# 147 / 221
L’article que j’ai consacré à l’album Paris-Provinces / Aller-Retour aurait dû être la déclaration définitive sur ce blog de mon attachement à Renaud, premier coup de cœur musical à l’adolescence. Sauf qu’au moment où j’enregistre cette cassette (2002), c’est l’évènement tant attendu, voire inespéré : Renaud sort un nouvel album. Bien sûr je suis passé à autre chose depuis longtemps, et bien sûr je ne m’attends pas à ce que Boucan d’Enfer soit à la hauteur d’A La Belle de Mai, son prédécesseur sorti 8 longues années avant (8 années séparant donc, à peu près, l’obtention de mon bac et l’obtention de mon diplôme d’ingénieur). Déjà à l’époque, l’alcoolisme de Renaud n’est un secret pour personne, et le fait qu’il passe ses journées à boire du Ricard au fond d’un bar anonyme, exactement comme le représente la très belle aquarelle de Titouan Lamazou illustrant l’album, n’augure pas d’un chef d’œuvre. On veut y croire en entendant « Docteur Renaud, Mister Renard », sans doute sa dernière bonne chanson (dotée d’un excellent riff de guitare), mais le fait est que j’ai peiné à retenir 6 titres valables sur ma cassette (en évitant soigneusement « Manhattan-Kaboul »). Que l’album contienne certaines mauvaises chansons ou que la voix ne soit pas au top, ce n’est finalement pas une catastrophe : Renaud n’a jamais été un grand chanteur et n’a jamais sorti d’album parfait. En revanche, cette plume sacrément émoussée fait mal. Le texte le mieux tourné est sans doute celui de « Je vis caché », où Renaud radote sa misanthropie, son dégout du monde et sa lassitude. Renaud écrit sur un Nain de Jardin, Renaud écrit sur le chien de Mitterrand, Renaud n’a plus rien à dire. La peine de cœur et les désillusions qu’il tente de décrire sincèrement, il les avait déjà chantés dans des titres autrement plus marquants (l’inoubliable « Manu », par exemple). Mis à part quelques fulgurances stylistiques et quelques drôleries nous rappelant le bon vieux temps (« L’Entarté », sur BHL et les impayables attentats pâtissiers dont il fut victime), Boucan d’Enfer n’est pas une franche réussite, même si Renaud y demeure très attachant. Finalement le plus gros problème de cet album reste qu’avec ses deux tubes et son parfum nostalgique, il relança durablement Renaud sur les scènes et dans les studios. Nous tairons pudiquement ce qui en résulta.
Troisième album des islandais de Gus Gus, (This is Normal contient le titre par lesquels je les avais découvert sur une compilation du label 4AD, « Blue Mug », mais dans une version plus swing et moins réussie que la demo de la compilation. Celle-ci était plutôt dans un registre ambient très axé sur le chant, et certains titres retenus sur cette cassette sont dans ce style, sans être vraiment convaincants (« Dominique »). Entre Trip Hop et electro dansante, (This is Normal est aussi éclectique que son prédécesseur vu en épisode 060 et évoque les débuts d’Archive. En beaucoup moins marquant, il faut l’avouer : et si le groupe n’a jamais cessé de sortir des albums (le 10eme cette année), ceux-ci n’ont pas eu grande presse et auront été autant ignorés dans mon entourage que par moi-même.
J’ai découvert assez récemment le tout premier album de Sonic Youth, sorti en 1982, et j’ai été assez surpris de son accessibilité (c’était une version remasterisée, ça aide peut être). "Sonic Youth" est très influencé par Can et m’a beaucoup plu. J’étais curieux de réécouter Confusion is Sex, enregistré un an après, car je me souvenais vaguement de quelque chose de très noise et abrupt. Et effectivement, la rupture entre ces deux premiers albums est assez nette. De l’influence de Can on ne retrouve que le chant sur « (She's In A) Bad Mood » et la rythmique du début de « Shaking Hell ». Pour le reste Confusion is Sex est tout en tensions et dissonances, et semble constitué d’enregistrements bruts de répétitions à moitié improvisées. Les chants sont hurlés et déjantés, les notes comme enfoncées à coup de marteau dans le mur du son. L’ensemble est plus intéressant qu’agréable, peut-être est-ce la raison pour laquelle je n’avais enregistré que la première moitié du disque. On ne profitera donc pas de « the World looks Red », dont je vois à l’instant sur discogs que les paroles furent signées Mickael Gira. Le lien avec le Swans de l’époque me semble alors évident. Bref, c’est du brutal.
S’il y en a bien un qui a disparu de mes radars c’est Stereophonics. A vrai dire, qui se soucie encore de ce quatuor qui continue de sortir régulièrement des albums ? Embarqué dans la vague des groupes anglais à guitare à la suite de Radiohead (période the Bends) ou Oasis, Stereophonics a de toutes manière toujours été considéré comme un groupe de seconde zone. De manière assez injuste au départ, car le premier album Word Gets Around contenait un paquet de tubes irrésistibles, si tant est que l’on supporte la voix extrêmement éraillée de Kelly Jones. Hélas, Stereophonics ne saura jamais faire mieux, malgré un second album honorable que j’avais d’ailleurs enregistré quasi intégralement (à cheval sur cette cassette et la suivante). Performance and Cocktails démarre toutes guitares dehors, avec un « Roll up and Shine » très rock suivi de « The Bartender And The Thief » qui surenchéri mais est habilement équilibré par un refrain assez pop. C’est sans doute le meilleur titre d’un disque qui se compose dès lors en majorité de power ballades bien écrites mais qui peinent à se distinguer. Kelly Jones a beau y mettre toutes ses tripes (« Plastic California »), l’émotion qui nous prenait à l’écoute de Word Gets Around ne fait ici que de rares apparitions. Performance and Cocktails manque sans doute un brin de subtilité et de diversité. Plus marquantes sont « Just Looking », rock alternatif retrouvant l’esprit du premier album, « I Wouldn’t believe your radio » où les guitares se font moins présentes et le rythme plus léger, ou éventuellement la ballade de conclusion « I stopped to fill my car up » et son piano bienvenu. Un disque pas mauvais, mais qui manque vraiment de temps forts et de reliefs, et dont j’avais surtout retenu la pochette.




