Thee SILVER MT. ZION MEMORIAL ORCHESTRA - Mardi 18 Février 2014 - Epicerie Moderne - FEYZIN
Démentant catégoriquement mon affirmation selon laquelle il n’y a que deux périodes de concerts à Lyon, les salles de la ville ont prévu une fin d’hiver surchargée, à tel point que malgré mes efforts je vais voir bien moins de concerts que ce que je vais en louper. Dans le difficile tri à effectuer, plutôt que des valeurs sures déjà vues, j’ai préféré sélectionner des artistes rares dont je ne suis pas fan: Thee Silver Mt. Zion et Bill Callahan se succèdent à l’Epicerie Moderne, deux artistes qui ont en commun de m’avoir rarement enchanté par leur discographie. Nous reparlerons du second prochainement, quant au groupe Canadien, je n’avais pas prévu au départ d’assister à leur concert. Les deux disques que j’avais écoutés sur les 6 sortis la dernière décennie (1) m’avaient semblé si pleins de digressions interminables que j’envisageais leurs concerts comme un ennui mortel vaguement émaillé de passages épiques expéditifs. Il fallu l’unanimité de la blogosphère, et un passage chez l’ami El Norton, pour que je daigne poser une oreille sur Fuck Off Get Free We Pour Light on Everything, dernier disque du quintet sorti cette année ; Et là, surprise : un bon disque, dense, rythmé, qui m’accroche sur presque toute sa longueur (excepté le « What we Loved was not Enough » final un peu trop larmoyant à mon gout). Il ne m’en fallait pas plus pour me retrouver ce Mardi soir à Feyzin avec Julien et les habitués des lieux.
On prend le temps de boire une bière et d’observer attentivement la (pour une fois) belle exposition - Jean Luc Navette – ainsi que les demoiselles du bar, et l’on se place tranquillement dans la fosse devant Eric Chenaux, qui s’est déjà assis avec sa Gibson ES old school. Tout guitariste débutant a déjà acheté une pédale multi effets, et abandonné les réglages 57 à 98 au bout de 2 minutes d’essais marrants mais inutiles. Eric Chenaux, lui, ne les a non seulement pas abandonnés, mais il s’est même mis comme défi d’en utiliser un par chanson. Sculptant des masses sonores informes à l’aide de boucles enregistrées qu’il agrémente de solos épileptiques, il pose sur ces pseudos blues aux tempos ramollos une jolie voix qui m’évoque celle de Mark Eitzel (rappelons que Mark Eitzel est un habitué des podiums du label Beau mais Chiant). C’est au cours du 3eme extrait de cette prestation bizarroïde (je m’aperçois avec stupeur que Chenaux se permet de positionner un capodastre au milieu d’une chanson sans que cela se remarque outre mesure) que je reçois un sms du tentateur : la bUze me propose une bière. Je quitte les lieux illico, non sans me dire qu’il est quand même dommage d’avoir une si belle guitare, une si belle technique et une si belle voix pour en faire ce truc indéfinissable….
Un bon moment de détente où je prends des nouvelles des Broken Knees, et je retourne dans la salle qui, contrairement à ce qu’a voulu nous faire croire l’Epicerie, est loin d’être pleine. Pas grave, cela me permet d’être bien placé et de voir Thee Silver Mount Zion s’installer en saluant le public. Sur le devant de la scène, les deux violonistes (Jessica Moss et Sophie Trudeau) se font face, viennent ensuite le guitariste chevelu et leader Efrim Menuck faisant face au bassiste Thierry Amar, puis dans le fond au centre le batteur David Payant. Efrim présentera brièvement chaque titre interprété ce soir, mais je ne comprendrai rien à son baratin excepté son amusante allusion à Coldplay en rappel. Pour l’instant il dédicace le premier morceau à un « pays en feu » (2) et lance l’excellent « Fuck Off Get Free » introduisant aussi l’album du même nom. Je suis ravi par ce début tambour battant, au sens figuré comme au sens propre puisque David Payant m’impressionne énormément. Faisant partie de ces batteurs énervants qui opposent un physique de nerd à une technique redoutable, capable au milieu de roulements démentiels de remonter régulièrement ses lunettes sur son nez, il sera la colonne vertébrale du groupe et assurera une cohésion aux longs titres mouvants dans les moments mélodiques comme dans les errements bruitistes de ses collègues. C’est d’ailleurs sur l’unique titre où il ne jouera pas un tempo régulier que je m’emmerderai copieusement, titre qui est comme par hasard l’un des seuls à ne pas être extrait du dernier album (« ‘Piphany Rambler », tiré de Kollaps Tradixionales).
Pour le reste, je serai agréablement surpris du peu de temps mort de la setlist, constituée essentiellement de l’intégralité de Fuck Off Get Free. Voilà qui m’allait très bien et si cela a peut être déçu les fans, ils auront au moins pu savourer un excellent inédit, « All the Kings Are Dead ». Surprise aussi quant à la proportion de parties chantées, assez importante ce soir, et agréablement diversifiée par le fait que tous les musiciens chantent, ce qui permet un panel de configurations vocales intéressant. Efrim Menuck assure cependant une grande partie du chant, et si sa voix geignarde ne m’a pas choqué, elle a à priori assez déplu à une partie du public. J’ai plus été gêné par le fait que les deux violons soient le plus souvent utilisés pour ajouter à la puissance du trio rock initial, d’autant que Menuck utilise souvent sa guitare dans le même registre égrillard : je ne regrettais pas dans ces moments là d’avoir pris des boules quies, qui coupant les aigus me permettaient de savourer le morceau sans avoir trop mal aux dents. Et puis les moments où les violons se mettaient en mode mélodique étaient vraiment beaux, d’où mes regrets qu’il n’y en ait pas eu plus. Le concert fut d’une durée idéale, le rappel intervenant au bout d’une heure et quart après un « What we Loved was Not Enough » que j’appréciais beaucoup plus que sur disque, rappel constitué d’un court morceau très calme (« Little Ones Run ») clôturant superbement un concert auquel je ne regrettais nullement d’être allé.
Au contraire, je faisais l’acquisition du vinyle de Fuck Off Get Free et profitais du retour à la maison pour rendre hommage à sa belle pochette en me faisant flasher comme un con.
(1) Born Into Trouble As the Sparks Fly Upward et Kollaps Tradixionales, dont les chroniques doivent trainer quelque part sur le blog…
(2) Mes camarades m’apprendront qu’il faisait allusion à l’Ukraine.
Setlist: Fuck Off Get Free (For theIslandofMontreal) - Austerity Blues - Rains Thru the Roof at Thee Grande Ballroom (For Capital Steez) / Take Away These Early Grave Blues - 'Piphany Rambler - All The Kings Are Dead - What We Loved Was Not Enough // Little Ones Run





