2022 Sélection #03: TRAAMS, MINAMI DEUTSCH, KING GIZZARD, Kevin MORBY, COLA
TRAAMS - Personal Best
Le début de Personal Best ne paye pas de mine : une intro instrumentale planante et un titre de post punk bien troussé mais classique de nos jours. C’est à partir de « Breathe » que la touche d’un rock indé tendance Sonic Youth vient s’immiscer par surprise dans l’album. Dès lors, tout en usant d’une formule trio éprouvée (à savoir une solide charpente de basse, une batterie linéaire et une guitare en embuscade), Traams alternera avec brio les titres de post punk saturés (avec la participation de Joe Casey des inestimables Protomartyr sur « the Late at Night ») et les chansons fleurant bon le milieu des 90’s, à l’image d’un doux « Sleeper » évoquant la grande époque de Yo La Tengo. Gagnant en qualité au fur et à mesure que les titres défilent, Personal Best atteint son sommet dans ce même style avec un irrésistible « Hallie », l’un de mes titres de l’année, et s’achève sur un « Comedown » faisant la part belle à des guitares qui ressuscitent pour un moment le défunt groupe de Thurston Moore et Kim Gordon. La fin abrupte du morceau ne donne qu’une envie : relancer le disque en zappant la première piste.
MINAMI DEUTSCH - Fortune Goodies
Derrière ce nom mystérieux se cache un groupe de Krautrock japonais qui évoque tant Can qu’on n’est guère surpris de voir au moment de rédiger cet article qu’ils collaborèrent récemment avec Damo Suzuki (1). Qu’elle soit lente ou rapide, ultra simple ou tarabiscotée, la base des titres est donc rythmique, boucle de basse et batterie répétée tout le long du morceau, sur laquelle une guitare vient improviser des soli de manière moins agressive que Michael Karoli (ce qui, de mon point de vue, n’est pas plus mal). Autre différence, le chant en japonais qui, c’est un comble, assagit plutôt la moitié des extraits (l’autre étant instrumentale). Une bonne dose de rock psychédélique (les claviers bien shootés notamment) termine de singulariser un album plutôt tranquille mais moins linéaire qu’il n’y parait, s’achevant comme un ultime clin d’œil à leur influence principale sur un morceau d’ambient.
(1) Je vais d’ailleurs écouter vite fait l’enregistrement de cet EP live, ainsi que les deux premiers albums du groupe.
KING GIZZARD & the LIZARD WIZARD - Omnium Gatherum
Enième sortie du combo Australien qui s’amuse comme jamais, attaquant par un titre de 18mn dans leur style de prédilection, le garage rock survolté, non sans l’entrecouper de quelque refrain soul. Pop, funk, metal, hip hop, rock psychédélique et j’en passe, les King Gizzard étalent avec une technique insolente leur science du riff et du son dans un patchwork certes un peu trop copieux mais dont il faut noter qu’absolument aucune minute n’est médiocre. Remarquable, une fois de plus.
Kevin MORBY - This is a Photograph
Kevin Morby nous invite à feuilleter un petit album de photos sonores en noir et blanc, chaque chanson étant une fenêtre sur un passé musical au charme désuet, ici bien plus classe que ringard. Les chœurs bluesy croisent le rock n roll, l’harmonica succède au banjo, l’orgue soul côtoie les secondes voix féminines suaves, tandis que Kevin Morby balade sa nonchalance habituelle sur la majorité des pistes, même s’il sait se montrer plus remuant comme sur le rock au parfum touareg introduisant l’album. La formule aux deux accords espacés (piano ou guitare) synonyme de torpeur est toujours trop utilisée mais elle fonctionne bien lorsqu’y est ajouté un peu de groove (« It’s Over »). S’il n’atteint pas la qualité du Singing Saw par lequel on avait découvert le songwritter américain, This is a Photograph rassure après une série de disques particulièrement soporifiques.
COLA - Deep in View
Signature surprise du label Constellation, Ought nous avait enchanté en 2014 avec More than any other Day, premier album marquant, avant de nous perdre sur les productions suivantes. Tim Darcy revient avec un trio nommé Cola, sans changer fondamentalement de style. Un rock indé précis, propre, plutôt axé sur la rythmique et un chant passe partout, ayant dans ses meilleurs moments un petit coté Strokes des débuts (« Gossamer »), mis à part sur les deux derniers titres qui convoquent jazz puis piano bar. Deep in View s’avère donc un disque sympathique mais qui, à l’image du leader ou du nom du groupe, manque un peu de caractère.




