MOGWAI - Special Moves
Retranscrire sur disque l'impression que peut donner Mogwai en Live n'est pas chose facile. Government Comissions en avait été le triste exemple, qui en dehors d'un « Like Herod » somptueux n'avait présenté que des versions clonées des enregistrements studio et avait en plus été desservie par une setlist éparpillée. Special Moves redresse bien la barre, et rend hommage aux 15 ans d'existence de mon groupe fétiche par un enregistrement non exempt de défauts, mais très honnete et intéressant. Si la puissance de feu du groupe écossais peut s'entrevoir sur Special Moves, elle ne peut etre gravée que partiellement sur un disque officiel. Quiconque a assisté à un concert de Mogwai peut témoigner que le son est trop fort, qu'on sent venir le mur de larsen tout comme occasionellement on apercoit au loin un mur de pluie s'avancer avant d'etre complètement trempé, et que lorsqu'il survient il y a au minimum un des instruments couvert par les autres, et un deuxième à un niveau assourdissant. Rien de tout ceci évidemment lorsqu'on est bien au chaud dans son fauteuil pour entendre ce concert parfaitement remixé, les cheveux ne tombent pas, les dents ne se déchaussent pas, mais on prend quand meme son paquet de coups au coeur et de mélodies incroyables. Assez habilement, la setlist choisie alterne les moments oniriques, violents et mélodiques tout en conservant une intensification générale du concert. Fidèlement à la majorité des live récents du groupe, Special Moves commence plutot calmement avec trois morceaux faisant appel à du piano ou des claviers afin de mettre le spectateur dans l'ambiance. C'est plutot agréable en conditions réelles, mais peut surprendre ou ennuyer sur disque. On voit donc avec plaisir les choses sérieuses commencer avec « Mogwai Fear Satan », le morceau emblématique du mouvement post rock initié par Mogwai, dans une version étonamment courte (pensez, elle ne dure que 12 minutes). Il suffit de faire écouter à un néophyte ces alternances de calme et de saturation pour savoir s'il aimera ou non le post rock. Pour ma part, c'est en écoutant cet hypnotique « Mogwai Fear Satan » que j'ai décidé que je ne pouvais plus continuer à vivre sans savoir jouer de la batterie. Le titre suivant, « CODY », est presque aussi important dans la discographie de Mogwai, puisque c'est l'un des seuls à avoir un format traditionnel, c'est à dire un chant avec couplets et refrain (c'est le seul qu'on peut jouer en accords avec une guitare folk). Le concert se poursuit après cette courte pause par l'un des titres les plus violents de Mogwai, « You don't Know Jesus », un des plus fidèlement enregistré. C'est en général à partir de ce morceau que les gens qui ont apporté des bouchons d'oreille les mettent, et que les autres regrettent amèrement leur oubli. La suite du concert est plutot mélodique, avec en point d'orgue les magnifiques arpèges de « 2 rights make 1 wrong », agrémentés par de beaux claviers supplémentaires. Le final de reve est composé du terrible « Like Herod » (must absolu de Mogwai en concert) qu'on aurait bien vu se prolonger un peu plus et « Glasgow Megasnake », un rock intense et sans fioritures qui cloture efficacement les débats.
Les fans auront droit à des prolongations, puisque six morceaux supplémentaires sont disponibles sur l'édition limitée vinyle. C'est un beau cadeau car ce disque, qu'il faut prendre comme un deuxième concert indépendant, contient quelques uns des meilleurs morceaux de Special Moves. D'un coté c'est frustrant pour ceux qui n'ont que le CD simple, mais de l'autre ceux qui ne sont pas suffisament fans pour acquérir ces titres supplémentaires en auront assez avec ses 75 minutes.
Si les deux disques doivent etre pris séparément, c'est que les setlist suivent une progression logique; Ce disque supplémentaire est meme à écouter impérativement en vinyle, les titres étant disposé sur les faces de manière très étudiée. On commence ainsi avec le morceau introductif parfait, « Yes! I am a long way from home », une véritable merveille qui ouvrait déjà l'album Young Team sur cette présentation du groupe par une amie enregistrée, et on termine par le dernier titre du dernier album, très bon lui aussi, qui plutot que de progresser par marches sonores comme la plupart des titres de Mogwai a une intensification linéaire illustrant parfaitement son nom pour une fois bien choisi, « the Precipice ». En fin de première face, l'indispensable « New Paths to Helicon I » vient me tirer des larmes comme à chacune des centaines d'écoutes que je lui ai accordé ces 10 dernières années. Un phénomène très mystérieux que l'émotion qui me saisit lorsque je l'écoute, qui est pour beaucoup dans ma passion soudaine pour Mogwai. Sérieusement, s'il ne devait ne rester qu'une chanson, ce serait celle ci pour moi. Sans aucune transition (et c'est là notamment qu'il faut un vinyle), la deuxième face débute brutalement par « Batcat », le single brut et novateur de the Hawk is Howling. En plus de ces quatre morceaux clairement dans le top de Special Moves, se trouvent deux titres calmes beaucoup plus dispensables du dernier album. Inutiles dans une configuration CD (surtout si on enchaine les 17 morceaux), ils se révèlent d'excellentes phases de respiration placées ainsi au milieu de chaque face du vinyle.
Special Moves est donc un bon disque, meme s'il ne séduira que les amateurs du genre. Aucune chance, comme c'est le cas avec certains groupes (rares il est vrai), qu'un détracteur de Mogwai ne change son fusil d'épaule en écoutant ce live.Quant au néophyte, on préférera l'initier avec le Young Team ou Happy Songs for Happy People s'il est sensible à un son plus moderne. Le fan, ravi, pourra apprécier la setlist bien fournie, le sens de la concision des morceaux la plupart du temps bénéfique, et les variations sur les plus anciens titres que seule son oreille exercée pourra détecter.
En Bonus Fan, mes commentaires sur la setlist album par album:
Ten Rapid: l'indispensable « Helicon I » présent, rien à dire. « Summer » aurait pu faire un bon deuxième rappel de l'ancien temps.
Young Team: « Yes! I am a Long Way From Home », « Like Herod » et « Mogwai Fear Satan », soit les trois meilleurs titres de cet album de légende, que demande le fan...
Come On Die Young: le grand oublié du live, avec le seul « CODY » présenté. On aurait bien vu « Christmas Steps », l'un des morceaux les plus emblématiques de Mogwai avec ces marches sonores franchies à la montée et la descente, et celui par lequel j'ai découvert le groupe. Mieux encore, la présence de « Ex- Cowboy », l'un de leurs meilleurs titres, eut été une bonne idée.
Rock Action: « You don't Know Jesus » et « 2 Rights make1 Wrong », le nécessaire et le suffisant de cet album en demi teinte.
Happy Songs For Happy People: de cet album plutot mélodique qui est l'un de mes favoris du groupe, on aurait pu retenir beaucoup de morceaux. « Hunted by a Freak » et « I know you are but what am i? » auraient pu etre remplacés ou complétés par « Kids will be Skeletons », « Killing all the Flies » ou « Stop coming to my House », tandis que le très puissant (surtout sur scène) « Ratts of the Capital » aurait parfaitement mérité sa place dans la setlist de Special Moves.
Mr. Beast: pas trop de regrets concernant cet album, celui que j'aime le moins. Avec « Glasgow Megasnake » et « Friend of the Night » l'essentiel est dit, meme si « We're No here » fit en son temps un excellent final.
The Hawk is Howling: très critiqué à sa sortie, Mogwai - à l'image de Sonic Youth par exemple, où d'autres vieux artistes au style inimitable - exposait pourtant sur cet album tout son savoir faire tout en osant quelques originalités. Il faut cependant reconnaître que, surreprésenté sur Special Moves, il en compose les moments les plus faibles. Les exceptionnels « Batcat » et « the Precipice », agrémentés pourquoi pas de « I love You, i'm going to blow up your school », eussent largement suffit.
Faces B et inédits: il y a quantité de morceaux hors albums fantastiques chez Mogwai, notamment sur l'EP + 6 qui en est littéralement truffé. Difficile de les placer sur ce Live, on a déjà fort à faire avec les titres des LP. Un regret, l'épique « My Father My King », choc absolu de tout spectateur qui eut l'honneur de se faire écraser par ce monument en fin de concert (aux Eurockéennes pour ma part). Cela aurait quand meme rajouté 20 bonnes minutes au Special Moves....
Livré avec Special Moves, le DVD live Burning, précédé de commentaires élogieux, alimentait mes craintes. En effet, je ne suis pas vraiment fan des DVD musicaux, et s'agissant de Mogwai, c'est à dire de gars statiques, inexpressifs, muets et uniquement concentrés sur leur musique, j'en voyais encore moins l'intéret. Cependant, j'avais lu qu'il s'agissait d'un véritable film sur fond musical Mogwai; je m'étais moi meme réalisé mentalement des milliers d'images en écoutant les titres du groupe et si j'avais eu le moindre talent cinématographique, j'aurai surement filmé une histoire muette sur une dizaine de mes morceaux favoris. J'étais donc curieux de voir ce qu'avait imaginé les deux réalisateurs de Burning. En fait, ils se sont contenté de filmer en noir et blanc les membres du groupe et les personnes du public (passages violents = montage très découpé, passage calme = plan fixe, quelle originalité!!) en y ajoutant quelques scènes d'extérieur. Pire encore, ils se sont permi le véritable sacrilège de couper des morceaux, ne conservant qu'une minute de « Like Herod » par exemple. Aucun intérêt donc, meme pour le fan ultime, mis à part y apprendre que les membres de Mogwai peuvent parfois sourire et que John Cummings a terriblement grossi.
