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Blinking Lights (and other revelations)
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23 mai 2024

# 209 / 221

 

 

Il ne faut pas trop chercher à comprendre la logique de Ryan Adams, notamment en cette année 2003 où il sorti deux EP (ou plutôt deux mini albums vu le nombre de morceaux) qu’il réunira très vite en un unique disque, Love is Hell. Quoiqu’il en soit j’empruntais les EPs séparément (ce qui n’est pas plus mal puisque chacun possède dans sa version européenne deux titres bonus non intégré à l’album final), en commençant (hasard de la disponibilité à la médiathèque) par le Love is Hell Pt. 2. Je n’en avais pas tout retenu mais les titres enregistrés sont magnifiques, toujours dans le registre classique du songwritter mais avec sa patte unique, et sa voix si captivante. L’ensemble est plutôt calme, deux splendides chansons folk (« I See Monsters » et « Thank you Louise ») aux arpèges enchanteurs, un blues au piano («My Blue Manhattan ») et un autre plus rock, classique instantané de son auteur au titre savoureux (« English Girls Approximately »). Le titre bonus retenu, « Fuck the Universe », dénote avec ses sons saturés, son chant intense et son final expérimental où une poésie est lue en Français sur des sons noisy. Qu’importe, le EP jumeau qu’on retrouvera très prochainement en cette rubrique devrait sans aucun doute être de la même teneur et confirmer que nous sommes une fois de plus en présence d’un disque de haute volée.

 

Ryan ADAMS - I See Monsters

 

 

Mutations. Ce 6eme album de Beck porte bien son nom : le foutraque génie touche à tout s’est assagit, de manière assez radicale et plus tôt dans sa discographie que je ne l’attendais. Des deux tiers de titres enregistrés sur cette cassette, seul « Bottle of Blues » garde trace du blues rock bancal et joyeux émaillé d’harmonica qui était auparavant la marque de fabrique du Californien. Hormis le sympathique piano blues « O Maria » et son solo de trompette bien cool, le reste est constitué de ballades folk assez chiantes, à l’exception de  « Nobody’s Fault but my Own », avec Sitar et Tambura, qui se révèle émouvante et préfigure le chef d’œuvre Sea Change. Entre les deux figure l’album Midnite Vultures dont j’attends d’écouter avec curiosité s’il est une transition logique ou s’il présente une facette complètement différente de Beck. Nous verrons cela dans quelques épisodes.

 

BECK - Nobody's Fault but my own

 

 

 En 2002 sort Folklore, dernier album de 16 Horsepower, et il sent un peu le sapin, avec ses reprises et ses compos timides à mille lieux de l’exceptionnel Secret South paru deux ans auparavant. Peut-être qu’officieusement le groupe est déjà mort, les chemins ayant bifurqué, David Eugene Edwards et son Wovenhand (premier album éponyme en 2002) d’un côté, la paire rythmique Pascal Humbert et Jean-Yves Tola  et leur Lilium de l’autre, avec un premier album sorti en 2001. En 2003, j'emprunte le successeur Short Stories à la médiathèque faute de nouveau disque de 16HP. C’est un très bel album à l’ambiance crépusculaire, Americana dépouillé tout en arpèges, claviers, cordes et percussions, la bande son d’un soleil se couchant sur un endroit désertique. Je ne sais pas exactement ce qu’englobe le style musical ''Ethereal'', mais ça semble parfaitement convenir à ce Short Stories. Globalement Humbert tient basse et guitare, Tola s’occupe du piano et de la batterie, et des invités viennent à tour de rôle chanter les paroles qu’ils ont écrit pour accompagner la musique du duo, ce qui apporte une diversité de nuances bienvenue tout le long du disque. Hormis David Eugene qui pose sa voix de prophète sévère sur le lent et désolé « Whitewashed », les interprètes ne sont pas très connus mais leurs chants (souvent doublés) sont très beaux, à l’image de celui de Kal Cahoone, seule touche féminine qui introduit superbement l’album sur « If they Cheered » ou de Daniel Mc Mahon sur la ballade déchirante « Sense & Grief ». Restant dans cette tradition des grands espaces, Lilium s’autorise quelques virages vers le folk blues (« Lover », sans doute le titre le plus mémorable), le blues jazzy (« Sorry ») voire un petit instru jazz plus ensoleillé, avec du saxophone (« Cavalcade »). Tout ceci passe fort bien jusqu’au final « the Trap », morceau feutrés aux arpèges subtilement réverbérés qui s’intensifie progressivement, tout en restant bien sûr dans la mesure qui caractérise l’ensemble. Sans atteindre la beauté parfaite de Felt, 3eme (et hélas dernier) album du groupe, Short Stories est tout de même une merveille dont il faut réserver l’écoute à des moments choisis et égoïstes.

 

LILIUM - Sense & Grief

 

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Commentaires
T
En général, j'ai envie de croire que les œuvres doivent se suffire à elles-mêmes, mais il faut bien avouer que c'est rarement le cas en matière de musique pop et que bien souvent, les coulisses nous en apprennent autant que les albums. Par exemple, savais-tu qu'en 2017 Billy Corgan avait claqué toute sa thune dans une ligue de catch et que du coup, comme par hasard, quelques mois après, il rappelait les Pumpkins d'origine ? :-D<br /> <br /> J'aime beaucoup Rock'n'Roll, voire l'adore, en fait plus je vieillis plus j'apprécie les albums power-pop/FM de Ryan Adams alors que ça m'indifférait plutôt il y a 20 ans. Malheureusement il a l'air d'être entré dans une autre phase et de toute façon comme il n'a plus de groupe depuis qu'il a été "cancelled", il ne risque plus de les jouer sur scène (tu me diras, il ne les jouait déjà pas avant, j'avais été le voir en 2012 avec les Cardinals alors que je l'avais déjà vu en solo 6 mois plus tôt, quasi uniquement pour entendre des "So Alive", "Shallow", "Magick", "P.S." et j'ai entendu... plus ou moins les mêmes titres que 6 mois avant, mais dans des versions plus musclées).<br /> <br /> Tu as raison de pas aimer Beck ^^ Ce mec est une fraude, c'est d'ailleurs un peu ce qui faisait son charme. Avec le recul, c'est un peu la caricature du mec qui a rencontré le succès mainstream et surfant des trucs à la mode sur des scènes indé auxquelles on avait forcément moins accès en ce temps-là.
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ah ah, sacré Billy. Pour les reformations de vieux groupes en général il y a des raisons peu avouables. La plupart du temps un divorce qui a coûté cher, mais le catch, ça c'est original !<br /> tiens, ca rejoint un peu ton com facebook sur les Libertines/ peut être qu'un "retour des Libertines" était plus vendeur qu'un "nouvel album solo de Pete Doherty. N'anticipons pas, les Libertines arrivent bientot dans cette rubrique :)
T
Cet épisode est très marrant car il a un lien invisible, sauras-tu le retrouver ? :-)<br /> <br /> Naaan, je ne vais pas te faire lanterner : le lien c'est que Beck et Ryan Adams ne peuvent pas se blairer suite à une rivalité amoureuse, la copine de Beck l'ayant plaqué pour Ryan Adams, ce qui a très largement inspiré au premier l'écriture de... Sea Change, que tu cites dans le billet. Je me demande même (mais là c'est pure spéculation de ma part vu la volatilité sentimentale d'Adams), si ce n'est pas la même fille qui a inspiré Love Is Hell un an et demi plus tard. Parenthèse pipole refermée.<br /> <br /> Concernant la parution de Love Is Hell en deux EPs, il y a en réalité une logique très simple qui est que le label a refusé de sortir l'album. A l'époque Adams est en pleine bourre et Lost Highway veut capitaliser sur le succès de Gold et de Demolition (qui s'est moins bien vendu dans l'absolu mais dont "Nuclear" a pas mal cartonné), on lui demande donc littéralement de publier "un truc plus commercial". Il accepte à condition de publier quand même Love Is Hell sous forme d'EPs et tu connais je pense la suite : il prend la demande du label au pied de la lettre en sortant l'ineffable Rock'n'Roll (le même jour que Love Is Hell, pt. I). Ce sera réédité plus tard en version "intégrale" une fois que Lost Highway aura eu le temps de réaliser que les critiques de Love Is Hell étaient dix fois meilleures et que ce truc à petit tirage sur lequel ils ne misaient pas un centime était en train de devenir un best-seller... sur les sites de p2p.<br /> Sur le fond, je trouve Love Is Hell splendide, et dans le même temps je ne l'aime pas autant que d'autres, je ne suis pas fan de sa prod très "vaporeuse", on dirait qu'il essaie de singer les productions de Nigel Godrich (ce qui nous ramène encore à Beck, d'ailleurs), c'est assez flagrant surtout sur le premier EP. D'un côté ça le place à part car même dans une discographie aussi touffue que la sienne, il n'y a rien qui ressemble à "Political Scientist" ou "The Shadowlands", et à chaque fois que je l'ai vu sur scène depuis, les chansons de Love Is Hell (le plus souvent "English Girls" et "I See Monsters") étaient les plus attendues et applaudies, mais de l'autre, je ne prends pas énormément de plaisir à écouter l'album en entier, je le trouve un tantinet chiant sur la longueur.<br /> <br /> Beck va nous ramener à un sujet que tu adores, celui du reniement. Parce que s'il y a bien un artiste que j'ai adoré durant des années et que j'ai cessé d'écouter du jour au lendemain, c'est Beck. Alors petite nuance, je ne renie pas vraiment les albums des 90's, par contre je n'ai vraiment rien à carrer de ce qu'il fait aujourd'hui (je me suis fait ses disques les plus récents il y a quelques mois, ça m'a totalement indifféré). Et Mutations est sûrement l'album du virage, même si ce n'était pas évident à l'époque. Avec le recul, c'est l'album de la normalisation, tout est très lisse, il n'y a qu'un titre qui conserve une forme de folie à la Mellow Gold/Odelay ("Diamond Bollocks"), et encore dans une version très assagie. Si je ne dis pas de connerie, ce devait être un de ses albums parallèles (on l'a un peu oublié mais à l'époque Beck avait un deal unique dans l'histoire de la musique qui l'autorisait à publier ce qu'il voulait sur des labels indés obscurs - typiquement : One Foot in the Grave - du moment qu'il publiait son quota d'albums chez Geffen) que Geffen a repêché à la dernière minute au vu de sa qualité... très bon move du label au vu du succès qui a suivi, mais je ne suis pas loin de penser que ce succès est ce qui a tué le Beck chtarbé et imprévisible des débuts.<br /> <br /> Ça fait longtemps que je n'ai pas écouté Lilium, je garde surtout un très bon souvenir de leur troisième album (Felt, il me semble), mais je vais me ressortir ça tiens...
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merci pour ce long commentaire, tes anecdotes sont excellentes ! Je connais d'une manière générale assez peu les arrangements entre labels et artistes, mais c'est vrai que cela permet souvent d'avoir un éclairage plus pertinent sur certaines discographies (genre certains mauvais albums d'une discographie jusqu'alors irréprochable et dont on apprend que le groupe l'a juste torché pour honorer une fin de contrat). <br /> Je n'ai rien remarqué de spécial sur la prod de Love is Hell. Et je me le suis réécouté en CD (après avoir chroniqué la part 1 qui arrive au prochain épisode), j'aime quand même beaucoup même si je concède qu'il est trop long et qu'il y a quelques titres passables. Et j'adore Rock N Roll (oui moi un truc aussi commercial que So Alive ca me fait pas peur bien au contraire), je pense que je citerai ton anecdote dans ma chronique, il est sur une des prochaines cassettes....<br /> <br /> Quand à Beck je n'ai vraiment accroché qu'au Sea Change (ce qui équivaut un peu à dire que j'aime pas Beck), que je réécoute toujours avec grand plaisir. Et effectivement j'avais jeté une oreille sur Morning Phase et sur Colors, quelle daube! et je l'avais vu en concert à un festival sur cette tournée c'était ultra chiant.<br /> <br /> Pour Lilium oui c'est le 3eme album Felt qui est le meilleur, c'est un de mes disques fétiches que je pose régulièrement sur la platine, quand l'ambiance s'y prête.
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