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Il y a des cassettes que j’aborde avec plus d’enthousiasme que d’autres, et il faut bien avouer que celle-ci n’était pas franchement tentante sur le papier. A commencer par Suede, groupe déjà vu par deux fois assez récemment en cette rubrique mais dont j’ai déjà complètement oublié les réécoutes. Et ce premier album, sobrement intitulé Suede, ne change rien à la donne : je pourrais exactement paraphraser mes chroniques de ses deux successeurs. Un mélange de vieux rock influencé par les Stones quand il faut faire efficace mais surtout par David Bowie, qu’on entend tous les deux morceaux sur cette grosse moitié d’album retenue (à un moment on jurerait qu’il y a une reprise de « Starman »), et de sons plus modernes type Radiohead période the Bends (1 an avant, il faut le souligner) ou rock alternatif (onirique et très bon « She’s not Dead »). Le tout porté par la voix aigüe de Brett Anderson, tantôt renversante (« Animal Lover ») tantôt irritante. En somme un premier essai assez solide, avec de belles références et quelques coups d’éclats, mais dans l’ensemble étonnamment fade vu les ingrédients qui le composent. Ou plus simplement la preuve que le courant ne passe décidément pas entre moi et la Britpop. Le plus bizarre étant que ce ne sera pas encore suffisant pour que je jette l’éponge : une 4eme tentative nous attend en fin de challenge.
Et on enchaine avec un groupe qui respire l’ennui : This Mortal Coil, le collectif fondé par Ivo Watts Russell regroupant des artistes gravitant dans la galaxie 4AD, son label. Et bien contre toute attente, j’ai plutôt apprécié ce deuxième album du groupe Filigree & Shadow (nous avions vu dans des épisodes précédents le premier ainsi que le 3eme et ultime). Certes je n’avais retenu qu’une moitié des 25 ( !!) titres du disque, certes il reste par ci par là quelques sons très datés 80’s, mais au final je me suis laissé emporter par cette rêverie instrumentale, entre dark wave, reprises de qualité (Tim Buckley, une nouvelle fois, ou celle joliment hypnotique de Colin Newman, « Alone ») et chœurs lancinants perdus dans une brume épaisse, le tout chapeauté par celui qui semble l’architecte de l’album, Simon Raymonde, guitariste de Cocteau Twins. Hormis celui-ci, peu de grands noms à l’affiche (Dead Can Dance n’est représenté que par son percussionniste qu’on reconnait entre mille sur le tribal « at first, and then »), on y perd certainement en frissons vocaux mais on y gagne une cohérence bien plus solide que sur It’ll End in Tears, de deux ans son prédécesseur. L’ensemble dégage une sombre délicatesse inattendue, qui m’a donné envie de vérifier si l’album complet passe aussi facilement (c’est le seul que je possède en CD).
Suite de la réappropriation de l’œuvre de the Cure, en tout cas dans sa première partie la plus incontestée : après la redécouverte de Seventeen Seconds en épisode #178, place à son successeur Faith que j’ai tout autant apprécié. C’est étonnant qu’à l’époque, bien que je les aie tout deux enregistrés quasi intégralement, je n’ai pas plus écouté ces cassettes ni eu envie de creuser plus loin, pour finir par abandonner complètement une discographie pourtant très régulièrement citée par les potes comme par les artistes aimés. Faith est l’œuvre d’un trio où la basse occupe une place prépondérante, liant une batterie minimaliste et glaciale à une guitare et un clavier plus portée sur l’ambiance que sur le riff. Les titres ici retenus présentent une parfaite alternance entre titres au tempo rapide, style post punk fragile (« Primary »), sympas mais moins intéressants que les titres plus lents et répétitifs en porte drapeaux noirs du style gothique (« All cats are grey »). Point culminant de ce savoir-faire d’une ambiance agréablement désolée, l’excellent « the Drowning Man » lancinant mais pas exempt d’une certaine tension portée par une guitare cyclique, tension assez peu ressentie sur les autres morceaux. Nous aurons encore deux autres occasions, et pas des moindres, de raccrocher à une discographie dont il faut décidément que j’entreprenne à nouveau l’exploration exhaustive, maintenant que la glace est rompue.



