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Il est fort à propos que cette cassette débute par un titre des Smashing Pumpkins (en l’occurrence « Once in a While », ballade désolée au piano/chant, face B du single « Ava Adore »), tant sa première face est marquée par la recherche des influences de mon groupe favori d’alors. Nous sommes en 1998, et en pleine gueule de bois pour le groupe de Billy Corgan, usé par la starification suite au succès phénoménal du Mellon Collie et par la gigantesque tournée qui a suivi. Une tournée qui a vu le renvoi d’un membre historique, et non des moindres (l’immense batteur Jimmy Chamberlin) pour une sombre histoire de drogue. Sombre, l’adjectif est lâché. Séparation, Deuil, et absence de batteur : sur le grandiose double album les Pumpkins gonflaient les pectoraux, multipliaient les guitares et les roulements Keith Mooniens, sur Adore Billy Corgan désosse ses compos, laisse dépasser des claviers dépouillés et simplifie sa rythmique. Bref, pour caricaturer, il passe de Led Zep à the Cure.
Une Caricature dans laquelle vont s’engouffrer tous les journalistes musicaux citant « «Pug » à tire larigot au grand dam d’un Corgan surtout désolé que cette influence soit unique et ne sorte que pour le 4eme album de son groupe. Des journaleux sans doute aiguillés par la collection de reprises associées au single « Bullet with Butterfly Wings », parmi lesquelles figure « A Night Like This », sans doute l’un des pires morceaux jamais enregistrés par les Smashing Pumpkins, qui avaient pourtant sublimé quelques chansons de groupes pas forcément recommandables. Et voilà pourquoi je me retrouvais à emprunter the Head on the Door pour attaquer la discographie de the Cure, alors que c’est déjà leur 6eme album. C’est sans doute pour cela que je n’y retrouve pas du tout le son New Wave attendu, qui doit être bien plus significatif aux débuts du groupe, à l’exception du titre « Screw » caractéristique du style, grosse basse en avant et batterie minimaliste. Pour le reste, the Head on the Door est un album plutôt pop avec ses claviers guillerets (« Six Different Ways ») qui se chargent de quasiment toutes les mélodies. Voilà bien une des raisons pour lesquelles je n’ai jamais eu vraiment d’affinités avec the Cure, alors même que c’est un groupe essentiel pour la plupart des passionnés de musique de mon âge. J’étais beaucoup trop attaché à la guitare à l’époque pour la voir ainsi jouer les seconds rôles, et si j’ai depuis beaucoup relativisé, je dois avouer que mon titre préféré reste… « A Night Like This », le seul qui soit un peu plus rock (même le solo de saxo y est supportable !). Le son riquiqui de la batterie, ainsi que la voix de Robert Smith (élément fondamental, mais qui ne me fait ni chaud ni froid), sont d’autres pistes pour expliquer mon indifférence.
Paradoxalement, toutes ces caractéristiques explosent sur « Close to Me » (au chant incroyable, incarnant la frustration comme jamais), qui est pourtant l’un de mes titres préférés des Cure. Autre paradoxe, j’avais enregistré the Head on the Door aux trois quart, et la réécoute en a été fort agréable. Mais pas suffisamment passionnante : je laisserai de côté le groupe pendant longtemps, et on ne le retrouvera pour une brève sélection qu’en toute fin de rubrique (si j’arrive jusque-là…)
Autre groupe à avoir fortement influencé les Smashing Pumpkins (notamment l’album Siamese Dreams, truffé d’overdubs de guitares) sans qu’ils osent à ma connaissance les reprendre (pas plus mal dirons-nous), My Bloody Valentine fait son apparition dans cette rubrique avec Loveless, deuxième album du groupe et qui en restera le dernier pendant plus de 20 ans. Voilà un groupe auquel je me frotte continuellement depuis des années, eut égard à son inventivité, son coté historique pour le rock et l’influence majeure qu’il a exercé sur énormément d’albums de ma discothèque (en tant qu’inventeur du shoegaze), mais sans jamais réussir à apprécier ses compositions plus que son cran (un peu comme pour le Velvet Underground). C’est presque l’inverse des Cure, que je considère comme un groupe à singles (pour le peu que je le connaisse) : sur Loveless, aucun titre (à l’exception notable de « Sometimes ») ne vient surnager de ce maelstrom de guitares fondues survolé par un chant onirique. Il fallait oser l’association d’une batterie épileptique (et irritante), de perceuses à 6 cordes et d’un doux chant venant te bisouiller là où ça fait mal. Peut-être fallait-il se prendre en pleine figure ce disque à l’époque de sa sortie (1991) pour en apprécier les longs morceaux aussi flous que les photos illustrant la pochette, aussi mous et roses que du chamallow sonore, et non sept ans plus tard. En tout cas, « to Here Knows When » n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd : on sait où Billy Corgan a pompé la boucle constituant l’essentiel de la curieuse « Cupid de Locke » figurant au menu du Mellon Collie and the Infinite Sadness….
Après avoir tâté du poing dans la gueule avec the Downward Spiral, j’avais eu envie de découvrir son prédécesseur. Venu de nulle part, Trent Reznor sortait en 1989 un premier disque majeur intitulé Pretty Hate Machine, nom illustrant fort bien la musique proposée. C’est un album que je ne possède pas, et dont j’écoute essentiellement les titres les plus connus (dommage, ce sont les mêmes que j’avais retenu sur cette cassette) sur des Live assez violents datant de quelques années après la sortie du disque. Ce qui m’a étonné, c’est de redécouvrir le côté incroyablement groovy des chansons. Les claviers de « Head like a hole », la basse irrésistible de « Sanctified », les percus un peu partout, cet album est avant tout rythmique. Un peu évident quand on se nomme Machine et qu’on est étiqueté Indus, mais Nine Inch Nails évoquait surtout le Hate pour moi, et les guitares bien saturées de l’album suivant. Bon, faut pas déconner, il y a la dose de paroles violentes et de refrains rageurs, et c’est d’ailleurs le mélange de tout ça (avec une bonne part d’electro) qui fait toute la richesse et l’originalité de la musique de Reznor. Pretty Hate Machine a quand même un peu moins bien vieilli que les autres, et a un côté plus répétitif aussi. Mais rien que pour l’extraordinaire slow crépusculaire « Something i can never Have » troquant l’électricité pour un piano splendide, ce disque est indispensable.
Après the Cure et My Bloody Valentine, il nous manquait le dernier larron du trio le plus influent sur les jeunes groupes sans imagination de la décennie actuelle : voici the Jesus and Mary Chain dont j’empruntais à la suite de Honey’s Dead (voir épisode précédent) le deuxième album, Darklands, dans mon souvenir mon préféré. Et ça commence plutôt bien avec un « Darklands » alliant guitares mélodiques et chant nonchalant (du Jesus, quoi…) et lorgnant sans vergogne sur le « Heroes » de Bowie.




