et d'un point de vue personnel, la setlist assez décevante: c'est simple, je n'aurai choisi aucun des huit titres interprétés ce soir, et le groupe a évité mes morceaux favoris de son superbe deuxième album, Will Anyone Else Leave Me? (ce qui n'est pas de bol, puisqu'ils composent une bonne moitié de ce disque). Enfin, les morceaux sont interprétés sur scène dans des versions très proche du studio, même si le Delano Orchestra fera mentir ce dernier petit défaut en intensifiant de belle manière le dernier titre (« 14- @ », tiré du premier album). Le public demandera avec enthousiasme un rappel, même après le rallumage de certaines lumières; Il m'a semblé voir Alexandre demander en régie du temps supplémentaire pour jouer un dernier titre, ce qui ne lui a pas été accordé. Et dans la foulée, tout le groupe devait revenir sur scène pour ranger son matériel précipitamment! Après avoir tout donné en concert, et être parti un peu tôt au goût du public, j'ai trouvé ca rude. Finalement, c'est peut être la raison de ma déception: j'ai trouvé les albums tellement exceptionnels, que j'en attendais sans doute trop d'un groupe qui est sommes toute assez jeune et semi professionnel (pas de roadies, je le rappelle), malgré trois albums et des tournées un peu partout en France.
Je décide de ne pas prendre de pause et de rester à ma place en attendant Syd Matters. Le premier rang appuyé contre la scène, juste devant moi, est composé de toutes jeunes filles qui s'amusent à se prendre en photo avec un diadème en gloussant. Je n'imaginai pas trouver un tel public pour ce concert, mais c'est plutôt cool. Globalement, même si je reconnais quelques habitués (dont un grand à la tignasse frisée que je soupçonne d'être l'ami Twist), la moyenne d'age est plutôt basse pour l'Epicerie Moderne. C'est avec une vingtaine de minutes de retard que la bande des cinq entre en scène, Jonathan Morali, très détendu tout le long du set, nous saluant avec un grand sourire. Le groupe attaque le concert par les trois premiers morceaux de Brotherocean. La complexité des rythmes et des compositions saute aux yeux, surtout comparé au Delano Orchestra (ce n'est pas un jugement de valeur, loin de là). C'est donc à un tout autre style auquel nous avons affaire, et je pense beaucoup aux derniers albums de Radiohead, spécialement sur le deuxième morceau « Hi Life ». Les acolytes du leader chantent tous, et nous aurons donc droit pendant cette heure et demi à de superbes harmonies, jusqu'à cinq voix différentes sur certains titres. Sans doute est ce à cela qu'on doit les comparaisons avec Midlake que j'ai lu ici ou là, et c'est vrai qu'il y a un peu de ca sur les titres les plus folk ("Lost"). Les deux premiers tiers du concert sont consacrés aux deux derniers albums, que je connais très peu, mais je ne m'ennuie pas, charmé par ces voix et la présence scénique du groupe, à la fois très carré et très cool, interprétant sans sourciller arpèges hyper rapides, batterie saccadée et claviers bizarroïdes comme si de rien n'était. Jonathan Morali parle très peu, non pas par pudeur ou prétention, mais parce qu'il ne trouve rien d'autre à dire que « Merci » et « nous sommes ravis d'être là » (il aura beau se creuser la cervelle, il nous avouera avec humour ne pas trouver autre chose). Arrive alors la partie la plus prenante du show, entamée par mon titre favori, unique représentant de A Whisper and a Sigh, un « End & Start Again » complètement retravaillé qui me donne un bon frisson. Puis c'est « It's a Nickname » et ses superbes chœurs, là encore dans une belle version adaptée à la scène, et « Anytime Now » qui vient exploser et se prolonger pour notre plus grand plaisir. Après le titre le plus rock de la soirée, Syd Matters entame mon deuxième titre préféré, « Obstacles », qui sera lui aussi le seul représentant de Someday we will Foresee Obstacles. Là encore la version est live est bien plus intense que son pendant studio, et c'est sous les applaudissement nourris d'un public chauffé à bloc par cette excellente série que Syd Matters s'éloigne vers les coulisses après des saluts rapides de la main. Les premiers morceaux du rappel sont assez folk, le groupe, à la participation très homogène jusqu'à présent, s'efface un peu au profit de la guitare acoustique et de la très belle voix de son leader. La sauce retombe un poil, mais c'était sans compter la version épique de « Me & My Horses » que le groupe allait livrer pour terminer son concert. Faisant monter la pression progressivement, attrapant le public tapant dans ses mains à la manière d'un galop de chevaux, c'est dans un déluge sonore furieux que Syd Matters se décharge de son restant d'énergie. Jonhatan Morali s'éclipse dans un salut, laissant son groupe s'éclater de nombreuses minutes et exposer à tous un talent bruitiste qu'on aurait finalement apprécié de voir un peu plus ce soir... Syd Matters est comme je l'avais entendu dire un grand groupe de scène, susceptible de plaire même à ceux qui n'ont pas forcément accroché aux albums.
Après une bière laissant le temps à la foule de faire ses emplettes au stand de vente d'albums derrière lequel les groupes se sont placés, j'aborde Alexandre Delano, désirant avoir une conversation aussi riche sur la vie musicale Clermontoise que j'ai pu en avoir avec Mickael Mottet sur St Etienne, par exemple. Je m'étonne que ce soit le tout premier concert que le Delano donne à Lyon, eux qui ont déjà joué dans de très nombreuses villes beaucoup plus éloignées de Clermont Ferrand. Le chanteur en convient, mais n'est pas très au courant des raisons qui ont éloigné son tourneur des salles lyonnaises. La conversation est laborieuse, et je m'aperçois bien vite que je lui prend la tête. Je bas en retraite, sans avoir pu lui dire toute l'admiration que j'ai pour ses disques (sans doute aurais je du commencer par là...). Ce n'est que le début de la nuit, Malo étant décidé à protester vigoureusement le fait que je lui ai préféré une bonne soirée musicale....
(1) ce concert, composé pour bonne partie de titres de ce troisième album, m'a donné envie d'y revenir, pour voir si par hasard je n'avais pas loupé quelque chose....
Setlist approximative du Delano Orchestra: New One (Deawater?) - As anyone would do - New one - the Escape - Endless Night - Between day and night (part I) - Not an Ending - @ (14)
Setlist Syd Matters: Wolfmother - Hi Life - Halalcillag - Cloudflakes - My Lover's on the Pier - I might Float - Lost - Hadrian's Wall - End & Start Again - It's a Nickname - Anytime Now - Obstacles // Shore - Everything Else - Me & my Horses
