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Blinking Lights (and other revelations)
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6 juillet 2015

RADIOHEAD - Mardi 10 Juillet 2012 - Amphitéatre romain - NIMES

 

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Cette fois, j’étais bien décidé à les quitter. Je sais, j’avais dit ça plusieurs fois par le passé, moi qui avait déjà été déçu à la sortie d’Hail to the Thief (si j’avais su…), mais à chaque fois je m’étais remémoré les bons moments passés ensemble, les moments majeurs même (ah cette soirée du 21 octobre 1997…) Radiohead est un des très rares groupes dont la carrière a accompagné mon existence, depuis « Creep » à ma sortie de lycée jusqu’'au concert aux  Eurockéennes 2003. Depuis ce n’était plus vraiment pareil et à la sortie de the King of Limbs, c’était clair : nous n’avions plus rien à nous dire. Je ne pouvais quand même pas les quitter comme ça, sans un adieu, vu ce qu’ils m’ont apporté, j’ai un minimum de savoir-vivre. Quelle meilleure occasion que ce concert qui se profilait aux Arènes de Nîmes, un lieu mythique où je n’étais jamais allé, avec une mise en vente des places juste avant Noel ? C’était décidé, j’allais leur annoncer là-bas que nos routes se séparaient définitivement et en profiter pour mettre une place dans le petit soulier de mon frangin.

 

Me voici donc un mardi à 10h au boulot, le doigt sur la souris, me demandant comment réagir si mon chef me convoque en cet instant crucial. Stressé à mort, et faisant preuve d’un amateurisme consternant (je l’apprendrai plus tard), je réussi à n’avoir qu’une seule place lors des 5 minutes de bataille acharnée qui voient la vente de la totalité des places disponibles. Un SMS me tire de mon douloureux cas de conscience (garder la place pour moi ou l’offrir comme prévu ?) : mon frère m’annonce avec fierté avoir pu chopper 4 places, le maxi autorisé : un vrai pro ! Deux billets de trains et deux demi-journées de congés en plus du prix conséquent du concert, je casse ma tirelire mais je ne vais pas me servir de cette fausse excuse pour fuir mes responsabilités. Et puis, même si the King of Limbs ne sert à rien, il ne contient que 8 morceaux, ce qui laisse la place à un nombre conséquent de bons titres : m’astreignant à ne pas regarder la moindre setlist avant le jour J, ce qui casserai la moitié de l’intérêt du concert, j’ignorerai jusqu’au bout que Radiohead dispose d’un nombre conséquents d’inédits récents qu’ils ne se privent pas d’interpréter sur scène au lieu d’anciens titres bien meilleurs mais dont ils se sont forcément progressivement lassé.

 

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Mais ne brulons pas les étapes, avant d’entrer dans l’amphithéâtre romain, de nombreux obstacles nous attendent. Quitter le boulot, prendre le train Lyon-Nîmes, retrouver Benoit qui vient de Marseille en voiture avec les places : à tout moment un truc peu foirer. Mais grâce à un timing très large, nous arrivons sains et saufs au deuxième étage des gradins, tout en haut en face de la scène, là où des amis de mon frère se sont installés depuis pas mal de temps.  Juste histoire de les saluer et discuter avant le début du concert que nous comptons bien pour notre part vivre depuis la fosse. Les quatre gars de Caribou entrent sur scène : je ne connais pas leur musique, mais Benoit m’a dit que c’était tout pourri. Et effectivement, après quelques minutes, on décide de profiter du temps libre de cette première partie pour bouger vers la fosse et saisir une bière au passage (ce qui nous prendra la moitié du set). Un truc m’inquiète un peu, la mauvaise qualité du son, car l’electro pop des Canadiens est assez proche dans ses sonorités des derniers méfaits de Radiohead. Caribou, c’est un peu un King of Limbs minimaliste sans la voix de Thom Yorke… A notre grande surprise, des vigiles nous interdisent l’accès à la fosse, nos billets étant spécifiquement pour les gradins. Très énervant, car on est là-haut serrés comme des poulets de chez Doux alors qu’il y a encore pas mal de place en bas, et que les spectateurs sont assez au large. On espère un peu de souplesse, mais la ligne d’armoires à glaces s’est rapidement mise en mode « pas de discussion » devant les nombreuses personnes qui leur soulignent l’absurdité de la chose. Dépités, nous galérons un moment dans le labyrinthe de couloirs et la foule compacte qui s’est constituée en haut pendant notre absence avant de retrouver nos connaissances. Fort heureusement, l’ambiance dans les gradins est bonne, et de très sympathiques spectateurs se serrent un peu pour nous laisser de la place (quand je pense au public des nuits de Fourvière….).  Bien assis, ma déception de ne pas être aux premières loges est vite oubliée, je souris aux centaines de spectateurs applaudissant un avion en papier flottant de longues minutes dans le ciel des arènes, ou aux olas à répétition qui courent le long des gradins et passent par la fosse avec un joli effet.

 

 

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21h30, voilà enfin le moment ou Radiohead entre sur scène sous la clameur d’un public chauffé à bloc. Trois secondes, c’est le temps qu’il leur faudra pour me foutre un frisson d’enfer (le plus intense du concert d’ailleurs) : de manière complètement inattendue, ils ont attaqué par un magnifique « Lucky » que je savoure yeux et oreilles grands ouverts. On ne distingue pas trop les membres du groupe,  mais un coup d’œil aux écrans disposés au-dessus de la scène montre que le look de Thom Yorke ne s’est pas amélioré avec le temps. Soudain, un deuxième Phil Selway (1) s’installe derrière une autre batterie, créant un curieux effet miroir. L’imperturbable Colin Greenwood, dont la basse très présente est la charpente de bien des titres du groupe, est situé au milieu de ces twin drummers. C’est donc avec deux batteries et 2 guitares et demi que Radiohead interprétera la plupart des morceaux du concert. Deux et demi, car le pauvre Ed O’Brien restera bras ballants au moins la moitié du temps, son apport étant aujourd’hui presque plus dans les chœurs qu’il assure à l’occasion, notamment la très belle seconde voix sur « Idioteque ». Après l’intense « Lucky », je retombe très vite avec un morceau brouillon (l’un des seuls où la qualité sonore faisait défaut ce soir-là) du dernier album intitulé « Bloom ». Suivent bon nombre de titres récents, dont mon préféré sera non le classique  « There There » mais une interprétation bien rapide de « Morning Mr. Magpie », avec des accords saturés de Johnny Greenwood qui apportent un plus plaisant. Le premier inédit de la soirée (« Staircase »), joué après « There There », est sans doute la composition la plus faible qu’ait jamais sorti le quintet. Le temps passe donc sans grande passion mais sans déplaisir non plus, jusqu’à ce que Thom Yorke annonce enfin d’anciens morceaux. C’est le toujours terrible « I Might be Wrong » qui lance la bonne série,  suivi d’un beau « Pyramid Song »  dont l’introduction orientale est réalisée par Johnny Greenwood qui frotte un archet sur sa guitare électrique. Pour les anciens titres, il y a un ballet incessant de roadies amenant et ramenant pianos, tambours, claviers, je m’amuse à deviner le prochain morceau en voyant les instruments amenés et je tombe juste presque à chaque coup. Autre moment de grâce, l’interprétation magnifique de « Nude », les envolées vocales de Thom Yorke sous les étoiles souffleront le public : ce sera la chanson la plus applaudie, une longue ovation assez poignante. Suivent quatre titres période King of Limbs, dont un inédit bizarre (j’ai cru que c’était une reprise), et les titres « Lotus Flower » et « Little by Little » qui passent pas mal. La première partie du concert s’achève sur un grandiose « Paranoid Android » sur lequel le groupe semble encore s’amuser. Le public ne résiste pas à chanter le passage calme avec Thom Yorke, c’est très faux et très émouvant aussi. Je suis le premier surpris que les deux moments qui m’aient le plus touché de ce concert soient les deux  extraits d’OK Computer, ayant tellement usé ce disque je ne ressens plus grand-chose quand je le repasse. Mais même si Radiohead interprète souvent ses morceaux de manière très similaire sur scène que sur disque, il se dégage de leurs concerts une intensité vraiment marquante qui vaut le déplacement.

 

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La quasi-totalité de King of Limbs ayant été jouée (2), je commence à espérer certaines chansons au rappel. Je n’aurai évidemment pas craché sur un « How to Disappear Completely », un « Like Spinning Plates » ou un « Sail to the Moon », mais les morceaux que j’attends le plus sont « Video Tape » et surtout « a Wolf at the Door », deux récents que je n’ai jamais eu l’occasion d’entendre en live. Le premier titre du rappel est surement le dernier auquel j’aurai pensé : Ed, Thom et Johnny, très concentrés, prolongent de longs accords aériens agrémentés de quelques notes éparses de clavier ou de xylophone. Je reconnais « Treefingers », titre très expérimental de Kid A, le seul que Radiohead n’avait encore jamais joué live. C’est sans doute un défi que le groupe s’est lancé, c’est plutôt amusant voire trippant pour le fan, mais ça fait aussi une place de moins pour un bon titre dans la setlist… Thom Yorke joue ensuite « Give up the Ghost » avec guitare acoustique, boucles de voix superposées (bel effet) et rythme électronique discret, à peine soutenu par Johnny Greenwood qui aidera surtout au début le leader de son groupe à retrouver le rythme de cette ballade très épurée. Amusant de voir que ce grand artiste se plante encore régulièrement sur scène, lieu où malgré l’expérience il ne semblera jamais vraiment à son aise, même si ces hésitations sont prises à la rigolade, l’ambiance sur scène ayant l’air plutôt détendue (3). A sa décharge si beaucoup des morceaux récents semblent relativement simples au niveau de la mélodie, ce sont de vrais casse-tête rythmiques, presque des défis techniques plutôt que des chansons. Après ce joli moment, un piano est disposé sur scène et le groupe attaque pour mon plus grand plaisir « Videotape », mon morceau favori de In Rainbows. Je dois dire que cette version ne fut pas bouleversante, mais j’étais heureux d’entendre ce titre. Après « Arpeggi », autre extrait de In Rainbows dont je ne suis pas grand fan, Radiohead nous gratifie d’un nouvel inédit que j’ai trouvé, contre toute attente, très bon. Plus simple, plus répétitif, ce « Ful Stop » tend presque vers le Krautrock. Je me fais la réflexion qu’un album de Kraut par Radiohead pourrait être quelque chose de vraiment intéressant… Nouvelle mise en place de clavier, Thom Yorke entame « After the Gold Rush » mais le foire complètement et abandonne au bout de quelques phrases. Je ne sais si c’est d’avoir piétiné ce pauvre Neil Young et raté cette introduction traditionnelle, mais le « Everything in its Right Place » rapidement enchainé ne fonctionnera pas ce soir. J’ai eu l’impression d’une mise en place laborieuse, bref, ce titre bien prenant et généralement intensifié pendant de longues minutes en concert sera vite expédié. Heureusement Radiohead lance sans attendre « Idioteque » (4), l’un des grands classiques de Kid A, qui sera cette fois exceptionnel et terminera le rappel de bien belle manière.

 

 

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Le groupe reviendra une dernière fois pour un « Reckoner » plaisant, mais qui manquait un peu d’intensité pour la clôture d’un tel concert (plus de 2h00 de musique quand même). Dommage qu’ils n’aient pas ajouté en toute fin « Street Spirit » ou « Exit Music »… Enfin, cela facilitera notre séparation. Alors que le groupe salue la foule, j’applaudis longuement : ma façon de leur dire adieu. Jusqu’à la prochaine fois….

  

(1)   il s’agit de Clive Deamer, recruté comme deuxième batteur/percussioniste pour cette tournée, ayant joué auparavant avec Portishead mais aussi Damien Saez. Par un curieux hasard, Benoit me fera justement écouter sur la route du retour un album de Saez, dont il faudra que je parle un de ces jours….

 

(2)   Ils ne laisseront de côté in fine que « Codex », peut être le plus beau titre de the King of Limbs, mais pas forcément le plus intéressant à écouter live.

 

(3) Impression trompeuse à priori, surement due au fait que j'étais très loin de la scène. Beaucoup de fans signalent que ce retour sur scène après 7 dates annulées suite au décès d'un de leur technicien (à qui ils ont rendu hommage sur "Reckoner") s'est plutot fait dans la douleur, et que la date du lendemain était plus détendue. 

 

(4)   En fait, le groupe avait quitté la scène sauf Johnny Greenwood qui a lancé la boite à rythme très vite, sans doute pour faire oublier le titre précédent. Du coup les cinq autres ont couru se remettre à leur place, c’était marrant…

 

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Setlist : Lucky – Bloom – Morning Mr.Magpie – 15 Step – There there – Staircase – the Gloaming – Separator – I Might be Wrong – Pyramid Song – Nude – Identitik – Lotus Flower – Feral – Little by Little – Paranoid Android  //  Treefingers – Give up the Ghost – Videotape – Weird Fishes Arpeggi – Ful Stop – Everything in its right Place – Idioteque // Reckoner

 

Setlist récupérée ICI, sur un site indispensable qui m’a permis de nommer les inédits et de voir que nous avons eu droit à l’une des « meilleures » setlist de la tournée. Sur celle-ci, c’est un fou furieux qui l’a postée titre après titre, pendant le concert ! et qui a récidivé le lendemain, deuxième date aux Arènes de Nîmes un poil moins intéressante sur le papier malgré « Exit Music », « Street Spirit » et surtout « Airbag ». Radiohead variant les chansons en permanence, ayant en stock autant de bons que de moins bons titres et surtout « n’améliorant » quasiment jamais ses chansons pour la scène (très peu de chance d’apprécier un titre qu’on n’a pas aimé sur l’album), leur setlist est un élément capital du concert. J’ai donc passé pas mal de temps à regarder ce qu’ils ont joué depuis la sortie de King of Limbs, et si j’ai des regrets concernant certains morceaux, pour un concert complet de la tournée j’aurai sans doute signé pour celui-ci. Les morceaux tirés des anciens disques ont plutôt été bien choisis (surtout In Rainbows), à l’exception des deux extraits de Hail to the Thief.

Pour les curieux, voici les titres joués pour l'instant lors de la tournée 2012, classés par album, avec le nombre de fois qu'ils ont été joué sur les 31 dates: LIEN.

 

 

 

photos de Pirlouiiit récupérées sur ConcertandCo....

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