B R OAD WAY - Solo System Revolution
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Quatre ans après le superbe Enter the Automaton, les Stéphanois de B R OAD WAY nous reviennent avec Solo System Revolution qui creuse le sillon d’une electro pop désenchantée quoiqu’un peu plus lumineuse par moments. Conservant des voix ou discours en arrière plan (les chants aliénés de « Madison Ave. Hangover »), des bruits de machines et des introductions qui prennent leur temps pour nous installer dans l’ambiance, B R OAD WAY reste sur un créneau mélancolique qui évoque encore le Radiohead de la grande époque (1), d’autant que les thèmes abordés dessinent toujours une société malade de la technologie, de l’abrutissement médiatique, de la consommation (la première phrase du disque est « She Buys more than she needs only to give away…. ») s’orientant dangereusement vers une dictature mondialisée d’un genre nouveau. Une impression qui culmine sur le magnifiquement arrangé « Solo System Revolution » où, de la basse aux différents claviers, tout les instruments jouent une partition subtile dans un style assez rare chez un groupe français. La subtilité est d’ailleurs le mettre mot de cet album, chaque intervention des cuivres, des machines (« Transistors ») ou des solos de guitare saturée (très bons, comme sur « Japonese Super Trains ») venant idéalement agrémenter le morceau plutôt que le parasiter.
C’est dans ces arrangements, dans l’habillement des silences, ainsi que dans des tempos plus souvent soutenus et moins électroniques que Solo System Revolution se démarque de ses prédécesseurs et montre régulièrement un coté chaleureux à l’image du magnifique « Last Words Said on TV », pop song entrainante aux chœurs surprenants et aux mélodies évidemment très travaillées. B R OAD WAY s’arrange souvent pour placer quelques dissonances (ici au clavier) qui viendront contrebalancer le coté joyeux de certains morceaux, comme un écho de paroles résolument graves. Autre qualité à mettre à l’actif du groupe que ces textes soignés, chantés dans un anglais maitrisé par Fabb. On ne trouvera rien à redire à la voix agréable du leader, qui privilégie là encore beauté à extravagance, voix au service de chansons dont absolument aucune ne vient perturber la qualité de ce disque.
Outre Radiohead, j’ai pensé à Mogwai pour les mélodies délicates de guitare ou piano (l’intro de « Invisible Wars » évoque d’ailleurs celle de « Yes i am a long way from home ») ou au David Bowie d’Outside sur « Buy 1 Get 1 Free Therapy », titre un peu à part qui mêle avec réussite hip hop, voix robotiques, piano et saxophone. Le coté expérimental de B R OAD WAY, jamais loin, explose ici avec toujours la même réussite. Avec de telles références on ne doute pas que les Stéphanois puissent séduire les auditeurs les plus exigeants, tout comme un large public puisse accrocher à des tubes potentiels comme l’entrainant « Pure Gold » ou le single pop parfait « Days of Reckoning » en tout début d’album. Encore faudrait il que certains medias parisiens prennent le risque de sortir des sentiers battus et des artistes pré formatés, arrêtent de courir derrière le buzz du jour et s’intéressent aux excellents groupes qui pullulent dans les différentes régions de l’Hexagone (2). B R OAD WAY n’en a cure et préfère dépenser son énergie à faire de bons albums plutôt qu’à agiter les bras pour attirer l’attention. Si c’est le prix à payer pour se maintenir à un tel niveau, je leur pardonnerais volontiers de rester mon groupe à moi et rien qu’à moi….
(1) « Japonese Super Trains » me fait ainsi irrémédiablement penser au maxi Airbag / How Am I Driving ?
(2) Même à Lyon, c’est dire… (j’en parle prochainement)
