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Blinking Lights (and other revelations)
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10 juin 2015

Yann TIERSEN - Dust Lane

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Tout passionné de musique a connu à quelques reprises la merveilleuse sensation d'écouter un disque en phase totale avec son état d'esprit présent. On pourrait meme dire que c'est la raison d'etre du passionné de musique, sa quete incesssante: etre parfaitement compris par un artiste qui, sans le connaître, a exprimé par sa musique et ses mots ce qu'il est lui meme incapable de retranscrire. Ce n'est pas pour rien que tout cahier d'adolescent s'orne des paroles des chansons de ses artistes favoris. Avec Yann Tiersen, nous sommes en phase depuis un moment... J'ai écrit à son propos que ses disques étaient des parfaites chroniques de mondes qui s'écroulent, et je suis assez fier de cette formule. C'est bien sur le cas de son chef d'oeuvre Le Phare, avec des titres comme le plus que jamais d'actualité « La Crise », ou « La Chute » et « l'Effondrement » qui cloturent cette histoire d'espoir et de désillusion, ce projet qui tourne, une fois de plus, à l'échec (« L'echec », qui est d'ailleurs un beau titre de l'Absente...). Seul le dernier en date, Les Retrouvailles, avait failli à la tache, non que ce soit un mauvais disque (il contient de magnifiques morceaux), mais il était trop inégal et, pour la première fois, donnait l'impression de ne pas faire bloc, de ne pas refléter l'état d'esprit profond de son compositeur. C'est peu dire que Dust Lane renoue brillament avec cette qualité.


How I Feel Today? On l'a vu, j'ai l'impression d'assister à l'effondrement inéluctable de notre monde, sans pouvoir rien y faire. Un découragement raccord avec la saison, où la nuit tombe trop vite, où rien de ce que l'on fera ne pourra empecher le plus bel arbre de perdre ses feuilles et se transformer en triste silhouette squelettique. Mais à quoi bon essayer d'exprimer avec ma faible prose ce que Tiersen fait si bien avec Dust Lane. Oui ce chemin boueux et glacé, celui là meme où je suis planté en ce moment, tout comme la vielle Peugeot de la pochette, il résonne des échos de ces huit morceaux incroyables (enfin, sept pour etre exact, Dust Lane frole la perfection à un « Chapter 19 » près). Yann Tiersen a particulièrement travaillé les choeurs sur sa dernière oeuvre, comme pour figurer les plaintes du monde qui s'élèvent et prennent aux tripes à chaque apparition: écoutez les hurler sur « Dark Stuff », cette sombre histoire balayée par un vent glacial, qui monte en puissance et se termine sur de tragiques violons. Yann Tiersen se fait le prophète de ces voix inconnues, en déclamant des incantations de sa voix lugubre. Sur « Palestine », déjà bien appréciée en single mais qui prend tout son sens au sein de Dust Lane, il lui suffit d'épeller le titre et nous voilà transporté dans l'urgence du morceau. Associé au riff crissant de violon et à un ryhtme soutenu, ces lettres martelées nous plongent dans le chaos d'un pays symbole du délabrement de notre planète. Yann Tiersen réussit l'exploit de produire un titre très noir mais dont on retient avec plaisir la mélodie. C'est aussi le secret de Dust Lane, expérimenter de nouveaux sons, de nouvelles facons de travailler, mais en partant d'un savoir faire éprouvé et sans jamais perdre de vue la qualité intrinsèque de la chanson (1). Ainsi « Till the End » est peut etre le meilleur rapprochement à My Bloody Valentine que j'ai entendu cette année, malgré la pléthore de groupes qui ont tenté de plagier le mythique groupe irlandais, tout simplement parce que Tiersen a d'abord composé une magnifique chanson avant de la recouvrir d'overdubs en tout genres (2). On retrouve d'ailleurs très bien en base de certains titres la patte du Tiersen des débuts. C'est le cas des lugubres notes de piano du début de « Ashes », avec un lit de violon et une mélodie calme de piano en opposition. Cette classique introduction sera ensuite développée sur la base sonore de Dust Lane, avec une montée de violons mélancolique incroyable, sublimée par les fameux choeurs qui font de ce morceau mon favori du disque (et de l'année, donc...). « Dust Lane » est lui un parfait condensé de la carrière de Tiersen, qui commence avec un petit instrumental en arpèges accompagné de claviers et d'accordéon, se poursuit avec un passage au piano seul, puis prend un tournant rock (grosse base rythmique avec une guitare électrique en avant) dans l'esprit des Retrouvailles, avant l'intervention des choeurs typique de ce Dust Lane. Un album qui s'inscit donc parfaitement dans ce qu'on peut appeler l'oeuvre de Yann Tiersen, en évolution constante, mais toujours empreint du style particulier de l'artiste. Des titres qui durent de 5 à 7 mn, soit la durée parfaite pour pouvoir se développer sans pour autant lasser, des enchainements très bien étudiés, et un thème commun et contemporain, Dust Lane au delà de la qualité des compositions a tout d'un album majeur. Pas étonnant que, depuis quelques temps, j'ai du mal à écouter autre chose. « Till the End », répété ad lib, personnifiant, malgré la veine révolte finale de la guitare électrique, le découragement. On aurait pu en rester là, mais reste le message d'espoir. La seule vraie chanson de Dust Lane, à deux voix mixtes, s'appelle « Fuck Me ». c'est d'abord du folk, puis du rock, mais c'est surtout une chanson d'amour. We're all falling into a never ending mess... mais: Love me Love me and make me love again... Oui, ce disque est mon compagnon en ces heures difficiles. Mais finalement, il n'est rien, par rapport à l'amour. Le seul qui nous fasse tenir dans ce bordel, le seul pour lequel il faille résister, coute que coute. Aussi permettez moi de terminer cette chronique comme Tiersen termine son disque, en la dédiant à celle qui il y a une dizaine d'années m'a fait découvrir Le Phare. Mélaine, je t'aime....


(1) Certains diraient que l'expérimentation sans titres solides est le défaut majeur des deux derniers albums de Sufjan Stevens...

 

(2) Dans un interview, Yann Tiersen dit qu'il est fier d'etre parvenu à l'effet qu'il recherchait pour son album, c'est à dire un magma sonore dont on distingue chaque composant en écoutant attentivement. On lui donne absolument raison.

 

A lire, l'indispensable Inter-Review de Thomas sur Interlignage.

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Commentaires
C
Faudrait peut etre que tu me fasses écouter.
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