Nov 20: Mickaël MOTTET, SOPHIA, PROTOMARTYR
Mickaël MOTTET - Glover's Mistake
Mickael Mottet est un irrémédiable amoureux de la musique, un passionné engagé dans une mystérieuse quête, s’éparpillant dans de multiples projets, renaissant sous une autre forme là où on espérait vainement des nouvelles de la précédente, jonglant avec les styles comme avec les influences. Breeders, Why ?, Cat Power, Shakira, Pavement, Broadcast, l’homme a le coup de cœur éclectique et sort des disques très différents qui, fatalement, ont eu des succès divers chez le rédacteur de ce blog. Plutôt que son versant pop arrangée qu’il a notamment creusé avec sa formation principale Angil & the Hiddentracks, j’ai flashé sur ses albums à forte teneur electro, ceux de the John Venture ou Jerri, groupe qui fut ma porte d’entrée vers le prolifique songwritter Stéphanois. Ainsi jusqu’aux derniers disques, celui de Tomorrow to Morrocco basé sur des samples que j’ai trouvé assez intéressant et celui de Lion in Bed que j’ai vite oublié ; la première écoute de Glover’s Mistake était donc empreinte d’autant de curiosité que de prudence.
Je fus immédiatement séduit. D’emblée « I Won’t be still » cite Sparklehorse qui cite Shakespeare, lançant un disque où les références abondent, autant dans les textes que dans la musique. Je laisse au lecteur la saveur de la découverte plutôt que d’égrener une liste forcément non exhaustive, tant Mickael Mottet se fait plaisir à rendre hommage à ses inspirations, et non à les singer. Aurait-il, comme il l’expliquait dans une de ses excellentes chroniques sur le renoncement, arrêté de vouloir faire aussi bien que les Beatles ? Voilà sans doute la grande réussite de ce premier album solo que d’être avant tout un disque de fan, alliant érudition et humilité, et donc parlant à l’ensemble des amateurs de musique. D’où cette formidable « Bbc 6 Music », à l’épure touchante, renvoyant chacun à ses propres découvertes radiophoniques. Ou la peinture musicale abstraite « Playing with my Dream Band (Dream 2) », imaginée par un collectionneur de sons particulièrement brillant. Car en plus d’être un passionné, Mickael Mottet est bien sur un excellent musicien et possède une maitrise assez unique de la langue de Shakespeare (encore lui) en France. Doté d’une impeccable diction (« 15 Ways to Leave Mark E Smith »), le voilà qui m’enchante sur le hip hop de « the Butt » marchant sur les traces de Why ? Rempli de mélodies accrocheuses, de piano simple et élégant, bourré de surprises et de clins d’yeux musicaux, de mélancolie et de choeurs bien dosés (très bonne production), Glover’s Mistake ne souffre comme bémol que l’utilisation un peu trop systématique du hautbois et de la clarinette et d’un « Bible Study » étonnamment plat au regard du reste. Une quasi perfection donc : quelle joie de se retrouver, comme à la bonne époque de Jerri, avec l’envie irrésistible de se repasser en boucle ce qui s’annonce comme l’une des plus belles pépites de 2020. Peut-être aura-t-on l’occasion un jour d’entendre ces chansons en concert, connaissant le talent scénique de leur créateur. Oui, je pourrais vivre dans l’espoir d’un Glover’s Mistake Live.
SOPHIA - Holding On / Letting Go
Après 25 ans de carrière avec Sophia, Robin Proper-Sheppard revient pour un septième album toujours impeccable. Peu de groupes peuvent maintenir un tel niveau de qualité, d’autant plus en restant dans un registre finalement assez constant : la ballade intense et appuyée, base folk durcie aux guitares savamment accrocheuses et à la paire rythmique soutenue. Malgré une thématique toujours tournée vers les difficultés amoureuses, il n’y a absolument rien de mièvre dans la musique de Sophia qui capture de ses mélodies tourmentées l’attention de l’auditeur sensible au rock indé des décennies révolues. Une fois de plus, si l’on excepte les claviers du début (qui font un peu peur) et un passage au saxo malheureux, Sophia enchante avec Holding On / Letting Go et inscrit une nouvelle collection de titres splendides à une discographie déjà très bien fournie en la matière. La fin de l’album, assez rock, est particulièrement marquante, notamment un violent « We See You (Taking Aim) » aux accents politiques rageurs. Un peu de constance dans ce monde de brutes, ça fait du bien !
PROTOMARTYR - Ultimate Sucess Today
La musique de Protomartyr tient sur un subtil équilibre entre la froide mécanique post punk des musiciens et le chant monocorde craché par Joe Casey, parvenant à un insuffler une curieuse émotion désespérée à des chansons pas forcément très originales, mais bien marquantes. Un équilibre qui aura tenu assez miraculeusement sur les trois derniers albums mais qui se rompt sur Ultimate Sucess Today, la production de cette année. Malgré une tentative pour se renouveler quelque peu avec l’apparition de cuivres et de dissonances cassant parfois la linéarité de l’ensemble, Protomartyr insiste trop sur la rythmique et oublie punchlines et mélodies. A quelques passages près (« the Aphorist »), Ultimate Sucess Today tourne à vide et n’évoque que par echos intermittents la force passée du groupe. En espérant que ce ne soit qu’un coup de mou du à une trop grande productivité.


