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Fin du célèbre premier album des Ramones, avec toujours ce sentiment d’un premier jet parfait où toutes les qualités du groupes sont déjà présentes. Assez rockabilly finalement (témoin cette reprise du classique « Let’s Dance »), sans doute un peu plus énervé que leurs vieilles références, mais le tempo n’atteint pas encore la vitesse démoniaque des derniers albums ou, plus furieux encore, des concerts. On s’en rend compte sur « Today your Love, Tomorrow the World », grandiose conclusion au titre prophétique: bientôt, le monde appartiendra aux Ramones…
Des Ramones à Sonic Youth, il y a surement un lien. Thurston Moore a écouté les Ramones, mais comme il a tout écouté ça veut rien dire. Il y a des photos où il porte un T shirt des Ramones, mais comme le logo d’Arturo Vega est sans doute la plus grande réussite merchandising du rock, ça veut rien dire non plus. Par contre est-ce vraiment un hasard si sur la pochette du Trees Outside the Academy il a exactement la silhouette de Johnny Ramone ?
Bref, de toutes manières la présence de Sonic Youth sur cette cassette ne doit rien aux Ramones, mais plutôt à Lionel. Mais si, Lionel, le judoka fan de Nirvana dont j’avais parlé dans cette rubrique à propos du Doolittle. Hormis les Pixies, Kurt Cobain citait souvent ses potes de Sonic Youth en référence, et Lionel avait donc docilement suivi les conseils de son maitre à penser. Sauf que cette fois, ça ne l’avait pas vraiment fait, et il n’avait pas du tout accroché aux albums qu’il avait écouté. Il n’était pas le seul : la venue de Sonic Youth à Marseille avait fait grand bruit, le groupe étant déjà si culte à l’époque qu’on en parlait jusque dans les amphis de ma fac, mais tous les commentaires que j’avais capté disaient qu’ils étaient trop expérimentaux et qu’on ne se déplacerait pas pour entendre un tel bruit. C’est donc pour me faire ma propre idée que j’avais emprunté un Sonic Youth à la médiathèque, malheureusement bien après leur passage dans la cité Phocéenne (passage que mon mentor/refourgueur de disques du Tripsichord Music m’évoqua fièrement, Thurston Moore s’étant pointé peinardos à sa boutique, repartant sans rien acheter car il avait déjà tous les Bootlegs de Sonic Youth disponibles en rayon).
Pour une rencontre avec les célèbres New Yorkais, j’eus pu plus mal tomber que ce Daydream Nation, disque charnière bien représentatif du son du groupe, sans être trop agressif quand même (j’ai plus de mal avec leurs débuts). Preuve en est que, malgré mes oreilles vierges, j’enregistrai une bonne moitié de l’album, d’autant plus facilement qu’une bonne partie celui-ci n’est rien d’autre que du bon rock indé bien accessible, à l’image de l’immanquable tube « Teenage Riot ».
J’ai honte, mais cela fait tellement longtemps que je n’ai pas réécouté ce disque (que je possède pourtant en super édition double CD) que je suis incapable de juger de la pertinence de ma sélection, ou du moins d’expliquer l’absence de certains titres dont le nom ne m’évoque rien à l’instant. En revanche, les titres présents sur cette cassette sont tous vraiment excellents, et je n’ai pas de mal à comprendre la fascination qu’ils exercèrent sur moi à l’époque, quand bien même mon oreille était peu coutumière de ces entrelacs de guitares noisy et de ces longs développements instrumentaux. Il y a un côté punk dans ces tempo rapides et ce chant nerveux, et une sorte de folie furieuse qui paradoxalement s’exprime encore plus dans cette petite pièce au piano surchargée de bruit blanc qu’est « Providence ». Le genre de truc arty qui ne peut rendre qu’admiratif un jeunot qui n’a pas entendu grand-chose dans sa vie, comme faire un morceau de 15 minutes qui serait une trilogie, avec un nom pour chaque partie, aussi cool que « Eliminator Jr. » par exemple - qui en plus n’est pas un petit c) comme la logique le voudrait, mais un petit z). Des artifices qui n’auraient pu être que de la verroterie pour naïfs, mais qui au contraire viennent en renfort de compositions géniales, et d’une signature unique qu’on retrouvera très régulièrement sur ces cassettes.
Bien que n’ayant qu’apprécié qu’à moitié Daydream Nation, je continuerai invariablement à emprunter des albums de l’imposante discographie de Sonic Youth (et je crois que, une fois n’est pas coutume, je les ai tous eu) à la recherche de la perle rare (la mienne s’appelle Washing Machine). Cela présage quelques prises de têtes au moment de rédiger les futurs articles de cette rubrique, tant décrire chaque album de Sonic Youth quand on est loin d’être un spécialiste me semble ardu. Cela présage aussi de sacrés bons moments d’écoute…
Petit retour sur T-Rex après la découverte de l’excellent the Slider, via une compilation retraçant la carrière de Marc Bolan. Les extraits présentent à la fois le côté acoustique (avec percus minimalistes) et le boogie plus électrique, servis dans les deux cas par un sens du riff et du rythme bluffant. Avec sur quelques titres, comme « Desdemona » ou « Woodland Bop », de curieuses digressions dissonantes prouvant toute l’inventivité d’un artiste culte dont on ne parle plus trop aujourd’hui…
Choc des cultures avec cette enchainement entre la jolie balade de T-Rex « Beltane Walk », tout violons dehors, et l’agression sonore de Slayer. Quitte à découvrir les bourrins les plus talentueux du Trash, autant que ce soit en concert ! Je ne me rappelle plus ce qui me poussa à écouter ce disque, mais il définit pendant longtemps la frontière de ce qui est acceptable pour moi : au-delà, c’était trop violent pour que j’aime. Mais il est à noter que j’avais conservé une très grosse partie de ce Decade of Aggression. C’est sans doute, qu’au-delà du tempo ahurissant des chansons (c’est le chant qui m’impressionne le plus à la réécoute), il y a des compositions réellement très bonnes. Mon pote Fred (alias Chtif), régulièrement moqué à l’époque parce qu’il qualifiait la musique de Slayer de mélodique, ne me contredira pas.
La simple écoute des arpèges de « Seasons in the Abyss » ou du début de « Altar of Sacrifice » lui donnent entièrement raison, même s’il ne faut pas s’arrêter aux intros de ces très bons titres dont les parties multiples démontrent l’aisance des musiciens quel que soit le tempo. De Decade of Aggression, unique plongée dans le trash de Slayer sur ces cassettes (et peut être ce live en est-il effectivement la quintessence), il n’y a guère aujourd’hui que les expéditifs soli de guitare qui me fassent plisser les oreilles. Le reste passe encore remarquablement bien, à l’image d’un « Mandatory Suicide » chargé en souvenirs. Il faisait partie en effet de la setlist d’un éphémère groupe de reprises assez sauvages dont j’étais, par défaut, le chanteur. C’est ainsi qu’il m’arriva de me ridiculiser plusieurs fois sur scène, ma feuille de texte à la main, beuglant comme un connard et n’arrivant à produire que du bruit (et une sacrée envie de gerber) là où il fallut boxer en rythme des mots sanglants dans les oreilles de mon auditoire…




