This Is Not A Love Song Festival (Part 3) - Dimanche 05 Juin 2016 - Nimes
Le programme de ce dernier jour de Festival est extrêmement chargé, entre les groupes potentiellement intéressants et ceux que j’attends avec impatience. Presque trop chargé d’ailleurs, il va falloir faire des choix, en particulier lors du seul clash d’importance pour moi de cette édition (nous verrons plus tard). Même le début d’après midi ouvert gratuitement a du potentiel, avec notamment Steve Gunn, songwritter dont j’ai pas mal entendu parler en bien. Mais il joue décidemment trop tôt (16h15) pour quelqu’un qui n’a pas envie de se presser, et c’est finalement au milieu du concert des marseillais de Quetzal Snakes que je débarque sur la si agréable esplanade du Tinals, encore occupée pour une demi heure par des curieux, des flâneurs et des familles dont les enfants profitent des jeux et autres activités ludiques mis à disposition des festivaliers par une organisation bien imaginative.
Parmi ces flâneurs, Elsa et son copain venus prendre une bière au soleil dans une ambiance festive. L’occasion de discuter un petit moment avec celle qui m’a loué son appartement pour le week end, une rencontre fort sympathique mais pas très intéressante pour mes chers lecteurs : si le copain avait l’air d’avoir une bonne culture musicale, celle-ci s’arrête si j’ai bien compris à l’année de sa rencontre avec Elsa. Depuis il n’écoute plus que du ragga indien, le pauvre homme. En fond sonore, j’ai pu juger de l’efficacité des très jeunes Quetzal Snakes, du rock bien pêchu et des compositions solides, à creuser donc, pourquoi pas lors d’un passage à Lyon (a priori ils tournent beaucoup et viennent régulièrement visiter les excellentes salles de ma cité).
Il est temps de se diriger vers le Club à l’intérieur, pour le concert de Nots, groupe punk 100 % féminin promettant de réveiller notre flamme passée pour les virulentes Rrriot Girls des années grunge. Défi relevé haut la main, en particulier grâce à l’énergie de la front woman qui crie dans son micro en plaquant des accords aléatoires sur une guitare cradingue. A ses cotés une claviériste et une bassiste mutiques (malgré la rapidité du tempo), et derrière une cogneuse redoutable à la batterie minimaliste - grosse caisse, caisse claire, gros tom et une cymbale (1) – les quatre nanas n’ayant pas le look No Future attendu : on les croirait tout droit sorties de la série Sex and the City. Coté musique par contre, c’est bien du punk : une seule chanson tempo maxi répétée sans fioriture à une assemblée attentive, mais une bonne chanson qui suffit à notre bonheur. La leader se permettant même d’enchainer trois titres sans la corde de Si qui pendouille au manche de sa gratte, avant de prendre un moment pour la changer sur une intro prolongée de ses trois copines. Rien d’extraordinaire donc, juste un très bon set qui m’aura chauffé les muscles et les entrailles.
C’est l’heure de se diriger vers la Grande Scène, où le très attendu concert de Metz va débuter. Je ne connais pas le groupe, mais on me l’a conseillé à plusieurs reprises (non sans m’avertir systématiquement de me munir de protections auditives), me voici donc dans le public où je croise l’ami La bUze à peine remis d’un concert des Broken Knees la veille, et qui a retrouvé Stéphane pour une dose de gros son. Pour le coup, le trio ne va pas faire dans la dentelle : c’est direct, carré, expéditif et pour tout avouer trop bourrin pour moi. Je reconnais que les trois musiciens sont doués et proposent un très bon spectacle, mais mis à part un titre un peu plus lent et répétitif, je n’accroche pas et décide après une moitié de concert de retourner à l’intérieur pour voir si Drive Like Jehu n’est pas plus dans mes cordes. Du gros son aussi, avec un chant peu agréable, je patiente deux titres mais le cœur n’y est pas vraiment. Ca fait quand même beaucoup de concert bien rock de groupes que je ne connais pas que je m’enfile depuis deux jours, et la lassitude commence à pointer : une pause casse croute me fera le plus grand bien. Me dirigeant vers les stands alimentaires j’ai le temps de capter le final apocalyptique du concert de Metz, plutôt bon quand même : les amateurs ont du bien se faire plaisir.
Suite à un contretemps je n’ai pas de sandwich perso, il me faut donc passer par la case Food Trucks qui au Tinals tiennent du trompe l’estomac : c’est tout joliment décoré, avec des menus rédigés comme au restau parsemé de termes vendeur (bio, saison, terroir), mais au final tu te retrouves comme d’hab avec un truc cher et pas bon… Je rejoins Lauras pour la pause, on discute tranquillement vautrés sur les pierres de l’esplanade en nous préparant à un concert qu’on attend tous avec impatience, celui de Parquet Courts.
Déjà trois ans que j’avais croisé les New Yorkais lors d’un furieux concert au Marché Gare, dont le récit arracha des soupirs de jalousie à Laura (on se demande ce qu’elle foutait ce soir-là, la demoiselle). Lorsque le quatuor rentre sur scène, on ne peut s’empêcher de penser qu’ils ont déjà pris un sacré coup de vieux, à l’image de la musique proposée sur leur dernier album. Les compositions de Human Performance ne sont pas inintéressantes et même parfois très bonnes (surtout comparé aux fumisteries des deux disques sortis en 2014), mais les tempo ralentis et les mélodies de guitare joliment troussées vont se révéler cruellement inadaptées à la scène. Tout commence pourtant très bien, sur les deux titres qui introduisent le réjouissant Light up Gold, bien que d’emblée on se rende compte que la taille de la scène et l’horaire précoce vont jouer en défaveur du groupe (tout comme pour Ty Segall). Par la suite, Parquet Courts va interpréter quasiment en intégralité Human Performance et malgré quelques coups d’éclats comme « Dust », « One Man No City » ou « Pathos Prairie » (mon titre récent favori) joués en début de set, la mayonnaise ne prendra pas.
Venu assister à un concert garage et se retrouvant la plupart du temps avec du Pavement sans étincelle, le public ne saura pas sur quel pied danser, d’ailleurs il ne dansera pas : tout le monde est statique, seul le guitariste de gauche (le frère du batteur) amènera un peu de tension de son chant furieux mais c’est son collègue (celui qui ressemble à Thurston Moore de loin) qui assurera la plupart du temps des vocaux nonchalants avec un petit sourire ironique. Quant au bassiste placé au centre, désormais chevelu et barbu, il ne sera que l’ombre du joyeux luron qui nous avait enchanté au Marché Gare. Parquet Courts avait alors prouvé qu’ils pouvaient faire de n’importe quel titre bancal une tornade live, mais c’est comme si toute folie avait dorénavant quitté le groupe. Une maturité affichée qui semble tout à fait volontaire, surtout lorsqu’on étudie la setlist bizarre, sélectionnant des titres tout mous de Sunbathing Animal, jouant quasi tout Human Performance sauf l’un de ses extraits les plus rocks (« Two Dead Cops »), et évitant soigneusement de mélanger des vieux morceaux bien pêchus à leurs dernières productions. Pire, ultime crime de lèse-majesté, ils ne joueront même pas le tant attendu « Stoned and Starving ». Une omission qui achève de consacrer ce concert comme la plus grosse déception du festival pour notre trio. De quoi regretter de les avoir privilégiés à Tortoise ou aux violents Unsane, qui jouaient tous deux au même moment.
C’est en me dirigeant vers la scène Mosquito pour Girl Band, énième « groupe que je ne connais pas mais qu’on m’a conseillé » du week end, que je tombe sur un énergumène affublé d’une guirlande lumineuse qui titube en marmonnant un discours en anglais approximatif à une blonde demoiselle qui profitera dans la seconde de ma présence pour s’évanouir dans les premiers rangs de la fosse. Hébété, Gary me reconnait quand même mais s’inquiète d’avoir perdu ses amis. Je me demande comment ses potes ont pu égarer un tel sapin de Noel ambulant : l’auraient il fait exprès ? Bref je ne me fait pas trop de souci, et promet au plus célèbre spectateur lyonnais de le ramener si besoin avant de me placer au fond du public. Le quatuor irlandais, mené par un charismatique chanteur torturé, balance ce qui me semble plus être de l’indus minimaliste que le post punk annoncé. Une forte personnalité émane du groupe, mais je ne suis au début pas très fan de leurs compos et, de plus en plus fatigué, vais m’asseoir dans un coin avant d’être rattrapé par un set gagnant en puissance. Les derniers titres sont vraiment bons, le jeu hyper original du bassiste faisant glisser une canette de bière sur ses cordes associé à la batterie métronomique évoque une sorte d’electro rock charnel assez irrésistible. Pas forcément au point de rendre l’écoute de leur unique album sorti l’année dernière indispensable, mais suffisant pour passer un excellent moment à dodeliner de la tête en rythme.
Il est l’heure maintenant de clôturer le festival par le concert que j’attends le plus, celui de Shellac. C’est un groupe dont Damien me parle depuis des années, mais que je n’ai vraiment découvert qu’à la faveur de Dude Incredible, album magistral sorti en 2014. C’est le seul que je maitrise vraiment, même si j’ai acheté depuis At Action Park et 1000 Hurts (en revanche je ne connais rien des deux autres, Terraform et Excellent Italian Greyhound). Le trio se prépare tranquillement, à gauche Steve Albini et sa guitare accrochée à la ceinture, à droite le bassiste Bob Weston et bien au centre le spectaculaire batteur Todd Trainer. D’emblée et sans crier gare, Shellac envoie du lourd, pour la plus grande joie d’une fosse bien garnie qui ne demande qu’à se défouler une dernière fois. Les fringues sont passe partout, le matériel est minimal (pas de pédales d’effet, un ampli et un instrument chacun, le strict minimum pour la batterie), c’est uniquement l’expérience et le charisme qui parle, les trois vieux compères ayant de bonnes têtes de psychopathes (surtout le batteur). Avec, évidemment, des compositions incroyables, tendues à l’extrême, sèches comme des coups de trique. J’ai droit à une bonne moitié de Dude Incredible, dont les quatre premiers titres qui sont des sommets du genre. « Riding Bikes », rien moins qu’un de mes titres favoris de la décennie, est avoinée en tout début de set pour mon plus grand plaisir, et je ne me prive pas de beugler le refrain dès que j’en ai l’occasion.
La complémentarité des musiciens est incroyable, les titres sont tranchés, saccadés, on ne sait jamais sur quoi va repartir la chanson, si le silence va être comblé, si le batteur va l’occuper seul comme souvent, avec son jeu à la fois si direct et si complexe. L’ensemble est radical et ne ménage aucune pause, ne caresse jamais le spectateur qui de toutes manière bastonne aux premiers rangs. Ca pogotte aléatoirement, ca slame à qui mieux mieux, ça transpire les yeux dans le vague. Ça chauffe à mort sous les harangues d’Albini, j’aperçois pour la première fois de ma vie une nana torse nu dans la mêlée sans que cela paraisse incongru. Ne le dites pas à mes enfants, mais j’ai même fait un petit slam, en croisant quand même les doigts pour que mon portable - ou pire, mes clés de voiture- ne s’échappe pas de ma poche comme il l’avait fait aux Eurocks en 2004, lors de la reformation des Pixies. Dans cette succession de tueries, il n’y aura bien eu que le discours politique interminable du leader à lunettes (We are the defenders of Fun !!) et le non moins interminable final de « the End of Radio », où le bassiste tiendra ses deux notes en tournant en rond et en rythme sur la scène, pour briser un peu l’ambiance survoltée régnant dans la Paloma.
Sur scène, Shellac se donne à fond et agrémente son set de quelques mises en scènes originales. Dansant comme un possédé, je tombe des nues lorsqu’en relevant la tête, je me rends compte que seul le batteur est encore présent, alors que la musique continue comme si de rien n’était. C’est en voyant brusquement surgir ses deux acolytes du fond de la scène que je comprends qu’ils s’étaient simplement planqués un moment. Il y a aussi ce passage chamanique où la caisse claire est déifiée par un discours halluciné d’Albini tandis que le batteur la balade sur scène tel un trésor menaçant, et le final incroyable où bassiste et guitariste posent brusquement leurs instruments et se mettent à démonter pièce par pièce la batterie alors que Trainer continue à jouer, jusqu’à finir sur l’unique élément restant, la caisse claire évidemment. Puis plus rien, le groupe salue sur ce coup d’éclat, après avoir délivré un concert dément, le dernier mais aussi le meilleur de cette édition 2016 du TINALS.
Je ressors enchanté de cette parenthèse rock qui aura comme l’année dernière vu son lot de confirmations, de déceptions et de découvertes, le tout dans une ambiance décontractée et tout simplement fun. J’espère que le festival n’aura pas la folie des grandeurs, qu’il restera tel qu’il est et que j’en deviendrais un vieil habitué, au même titre que ces gens déjà croisés en 2015 et que j’ai reconnu directement. Le petit gros à casquette et au sourire ravi qui est de tous les pogos et dont le plus grand plaisir est de te pousser dans le bordel, même quand tu ne veux pas y aller. Roberto Gil, l’écraseur de pieds le plus célèbre des premiers rangs des salles Parisiennes, dont on est quand même bien content malgré tout de récupérer les photos pour illustrer ses articles. Et bien sur l’ami Harold Martinez, que j’encourage de tout mon cœur à repartir de plus belle vers son 3eme album après la pause que lui et Fabien s’accordent suite à des coups du sort douloureux. C’est tout ceci que je quitte alors qu’avec La bUze, Laura, Laura et mes acouphènes je regagne la bétaillère direction Lyon, direction ma petite famille, direction la vraie vie.
(1) Une constante du festival d’ailleurs, absolument aucun batteur n’utilisant plus d’un tom médium. Je suis donc ringard de la batterie, il va peut être falloir que je me penche sur la question…
Setlist Nots: Insect Eyes - Shelf Life - Blank Reflection - No Novelty - Strange Rage - Virgin Mary - Cold Line - Tellevangalist - Black Mold - Rat King - Tvod - Inherently Low - Reactor - Cosmetic - White Noise
Setlist Parquet Courts: Master of My Craft - Borrowed Time - Dear Ramona - One Man No City – Dust - Paraphrased - I Was Just Here - Pathos Prairie - Captive of the Sun - Human Performance - Berlin Got Blurry - Keep It Even - Outside - Bodies Made Of - Light Up Gold II - Black and White
Setlist Shellac (approximative): Squirrel Song - Riding Bikes - You Came in Me - My Black Ass – Compliant - Steady as She Goes – Killers - All the Surveyors - Dude Incredible - Prayer to God - dog and pony show - Wingwalker - The End of Radio - Crow
Photos: Tinals (Prune Phi) - Roberto Gil - Moi - Internet ...
Comme promis, les photos de Laura et Laura (dans l'ordre):
QUETZAL SNAKES:
NOTS:
METZ:
PARQUET COURTS:
GIRL BAND:
SHELLAC:






















