This Is Not A Love Song Festival (Part 3) - Dimanche 31 Mai 2015 - Nimes
Sur le papier, cette soirée du dimanche était largement moins enthousiasmante que les deux précédentes. Seul le groupe Viet Cong me tentait vraiment, et cotés découvertes, the Soft Moon conseillé par Nini tombait justement au même moment et Allah-Las était programmé beaucoup trop tard. Je me rendis compte assez vite qu’Interpol, dont j’aurai bien pris quelques nouvelles (je ne connais que leurs deux premiers albums) à cette occasion, jouait aussi un peu tard pour qu’on puisse envisager sereinement un retour sur Lyon après leur concert (conduire entre 0h30 et 3h30, pas très raisonnable…) Nous avions donc décidé d’en profiter pour glander sur le site du Tinals que nous apprécions bien, mais suite à une prolongation gracieusement accordée par la proprio, notre farniente se fera dans notre jardin, au calme. Dur de décoller, mais nous voilà quand même en route, guère plus tôt que la veille. Interpol semble avoir rameuté pas mal de monde puisque le parking est plein, on se garera donc à l’arrache un peu plus loin. Nous nous posons avec une bonne bière dans l’agréable patio situé entre la Grande Scène et le Club, dans lequel joue actuellement un groupe bien bourrin. Je le sais parce que les concerts du Club sont retransmis dans le patio, ce qui est plutôt une bonne idée, d’ailleurs je me motive rapidement à aller voir ce qui se passe à côté.
Le trio qui joue si fort s’appelle Weedeater, et est composé d’un batteur disposé de profil au milieu de la scène qui fait le show à grands renfort de jonglage de baguettes, d’un bassiste chanteur barbu et cradingue beuglant autant qu’il postillonne sur la droite, et d’un guitariste moins remuant sur la gauche. Le premier titre auquel j’assiste est une sorte de stoner metal au tempo relativement lent, qui donne tout loisir au batteur de cogner comme un malade en faisant de grands bonds, tout en lançant ses baguettes en l’air avant chaque coup, voire en les faisant rebondir par terre. Le chanteur surjoue le cradingue qui mollarde et boit au goulot son whisky en en pulvérisant une partie sur les premiers rangs du public, bref le spectacle est assuré, l’objectif étant sans doute de camoufler une compo facile et sans beaucoup d’intérêt. Des quatre chansons que j’ai vues, il y en aura deux de ce style et deux aux tempos bien plus relevé que j’ai trouvé plus sympa. Malgré tout la musique de Weedeater manque sacrément d’originalité, c’était amusant à voir un petit moment mais loin d’être inoubliable.
Je reste au Club puisque le concert que j’attends va s’y dérouler immédiatement après. Intéressé par le buzz qui a suivi la sortie de Viet Cong, j’ai trouvé l’album assez inégal, avec de bons passages mais pas mal de trucs qui m’ont semblé un peu lourdingues. Le batteur porte un T-Shirt du Tago Mago de Can, tandis que celui d’un guitariste cite le groupe Yes, ce qui je trouve est finalement un assez bon résumé des qualités et des défauts de Viet Cong. Dans les quelques moments où le jeune quatuor balance un krautrock binaire et bruyant, il est bougrement convainquant, mais lorsqu’il s’entiche à vouloir absolument complexifier ses rythmes et ses mélodies de guitares, toute spontanéité s’envole, et Viet Cong, carré mais réfléchissant trop, perd son public. Le concert a donc du mal à décoller et ne me séduit totalement qu’à de brefs moment, tout du moins jusqu’au dernier titre. Car « Death », étalant ses 15 minutes (soit quand même le tiers du show) en plusieurs parties variées, sera l’un des meilleurs morceaux joué ce week end. L’énergie et la puissance déployée par Viet Cong à cette occasion balaiera la distance prise avec le groupe au fil d’un concert soudain réhabilité. Cela dit un groupe dont l’intérêt tient essentiellement sur un titre a un avenir limité, et Viet Cong devra mettre les bouchées doubles sur son prochain disque pour capter mon attention durablement.
Une accumulation de clichés peut-elle faire un bon concert ? Oui si cela est parfaitement assumé et proposé avec un second degré réjouissant. C’est ce que je me disais alors que je m’avançais vers la grande scène extérieure, captivé par le concert de Foxygen que j’avais rejoint par simple curiosité. Pourtant, les chansons étaient un improbable foutoir dont on avait le plus grand mal à détecter le début ou la fin, desservies en plus par un son pas terrible (et incroyablement fort). Mais impossible de décrocher d’un spectacle tenant aussi bien du théâtre, du concert ou du show à l’américaine, mais en caricaturant tout ça avec un humour qui m’a séduit. Foxygen réhabilite les choristes (elles sont trois sur le devant de la scène, enchainant les chorégraphies sportives mais assurant bien coté chant aussi), la veste à frange et le guitariste au cheveu long, neuf personnes sur scène pastichant les grands groupes des 70’s dans un style que je n’avais vu qu’en VHS jusqu’alors. Le chanteur est surtout là pour faire le con et entrainer le public, c’est une sorte de mélange entre Mick Jagger et Benoit Poelvoorde dans Podium (même s’il tient surtout du second), surjouant avec délectation les rock stars tout en multipliant les pas de danse ridicule. Le seul truc que j’ai trouvé dommage, c’est qu’il soit un relativement médiocre chanteur, ce qui l’oblige à rester dans le registre de la caricature là où ses musiciens, derrière leurs blagues de potache, savent aussi balancer de vrais bons moments de rock à l’ancienne. Musicalement, c’est un défilé de séquences ultra classiques switchant sans cesse du rock à la soul en passant par le disco, le tout entrecoupé de sketches, à tel point qu’il est difficile d’y comprendre quoi que ce soit. Pas sur donc que j’y sois sensible sur disque, mais le groupe ne se prenant pas une minute au sérieux, j’ai trouvé ça surprenant et enthousiasmant sur scène.
Ça sent la fin mais aucun de nous n’a vraiment envie de partir. Nini et Nono iront se prendre une bonne dose de punk avec les Teenanger au Club, tandis que j’assisterai à la fin du concert de Drenge dans la grande salle. Ce trio qui m’est parfaitement inconnu propose un grunge très classique, à tel point que je me suis demandé comment ils pourraient s’affranchir de la référence de Nirvana. J’ai plutôt apprécié, surtout le dernier titre, assez long (sans doute pour ça qu’ils sont qualifiés de Post Grunge), et j’essaierai d’écouter leurs deux albums (dont Undertow, sorti cette année).
Il est temps pour nous de regagner notre voiture, pour une arrivée sur Lyon prévue vers 2h du matin. Malgré quelques petits soucis d’organisation, nous avons progressivement investi les lieux et repartons ravis de notre week end. Si le This Is Not A Love Song n’aura pas été irréprochable, c’est quand même un fantastique Festival dont la programmation, je le répète, ridiculise celle de ses concurrents français. Chaque jour m’aura apporté son lot de satisfaction, le meilleur concert le Vendredi, une haute dose de bonne musique le Samedi et des découvertes le Dimanche. Notre trio est partant à 100% pour l’édition suivante (en espérant de mon côté qu’ils évitent la prochaine fois le 30 Mai, histoire de ne pas laisser une nouvelle fois ma femme seule avec les enfants le soir de son anniversaire). Avant de quitter Nîmes pour cette année, petite pause au McDrive de l’autre côté de la route. Les échos du concert d’Interpol nous arrivent aux oreilles alors que nous mangeons sur le parking (suivant le sens du vent, le son est même très correct), et je savoure un beau « Leif Erikson » avant de repartir vers la vraie vie, ses joies et ses emmerdes….
Setlist Viet Cong: Throw It Away – Silhouettes - Bunker Buster - Newspaper Spoons - Continental Shelf – Death
Setlist Foxygen: We Are the 21st Century Ambassadors of Peace & Magic - On Blue Mountain - Coulda Been My Love - Can't Contextualize my Mind - Hot Summer – Shuggie - Teenage Alien Blues - No Destruction - Everyone Needs Love
VIET CONG:
FOXYGEN:





