Les Propositions d'HELLO DARKNESS #33 (Novembre 2016)
La formule des propositions d'Hello Darkness commence par s'émousser un peu, pour plusieurs raisons. Tout d'abord, Damien est en ce moment complètement déconnecté de la musique, donc le jeu deviens plus un duo entre Julien et moi. Mais ces derniers temps, ma liste à écouter s'est considérablement allongée: j'avais au moins 10 disques à présenter, et n'ai pu en chroniquer que trois, je n'ai donc pas pu écouter une seule fois les disques que Julien m'avais conseillé... Au fil des années, nous avons tendance aussi à avoir de plus en plus d'artistes en communs (Ryley Walker par exemple), donc le "présenté par" ne rime souvent plus à grand chose. Bref, je finis l'année avec cet épisode (en plus j'aime bien le chiffre #33), et je reviendrais sans doute à une présentation plus classique des disques que j'ai pu écouter attentivement. Sans pour autant exclure le retour de cette rubrique de temps en temps...
Ryley WALKER - Golden Sings that have been Sung
En écoute: DEEZER
Proposé par Xavier/Julien.
Mon avis:
Dans la foulée du superbe Primrose Green de l’année dernière, Ryley Walker nous revient avec Golden Sings that have been Sung, album fleurant tout autant les 70’s. Touchant une nouvelle fois au folk rock avec parfois des accents jazz ou blues, notre songwritter et sa bande s’entendent à merveille pour ciseler des arrangements classieux, claviers, guitares et batterie n’étant ni trop discrets ni trop envahissants. Longs morceaux oniriques ou lumineuses chansons folk (« I will ask you twice »), tout est réussi, voire splendide (« the Roundabout », avec une savoureuse touche groovy).
Dans l’édition limitée de l’album, Ryley Walker montre une autre facette de son talent sur l’un des meilleurs titres, « Sullen Mind », qu’il présente dans une version semi improvisée et expérimentale de 40 minutes. Du grand art !
Emma Ruth RUNDLE - Marked for Death
En écoute: DEEZER
Proposé par Xavier.
Mon avis:
La prestation d’Emma Ruth Rundle en première partie de Wovenhand n’avait pas vraiment rendu hommage à son album. J’avais senti un potentiel, mais pas l’affinité immédiate que j’eu en écoutant Marked for Death. Sans doutes les choses eussent été différentes si elle avait joué avec un groupe, comme il y a bien longtemps Gemma Hayes, autre jeune fille inconnue ouvrant aussi pour un concert attendu et finalement décevant, et dont le premier disque Night on my Side s’est progressivement imposé comme l’une de mes friandises douces amères fétiches.
Comme Gemma, Emma joue un rock acoustique empreint d’une tristesse sourde qui se mute parfois en accès de colère lors de refrains plus appuyés, quelque part entre le désespoir glaçant de Beth Gibbons (« Protection ») et les états d’âmes plus accessibles d’Alanis Morissette ( refrain de « Heaven »). Elle navigue entre deux eaux, celles troubles et inquiétantes de la folk rêche torturée et celles aseptisées de la pop guillerette pour midinette. Dans un territoire où l’on croise des accents de grunge fatigué, où la lumière n’est ni absente ni accessible, le territoire que je prends le plus de plaisir à arpenter depuis des décennies. Je les connais ces disques découverts par hasard, ces éclairs sombres anonymes, j’y reviens inlassablement. Quand les tops auront succédé aux tops, que les meilleurs artistes des 10’s seront soit oubliés soit dilués, je prédis que Marked for Death, lui, sera toujours à mes côtés.
Nick CAVE & the BAD SEEDS - Skeleton Tree
En écoute: DEEZER
Proposé par Julien/Xavier.
Mon avis:
Difficile de se faire un avis sur Skeleton Tree, tant le contexte dans lequel il est sorti se heurte à mon ressenti. Le contexte, chacun le connait : décès accidentel du fils de Nick Cave (adolescent) pendant l’écriture du disque. Evènement tragique dont on ne peut qu’imaginer l’impact sur l’artiste, et qui imprègne chaque recoin de l’album, transformé en veillée funèbre à laquelle l’auditeur est convié. J’aimerai être présent, en empathie avec Nick Cave, mais il me faut bien reconnaitre que cette grosse demi-heure lugubre m’ennuie plus qu’elle ne me touche (d’autant que Skeleton Tree succède au génial Push the Sky Away, l’un de mes favoris de sa discographie).
Sur ces longs titres ornés de quelques notes de piano et d’une batterie minimaliste sur fond de drones crépusculaires, Nick Cave déclame sa peine plus qu’il ne la chante, sans que l’ensemble ne me captive suffisamment pour que j’ai envie de creuser un peu plus les mots du deuil.
Je ne condamne cependant pas l’album définitivement. D’abord parce qu’il y a quelques passages qui parviennent à me toucher, sans que je sache précisément pourquoi ceux-ci plus que d’autres : « Girl in Amber » ou « I Need you » me semblent spécialement déchirantes, avec un Nick Cave chevrotant sur des chœurs désolés ou lançant des appels désespérés à on ne sait quel ciel. Ensuite parce que Skeleton Tree a une cohérence qui pourrait se révéler prenante, pour peu qu’on l’écoute dans l’ambiance et dans l’état d’esprit adéquat. Mais ces conditions existent-elles vraiment ? Je n’ai pas très envie de le savoir, à vrai dire….


