MENSCH - mensch
Il est des disques qui prennent leur place progressivement parmi vos favoris, sans qu’on l’ait forcément anticipé. J’avais certes trouvé très bon Mute, de Vale Poher, lorsque je l’avais emprunté à la bibliothèque suite à leur première partie de Laetitia Shériff, en atteste cette chronique élogieuse dont je ne changerai pas un seul mot. Mais je n’aurai sans doute pas pensé l’écouter en boucle encore aujourd’hui. L’exemplaire gravé faute de trouver l’original à l’époque a atterri dans ma voiture depuis un achat assez récent, et tourne sans me lasser depuis. Mute, c’est un esprit punk sous une forme folk, configuration rare et assez fascinante. C’est épaulée par la bassiste Karine Di Vita et des batteurs de passages que Vale Poher sort son deuxième album Tauten, dont on ne saura jamais si ses compositions sont moins bonnes ou souffrent juste d’un enregistrement assez médiocre. Quoiqu’il en soit, Tauten restera sagement dans sa pochette faite maison et j’attendrai en vain des nouvelles fraiches de Vale Poher. J’aurai du me douter que l’auteure d’un album comme Mute ne pouvait abandonner la musique (1), et c’est finalement Julien qui m’annoncera la bonne nouvelle de la sortie de Mensch, nouveau nom choisi par le duo Vale Poher (guitare et voix) et Karine Di Vita (basse et voix).
Un changement de nom qui ne doit rien au hasard, puisque si l’on retrouve bien sur l’énergie un brin désespérée de Vale Poher sur Mensch, le style musical est bien différent et se construit sur un équilibre parfait entre la guitare, la basse et la boite à rythme. On entre dès l’intro de « Krautever » dans un electro rock dynamique, flirtant parfois avec le Krautrock voire le disco. Des styles qui se rejoignent par leur coté à la fois hypnotique (les morceaux font quasiment tous plus de 4 mn) et dansant. La danse qui prend d’ailleurs une place de choix dans les textes, comme symbole de la liberté (let’s dance and die, assènent elles sur « Swim Swim »). Le son est bien travaillé (notamment celui de la guitare), la première moitié du disque très dynamique est fort réjouissante, en particulier « Mystery Train (of Life) », bon résumé de toutes les qualités de Mensch. Si « Goliath » ralenti le tempo avec un début emprunt de tristesse, la basse finira par craquer et ramener ce long morceau dans l’urgence rock de ses prédécesseurs, comme pour illustrer cette maxime épicurienne : embrace the world until it burns.
Le troisième quart de l’album est sans doute le moins réussi. Il y a d’abord « Wild », plus haché, moins entrainant, puis « Island » qui pêche surtout par son chant, certes pas le point fort de l’album, mais assez gênant sur ce seul morceau. Heureusement « Evidence », titre le plus direct de ce Mensch, relance la machine de manière enthousiasmante, avant un final de toute beauté. Mélodique et émouvant, « Sublime », seul morceau calme du disque, est aussi le seul à se rapprocher du divin Mute. Des paroles assez ambiguës, on ne sait si elles évoquent la musique ou la drogue (that’s a funny way to grow up but i now without i’d die). Peut-être les deux d’ailleurs, tant l’urgence de vivre à fond côtoie la peur du vide si l’on s’arrête. Une bonne illustration du rock, que Mensch s’applique à définir sur un premier disque attachant, sans doute pas indispensable, mais à même de fournir sa dose annuelle à l’auditeur en manque d’énergie.
(1) Rock n Roll is what i’m born to be, gueule-t-elle sur “Goliath”
