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Suite de Music for Pleasure, l’album dont je ne comprenais pas qu’il fut renié par les Damned. Il est vrai que les deux premiers titres de cette cassette sont assez curieux, comme inachevés, le final de « Alone » étant même inhabituellement bancal. Ceci est rattrapé par les trois derniers titres, qui sont en fait des B-sides ajoutées en bonus à la réédition CD, avec « Sick of Being Sick » qui eut fait un très bon single punk, la fameuse reprise dynamitée du « Help ! » des Beatles où le batteur Rat Scabies brille particulièrement, tout comme l’instrumental intitulé en son honneur où ses roulements impressionnent…
Revoilà Johnny Thunders pour son avant dernier album, Que Sera Sera, dont j’avais oublié qu’il fut si bon. Dès l’introductif « Short Lives », au titre prémonitoire, on retrouve la nonchalance classe du loser magnifique pour un album axé principalement sur le Punk New Yorkais qui a fait sa renommée (« M.I.A ») mais qui varie les plaisirs avec des morceaux de rock plus classique (l’instrumental « Billy Boy ») ou la balade acoustique, autre spécialité du Genzale, ici agrémentée d’un piano bienvenu : « I only Wrote this song for you », déclaration d’amour que ce coquin de Johnny n’hésite pas à enchainer avec « Little bit of Whore » et son refrain beuglée par une demoiselle aux anges (« there’s a little bit of whore in every little girl ! »). La gouaille de Patti Paladin illumine « Tie me Up », déjà portée par de supers arpèges de guitare, et on se dit qu’il est quand même incroyable qu’on n’ait encore jamais écouté Copy Cats, l’ultime album de notre punk favori enregistré avec cette demoiselle dont je ne connais pas grand-chose.
Chaque invité, tout comme sur le So Alone, vient amener un plus à l’enregistrement, notamment Michael Monroe, leader des impayables Hanoi Rocks ayant tant inspirés Axl Rose, qui profite bien de la dérogation Thunders stipulant que c’est un des rares artistes rock sur lequel le saxophone est judicieux (écouter « Blame it on Mom », où la voix de Johnny Thunders est particulièrement marquante). Que Sera Sera, dernière apparition de Johnny sur ces cassettes puisque le reste de mes écoutes se fera en CDs directement achetés, mériterait certainement le même traitement. Mieux : un rachat en vinyle d’époque…
C’est à la mode en ce moment, à toute histoire il faut un prequel. Ça tombe bien, celle que je vous raconte depuis déjà quelques épisodes, celle d’Alice Cooper donc, s’est achevée la semaine dernière sur le Muscle of Love. En voici donc le prequel, Pretties for You et Easy Action, deux disques qui ne connurent aucun succès avant que le groupe n’explose l’année suivante grâce à Love it to Death. Voici donc réunis sur cette cassette les albums que seul ce timbré de Frank Zappa osa accueillir sur son label, Straight Records. Cela dit, la progression est déjà assez marquée entre Pretties for you et Easy Action.
Pretties for You est clairement un OVNI musical grand guignolesque, avec des titres souvent courts partant dans tous les sens, des chants aléatoires, des bruitages improbables (il y a même un pigeon à un moment). Tout est savamment déstructuré, même si le groupe se trahit à quelques reprises en dévoilant une technique bien plus éprouvée qu’il ne veut le montrer. Le jazzy « Sing Low, Sweet Cheerio » et son solo d’Harmonica ou l’ambiance inquiétante fort bien distillé sur « Levity Ball » témoignent par exemple d’une pratique pas si nouvelle (et pour cause, une partie du groupe écume les scènes étudiantes depuis au moins 5 ans). Un peu trop dispersé, Pretties for you reste néanmoins un coup d’essai assez fascinant, au travers duquel on peut difficilement entrevoir les prochains succès, même si le futur tube « Elected » de Billion Dollar Babies ressemble furieusement au « Reflected » agrémenté de guitare égrillarde ici présent.
Enregistré un an après, Easy Action présente des compositions plus structurées, et est globalement plus abordable que son prédécesseur. Certes Alice Cooper garde une accointance avec le cabaret qu’il conservera de longues années (« Mr & Misdemeanor ») et on retrouve quelques pièces déjantées comme le très lourd « Still No Air » (avec ses guitares en forme d’alarme, sa basse folle et ses cris perçants), et surtout la première longue épopée démente du groupe (« Lay Down and Die, Goodbye », un peu trop tordue pour que je l’aie retenue à la première écoute), mais ceci est équilibré par l’apparition d’arpèges, de titres plus calmes (« Laughing at Me ») et surtout de ballades magnifiées par un splendide piano (« Shoe Saleman » et « Beautiful Flyaway », deux de mes titres favoris du groupe). En fait, ce mélange des genres, si l’on compte encore un peu de développements jazz (« Below your Means ») et un rock énorme – quelle batterie ! – avec « Return of the Spiders », font d’Easy Action l’un de mes albums favoris d’Alice Cooper, une œuvre un peu délaissée à redécouvrir d’urgence…




