Les Propositions d'HELLO DARKNESS #16 (Février 2015)
Après un mois de relache, retour des propositions du mois d'Hello Darkness. Enfin, de Julien surtout, le seul qui a eu le temps et l'inspiration pour dénicher quelques nouveautés intéressantes. En espérant que le mois prochain propose des choses plus enthousiasmantes à Damien et moi....
BELLE AND SEBASTIAN - Girls in Peacetime Want to Dance
En écoute: DEEZER
Proposé par Julien.
La (bonne) chronique de Julien: PINKUSHION
Mon avis:
Chaque année, ils étaient là. Les populaires, les rebelles, les leaders étaient mariés, s’étaient rangés, ou s’étaient tout simplement volatilisés. Mais les gentils, eux, étaient fidèles à un rendez-vous que, du coup, vous rechigniez à honorer de votre présence tant il était devenu progressivement convenu. Voilà ce qu’évoquent pour moi les Belle & Sebastian, des anciens potes qu’on revoit par tradition en souvenir du bon vieux temps, mais sans véritable motivation. Parce que the Boy with the Arab Strap est un album important pour moi (et non If You’re Feeling Sinister, comme la plupart des fans, ce qui dit déjà quelque chose sur mon rapport au groupe), j’ai longtemps cru que Belle and Sebastian était un groupe important pour moi. Mais en fait, il n’y a guère que the Life Pursuit qui m’avait par la suite semblé digne d’achat, sans que je ne le ressorte guère des étagères depuis 2006. Presque dix ans donc, pendant lesquels les Ecossais ont sorti toutes sortes de compilations, noyant un Write About Love dont on a peu parlé- je ne me souviens même plus si je l’ai écouté ou pas – bref, provoquant de plus en plus l’indifférence des afficionados musicaux ayant bien d’autres groupes plus excitant sur lesquels se concentrer.
Jusqu’à ce Girls in Peacetime want to Dance conseillé par Julien, puis par mon frère, puis chroniqué un peu partout à ma grande surprise. De quoi me donner envie d’y retourner par curiosité, d’autant que les chroniques en question affichaient des avis extrêmement divers. Et bien malgré un nombre important d’écoutes, je ne sais moi-même pas trop sur quel pied danser. Faut-il souligner l’audace de ce style electro très éloigné des habitudes de B&S, ou regretter la laideur de certaines sonorités dance ? Faut-il savourer ce savoir-faire dans les pop songs délicates fleurant bon les débuts du groupe, ou soupirer au côté prévisible de titres toujours aussi fades et gentils ? C’est d’autant plus difficile à discerner que chacune des facettes développées sur cet album comporte ses forces et ses faiblesses, l’eurodance se révélant parfois réjouissante à notre corps défendant (« Enter Sylvia Plath », malheureusement irrésistible), mais rappelant parfois les douloureuses égéries des 80’s (« the Power of Three »), tandis que la pop plus classique chez les écossais déclenche les réactions habituelles de bonheur (« Nobody’s Empire ») ou de pur ennui (« Ever had a little Faith ? »). De quoi me faire douter de ma première impression qu’une franche séparation des styles aurait été plus bénéfique à l’album que ce va et vient permanent. Pire, l’indéniable talent de songwritting et d’arrangement de la bande rattrape au vol certains titres mal barrés, comme cette guitare saturée sauvant in extremis un « the Book of Love » au vieux gout rance d’Abba ou le refrain méditerranéen relevant joliment le tranquille « the Everlasting Muse ».
Il faut reconnaitre que la plupart des titres résistent étonnamment bien au fil des écoutes, et qu’il y a quelques véritables perles sur Girls in Peacetime want to Dance. Citons le long « Play for Today », mélange réussi des couleurs du disque, qui utilise l’electro un peu de la même manière qu’Arcade Fire sur Reflektor. Ou le calme et rêveur « Today (this Army’s for Peace) » clôturant magnifiquement l’album et entrant directement dans mes favoris de Belle and Sebastian.
Si on tente une synthèse, on dira que le dernier album de la bande à Murdoch est un disque globalement agréable, comportant quelques passages médiocres, mais qu’on écoute chaque fois avec plaisir. Soit donc exactement la même conclusion que pour the Life Pursuit, repassé d’ailleurs sans souci pour l’occasion. Mais qui, rappelons-le, n’a pas beaucoup vu la platine ces dernières années. De là à en conclure que c’est le destin qui attend inévitablement Girls in Peacetime want to Dance….
KING GIZZARD & THE LIZARD WIZARD - I'm Your Mind Fuzz
En écoute: DEEZER
Proposé par Julien.
Mon avis:
C’est d’abord le son garage qui déboule sur « I’m your Mind », un tempo rapide et une grosse basse répétitive fleurant bon les groupes modernes qui font mal à la nuque, style Parquet Courts. Mais, comme le laissait supposer l’improbable nom du groupe et la pochette tout aussi improbable de ce I’m Your Mind Fuzz, le psychédélisme vient rapidement mettre son grain de folie au travers de sons de guitare wahwahtés et de voix vaporeuses, ainsi que d’une production lorgnant vers les 70’s et usant de tous les artifices du style, des 4 premiers titres enchainés sans qu’on s’en aperçoive (avec reprises épisodiques d’un même thème) aux morceaux s’achevant dans des ralentis chewingumesques. Rajoutons à ça que les Australiens sont 7 et comptent dans leurs rangs un harmonica et une flute traversière, on commence à bien sentir la Marie Jeanne dans le coin (et c’est uniquement parce que le LSD n’a pas d’odeur).
Dans cette ambiance décalée de grosse blague rendue sérieuse par une technique irréprochable (ou l’inverse), on pense à l’immortel Gong qui n’aurait pas renié un morceau intitulé « Cellophane ». Ou, plus proche de nous, au trio d’Akron/Family dans leur coté délirant et insaisissable, bien que les King Gizzard and the Lizard Wizard soient un peu plus prévisibles. On peut d’ailleurs regretter que l’album, après le génial « Am I in Heaven », s’embourbe légèrement dans des titres aux tempos plus lents qui, s’ils ont un indéniable charme retro, sont quand même moins enthousiasmants. I’m your Mind Fuzz reste malgré tout un disque hautement recommandable, de ces curiosités confidentielles qui nous donnent le sentiment, de plus en plus rare, d’être encore dans le coup musicalement (même si on le doit uniquement à la chance d’avoir un pote disquaire…)
MOTORAMA - Poverty
En écoute: DEEZER
Proposé par Julien.
La chronique de Julien: PINKUSHION
Mon avis:
Grand fan des leaders de la renaissance Cold Wave en ce début de siècle - tout le monde aura identifié Interpol - et bien plus à l’affut que moi en ce qui concerne les nouveautés, mon frangin Ben n’avait pas manqué de me conseiller via Facebook d’écouter Motorama, dont le troisième album nouvellement sorti lorgne effectivement avec insistance du côté du Manchester glauque du début des années 80, avec ce petit bonus savoureux consistant à venir du pays le plus à même d’illustrer ce style musical, à savoir la Russie. Malheureusement, et il est temps de vous l’avouer chers amis virtuels, je n’écoute que 1% des chansons postées sur Facebook, et c’est donc Julien, à l’aide d’un argument autrement plus convainquant (une place de concert gratuite) qui m’aura finalement fait découvrir Poverty.
L’album navigue entre la Cold Wave dans sa plus pure forme ou un registre plus mélodique évoquant the National, suivant que la basse écrase toute concurrence (« Dispersed Energy », « Old ») ou que les guitares soient mises à l’honneur (« Heavy Wave »). L’interprétation est sans faille, et chaque membre du quintet apporte sa pierre bien taillée à l’édifice menaçant, à l’exception d’un clavier dont le son se révèle assez irritant au fil des écoutes sur certains morceaux. Quant au batteur, il est si précis et si régulier qu’on eut pu le remplacer par une boite à rythme. Et c’est bien là la limite de la technique, car malgré plusieurs morceaux terribles (notamment un excellent dernier tiers), l’ensemble manque un peu trop de personnalité pour espérer nous accompagner plus loin que le prochain hiver (ce qui est déjà pas mal…)


