Le Grand Jeu Sans Frontière des Blogueurs Mangeurs de Disque...
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A l’occasion de commentaires postés sur mon article 2013 en 3 disques, j’ai découvert toute une communauté de blogs encore bien actifs, voire pour certains nouvellement créés, ce qui m’a bien agréablement surpris. Voilà qui présage de nouvelles lectures et discussions musicales avec des passionnés, en espérant que l’antique plateforme musicblog se montre un peu plus performante que ces derniers jours, où les bugs se sont multipliés. Une des raisons de mon enthousiasme, c’est que certains de ces blogs organisent encore des jeux coopératifs, bien suivis, et que j’ai toujours trouvé ca marrant. Je tombe sur le Grand Jeu Sans Frontières des Blogueurs organisé par le Club des Mangeurs de Disques (et relayé par Last Stop ? This Blog !) deux mois trop tard, mais je ne résiste pas à participer à posteriori, pour m’amuser et aussi signifier mon intérêt aux organisateurs et aux autres participants.
1 – Pochette Hideuse mais Disque Génial: Kristin HERSH - Hips and Makers (1994)
Peu de choix pour ce premier thème, car les adjectifs « hideuse » et « génial » étant très forts, l’association des deux n’est pas évidente. Mais elle colle bien au premier disque solo de Kristin Hersh, Hips and Makers. J’ai déjà évoqué ce disque de folk intense, l’un de mes préférés tout style confondu, je renvoie donc vers mon article pour ceux qui voudraient plus de détails. Quant à la pochette il y a, j’en ai conscience, bien pire, mais je la trouve aussi moche que peu représentative du contenu de l’album…
2 – Disque usé jusqu’à la corde étant ado: GUNS N'ROSES - Use Your Illusion II (1991)
Les habitués du blog savent bien quels ont pu être les prétendants à représenter ce thème, et quel disque ne pouvait que remporter ce titre. Premier coup de cœur d’une longue série, ce Use Your Illusion II fut découvert lors d’un départ en vacances et emprunté à sa propriétaire qui ne revit jamais sa cassette : je l’écoutais tant pendant cette quinzaine estivale que la bande finit par casser, littéralement usée jusqu’à la corde…
Chroniquer cet album des Guns aurait peu d’intérêt aujourd’hui, mais il est facile de comprendre l’emprise qu’il pu avoir sur un gamin de 15 ans maigrichon et renfermé sur lui-même ignorant tout de la musique, surtout dans le contexte de fatigue, d’aventure et d’émotions intenses que fut ce séjour humanitaire dans un orphelinat Roumain. L’agressivité du chant d’Axl Rose, la virtuosité de Slash, la nonchalance sympathique de Duff, tout ce florilège de surnoms, de tatouages, de déguisements et cette impression de bande de potes bouffant la vie à pleines dents : j’avais trouvé mes héros. Le tout associé à d’excellentes mélodies, à des tubes immédiats comme à des chansons plus longues excitant l’imagination, de quoi faire instantanément de la musique ma nouvelle passion. Les Guns ne m’aideront cependant pas à m’intégrer, vu qu’en 1992 ils étaient déjà considérés comme ringards, détrônés qu’ils furent dans le cœur des ados par la vague grunge initiée par Nirvana. J’ai bien sur gardé un attachement particulier à la bande des 6 (pas au point d’acheter le Chinese Democracy quand même, mais suffisamment pour vous gratifier prochainement de quelques photos souvenir valant leur pesant de bandanas), eux qui ont contribué à accroitre rapidement ma culture musicale, chacun dans son style ayant d’excellentes références. Et encore aujourd’hui, j’ai une sympathie immédiate pour toute personne rencontrée avouant avoir été fan des Guns, comme un soupçon irrépressible de snobisme envers ceux qui disent les avoir toujours détesté, tellement il y eu de posture plus que de réelle critique musicale parmi des détracteurs n’ayant la plupart du temps écouté que les quelques tubes passant sur MTV.
De retour chez moi, j’usai la bande d’une nouvelle cassette avant d’investir dans un CD qui tournera en boucle un moment avant de céder sa place au Mellon Collie and the Infinite Sadness des Pumpkins….
3 – Un seul mot d’ordre, Nordique: the TALLEST MAN ON EARTH - the Wild Hunt (2010)
Je ne vais pas trop m’étendre sur ce thème, car je ne me suis jamais trop intéressé à la nationalité des groupes. Tout au plus me suis-je progressivement rendu compte que ma préférence allait plus souvent du coté Américain qu’Anglais… Coté Nordique, l’adjectif m’évoque avant tout Björk car sa nationalité rare dans le milieu du rock (surtout à l’époque), était systématiquement mise en avant (tout comme Sigur Ros, autres Islandais célèbres). Mais c’est une forte personnalité avant d’être un porte drapeau. Je ne sais pas s’il existe un style musical typiquement Nordique ou une manière de reconnaitre à coup sur un Viking en écoutant sa musique. Je crois qu’il y a une belle scène de Metal bien bourrin dans ces pays, mais je n’en écoute pas du tout donc impossible de savoir si elle a une particularité. Sinon j’écoute pas mal de groupes Ecossais, mais ca ne doit pas rentrer dans le thème. Je me contenterai donc de citer the Tallest Man on Earth que j’ai découvert récemment, bien que son folk n’évoque pas plus la Norvège que n’importe quel autre pays Occidental…
4 – Une musique d’une autre Planète ou presque: CAN - Tago Mago (1971)
C’est une petite fierté : bien avant qu’il ne soit cité en référence par des tas de groupes, bien avant que Radiohead ne les reprenne, j’ai écouté Can. Et surtout, bien qu’à l’époque je n’en sois qu’au tout début de mes découvertes musicales, Hard Rock et Grunge tout venant constituant l’essentiel de ma culture, j’ai adoré d’emblée. L’honnêteté m’oblige à dire que j’ai commencé avec la compile Cannibalism, soit le versant le plus abordable du groupe, sorte de best of épuré des passages les plus expérimentaux, et que j’ai beaucoup moins adhéré lorsque j’eus enfin l’occasion de poser une oreille sur le disque de référence du Krautrock, le fameux Tago Mago. Mais pour mes oreilles habituées aux mélodies pop mainstream et aux soli de guitare bien propres, le chant hypnotique de Malcolm Mooney, les improvisations bruyantes de Damo Suzuki ou Irmin Schmidt, les rythmiques inlassablement répétées de Jaki Leibezeit et Holger Czukay, les coups d’éclat égrillards de Michael Karoli me semblaient tout droits venus d’une autre planète. Une manière de voir la création musicale unique qui m’a marqué à jamais….
5 – Une œuvre narcotique, le type de drogue n’a pas d’importance: MERCURY REV - Yerself is Steam (1991)
Bon j’y connais pas grand-chose en drogue, mais dès les premières secondes de ce disque (dès la pochette, en fait), on sent qu’on tient quelque chose en la matière. Festival de sons bizarres ralentis, de changement de rythmes imprévus, de guitares ultra saturées, de reverb, de flute (!), on voyage beaucoup avec Yerself is Steam, tout en restant scotché à son siège. Et par-dessus ces longs titres vaporeux traversés d’épisodiques réveils nerveux, la voix hallucinée et oscillante de David Baker, véritable marque de fabrique du groupe avant son départ, origine d’une mutation complète de la musique de Mercury Rev. Comme tout trip, Yerself is Steam s’achève sur une interminable descente cotonneuse bien justement nommée « Very Sleepy Rivers ».
Derrière la folie furieuse, se cache suffisamment de bonnes mélodies pour faire de ce coup d’essai l’un de mes favoris du groupe, ce qui ne sera plus le cas jusqu’à leur réincarnation sur Deserter’s Song. Pour ceux qui voudraient découvrir en douceur les débuts du groupe, et avoir une belle vue d’ensemble sur leur évolution musicale, je conseille cependant de commencer par l’excellent double CD Live the Peel Sessions sorti en 2009.
6 – Encore un peu Vert: SLINT - Tweez (1989)
Le thème semblait facile : trouver un premier album imparfait, mais annonciateur d’un deuxième opus génial. Et pourtant, hormis le Pablo Honey de Radiohead, cas d’école choisi par Chris de mapetiteboiteamusiques, j’ai trouvé extrêmement peu d’exemples dans ma discographie, et un seul m’a semblé vraiment l’illustrer. Tweez, qui propose 9 titres en une demi-heure, est encore marqué par moments par le passé hardcore des membres de Slint. Si la technique et le coté novateur sont incontestablement déjà là, les compositions sont nettement moins marquantes que celles du disque suivant, entre autres par une absence de mélodies flagrante. L’évolution du groupe sur Spiderland, sorti deux ans après (en 1991), est impressionnante à tous les niveaux (dont l’enregistrement). Avec ses 6 titres pour 40 minutes, le deuxième et dernier album de Slint devint culte pour tous les amateurs de post rock, mouvement dont il est l’un des principaux précurseurs.
7 – des Filles qui en ont: Liz PHAIR - Exile in Guyville (1993)
Je n’ai pas été très à l’aise avec l’intitulé de ce thème. Que signifie vraiment des Filles qui en ont ? S’agit-il de parler des fameuses Rrriot Girls, filles appliquant sans complexes la devise Sex, Drugs and Rock N Roll au sein de formations évoluant dans des styles trustés par la gente masculine, comme le Punk, le Hard Rock ou le Grunge, et dont la plus illustre représentante fut Courtney Love ? Dans ce cas difficile de faire mieux que les 4 furieuses de L7, qui traumatisèrent plus d’un journaliste à leur grande époque… Ou faut-il évoquer ces écorchées vives qui mettent tripes sur table dans leurs chansons ? Il y a alors l’embarras du choix, mais j’ai réalisé que dans les multiples disques susceptibles d’aller dans ce sens, à l’image de mon triptyque favori (1), les filles sont plutôt des victimes, des êtres brisés qui s’accordent finalement assez mal avec l’intitulé du thème.
Entre ces deux extrêmes il y a l’image de la femme qui ose tout par amour, la révoltée qui brandit sa guitare contre un environnement hostile, qui hurle deux fois plus parce qu’on lui dit de se taire, qui n’a pas besoin de faire semblant d’être un mec pour venir choquer le bourgeois, qui prend ce qu’elle veut quand elle en a envie, qui attire et effraie en même temps. Qui mieux que la PJ Harvey de Dry ou Rid of Me, celle qui chante à la fois « Oh My Lover » et « Man Size » pour illustrer ce thème ? Personne sans doute, mais si j’aime ces disques je n’en suis pas un fan absolu, mon disque favori de la belle étant Stories from the City, Stories from the Sea, plus vraiment adapté au thème. J’ai donc convoqué Exile in Guyville de Liz Phair, une fille qui non seulement va loin, mais le fait avec fun. Et si elle est devenue depuis belle lurette une gentille maman qui fait des disques pop bien sages, il restera toujours cette petite ritournelle « Flower » pour faire transpirer des gars à la fois attirés… et effrayés.
(1) Hips & Makers de Kristin Hersh, Geek the Girl de Lisa Germano et What would the Community Think de Cat Power






