SAVAGES - Samedi 27 Février 2016 - Epicerie Moderne - FEYZIN
L’année 2015 entière sans mettre les pieds à l’Epicerie Moderne, ça ne pouvait plus durer ! La programmation Lyonnaise n’étant alors pas des plus passionnantes et un désert de concert s’annonçant, j’avais décidé de profiter de la venue de Savages pour retrouver ma salle fétiche même si je ne connaissais du groupe que l’excellente réputation dressée par pas mal d’amis virtuels ou non. Et si depuis les annonces de concert intéressants pour ce premier semestre se sont multipliées, je ne regrettai en rien d’avoir pris mes places en avance, une rapide écoute de Adore Life dans la bagnole de Damien m’ayant convaincu du potentiel en live des Londoniennes, le concert affichant en plus complet (au grand désespoir de Damien qui avait trop tergiversé). Avec Denis et Juliet, mes voisins rock n roll, nous avions donc décidé de partir assez tôt vers Feyzin, histoire de pas trop galérer pour trouver une place. Bonne pioche, cela nous permit d’assister à l’intégralité du court concert de Bo Ningen qui assurait la première partie.
Lorsque nous nous pointons dans la salle, le quatuor Japonais, dont je n’ai jamais entendu parler, a déjà attaqué son set mouvementé et chevelu. Une sorte de Genghis Khan matraque sa batterie, assisté par cousin Machin à la guitare droite et Power Ranger Rose à la guitare gauche (qui jouait tellement dans les aigus saturés que je n’ai pas tenu 5 min en face de lui). Le chant et le show sont assurés par un androgyne bassiste tout de noir vêtu placé au centre de la scène et doté d’une voix bien perchée (j’avais parié que c’était un mec, et j’ai eu raison contre tous les autres…). Les rares groupes japonais que je connaisse sont à la fois techniquement excellent et complètement barrés : Bo Ningen ne déroge pas à la règle. Assez dur de les décrire musicalement tant ça part dans tous les sens, mais on pourrait appeler ça du Manga Metal, avec parfois des riffs bien lourds style Black Sabbath, parfois des développements se rapprochant du Kraut Rock, le tout agrémenté évidemment d’une bonne dose de sauce piquante. J’ai trouvé le concert suffisamment intéressant pour écouter à coup sur leurs disques, sans pour autant être certain à 100% d’adhérer, la demi-heure du set étant vraiment trop courte pour évaluer une musique aussi dispersée (d’autant qu’il y a un des morceaux, plus calme, que je n’ai pas du tout aimé). En tout cas leur énergie et leur personnalité à fait mouche, ils ont mis le feu à tel point qu’on se demande si Savages saura être à la hauteur….
On sort prendre quelques bouffées d’air frais nicotinées et quelques grammes d’alcool supplémentaires, au milieu d’une affluence des grands soirs. Je ne peux d’ailleurs pas faire un pas sans croiser une connaissance, dont les amis de Rank au presque complet (ne manque que le nouveau batteur, mais il y a l’ancien qui est aussi le nouveau claviériste…). Il s’agit de ne pas trop trainasser quand même si on ne veut pas être relégués au dernier rang ou louper l’entrée en scène des Savages.
Celle-ci se fait dans le noir complet, assez logique finalement puisque le noir semble être une identité visuelle stricte au sein du groupe. Un dress code sobre et classe qui casse assez bien l’effet « groupe de filles » toujours un peu ambivalent dans le rock, et colle parfaitement à la musique proposée en début de concert, de la New Wave froide et carrée comme à l’origine, bien qu’un peu noisy par moments. Les musiciennes, excellentes, sont très appliquées et effacées, surtout la guitariste qui a la tache assez ingrate d’habiller de nappes sonores la base des compos tenue par la paire rythmique (« City’s Full »), ce qui nécessite une grande maitrise mais reste très peu démonstratif. Tout le show repose donc sur la chanteuse qui fort heureusement a les épaules assez larges malgré son petit gabarit pour assumer ce rôle difficile. Jehnny Beth, qui m’a fortement fait penser au jeune Brian Molko (1), a même un charisme incroyable, d’autant plus méritant qu’il ne repose selon moi sur rien de sexuel (2). Bougeant telle une panthère noire sur la scène - je sais, ça fait assez cliché mais en même temps la fille est un peu cliché aussi… - boxant l’air devant un public qu’elle va régulièrement toucher ou regarder de près, sa prestation pourrait passer pour ultra travaillée s’il n’y avait ces yeux annonçant l’envie d’en découdre tous les soirs : pas de tricherie dans ce regard intense qui m’a complètement fasciné.
L’univers du groupe et la prestation de Jehnny Beth m’auront, ce qui est assez rare, plus passionné que la musique proposée, du moins sur la première moitié de concert. Ultra cohérente au risque d’être répétitive, la setlist est bonne mais manque du petit soupçon de folie qui ferait décoller l’ensemble, ce qui est d’autant plus frustrant qu’on sent le groupe capable d’intensifier son jeu, au travers notamment de quelques passages explosifs malheureusement trop brefs. Le premier coup de chaud intervient au 6eme morceau, « Husbands », qui vient enfin ajouter la touche punk attendue. Le concert prendra définitivement son envol sur « Evil », enchainant les tubes de plus en plus puissants, « I Need Something New » où la paire rythmique est terrible, l’énorme morceau d’ouverture du nouvel album « the Answer » qui est loin de décevoir sur scène, le bien nommé « Hit me » qui donne lieu à un crowdsurfing remarquablement maitrisé par la chanteuse, on en prend plein la gueule, ravis de voir que les Savages font finalement honneur à leur nom. Inexorablement, je me rapproche de l’avant-scène occupée par une partie importante (pour cette salle souvent bien sage) de pogoteurs déchainés, jusqu’à un « T.I.W.Y.G» achevant le set sur un tempo démentiel.
L’entrée en matière calme du rappel offre une pause respiratoire bienvenue, Jehnny Beth démontrant qu’elle peut se montrer aussi émouvante qu’énervée. Il est vrai que sa voix sur disque, parfois un peu grandiloquente, m’a un peu irrité par moments, mais cela ne s’est ressenti ce soir que sur l’unique « Adore », et pas suffisamment pour m’empêcher d’apprécier ce titre intense parfait pour clôturer la soirée. C’était sans compter un « Fuckers » ahurissant, qui aura raison de mes dernières réserves et me verra rejoindre le joyeux bordel devant la scène. Dans la veine noisy rock hypnotique que j’adore, ce titre se verra en plus relevé par l’apparition du leader de Bo Ningen qui viendra rajouter une couche à la basse omniprésente, avant d’être rejoint par ses trois compères pour une orgie sonore plongeant le public en extase et les filles dans une attitude fun assez peu vue jusqu’alors (je crois même que la guitariste a souri). C’est donc sous une ovation bien méritée que les huit musiciens saluent le public, après un concert d’une durée idéale qui aura emporté mon adhésion.
Je n’irai cependant pas acquérir mon traditionnel vinyle au merchandising, d’abord parce qu’ils sont assez chers, ensuite parce que je ne sais pas lequel des albums choisir, les bons titres interprétés ce soir étant également répartis sur les deux (voire sur un EP, pour l’ultime tuerie). C’est Denis qui me remplace à la traditionnelle séance de dédicace, les membres de Bo Ningen, japonais jusqu’au bout des mèches, le remerciant avec une telle révérence qu’on eut cru que c’était lui la star. Profitant d’être conduit à domicile et en bonne compagnie, je repartais vers le bar avant de finir la soirée en participant joyeusement à la tradition d’après concert du 5eme étage : le mac do binouze vinyle.
(1) En plus elle parle comme lui très bien français, avec un bon accent anglophone (j’ai appris par la suite qu’elle s’appelle Camille Berthomier, et donc que son accent anglais est moins logique que sa maitrise du français)
(2) Les lesbiennes qui composaient, selon un connaisseur, une bonne part du public, ne seront peut-être pas d’accord avec moi….
Setlist : Sad Person – City’s Full – Slowing down the World – Shut Up – She Will – Husbands – Surrender – Evil – When I Love – I Need Something New – the Answer – Hit Me – No Face – T.I.W.Y.G // Mechanics – Adore - Fuckers
Les Jolies photos en Noir et Blanc, sauf la dernière, sont de Marion Bornaz









