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Blinking Lights (and other revelations)
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5 juillet 2015

Les MARQUISES - Jeudi 19 Janvier 2012 - Kraspek Myzik - LYON

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Notre deuxième maquette enfin achevée, il est temps pour Hello Darkness de refaire quelques concerts, et donc de démarcher différents lieux susceptibles de nous accueillir, lieux incroyablement peu nombreux pour une grande ville comme Lyon. Nous devions passer  au Kraspek Myzik nous présenter et étudier la configuration de la salle, autant faire d’une pierre deux coup en y allant pour un bon concert, en l’occurrence celui des Marquises. Si l’album Lost Lost Lost m’avait séduit, sans forcément me bouleverser, les videos live entrevues chez mes amis de Next m’avaient plutôt laissées sceptique, et je me demandais si cette musique construite en home studio avait un intérêt à être interprétée sur scène. Une question légitime, puisque Jean Sébastien Nouveau, compositeur et interprète principal des Marquises, m’avoua avoir longtemps hésité à donner des concerts, ce qu’il n’avait pas du tout envisagé au départ.

 

Je rentre avec Damien dans le bar associatif : la scène est minuscule, à se demander comment un batteur va pouvoir officier correctement, mais le lieu est très agréable et chaleureux. Une bière à la main, nous écoutons tranquillement Paloma, un gars qui joue sur de classieuses guitares anciennes un folk qui va bien avec sa barbe. Il accompagne ses beaux arpèges d’un chant hasardeux, mais sa voix a la gravité et la profondeur qui sied aux compositions, l’inscrivant dans la lignée des descendants de Bill Callahan. Les pauses accordage entre les chansons sont un peu longuettes, mais l’homme (qu’on a du mal à appeler Paloma) semble rompu à l’exercice et comble l’attente de petits discours cyniques. S’il nous explique avoir tenté de contrer l’aspect triste d’un morceau en y ajoutant des accords majeurs et des plans jazzy, la totalité du set est mélancolique : un concert plaisant même s’il manquait un peu d’originalité pour que Paloma se démarque des multiples artistes du genre. Christian Quermalet viendra prêter main forte à l’artiste sur les deux derniers morceaux, pour un final plus rythmé et intensif.

 

Christian Quermalet, ex batteur des Married Monk (un groupe que je n’ai jamais écouté), a rejoint Jean Sébastien Nouveau pour la tournée des Marquises. Et il a répété sur ma batterie ! (enfin, la ruine qui me servait de batterie) Tout le monde s’en fout, mais moi ca me fait bizarre d’avoir le numéro d’un gars dont j’ai adoré la collaboration avec Yann Tiersen (le superbe EP Tout est Calme) et que j’ai écouté admiratif chanter « les Jours Tristes » sur la scène de l’amphithéâtre de Fourvière.

 

Bref les Marquises se sont installés (imbriqués ?) sur la scène du Kraspek : voilà qui doit les changer de celle du Transbordeur, où ils ont fait la première partie d’Ana Calvi. Jean Sébastien est assis devant ses claviers, son frère Julien est appuyé contre un mur avec sa basse devant d’autres claviers et appareils et un trompettiste très baraqué s’est mis debout derrière JS. Quant à Damien et moi, nous nous sommes assis juste devant la scène. Le groupe et le public, une grosse cinquantaine de personne remplissant le petit bar, attendent Christian Quermalet qui se faufile enfin au milieu de tout le monde pour rejoindre sa batterie et sa collection de balais et baguettes en tout genre. Comme sur l’album, c’est « Only ghosts » qui lance la machine d’un concert beaucoup plus rythmé que ce que j’attendais. Les morceaux, assez longs, naissent ou renaissent dans un brouillard de notes expérimentales, chaque membre du groupe y participant, parfois au moyen d’instruments improbables, magnétophones, kazoo, ou clefs tapées sur une table. Puis un rythme se met en place, et du brouillard émerge un titre hypnotique, adjectif que j’avais utilisé pour chroniquer le disque mais qui prend ici tout son sens. Les Marquises parviennent à amener leur auditoire dans cet espace étrange situé entre rêve et réalité, où l’esprit brusquement décroche du concret et s’évade. Les glorieux noms du sticker apposé sur le disque sont plutôt judicieux : Can pour la batterie répétitive, Third Eye Foundation pour les territoires dessinés, Robert Wyatt pour la délicatesse des claviers et de la voix… Le trompettiste vient enrichir l’ensemble de ses envolées d’autant plus savoureuses qu’elles sont ponctuelles, et apporte parfois son soutien au chant ou au tambour. Le moment le plus intense du concert est le bien nommé « Comme nous brulons », dans une version prolongée où les quatre gars entrent presque en transe (j’en étais aussi), soutenant par des percussions violentes le jeu infernal de Christian Quermalet. A vrai dire, cela fait alors bien longtemps que nos doutes sur la retranscription scénique de Lost Lost Lost se sont envolés, mais on s’aperçoit alors que le concert est tout simplement énorme. La timidité et le trac de Jean Sébastien, qu’on ressentait plus qu’on ne voyait en début de concert, ne sont qu’un lointain souvenir… La totalité de l’album est interprété, et le concert se termine après un excellent morceau inédit joué en rappel : le temps est passé à une vitesse folle. Le public, qui semble conquis, reprend peu à peu pied avec la réalité alors que les lumières se rallument et que les membres du groupe le rejoignent tranquillement.

 

Après avoir salué Damien, aussi enthousiaste que moi, j’ai une discussion sympathique avec Jean Sébastien et Cédric, l’un des programmateurs de l’indispensable Epicerie Moderne (quelques noms savoureux sont lâchés…) Je souhaitais parler un peu batterie avec Christian, mais celui-ci est bien trop occupé à programmer la playlist de la soirée pour m’accorder la moindre importance. Pas de quoi gâcher cette très bonne soirée d’autant que je choppe le dernier metro, celui avec plein de gens bourrés dedans, et que moi, avantage du vieil âge, je ne suis pas du tout bourré….

 

 

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