# 217 / 221
/image%2F0404514%2F20241115%2Fob_2de651_217.jpg)
/image%2F0404514%2F20241115%2Fob_47bdf2_217-r-990374-1486238370-3046.jpg)
Des albums de l’âge d’or de Ryan Adams, il ne restait que ce Rock N Roll à chroniquer, et c’est donc à cet épisode que nous allons quitter notre cher songwritter Américain. Non sans laisser la parole à un de ses plus fervents spécialistes qui se trouve être lecteur de mon blog, ce qui est un coup de chance inespéré tant les fans français de Ryan ne courent pas le web. Thomas, puisque c’est de lui dont il s’agit, répondait à mon interrogation en épisode # 209 sur la sortie initiale de Love is Hell en deux EPs, commentaire portant un éclairage savoureux sur ce Rock N Roll. Je le cite : « Concernant la parution de Love Is Hell en deux EPs, il y a en réalité une logique très simple qui est que le label a refusé de sortir l'album. A l'époque Adams est en pleine bourre et Lost Highway veut capitaliser sur le succès de Gold et de Demolition (qui s'est moins bien vendu dans l'absolu mais dont "Nuclear" a pas mal cartonné), on lui demande donc littéralement de publier "un truc plus commercial". Il accepte à condition de publier quand même Love Is Hell sous forme d'EPs et tu connais je pense la suite : il prend la demande du label au pied de la lettre en sortant l'ineffable Rock'n'Roll (le même jour que Love Is Hell, pt. I). Ce sera réédité plus tard en version "intégrale" une fois que Lost Highway aura eu le temps de réaliser que les critiques de Love Is Hell étaient dix fois meilleures et que ce truc à petit tirage sur lequel ils ne misaient pas un centime était en train de devenir un best-seller... sur les sites de p2p. »
Ainsi donc Rock N Roll a été spécialement écrit pour être mainstream et on ne s’étonnera pas que c’est donc… un de mes Ryan Adams favori. Plus encore, le single « So Alive », tube de rock FM mélodique porté par un chant de bellâtre à faire se pâmer les midinettes est un titre que j’adore et dont je ne me suis jamais lassé. Ce n’est pas un cas unique de ce style sur l’album, citons « Luminol » ou même « Hypnotixed » qui se paye le luxe d’être une bonus track pour le marché Européen. Pour le reste, l’album porte bien son nom, naviguant entre du pur garage où Ryan sort sa plus belle voix éraillée, du pop rock aux vagues parfums glam, des titres plus appuyés flirtant avec le metal et de la power pop mélodique évoquant le Radiohead de the Bends (« Anybody wanna take me home »). Bref des compostions alliant arpèges, tempo rapide et chant mélancolique, soit donc la quintessence de ce que j’ai toujours aimé. Ce sacré Ryan s’offre toutefois une bonne blague en intitulant « Rock N Roll » la seule ballade du disque (très joli titre piano/voix au demeurant) (1). Avec le doublé Love is Hell / Rock N Roll, 2003 reste sa dernière grande année, mais sa prolifique carrière ( euphémisme, rien qu’en 2024 il a sorti 5 albums (2)), si elle est difficile à suivre intégralement, recèle bien des joyaux, malheureusement très difficiles à savourer autrement qu’en streaming depuis la révélation que Ryan Adams n’était pas seulement un songwritter extrêmement doué mais aussi un gros con.
(1) et que penser de la pochette alternative du Vinyle ? bref, je suppose que ces trucs trop gros pour être vrais sont des messages parfaitement réfléchis, mais seul un Adamsologue expert pourrait éclairer ma lanterne.
(2) Edit: le 6eme est sorti le temps de publier cette chronique
/image%2F0404514%2F20241115%2Fob_bd9d6d_217-r-12676985-1544604108-6915.jpg)
On continue tranquillement la discographie de Pulp avec un troisième album complètement barge, retenu seulement pour moitié sur cette cassette. Le début de Separations évoque les alternances de son prédécesseur, avec un « Love is Blind » très Bowie glam aux refrains éclatants suivi de « Separations » à l’ambiance menaçante, chant tragique sur fond de violons obsédants. Mais les sons électroniques et les claviers 80’s vont ensuite envahir les pistes, pour de l’Electro-Danse théâtrale flirtant avec le disco (« Death II »). Cela aurait pu être fun et intéressant mais les compositions sont interminables et on s’ennuie régulièrement. Je suis assez curieux de savoir comment le disque a été accueilli à l’époque et ce qu’en pensent les fans de Different Class ou This is Hardcore….
/image%2F0404514%2F20241115%2Fob_619038_217-r-1136144-1239632846.jpg)
Un jour je consacrerais un article à Howe Gelb, ce musicien mythique, qui enregistra une quantité astronomique de disques aux quatre coins du globe, en solo ou avec son groupe protéiforme Giant Sand. Je ne sais plus pour quelle raison Howe atterrit au Danemark, pianotant à droite et à gauche, finissant par s’acoquiner avec la scène locale, prolongeant indéfiniment son séjour jusqu’à se marier avec une Danoise. C’est cette mouture du groupe qui en 2004 sort le bien nommé Is all over the Map, aussi foutraque que la discographie du vieux roublard américain. On y trouve du folk déglingué, du rock indé saturé, les deux pouvant être bardés de solos noise erratiques surgissant par surprise. Du blues, du piano bar de fin de soirée bien chargée, des petites pièces mélancoliques comme de la country marrante. Ressurgit dans une nouvelle version le splendide « Cracklin Water » autrefois découvert sur l’indispensable unique album d’OP8, et pourquoi pas deux versions du titre « Classico » (qui deviendra bien un classique du groupe), dont une avec Vic Chesnutt. Et puis une reprise à l’arrache du « Anarchy in the UK » des Pistols avec sa fille au chant, entre deux p’tits blues peinards. On y croise d’autres grands noms du rock indé, au gré des soirées, on est comme avec des potes qui jamment pour le plaisir, sans vraiment avoir l’impression de faire un album. C’est tout aussi agréable que perturbant, c’est un exercice de lâcher prise auquel nous sommes invités, en habitués du bonhomme. Un jour ces chansons ressortiront sous une forme ou une autre, en Espagne, à Tucson ou à Paris. Sous son chapeau Howe Gelb nous lancera un regard amusé, et, un sourire en coin, nous raconteras une histoire de musicien voyageur sans qu’on sache la part de vérité et de légende, avant d’attaquer de sa voix grave et inimitable un standard ou une chanson oubliée de tous.