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Pendant longtemps je me suis senti proche de George. Au sein des Beatles, il y avait John Lennon le génie créatif, Paul Mc Cartney le leader stakhanoviste, Ringo Starr le j’men foutiste rigolo, et George Harrison, celui qui était mais qui surtout aurait voulu être. Celui dont la plupart des compositions étaient écartées et qui accusait toujours un train de retard par rapport au mythique faux tandem, progressant indéniablement au fil de l’histoire discographique du groupe, mais jamais suffisamment pour en signer la chanson marquante. Sauf, peut-être, sur Abbey Road, au moment où tout est déjà terminé. Ainsi George fut-il mon ami, loser parmi les winners, et on ne s’étonnera pas que All Things Must Pass fut l’unique album solo d’un ex-Beatles à figurer sur ces cassettes (1). J’adorais ce titre qui convenait fort bien à mon état d’esprit ultra mélancolique, tout comme cette pochette en noir et blanc où Geo pose comme statufié et abandonné de tous hormis ses nains de jardin. Un peu trompeur d’ailleurs, quand on songe que All Things Must Past a été enregistré avec toute une bande de potes, et pas des manches en plus. Et c’est ça aussi qui achevait de me le rendre sympathique, cette espèce de revanche flamboyante, ce moment où la frustration accumulée pendant des années explose dans le tout premier triple album jamais paru en solo (2), 18 chansons et 5 extraits de jam sessions endiablées, immense bras d’honneur à Paul et John puisqu’il me semble qu’il enfoncera leurs premiers albums solo en termes de ventes.
Notons que, s’agissant de Geo la lose, cette revanche sera tout de même entachée d’un procès perdu pour plagiat pour le single à succès « My Sweet Lord », sorte de pop folk gospel à la sauce Hare Krishna. Ce titre est le plus connu d’All Things Must Pass, et il en est assez représentatif, tranquille, avec un soupçon d’orgue, la voix jolie et passe partout d’Harrison, et cette guitare solo au son si pur qui sublime certaines compositions mais peut aussi agacer à la longue. Très certainement l’apport d’Eric Clapton qui viendra ici tester son futur groupe, Derek & the Dominos, ce qui n’est quand même pas dégueu. Bon, vous connaissez l’histoire, il en profitera aussi pour piquer la femme de son grand pote, la fameuse Pattie « Layla » Boyd. Sacré Geo la lose, qui restera quand même en bons terme avec lui ! On trouve donc beaucoup de ballades, de douceur, de délicatesse, peu de chose qui dépasse, ni en bien ni en mal, dans cet album que j’avais (et là on peut s’en étonner) enregistré quasi intégralement. Pas mal de rock mid-tempo bien foutus, des Dylanneries (le chant de « If Not for You », écrite par Bob, est typique) avec l’inévitable harmonica, quelques compositions assez émouvantes (« Ballad of Sir Frankie Crisp (Let it Roll)» ou « Hear me Lord », toutes deux avec du piano), d’autres qu’on imaginerait fort bien interprétées (et autrement mises en valeur) par les Beatles, comme « Let it Down ». Et puis de rares pistes plus rock comme « Wah-Wah » doté d’un riff bien troussé s’éternisant en boucle avant la belle intervention de cuivres joyeux, qui font regretter que la mélancolie générale ne soit pas plus souvent brisée de la sorte. Reste la dernière partie, la jam session que pour le coup j’avais bien sabrée, mais qui en plus de secouer un peu l’auditeur engourdi lui montre la technique de musiciens qui s’éclatent ensemble et n’ont pas besoin de forcer leur talent pour accoucher de compositions écrasant les laborieux essais de certains de leurs contemporains.
La réécoute fut sympathique sans être non plus une baffe de rappel. Nous quitterons donc avec ce bon vieux George les Beatles en cette rubrique ; Bien plus tard, je comblerais mes lacunes en en ouvrant une autre, la BEATLES Beginner’s Challenge, qui me permettra d’écouter et même de chroniquer l’ensemble des albums des Fab Four. Sans pour autant prolonger avec leurs carrières solos respectives, qui me restent donc quasiment inconnues.
(1) c’est aussi le seul que je possède, en vinyle, acheté pour une bouchée de pain à l’époque où les brocanteurs ne savaient plus quoi faire de ce genre de machins…
(2) en revanche, contrairement à ce que tout le monde croit, ce n’est pas le premier album solo de George Harrison, mais le 3eme. Mais je pense que seuls les Beatlesmaniaques acharnés ont écouté les deux précédents.


