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De l’eau a coulé sous les ponts depuis l’épisode 020 et Schizophrenia (1987), disque de Trash Metal assez classique mais de haute volée. On retrouve donc Sepultura une centaine de cassettes plus loin pour Roots (1996), et le choc est intense. Sans doute l’évolution du groupe est moins brutale pour celui qui a écouté les 3 disques produits entre temps, dont le fameux Arise, mais sauter une décennie de l’histoire des Brésiliens met en relief leur incroyable évolution. On rentre d’emblée dans le vif du sujet avec le bien violent « Roots Bloody Roots » qui inaugure une première partie d’album toute dédiée à la puissance, rythmes bien chargés, double pédale et beuglements de rigueur. Sepultura semble avoir privilégié la force de frappe de gros riffs plutôt que les démonstrations guitaristiques du Trash de la décennie précédente, illustrant à merveille ce qu’on pourrait appeler du Groove Metal. L’image du guerrier s’impose, et la transition avec les premières incantations d’indiens Xavantes s’opère à merveille sur le redoutable « Ratamahatta », jolie synthèse du concept de Roots, par son chant étrange et ses percussions tribales.
Sepultura a en effet intégré à son disque une tribu amazonienne, donnant à Roots une tonalité unique qui fait toute son originalité. Bien sûr il est difficile de savoir si l’équipe ne s’est pas déplacé en touristes une ou deux journées le temps de quelques prises sonores et de photos en peintures de guerres traditionnelles, mais l’album donne plutôt l’impression d’une immersion totale et d’un partage des valeurs musicales et spirituelles avec les Xavantes, notamment par les thèmes défendant la Forêt amazonienne et les êtres qui y vivent (« Endangered Species », titre tendu aux multiples changements de direction). « Open up your Mind and go your own way », beugle l’impressionnant Max Cavalera, et nous pénétrons progressivement dans la jungle au son de l’extraordinaire jeu de batterie assez percussif de son frère Igor. C’est la transe de « Straighthate » qui, malgré un refrain bien hurlé, reste assez abordable pour un fan de Nine Inch Nails comme moi, et puis la symbiose des chants indiens et de la guitare acoustique d’ « Itsari ». Roots se colore ainsi de nombreuses teintes sonores, mais reste fondamentalement ocre, comme la terre brésilienne qui l’a porté. Unité, Diversité, Originalité, Talent, des hymnes et une pochette réussie : un album culte donc. Pleinement satisfait, j’arrêterais là mes écoutes de Sepultura, sans chercher à écouter ni les disques d’avant ni ses successeurs. J’irai quand même à Strasbourg les voir en concert avec quelques potes de l’école d’ingé fan de Metal et en sortirai impressionné, notamment par la carrure du nouveau chanteur, un immense noir aux tresses tentaculaires du nom de Derrick Green. Max Cavalera, brouillé avec ses potes, s’en été allé après Roots fonder Soulfly, autre grand nom de la scène Trash.
Heaven or Las Vegas des Cocteau Twins a fêté récemment ses 30 ans, occasion pour laquelle Ivo Watts Russel, fondateur du mythique label 4AD, a déclaré que c’était de loin l’album favori qu’il avait produit, et l’un de ses préférés de tous les temps. Comme quoi on peut avoir signé parmi les groupes et artistes les plus géniaux que le rock ait connu et ne pas avoir des gouts très sûrs, de manière bien paradoxale. Car enfin, bien que n’ayant pas écouté le fameux album de 1990, je me suis farci il y a quelques épisodes son successeur, et je ne pense pas que l’écart soit si grand entre Heaven or Las Vegas et le redoutable Four-Calendar Café. Pour bien enfoncer le clou, voici sur cette cassette quelques titres de l’album suivant, Milk & Kisses. Un album dont le style est, selon discogs, ethereal, ce qui va comme un gant à cette musique d’ascenseur dont on ne retient rien mis à part quelques vocalises éperdues de la chanteuse Elizabeth Frazer. « Eperdu », seul titre d’ailleurs qui aura un semblant d’accroche, avant qu’on ne passe à autre chose. Le trio, qui se sépare sur ce dernier effort, et moi-même ayant compris la leçon qu’un grand label ne fait pas forcément un grand groupe.
R.E.M, le groupe que je n’ai jamais rencontré. Il s’en est fallu de peu, sans doute une ou deux années au début des 90’s, celles qui voyaient le groupe exploser auprès du grand public alors que j’étais pris d’une soudaine passion pour le hard rock. Et puis, après, ce fut trop tard : les élèves (Radiohead) avaient dépassé leur maître, l’âge d’or de R.E.M était passé. Je savais l’importance du groupe de Michael Stipe, je connaissais les tubes, mais il a semblé qu’à chaque fois que j’ai voulu m’y intéresser, j’ai joué de malchance, je suis passé à côté. Quoi de mieux pour illustrer tout ceci que cette première apparition en cette rubrique sur l’album Up. J’aurais dû me faire la discographie dans l’ordre, ou au moins attaquer par l’un de leurs grands classiques, au lieu de ça je partais sur leur dernière sortie en date à l’époque de cette cassette. Soit donc le disque de crise, où le départ du batteur Bill Berry failli précipiter la fin du groupe. Sans doute cela a-t-il d’ailleurs participé à mon attachement à Up, le jeu de batterie des disques 80’s comme Document n’étant pas vraiment leur point fort, à l’inverse du chant de Michael Stipe qui fut du début à la fin exceptionnel. J’aime toujours mieux R.E.M dans la sobriété, dans l’acoustique.
J’ai donc longtemps considéré Up comme mon favori, sachant que je connais peu la discographie du groupe, mais cette réécoute a été assez décevante. Enfin, la première moitié des 10 titres retenus, vu que j’ai eu la mauvaise idée de répartir l’album sur deux cassettes. Avec ses claviers très en avant et son groove particulier, « Lotus » sonne un peu Brit Pop, tandis que « At my Most Beautiful » s’avère une ballade peu passionnante. Si le joli riff et la batterie électronique font de « Hope » un morceau agréable, il n’y a finalement à mon sens que « the Apologist » pour se hisser à la hauteur de la réputation de songwritter du désormais trio américain. Espérons que cela lance Up sur une deuxième face plus marquante, ou alors les retrouvailles avec R.E.M feront une nouvelle fois pschittt…


