Blinking Lights (and other revelations)

24 juin 2019

3 Rocks et un Coussin: KING GIZZARD, AMYL and the SNIFFERS, SHOW ME the BODY, Kevin MORBY

365-ED-NMR-Kevin-Morby-Oh-My-God

Kevin MORBY - Oh My God

 

Kevin Morby, avachi sur son lit, le torse nu et l’œil blasé, ça tente quelqu’un ? Oh My God ! Pianotant nonchalamment quelques mélodies faciles sur des percussions minimalistes, Kevin nous invite à une sieste langoureuse (adjectif suffisant à décrire l’ensemble du disque), forçant le trait d’une ambiance déjà un peu trop développée sur son précédent disque City Music. Dans le genre c’est plutôt bien foutu, mais que celui qui réussira à ne pas piquer du nez à l’écoute de ces chansons farcies de chœurs féminins suaves et de saxophone larmoyant (l’instrument maudit par excellence) me jette la première couette. L’emballement relatif de quelques titres (« OMG Rock N Roll », « Hail Mary ») est vite calmé afin de ne pas troubler le sommeil réparateur de l’auditeur. Qui du coup aura la chance d’échapper à la redoutable intro de « Ballad of Faye ». Oh My Bed !

 

 

a3110285230_10

KING GIZZARD and the LIZARD WIZARD - Fishing for Fishies

 

Après 5 ans de publications ininterrompues ponctués par une orgie de 5 disques sortis en 2017, King Gizzard and the Lizard Wizard avait pris une année de pause en 2018. Les voici de retour avec Fishing for Fishies, un disque qui n’était pas forcément attendu de mon côté compte tenu de leur discographie déjà imposante. C’était sans compter la qualité du combo Australien qui réussit la prouesse de me convaincre alors même qu’une certaine lassitude du garage rock psyche et autre post punk absorbé à haute dose cette décennie m’a progressivement envahi. C’est que le groupe mené par Stu MacKenzie est beaucoup moins linéaire qu’il n’en parait au premier coup d’oreille, et qu’il s’amuse à explorer différents styles au fil de ses enregistrements. Sur Fishing for Fishies, c’est essentiellement le boogie blues qu’ils honorent, alliant science du riff et maitrise technique ahurissante. Ressuscitant Canned Heat à coup d’harmonica (« This Thing ») et rythmique enlevée, swinguant sur un ultra mélodique « Fishing for Fishies » qui évoque les meilleures heures de… Phish, ou s’autorisant quelques écarts avec de la pop ensoleillée (« Real’s not Real ») ou des sons plus electro (« Cyboogie »), King Gizzard and the Lizard Wizard balance un album qui fout la patate et donne l’irrésistible envie de taper du pied pendant 45 minutes. Rare et salutaire.

 

 

a3824714544_10

AMYL and the SNIFFERS - Amyl and the Sniffers

 

Pour son premier véritable album, Amyl & the Sniffers conserve l’inspiration et l’énergie qui nous avait d’emblée séduits sur l’excellent Big Attraction & Giddy up de l’année dernière. 11 titres pour une demi-heure de punk sauvage s’orientant parfois vers un hard rock braillard style Motorhead quand le guitariste se fend de quelques soli expéditifs mais joliment exécutés (« Monsoon Rock »). Rythmique carrée, riffs percutants et bien sûr charisme de la bruyante meneuse assurent une efficacité sans faille à un groupe qui titille une fois de plus notre nostalgie rock n’ roll et le folklore qui va avec, entre bagarres éthyliques et nanas rentre dedans, pour le meilleur et pour le pire. Si Amyl se la joue amoureuse délaissée (« Angel ») ou enthousiaste (le tube « Got You »), on la préfère en punk haineuse sur l’expéditif et explicite « GFY » (pour Go Fuck Yourself). Qui s’y frotte s’y pique, et la frontière semble mince entre le chanceux qui se fera secouer toute la nuit (« Shake Ya ») et la future cible qui aura à en découdre avec la furie blonde à la prochaine beuverie (« Punisha »). En tout cas, personne ne lui fera fermer sa gueule, comme elle le clame sur « Some Mutts (can’t be muzzled) », autre hymne en puissance qui clôture le disque. Et c’est tant mieux.

 

 

show-me-the-body-dog-whistle-1024x1024

SHOW ME THE BODY - Dog Whistle 

 

350px-Fraisage_cn 

 

 

Si ce simple schéma n’est pas suffisamment clair, disons que mis à part une intro trompeuse, un excellent titre quasi pop au regard du reste (« Arcanum ») et quelques passages lents qui se contentent d’être dissonants et désespérés, Dog Whistle est un album pour ceux qui trouvent que Shellac est un trio de joyeux boy scouts et que la prod de Steve Albini est luxuriante. Bref ça usine les oreilles.

 


18 juin 2019

HELLO DARKNESS + RADIOACTIVE PONIES - Samedi 08 Juin 2019 - La Triperie - LYON

60172211_2374831632734802_4859034013932716032_o

 

La saison a été difficile au niveau des répétitions à cause des multiples occupations des uns et des autres, mais nous tenions absolument à notre traditionnel concert annuel, alors que nous fêtons les 10 ans d’existence du groupe (si l’on prend comme point de départ le recrutement de Julien et le début de nos répètes en trio à la Croix Rousse). N’ayant eu que très peu de temps pour m’occuper de ce concert pour cause de déménagement, l’organisation se fit un peu à l’arrache, en comptant donc sur les amis : François qui nous ouvrait une fois de plus les portes de La Triperie, et Stéphane, ex-collègue de boulot, fidèle spectateur d’Hello Darkness et batteur au sein des Radioactive Ponies, qui rameutait son groupe comme première partie. Une fois l’objectif fixé, Hello Darkness se mit au boulot avec sérieux, et nous réussissions même à finaliser trois nouveaux titres (un record) pour récompenser un public composé essentiellement de potes qui viennent nous voir depuis une dizaine d’années donc.

 

62363176_1218363738319147_1306140129269645312_n

 

Le Jour J, la routine se mettait en place facilement, Damien et moi chargeant le matos à l’Hôtel de la musique et revenant pour 17h30 à la Triperie, rejoints par Seb et Julien tout juste sorti du travail, ainsi que les Radioactive Ponies venus à pied (il était convenu qu’ils joueraient sur notre matériel, toujours plus pratique dans un lieu où l’espace pour entreposer des instruments est réduit). Fait exceptionnel, aucun tracas ne viendra amener de stress supplémentaire et nous enchainons montage et balances sous l’oreille attentive de François, en scrupuleux gardien des décibels.

 

IMG_20190608_200157

 

C’est 20h, les Radioactive Ponies attaquent leur set constitué à part égales de reprises et de compositions. Le groupe mené par Guillaume, chanteur haut en couleurs responsable de l’affiche licornesque du concert, est aussi composé de Pierre-Alexandre,  guitariste précis, Florent, bassiste assez technique, et Stéphane, dont j’ai pu mesurer tous les progrès à la batterie depuis l’unique fois où l’on avait joué ensemble. Le répertoire est plutôt rock teinté de blues, en témoignent les reprises des Pixies, Yeah Yeah Yeah ou Black Keys ce qui est bien dans mes gouts et assez raccord avec l’ambiance d’Hello Darkness. Les compos sont à l’avenant et bien travaillées, et je suis content de pouvoir enfin assister à un concert de Stéphane. Mon passage préféré sera la reprise de « Dress » de PJ Harvey, chanson assez piégeuse dont les Radioactive Ponies se tirent avec honneur, en particulier Guillaume pour une partie de chant vraiment pas évidente. Après une heure de rock, « Helter Skelter » fait une belle conclusion à un concert qui s’est déroulé sans encombre.

 

62087111_2557292174305602_7216627736930942976_o

 

C’est relativement détendus que nous attaquons notre concert, devant un public de fidèles de la première heure, mais aussi quelques personnes qui ne nous ont jamais vus, dont Constance, ce qui fait bien plaisir. Le nombre modeste de spectateurs est compensé par les encouragements nourris, avec Ninie en meneuse enthousiaste et Mélaine en indéfectible soutien personnel. Le démarrage sur « Our Anthem » lance le set sur de bons rails, je retrouve mes marques facilement, jouant sur ma batterie à des réglages qui me sont familiers (à l’exception d’une crash en limite de scène bouffant un peu trop mon tom médian, et que je taperai donc de temps en temps inopinément lors de roulements rapides). Comme d’habitude à La Triperie j’entends très peu les guitares, ce qui ne m’a gêné que sur « Steam Roller », dont le tempo est ultra rapide et les enchainements assez difficiles, et qui en a donc été rendu un peu imprécis par moments. Mis à part ce titre, une première partie de « Stasis » trop rapide et deux ou trois breaks non tentés, je n’ai pas fait trop d’erreurs et j’ai trouvé que nous avions bien joué (1). Les trois nouveaux titres sont bien passés, ce qui n’était pas gagné d’avance. Si « Year of the Dog », morceau post punk bien tendu enchainé après « Beating Heart », était maitrisé depuis un moment, ce n’était pas le cas des deux suivants qui d’ailleurs figuraient en queue de setlist uniquement parce qu’on n’était pas sur jusqu’au dernier moment de pouvoir les interpréter à ce concert. « Le Veilleur » a une rythmique particulièrement difficile, tandis que pour « Journey », au tempo voulu très lent, c’est le chant bien dense qui est piégeux (Julien demandait d’ailleurs à Malo de venir lui servir de pupitre pour les textes, sans doute autant pour pouvoir se concentrer sur l’interprétation que pour des questions de mémoire).

 

62394491_2533952203310616_7007128565195997184_n      62478837_442868763173882_2332167757124075520_n      62505493_697770820652837_1265130750735286272_n

 

Les deux blagueurs d’Hello Darkness, Julien et Seb, avaient décidé de jouer l’éventuel rappel au chi fou mi, et ils étaient tellement contents de leur truc qu’il n’était pas question de quitter la scène sans le réaliser. Seb gagnant la partie, on lançait « Zembria » sur  les chapeaux de roues mais finalement terminions quand même sur la deuxième option, « Or Sleeping », suite à un timing favorable et quelques encouragements du public. Nos deux plus vieux titres, abandonnés depuis quelques temps et récupérés le mois dernier en vue du concert, passèrent mieux sur scène qu’aux dernières répétitions.

 

IMG_20190608_215415_HHT

 

Je suis donc satisfait, Seb plutôt content malgré je cite « un nombre de pains digne d’un boulanger », Damien n’a pris plaisir que sur la deuxième moitié du concert, quant à Julien il a selon ses dires tout raté (ce n’est pas vraiment ce que j’entends sur l’enregistrement de Ben mais bon, chacun son ressenti). Le public, qu’il nous connaisse bien ou pas, est positif. Arnaud et Ben, qui ont vu presque tous nos concerts, ont encore remarqué de beaux progrès et nous ont trouvé bien carrés. Quoi qu’il en soit, nous nous sommes bien amusés, il ne me reste donc plus qu’à remercier les excellents et sympathiques Radioactive Ponies, François -  l’indispensable tenancier de La Triperie, et tous ceux qui sont venu en ce samedi écouter nos chansons sur lesquelles nous travaillons durs tous les Mercredi Soirs, ou presque… A bientôt ! 

 

(1)    L’ami Ben ayant eu la riche idée d’enregistrer l’intégralité du concert, j’ai pu me faire une idée plus précise de notre prestation en la réécoutant. J’ai noté quelques errements guitaristiques sur « Endless Rain », un peu d’appréhension sur le chant de « Pluie de Flèches » et, surtout, le classique « tempo  trop relevé de concert » sur quasiment toutes les chansons, qui explique les pains de chacun d’entre nous ici ou là. Mais globalement c’est quand même réussi.

 

Setlist : Our Anthem - Steam Roller – Katrina Ghost – Endless Rain – Pluie de Flèches – Stasis – the Long Road – the Beat - Beating Heart – Year of the Dog – Le Veilleur – Journey  //  Zembria - Or Sleeping

 

Posté par Hello-Darkness à 00:56 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

10 juin 2019

This Is Not A Love Song Festival (Part 3) - Samedi 01 Juin 2019 - NIMES

tinals2

 

La journée débute comme la précédente, mis à part que nous sommes un peu plus en forme et que nous profitons enfin de la piscine (sauf Constance, qui est encore plus frileuse que moi). Nouvelle partie de Shazam, nouvel apero, c’est le farniente absolu et il faut se faire violence pour nous diriger vers le Tinals où les SHONEN KNIFE sont programmées à 17h45 (nous n’avons même pas tenté les dédicaces Bds malgré la présence de mon cher Fabcaro). D’ailleurs nous sommes en retard et le groupe est déjà sur la grande scène extérieure quand nous arrivons.

 

sk - photo acb

 

Présentées comme une des sources d’inspiration de Kurt Cobain (ce qui ne nous apprend pas grand-chose mais doit surement être vendeur), les SHONEN KNIFE sont un trio pétillant de dames d’un certain âge : il est cependant difficile de deviner leurs presque  40 années de carrière sur des visages éclairés en permanence par un immense sourire. Musicalement, on ne va pas tourner autour du pot : c’est du punk plagié sur les Ramones (1), avec quelques incursions dans un hardcore festif. Non seulement j’aime bien leurs chansons, mais le concert est hyper fun et délirant, entre les diverses chorégraphies, les figures imposées style rocks stars et les interventions joyeuses des deux frangines qui se partagent le micro. J’apprends ainsi qu’un album live est sorti récemment, et je ne résisterai certainement pas à la tentation de l’acquérir.

 

fdc0

 

Après cette introduction punchy de nos Manga Ramones, nous profitons d’un trou dans la prog pour nous poser avec de bonnes bières au Barrio, où l’inévitable et délirant Sound-Truck est pour l’instant en pause. Une bonne heure de discussions et de selfies plus tard, nous retrouvons le gang des lyonnais et nous positionnons devant la petite scène pour le très attendu concert de FONTAINES DC, auteurs pour l’instant de mon album préféré cette année. La hype a d’ailleurs contaminé le site, puisque lors des balances c’est une foule compacte qui se presse et s’interroge : pourquoi le chanteur n’est pas là, pourquoi on n’entend pas le guitariste qui le remplace sur « Hurricane Laughter » ? Mais ouf, alors que le véritable concert commence, voilà notre tête à claques de Grian Chatten qui apparait et commence à tourner comme un lion en cage sur l’intro de « Hurricane Laughter » lancé par ses acolytes dans une configuration identique à celle du Sonic, où on les avait découvert (ils sont juste moins bourrés et mieux coiffés).

 

fdc 2

 

Dommage d’ailleurs de griller en début de set leur meilleure cartouche, d’autant que le titre suivant, le mollasson « the Lotts », fait direct retomber la sauce. Le groupe enchaine par la suite tous ses irrésistibles tubes, depuis mon favori « Too Real » jusqu’au hit « Boys in the Better Land », devant un parterre remuant conquis d’avance. Finir par le titre le plus court et le plus radical de Dogrel, le manifeste « Big », est une excellente idée, une conclusion à l’image d’un set expéditif, sans fioritures mais sans surprises.  Le quintet se barre sans un mot un quart d’heure avant l’horaire prévu, un gigantesque bras d’honneur qui a du bien faire chier ceux qui étaient venu spécialement pour eux. Maxime est révolté, ce que je comprends moins : j’essaye de lui faire prendre conscience que ce départ anticipé est à peu près la seule chose qu’on puisse qualifier de punk dans leur prestation, mais peine perdue. Pour ma part j’ai bien aimé la concision du set (les 3 morceaux non joués de l’album n’auraient fait que l’alourdir) et n’en demandais pas plus au groupe, mais le concert n’aura fait qu’alimenter mes doutes sur son futur : à un moment l’attitude ne suffira plus, et il faudra réécrire des chansons.

 

rv1     rv1 - lolito de palermo

 

Rien ne me tente dans ce qui est programmé l’heure suivante, il est temps d’aller chercher le casse-croute préparé à l’avance et posé à la consigne, d’autant que la suite va être intense. On mange sur un pouf en écoutant de loin les DIRTY PROJECTORS, un groupe que Denis a adoré par le passé mais qui l’a déçu sur ses derniers disques.  Des réserves s’imposent vu le degré d’attention que j’ai porté au concert, mais je n’ai pas du tout aimé ce que j’ai entendu, le groupe me semblant entrer dans le style de pop ultra produite à la Animal Collective que j’avais surnommé le Rock de Laboratoire. La suite, c’est encore sur la petite scène extérieure avec RENDEZ-VOUS, groupe français que nous attendions de voir avec impatience tous les trois. Si j’ai apprécié et pas mal écouté Superior State, leur album sorti l’année dernière, je ne lui ai pas cependant réservé l’accueil qu’il méritait, le problème étant qu’il vient après une énorme vague de Post Punk similaire dont je commençais à être un peu fatigué (je pense notamment aux albums de Frustration). Pour le moment, RENDEZ-VOUS attaque son concert avec deux morceaux que je ne connais pas un peu éloignés de ce style, plutôt dans une surprenante veine Indus-Gothique. Par la suite, les parisiens reviennent à des sonorités plus attendues, en l’occurrence les trois premiers morceaux de Superior State, mais avec un son nettement plus brutal que sur disque. Le claviériste, le guitariste, l’ex batteur des Quetzal Snakes et le sombre bassiste/chanteur raide comme un i entourent un leader agité alternant claviers, guitares ou beuglements et motivant un public nombreux qui ne lésine pas sur le pogo et les slams. Denis et Constance désirant s’avancer un peu, je joue des coudes mais me retrouve seul comme un con au moment d’affronter les mêmes imbéciles qu’à It It Anita. J’ai subitement la moitié du crâne douché de bière, et vu le nuage de poussière dans lequel on évolue je me retrouve bien vite avec une tête de troll. Après ce coup-là, on va moucher marron pendant un bon moment…. Le groupe n’en a cure, et déroule son set avec un sérieux à la limite de la suffisance, enchainant les titres où les solides lignes de basse ne s’arrêtent jamais. Une belle performance, peut-être un peu trop linéaire pour me laisser à terme un souvenir plus précis qu’une intense tranche de rock empoussiérée.

 

low - yoann galiotto

 

Se profile maintenant l’un des clash les plus cornéliens du Tinals. SHAME et LOW sont pourtant aux antipodes l’un de l’autre mais tous deux ont excellente réputation sur scène, et tant notre trio que de nombreux festivaliers sur facebook regrettaient vivement le fait de les avoir mis en concurrence. Pouvoir assister à un concert de LOW en festival et en intérieur est une chance à ne pas manquer, car je n’aurais pas payé pour les voir spécifiquement (et d’ailleurs je ne l’ai pas fait lors de leur récent passage à l’Epicerie Moderne). Je ne suis en effet pas un très grand fan du groupe, ayant picoré leur discographie et, bien qu’il y ait toujours eu une part de superbes morceaux  dans les disques que j’ai écouté, n’ayant finalement eu comme coup de cœur que le très vieux the Long Division. Quant à leur dernier disque, le clivant Double Negative, je ne l’ai tout simplement pas compris, considérant l’ubuesque production expérimentale comme un véritable gâchis. Je suis très curieux d’entendre comment tout ceci va être retranscris sur scène, et puis ça me changera un peu du gros son entendu jusqu’à présent ce week end (et dans le pire des cas si je m’emmerde je retournerai voir SHAME). Constance et Denis ont le même raisonnement, nous voilà dans la grande salle au milieu d’une fosse ayant récupéré semble-t-il tous les cheveux gris du festival.

 

low0

 

LOW attaque son concert dans la pénombre, éclairé en contre-jour par trois rideaux de néons-écrans du plus bel effet (mais j’imagine un cauchemar pour les photographes). Sereins, élégants et souriants, les trois membres du groupe posent une ambiance captivante par des boucles lancinantes sur lesquelles les voix d’Alan Sparhawk et Mimi Parker viennent saisir l’auditeur. La cohérence du set est évidente, les chansons de Double Negative (une moitié de la setlist), débarrassées de la plupart  des bidouillages de studio, se mêlent parfaitement à une sélection précise de vieux titres courant du premier album (1994) au Ones and Sixes de 2015. Cette diversité, et l’enchainement de chansons moins longues que je ne l’imaginais (mis à part « Do you Know How to Waltz » et son drone saturé post rock final) donnent un relief inattendu à un concert qu’on n’a pas songé une seconde à quitter, même en ne reconnaissant que deux titres à tout casser (« No Comprende » et « Monkey », titre le plus rock sur la dizaine interprétée).  Une heure de musique intense que j’ai beaucoup aimée, malgré une fin un petit peu abrupte. Denis et Constance sont eux carrément bouleversés, LOW a vaincu nos doutes respectifs : c’est ce qu’on appelle le talent.

 

prettiest eyes

 

Il n’est donc pas évident de se remotiver et de bouger à l’autre bout du site pour le concert de PRETTIEST EYES, où nous retrouvons le gang des Lyonnais, pour la plupart enchantés du tabassage en règle opéré par SHAME sur la grande scène. De toutes manières nous n’avons pas le choix, il est impossible d’accéder à l’intérieur de la Paloma à cause d’un second concert de FONTAINES DC que les organisateurs ont eu l’idée improbable de programmer dans un Patio très largement sous-dimensionné (et tant pis pour ceux qui voudraient juste récupérer leur sac ou se placer en avance au Club pour le concert de SCARLXRD). PRETTIEST EYES est un trio claviers/basse/batterie qui balance un garage blues hyper entrainant, nonobstant quelques petits défauts (toujours sceptique sur le concept de batteur/chanteur, et puis l’effet d’écho à la Jane’s Addiction sur la voix est assez irritant). On aurait pu se laisser entrainer à l’image d’un public assez fourni, mais j’ai un peu l’esprit ailleurs, tout à mon inquiétude de rater le concert censé terminer sur un coup d’éclat ce week-end génial : SCARLXRD.

 

IMG_20190602_015238

 

Si SCARLXRD (prononcer Scarlord, le guss remplaçant tous les o par des x dans les titres de chansons) évolue dans un style qui m’est étranger, le hip hop, sa musique de rage et de fureur, entre hurlements et gros son quasi industriel, me parle assez (j’avais d’ailleurs apprécié l’année dernière le concert de Ecca Vandal dans un créneau similaire). Bref j’ai bien aimé son album 0000.Infinity, et me voyais déjà me défouler une dernière fois sur cet ultime concert original. Hélas, c’était sans compter cette maudite jauge qui nous interdisait tout accès au Club. Après 10 minutes de queue où j’entrevois juste le bond d’une silhouette musclée au travers de la porte, nous renonçons et décidons de partir après un bref salut aux potes. Très déçu par ce final avorté et voyant que les au-revoir s’éternisent, je retente ma chance un quart d’heure après et finit par pénétrer dans un Club chaud bouillant mais largement assez aéré pour accueillir un bon nombre de spectateurs supplémentaires. J’aurais donc finalement droit à une petite moitié de set de SCARLXRD, qui tient plus de la performance que du concert à proprement parler. Le jeune rapper anglais ne chante que sporadiquement sur des boucles balancé par un acolyte aussi remuant que lui. L’idée est plutôt d’entrainer le public à coup de harangues, de sauts et de danses sportives ininterrompues. Cela fonctionne plutôt bien, même si je serais curieux d’avoir l’avis de vrais spécialistes de hip hop sur ce genre de show en quasi playback (2).

 

IMG_20190601_185553

 Le trio le plus Rock de cette Edition 2019 !

 

Il est temps de faire un petit bilan de cette édition 2019 du TINALS. L’ambiance est toujours aussi géniale, le site, les bénévoles, les petits à coté qui facilitent la vie du public en font le festival le plus agréable que je connaisse. Avec Denis et Constance, un logement confortable et le soleil en prime, le week end fut merveilleux. Coté musical, il faut quand même pousser un coup de gueule : c’est inacceptable de ne pas pouvoir assister aux concerts souhaités en ayant payé son billet. On espère que l’organisation reverra sa copie quant à la programmation des groupes  suivant l’heure et la taille des salles, car non seulement les blocages sont inadmissibles mais la peur de louper un concert favorise l’immobilisme au détriment du papillonnage propice aux découvertes. Le résultat de ce line-up est que, malgré les nombreuses jolies trouvailles dont le Tinals a le secret qui émaillaient la programmation sur le papier, je n’ai fait que très peu de découvertes cette année: vraiment dommage. Pour le reste la plupart des groupes attendus ont tenu leur rang, le son était bon et j’ai pu voir pour la première fois quelques artistes cultes ou jeunes combos prometteurs : Top ! En regagnant la Calexicomobile de Papa, nous croisons le groupe de Maxime qui fait une photo souvenir sur l’esplanade : en voilà d’autres qui n’ont pas passé un morne week-end. Nous avions choisi de dormir une nuit supplémentaire et de partir le lendemain vers Lyon. Sage décision que nous avons payée en embouteillage bien lourdingue. Manière comme une autre de réaliser que la fête était finie, et qu’il nous faudrait péniblement revenir à notre quotidien. Jusqu’à l’année prochaine. 

 

(1)    D’ailleurs j’apprends sans réelle surprise en rédigeant cet article qu’elles ont sorti un tribute album appelé Osaka Ramones. 

(2)    Denis m’a bien parlé de la ridicule performance de Rico Nasty, mais c’était aussi musicalement très pauvre apparemment.

  

Setlist de Fontaines DC: Hurricane Laughter - The Lotts - Chequeless Reckless - Too Real - Sha Sha Sha - Liberty Belle - Boys in the Better Land – Big 

Setlist de Rendez-Vous: Intro – Euroshima – Double Zero – Paralysed – Sentimental Animal – Exuviae – Workout – Distance – Last Stop 

Setlist de Low: Quorum - Dancing and Blood - Always Up - No Comprende – Monkey - Do You Know How to Waltz? – Lazy - Always Trying to Work It Out - Especially Me – Fly - Disarray

 

PHOTOS: Shonen Knife = abc / Piscine = Constance / Fontaines DC 1 + Low 2 + Scarlxrd  + photo bonus = Moi / Fontaines DC 2 + Rendez-Vous 1 + Prettiest Eyes = Robert Gil (photosconcerts.com) / Rendez-Vous 2 = Lolito de Palermo / Low 1 = Yoann Galiotto / Rock Trio = un gentil festivalier

 

SHONEN KNIFE: 

FONTAINES DC: 

RENDEZ-VOUS: 

LOW: 

PRETTIEST EYES: 

SCARLXRD: 

 

BONUS! on est pas bien, là, au TINALS, décontracté des oreilles....

IMG_20190601_210342x

Posté par Hello-Darkness à 16:12 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

07 juin 2019

This Is Not A Love Song Festival (Part 2) - Vendredi 31 Mai 2019 - NIMES

IMG_20190531_131708

 

Le programme de cette journée du Vendredi est clair : glander. Aussi après avoir fait un effort ultime en allant faire les courses au Super U du coin, nous décidions de renoncer à toute sollicitation extérieure et de remettre notre baignade à la piscine au lendemain. Oui, parce que notre logement qualifié de bourgeois par certains jaloux, confortablement  situé au milieu d’une calme et arborée propriété fermée (curieusement installée dans une ancienne carrière romaine), était de surcroit doté d’une grande piscine. Le lieu parfait donc, mis à part la colocation avec quelques très gros spécimens d’insectes et d’arachnides qui nous valurent notamment l’une des scènes les plus poilantes du week-end : voir Constance jaillir dans un hurlement des toilettes où elle venait d’entrer,  telle une diablesse débraillée de sa boite à ressort. Elle venait de faire connaissance avec une énorme blatte, dès lors affublée du surnom de Régine. Inutile de dire que la détestation des petites bêtes associée au véganisme chez notre camarade fut une bonne source de taquineries pour Denis et moi. L’après-midi se passait entre bouffe, discussions animées, consultation silencieuses de nos portables et une sympathique partie de Shazam. C’est un jeu de questions et de blind test sur différentes catégories musicales qui se joue à plusieurs et à la fin c’est Denis qui gagne. Bref, on est tellement bien qu’il devient difficile de s’arracher à notre jardinet et que nous arrivons tout juste à l’heure pour BIG THIEF, programmé à 18h40 sur la petite scène extérieure.

 

0bt

big thief3

 

Auteurs d’un charmant album cette année (U.F.O.F), BIG THIEF pouvait tout aussi bien me barber que m’émouvoir sur scène. Je ne pensais pas autant apprécier leur prestation, mais elle s’est avérée idéale pour ce début de soirée. La musique délivrée est une pop rock mainstream mais souvent agrémentée de passages bien tendus, qui m’évoque un peu les débuts des Cranberries. Le fait que le leader soit une frêle jeune femme lumineuse entourée de trois gars (guitare, basse, batterie) attentifs à ses moindres gestes n’y est peut-être pas étranger. Adrianne Lenker a les cheveux ras laissant entrevoir ce qui semble être une cicatrice au crane, un beau sourire malgré une dent manquante, son corps et son attitude racontent la même histoire qu’un chant qui m’embarque. Une histoire qui semble contenir son lot de blessures, dans des éclats saturés d’une guitare rageusement maltraitée interrompant parfois des mélodies simples et efficaces. Et pourtant quel bonheur de jouer montré par le quatuor, dont l’amateurisme relatif est très largement compensé par la sincérité ! Que cela fait du bien de voir un concert vivant, loin des shows formatés de bien des dates de festivals, surtout après la journée d’hier ! Le dernier titre, un « Cattails » beau à pleurer, finit de me convaincre de creuser un peu plus la discographie de BIG THIEF  (trois albums à leur actif).

 

dtsq2

 

Avant de retourner dans la grande salle de la Paloma, nous déposons nos sacs à la consigne. Si les demoiselles des éditions précédentes ne sont plus au comptoir, l’accueil est toujours aussi souriant et sympathique, un bonus non négligeable à ce gros point fort du TINALS (quiconque a déjà pogoté avec un sac à dos sait de quoi je parle). Voici donc DTSQ, curiosité venue de Séoul qu’un coup d’œil à la pochette de leur disque Neon-Coloured Milky Way (2018) que j’avais bien apprécié suffit à catégoriser : du rock psyche. Le morceau d’introduction, « Stay Puft Marshmallow Man is Coming », est d’ailleurs parfaitement caractéristique du genre et lance idéalement le concert. Sur une base dont l’ADN est à chercher du côté des grands groupe de hard rock ou psyché des 70’s, DTSQ vient s’inspirer de sonorités plus modernes popularisées par Thee Oh Sees ou King Gizzard, auxquels ils font penser sur les tempos les plus rapides (« Mind Game »). A la manière des prolifiques australiens, le quatuor de séoul sait nuancer son propos, entre rythmique plus ambient évoquant Air (passages un peu moins convaincants que le reste) ou Krautrock étiré en développement répétitifs irrésistibles (« the Brain Song »). Le public est conquis d’autant plus que le groupe semble aussi ravi que surpris de jouer devant une telle affluence. Le souriant frontman, casquette vissé sur la tête, aura mis tout le monde dans sa poche en début de set lorsqu’il aura diffusé à l’aide de son portable quelques phrases enregistrées et traduites en français. Une attention à l’image d’un bon concert où la technique (excellente paire rythmique) n’aura jamais pris le pas sur le fun.

 

courtney barnett - nina fractal

 

Constance et Denis ont bien aimé aussi et sont restés comme moi jusqu’à la dernière minute. Nous marchons donc d’un bon pas vers la grande scène extérieure ou Courtney BARNETT vient d’attaquer son set. Si j’avais vraiment aimé son premier disque, j’ai trouvé assez chiant celui en duo avec Kurt Vile et le Tell me how you Really Feel  de l’année dernière, ce n’était donc pas gagné d’avance pour ce concert. Disons-le clairement, la seule originalité de Courtney BARNETT, c’est qu’elle est gauchère et qu’elle arbore une improbable coupe mulet qui n’arrive cependant enlaidir son joli minois souriant. Musicalement, on oscille entre un folk-rock stonien mid-tempo à la Liz Phair et un grunge bien énergique qui a ma préférence. Je ne m’attendais cependant pas à une telle présence, Courtney BARNETT bougeant sur scène dès qu’elle en a l’occasion (quand elle ne chante pas donc), levant haut sa guitare lors de soli exécutés à l’arrache mais sans faux pas ou haranguant le public d’un ton dynamique. La formule trio fonctionne parfaitement, les musiciens sont excellents et semblent s’entendre à merveille, je passe donc un bon moment même sur les morceaux un peu basiques. La setlist est d’ailleurs habilement construite de telle manière que le titre joué est souvent meilleur que le précédent, un crescendo finissant en apothéose sur deux tubes bien appuyés pour le plus grand bonheur d’un public enthousiaste. Je ne regrette donc nullement d’être resté jusqu’à la fin, pas plus que Denis et Constance ne regretterons de s’être rapidement enfuis pour assister à la performance de LIZZO, artiste hip-hop déjantée ayant enflammé la grande salle (La bUze a fortement apprécié aussi).

 

malkmus1

 

Me voici donc solitaire, et, échaudé par les différents blocages de la journée précédente, je mange rapidement pour me placer bien en avance dans la grande salle ou Stephen MALKMUS est programmé. Précaution inutile, puisque Denis et Constance m’y rejoindront plus tard, mais on ne sait jamais, c’est bien ça qui est pénible avec cette affaire. Cela me permet néanmoins de me retrouver parmi un bon groupe de fans ultimes de Pavement qui causent tandis que MALKMUS fait tranquillement ses balances à deux mètres de nous. Détendu, il fait même un signe de la main à un gars qui l’interpelle, et montre fièrement le T-Shirt qu’il arbore sous une chemise à carreaux ouverte, sur lequel on croit lire Pavement. Le gars en question explique ensuite à une copine qu’à une époque il faisait partie d’un tribute band nommé Lavement (d’où la poire sur le T-Shirt, je m’en rends compte maintenant), qu’il en a offert un T-Shirt à MALKMUS et que ce dernier l’a mis ! (1) C’est dire la coolitude du gars, le genre de mec qui n’a tellement plus rien à prouver qu’il peut tout se permettre. Son groupe est tout aussi détendu, la bassiste affiche un sourire goguenard aux pitreries de son leader et du claviériste/guitariste rigolo, tandis que le batteur avoine son instrument avec un large sourire et un ventilateur dans la gueule qui fait flotter sa tignasse.

 

IMG_20190531_231253

 

Les JICKS ne sont pas forcément meilleurs musiciens que Built to Spill, leurs compositions ne volent pas à des kilomètres au-dessus, mais les deux concerts n’ont absolument rien à voir. Stephen MALKMUS and the JICKS déroulent une setlist essentiellement composée de titres de Sparkle Hard (album que j’avais assez aimé, à l’inverse du disque solo de cette année), qui prennent une ampleur supplémentaire sur scène. J’aime le jeu de MALKMUS, dans ses arpèges les plus mélodiques (ceux de « No one is » qui introduisent le concert par exemple), dans ses solos improbables et surtout dans la manière qu’il a de diriger des chansons vers des contrées inattendues, pics de décibels et de roulements alternant avec passages feutrés, comme sur le final exceptionnel de « Kite ». Certains titres évoquent furieusement Pavement (« Shiggy », « Middle America »), d’autres lorgnent vers le rock progressif (« Future Suite »), quasiment tous m’ont plu, notamment un « Cast Off » confirmant que MALKMUS est le seul artiste à pouvoir chanter aussi faux avec classe. Ninie est à fond tout du long, des étoiles dans les yeux et le sourire au bec en fixant son idole, c’est émouvant à voir. On regrettera simplement que le concert ne se soit pas achevé sur un titre aussi intense que « Baltimore » plutôt que sur la bancale ballade « Freeze the Saints » et le banal « Difficulties/Let them eat Vowels » finissant dans une queue de poisson qui arrache un rire au groupe et  un commentaire acerbe à Denis, revenu avec Constance d’un James BLAKE que je ne serais allé voir pour rien au monde.

 

iia5

 

Mine de rien, IT IT ANITA est peut-être le concert que j’attends le plus du festival. Je ne les ai jamais vus et leur album Laurent, qui n’a fait qu’une brève apparition dans mon top 2018 pour cause d’écoute tardive, n’a cessé de tourner chez moi au premier trimestre de cette année. C’est pour cette raison, et vu le bordel autour de chaque concert programmé au club (la petite salle intérieure), que je m’installe avec presque une heure d’avance devant la scène, zappant le blues créole de DELGRES que je serais bien allé écouter par curiosité. Quasiment tous les copains ont fait le même pari gagnant, notamment Maxime et son groupe de potes, déjà croisé à plusieurs reprises pendant le festival. IT IT ANITA  s’échauffe rapidement avec un instrumental bien abrasif, « Tanker 2 (part 1) ». Je définirais leur musique comme du Shellac avec une touche improbable de Girls in Hawaii et de Sonic Youth. Un mélange qui fonctionne bien même si en live la part la plus large est réservée à la noise, avec pour seule respiration pop « Denial », interrompue par un instant chorale où les 4 membres du groupe s’aligneront devant la scène pour diriger un public très connaisseur. Il y a deux chanteurs guitaristes qui se font face, un jeune moustachu et un leader casquetté au look de présentateur sportif. Derrière, un solide bassiste et un batteur torse nu à la musculature imposante et au regard n’exprimant que deux mots (taper et batterie), eux aussi installés latéralement au public.  

 

IMG_20190601_014123

 

L’un des points forts du groupe, outre des compos explosives mais dont l’agressivité ne masque pas des refrains assez mélodiques pour bien rester en tête (« Say No », grand moment de beuglements collectif), c’est la complémentarité des chanteurs qui se répondent souvent pour une efficacité décuplée (le bassiste participe aussi, et il n’est pas en reste question volume sonore). Meilleur exemple, « User Guide », qui remet un coup de tension à la fosse. Heureusement d’ailleurs que le concert est de haute volée, car il faut supporter les débiles qui confondent pogo et match de rugby et qui monopolisent une partie de mon attention (pour résister à la tentation de les latter un bon coup). IT IT ANITA  enchaine les tueries, dont beaucoup extraites de Laurent, jusqu’à « Another Canceled Mission », qui va prendre une tournure aussi inattendue qu’incroyable. Alors que ses camarades continuent à jouer, le batteur commence tranquillement à ramener une partie de son instrument au milieu de la fosse. Grosse caisse, caisse claire, charley, cymbale, tabouret flottent de la scène jusqu’à mes pieds et à ceux de Maxime qui, déjà émoustillé par le physique de la bête (je sais maintenant à quoi ressemble un acteur porno gay), manque de défaillir et filme la scène avec force zooms. Ce n’est que le début d’un bordel général qui va se finir avec l’ensemble du groupe au milieu du public, un deuxième déménagement de batterie un peu plus loin, et un titre s’étirant jusqu’à un dernier baroud d’honneur ultra explosif. Moi qui avais retiré mes protections auditives pour cause de son un peu faiblard (seul défaut du concert avec les cons de la fosse), me voilà avec les oreilles en feu suite à ce débarquement de percussion surprise. 

La performance donne lieu à des discussions enflammées au sein de notre groupe, j’ai pris une bonne baffe et ne manquerais pas de revoir IT IT ANITA  sur scène si par chance ils passent du coté de Lyon. Un concert en point d'orgue d'une journée vraiment bonne, faite de découvertes, de confirmations et surtout de beaucoup de bonheur. On en espère autant pour le lendemain, il est grand temps d’aller rejoindre Régine… 

 

(1)    Certains y ont même vu un clin d’œil à la reformation du groupe pour quelques concerts annoncée ce week-end. On les comprend, vu que la première lettre du nom du groupe était cachée par un pan de la chemise.

 

Setlist de Big Thief : Real Love – Not – Capacity - Shark Smile - Forgotten Eyes - Those Girls – Masterpiece – Contact – Mary - Cattails  

Setlist de Courtney Barnett: Avant Gardener - City Looks Pretty - Small Talk - Need a Little Time - Nameless, Faceless - I'm Not Your Mother, I'm Not Your Bitch - Crippling Self Doubt and a General Lack of Self Confidence - Small Poppies – Depreston - Elevator Operator - Everybody Here Hates You - Nobody Really Cares If You Don't Go to the Party - Pedestrian at Best 

Setlist de Stephen Malkmus and the Jicks: No One Is (As I Are Be) - Bike Lane - Future Suite – Shiggy - Solid Silk – Lariat – Kite - Cast Off – Rattler - Middle America – Baltimore - Freeze the Saints - Difficulties / Let Them Eat Vowels 

Setlist de It It Anita: Tanker 2 (part 1) – 25 – User Guide – GOD – Templier – Say No – Denial – NPR – 11 – Another Canceled Mission (Setlist fournie par le groupe à la demande de Constance !!!)

 

PHOTOS: Big Thief 2 + DTSQ + Stephen Malkmus 1 + It It Anita 1 = Robert Gil (photosconcerts.com) / Courtney Barnett = Nina Fractal / Farniente + Big Thief 1 + Stephen Malkmus 2 + It It Anita 2 = Moi

 

BIG THIEF:

DTSQ:

 Courtney BARNETT:

 Stephen MALKMUS and the JICKS:

  

 IT IT ANITA:

05 juin 2019

This Is Not A Love Song Festival (Part 1) - Jeudi 30 Mai 2019 - NIMES

00 - header-site-tinals-1

 

Marasme professionnel, marathon d’un changement d’appartement touchant à sa fin, vie familiale intense, plus que jamais le traditionnel break printanier du This Is Not A Love Song festival à Nîmes me semblait salutaire. Une perspective d’autant plus réjouissante que je ne passerais pas les 3 jours en solitaire comme l’année dernière, mais avec deux amis bien branchés musique : Denis, alias l’ex-voisin du 5eme, plume sur pichenettes.org et critique musical aux convictions tranchantes sur Facebook.  Et Constance, squatteuse de fosse lyonnaise underground, reconnue par tous fan de groupe obscur ayant fréquenté le Sonic. Coté affiche, aucun nom indispensable mais une programmation à la qualité générale indéniable qui m’avait décidée assez tôt à venir (l’inverse de l’édition précédente, donc). L’organisation avait annoncé d’emblée son désir d’abandonner les grosses têtes d’affiche au profit d’une programmation pointue et/ou novatrice, intention louable qui s’accompagnait hélas du retour des concerts à jauge très limitée à La Paloma, gros point noir d’un festival par ailleurs toujours aussi sympathique.

 

tinals3

 

En ce jour de l’Ascension, la route vers le Paradis débutait métro Garibaldi où notre trio se voyait renforcé par Ninie, de retour au TINALS par amour pour Stephen Malkmus après 4 ans d’absence, et Claire, la fille discrète qui se transforme en redoutable punkette après quelques bières. Ma Calexicomobile embarquait tout ce beau monde pour un trajet sans encombre, LCD Soundsystem faisant consensus sur l’autoradio même si, étant un homme de tradition (1), je sortais pour son tour de piste annuel le How to Stop your Brain in an Accident de Future of the Left. Nous passons devant le site de la Paloma mais il faut d’abord poser les filles, prendre possession de notre location bien agréable mais relativement éloignée, s’équiper de notre tenue du parfait petit festivalier, avant de reprendre la bagnole pour se garer sur la piste de l’aérodrome aménagée en fort pratique parking.

 

00 - aldoush2    00 - aldoush3

 

Il est donc 19h30 quand nous entrons enfin sur le site, intéressés avant tout par une bonne bière fraiche. Premier concert et premier clash, le line-up de cette édition étant particulièrement incompréhensible, avec un embouteillage de groupes programmés entre 20h et minuit et des groupes de même style souvent mis en concurrence. A l’écoute de leurs disques respectifs, j’avais privilégié Aldous HARDING à BLACK MIDI, jeune combo de Math Rock dont je trouvais la musique trop cérébrale et complexe. C’est donc par un concert calme et délicat que j’entamais mon festival, et si j’eus préféré me défouler avec du son plus bourrin, l’heure passée en compagnie de la jeune néo-zélandaise a été agréable à défaut d’être bouleversante. La très belle voix d’Aldous HARDING survole des compositions folk subtilement rehaussés par les notes précises d’un quatuor aux ordres (claviers, guitare, basse et batterie/trombone). Je pense à Essie Jain qui dans un même registre m’avais cependant beaucoup plus marqué lorsque je la découvris il y a 10 ans en première partie d’Emily Jain White. Je reconnais quelques extraits de Designer, frôle l’ennui par moment mais décide de profiter jusqu’au bout de ces chansons mignonnes malgré les grimaces surjouées de leur compositrice, attitude irritante et complètement inutile. Constance prend la même option à l’inverse de Denis qui aura rapidement fuit pour assister à la fin d’un concert de BLACK MIDI parait-il fantastique.

 

03 - shellac5

 

Petit grain de sable dans notre organisation, nous n’avons pu faire les courses pour cause de jour férié : me voilà donc à faire la queue pour une maigre pitance bien chère payée, diner passé en compagnie de Constance posés sur les poufs toujours accueillants mis à disposition pas loin de la grande scène extérieure. J’entends donc le début du set d’INSPECTOR CLUZO, leur musique semblant tout à fait à l’image du hot dog / frites que je suis en train d’avaler : grasse et lourdingue. Mais vite, c’est l’heure du tant attendu concert de SHELLAC, ceux-là même qui m’avaient mis une de mes plus grosses baffes live dans cette même salle de la Paloma, il y a deux ans. Nous rejoignons Denis pour nous placer dans la fosse, mais je ne verrais pas mes copains bien longtemps, happé par le pogo dès le début des hostilités lancées par le trio de Seattle à leur entrée sur scène. La configuration est identique à la dernière fois : Steve Albini avec sa guitare ceinture et le bassiste Bob Weston encadrant l’exceptionnel Todd Trainer dont le jeu de batterie ne cesse de me fasciner. L’équité rare entre les 3 instruments, qui se répondent, se concurrencent ou s’effacent au sein de chaque morceau, est une des particularités qui m’attire spécialement chez SHELLAC, en plus évidemment de leur son abrasif et de la radicalité de leurs compositions.

04 - shellac1     05 - shellac3

 

Si j’ai depuis rattrapé mon retard et acheté l’ensemble des albums, le dernier en date reste mon préféré et le seul que je maitrise vraiment. Je serais gâté, entre « Compliant » en tout début de set, le formidable final sur « Dude Incredible » et l’indispensable « Riding Bikes » dont le refrain ne peut que se hurler. J’avoue avoir eu du mal à identifier le reste, et je reconnaitrais les brûlots plus par le souvenir du concert de 2016 que par les écoutes des albums studio. Une bonne part des deux setlist fut en effet commune, mais la prestation du jour est plus efficace, débarrassée des bavardages et digressions qui avaient quelque peu fait retomber la pression en fin de set précédent. Steve Albini ne prendra la parole que pour l’improbable histoire du gars qui se prend pour un avion après un bad trip, et le trio ne tergiversera pas trop  dans le choix des chansons, même si Bob Weston aura quelques mouvements d’humeur à ce sujet. L’effet de surprise manquait (ils ont refait le coup du guitariste et du bassiste qui quittent la scène brutalement tout en continuant à jouer planqués backstage) et la fosse était plus timide que la dernière fois, ce concert aura donc été logiquement moins marquant pour moi. Mais il était paradoxalement meilleur (voire parfait) et les commentaires des potes étaient unanimes. Ce cher La buZe, croisé au même titre qu’un nombre incalculable de copains de fosses lyonnais, l’aura largement préféré à celui de la veille à l’Epicerie Moderne.

 

kurt vile image le monde

 

Après ce grand moment, c’est pas moins de trois groupes potentiellement intéressant qui jouaient en même temps. J’avais éliminé auparavant à regrets The MESSTHETICS, comptant en son sein la paire rythmique des légendaires Fugazi, auteurs cette année d’un album de rock indé agressif que j’ai trouvé inégal, et dont la formule instrumentale me laissait quelques doutes pour un live. J’avais aussi choisi de zapper Kurt VILE and the VIOLATORS, l’un des noms qui m’avait pourtant décidé à venir en souvenir de l’excellent B’lieve i’m going down sorti en 2015. Le paresseux Bottle it in de 2018 et surtout les avis mitigés sur sa prestation à l’Epicerie Moderne (l’ami Julien ayant trouvé son concert très chiant, chose assez rare pour m’alerter) m’avaient fait opter pour BUILT TO SPILL, groupe culte 90’s que je ne connaissais pas mais dont on m’avait dit grand bien. Avant le début du concert de ces derniers, nous allions nous placer devant la grande scène pour le début de Kurt VILE, les trois chansons entendues, bien qu’aussi nonchalantes que prévues, me semblant tout à fait sympathiques. Hélas, atteint d’une KurtoVilophobie grave, Denis commençait à baver et saigner des oreilles, il fallait donc battre en retraite jusqu’à la grande salle Paloma.

 

01 - buts1

 

Sur le papier, BUILT TO SPILL avait tout pour me plaire. Présenté comme un groupe majeur de la scène indie US des 90’s, ils m’ont évoqué un Grandaddy qui aurait fait du rock alternatif : pile ma came. Sauf qu’en réalité, le concert n’a jamais vraiment décollé, faute à un manque de charisme incroyable et au déroulement en roue libre d’un concert plan-plan que rien ne viendra bousculer, pas même les nombreux solo de guitare noise d’un leader assez doué sur l’instrument, mais incapable de nuances. Le batteur exécute de très jolis riffs, mais sans la moindre conviction, comme s’il était en train d’éplucher des légumes dans sa cuisine. Rien n’est vraiment mauvais, et à quelques occasions je suis sorti de ma torpeur par quelques moments plus accrocheurs (j’ai bien aimé le titre « Bad Light » par exemple). Je laisse sa chance au groupe jusqu’à la fin, autant par peur de louper une fin de concert potentiellement plus intense que par flemme de bouger, mais rien ne se passe. Mis à part les quelques fans ultimes et plus tout jeunes du premier rang qui ont manifesté leur enthousiasme tout du long, je ne recueille aucun avis positif sur cette prestation, même le bon connaisseur Juju n’était pas plus convaincu que cela. J’ai appris par la suite que BUILT TO SPILL avait joué en intégralité l’un de ses albums, ce qui est rarement une bonne idée. Il s’agissait du 4eme, Keep it like a Secret. On ne saurait mieux conclure.

 

02 - fwf3

 

La fatigue se fait sentir, et le groupe d’amis s’est un peu éparpillé. Je reste pour FAT WHITE FAMILY, apparemment la sensation du moment puisque la grande salle est rapidement prise d’assaut et que certaines personnes ne peuvent y accéder. Les  FAT WHITE FAMILY sont très nombreux sur scène (7 musiciens), ce qui m’attire rarement, et je n’aime pas trop leur look non plus. Musicalement, ils sont durs à situer, on dirait une sorte de rock festif glauque, comme si la Mano Negra s’était mis à faire de l’indus. Si un troisième morceau assez rock m’accroche un peu plus et me montre le potentiel du groupe, j’ai du mal à rentrer dans le concert et décide de sortir de la salle à la recherche de mes potes. Après quelques tergiversations, je retourne au concert avec Denis et Constance, cette fois sur le grand balcon dominant la fosse et la scène. Vu de haut, le spectacle est sympa, le pogo est immense et les slams s’enchainent. Et comme la musique, sans avoir spécialement retenu mon attention, est entrainante et que le groupe donne tout, on passe un bon moment. C’est le point final d’une journée vraiment cool pour l’ambiance et les potes, mais bien décevante musicalement, hormis pour les irréprochables SHELLAC. J’espère vivement du mieux pour les jours à venir. Dans notre chambre commune, Denis s’est endormi avant que sa tête ne touche l’oreiller… 

 

(1)    Plus que je ne le pensais, puisque Ninie me fit remarquer que je portais le même T-Shirt que lors de mon premier TINALS, que j’avais fait en sa compagnie.

  

Potentielle Setlist d’Aldous Harding à partir de dates de sa tournée : Designer - Zoo Eyes – Treasure – the  Barrel – Damn – Weight of the Planets - Heaven is Empty – Blend  - Elation – Old Peel 

Setlist de Shellac (démerdez-vous !): 

03 - shella1

Jouées ? : My Black Ass – Compliant- Squirrel Song - Riding Bikes - You Came in Me - Steady as She Goes - All the Surveyors - Be prepared – Scrappers - Spoke- Dude Incredible 

Setlist de Built to Spill : Time Trap - You Were Right - Center of the Universe - Bad Light – Temporarily Blind - The Plan – Sidewalk - Else - Broken Chairs - Carry the Zero 

Setlist  de Fat White Family : When I Leave - Tinfoil Deathstar - I Am Mark E. Smith - Fringe Runner - Bobby's Boyfriend - Hits Hits Hits – Feet - Touch the Leather - Whitest Boy on the Beach - Cream of the Young - Is It Raining In Your Mouth?

 

PHOTOS: Aldous Harding 1 et 2 + Shellac 1,2 et 3 + Fat White Family = Robert Gil (photosconcerts.com) / Kurt Vile = Le Monde / Trajet = Denis / Built to Spill = Moi

 

Aldous HARDING:

 

SHELLAC:

  

BUILT TO SPILL:

 FAT WHITE FAMILY:

Posté par Hello-Darkness à 12:22 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,


27 mai 2019

# 094 / 221

094

 

R-400111-1243787011

 

Si Frank Black continue avec le même trio de redoutables musiciens pour son 4eme album post Pixies, il le baptise enfin : c’est donc sous le nom de Frank Black and the Catholics que sort le successeur de the Cult of Ray. A l’époque ce disque m’avait bien déçu, il faut dire qu’il arrivait après trois fameux albums. Mais même avec le recul Frank Black and the Catholics est plutôt moyen, à l’inverse de son successeur Pistolero bien réévalué (voir épisode 080). J’avais peiné à en enregistrer la moitié, et encore s’agissait-il de la version augmentée de titres bonus, dont l’interminable reprise de Bob Dylan « Changing of the Guards » (j’eus mieux fait de retenir celle de Larry Norman, l’amusant « Six Sixty-Six »).

Le plus frustrant, c’est que l’album contient quelques pépites : la superbe ballade « Dog Gone » dans un registre posé inhabituel alors, mettant en valeur la voix de Black, chaleureuse quand il le veut bien. « I Need Peace », chanson plus complexe et bourrin avec encore un riff du tonnerre. « the Man who was too Loud », titre bluesy sympa ayant un petit côté Eels. Et ma préférée, « Solid Gold », un rock appuyé simple et efficace au sujet d’un divorce pas très bien digéré (1). Bref, si l’âge d’or semble terminé, il convient encore de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain et d’écouter scrupuleusement les nombreuses sorties de Frank Black. Ce que je ferais sans faute jusqu’en 2006.  

(1)    Pas le seul titre sur ce thème, madame étant partie avec une bonne part des économies de l’ex leader des Pixies qui, las de ne pas vendre les disques où il s’en plaint, reformera son groupe pour quelques tournées afin de se refaire le portefeuille.

 

 

 

R-2369928-1493669716-4892

 

Tiens, un revenant ! La dernière fois que nous avions parlé de W.A.S.P, c’était en cassette 017 pour un Still not Black Enough qui ne nous avait pas vraiment emballé. Depuis, la présence de mes vieux groupes de hard d’adolescence s’est faite de plus en plus rare au fil des épisodes de la Tape Story jusqu’à disparaitre quasi totalement au profit de groupes plus sérieux et plus modernes (à l’époque, hein…). On a par exemple évoqué cassette précédente le premier disque de Marilyn Manson, sorti en 1994 : voilà typiquement le genre de groupe qui fascinait alors les gamins, autant dire que ce n’était pas gagné pour un Blackie Lawless assez ringardisé. Ne s’avouant pas vaincu, et fort d’un blason redoré par son Crimson Idol, Blackie tente donc en 1997 d’habiller son hard rock démonstratif d’oripeaux indus, jusque dans la pochette de l’album K.F.D. (pour Kill Fuck Die) sur lequel il rappelle à la guitare son vieux pote Chris Holmes. Les trois premiers titres retenus, sans être détestables (pour qui supporte la voix de Lawless évidemment, à mi-chemin entre le chat souffreteux et la corneille sénile), restent sur une route bien connue, parsemée de roulements de batterie dans tous les sens et de branlages de manche à l’ancienne. Les trois morceaux suivants sont plus longs et plus intéressants. W.A.S.P travaille une ambiance, le chant et les sons de guitare s’ornant de modulations vaguement orientales. « Kill your Pretty Face » nous plonge dans un sombre asile dans lequel on aurait interné un pastiche de Jim Morrison,  tandis que « the Horror » mélange allègrement le Alice Cooper band, Nine Inch Nails et … le Crimson Idol de W.A.S.P. Malgré l’auto citation, ce long développement est assez bien foutu et plutôt impressionnant. Il était cependant bien temps de passer à autre chose, et K.F.D. sera le dernier album de W.A.S.P sur lequel je poserai une oreille. Blackie Lawless n’a depuis jamais cessé d’enregistrer des disques (concepts albums ou propos plus politiques) ni de tourner. Ce qui me permettra de le voir en 2017 au Transbordeur. Comme quoi…. 

 

 

 

R-132275-1189020047

 

Lors de sa sortie, Earthling cumulait deux handicaps pour moi : il faisait suite à Outside, disque renversant que j’avais inscrit immédiatement dans les hautes sphères de mon panthéon personnel. Et le toujours changeant David Bowie avait décidé d’insuffler à son nouvel album une forte teneur en techno, pas vraiment mon truc. De fait, j’avais été assez déçu en le découvrant, enregistrant tout de même un honorable 2/3  d’album sur cette cassette. En réalité Earthling était juste plus difficile d’accès que son prédécesseur (et que les autres albums de Bowie que je connaissais), et il devint au fil des écoutes l’un de mes favoris. Dans ce magma complexe de rythmes technoïdes et de guitares robotiques jaillissant derrière des nébuleuses de claviers, on entend souvent des refrains exploser en guitares bien rock remettant les choses au clair, avant la prochaine déstructuration. Surtout, Bowie en génie pop n’a pas oublié de bâtir ces longues et intimidantes chansons autour de mélodies qu’on finit par attraper sans possibilité de retour. A ce petit jeu, « Looking for Satellites » et surtout le tube « I’m Afraid of Americans » sortent vainqueurs, mais c’est bien Earthling dans son ensemble qu’il faut louer comme un nouveau joyau, aussi bizarre que fascinant, dans la discographie de l’éternel Thin White Duke.

 

(je n'avais jamais vu ce clip génial, avec un célèbre featuring...) 

 

R-534795-1548051335-3257

 

Retour sur le Hunkpapa des Throwing Muses, dont on se demandait cassette précédente si les 4 premiers titres relèveraient l’ensemble du marasme absolu. La réponse est évidemment non, l’enchainement avec la production impeccable et moderne de Earthling faisant d’autant plus mal. S’il y a souvent quelques arpèges bien trouvés chez Kristin Hersh, les compositions sont toujours aussi imbitables, « Dizzy » étant ce qui se rapproche le plus d’une chanson, ce qui n’est pas peu dire. Sans compter cette basse scolaire et à moitié funk que je n’avais pas notée au dernier épisode. Mon Dieu que cette période du groupe a mal vieillit ! Quand je pense qu’un autre album datant de la même année m’attend d’ici peu… 

 

 

Posté par Hello-Darkness à 22:28 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

21 mai 2019

# 093 / 221

093

 

R-1206918-1473132725-1612

 

Devenu grand fan de Cat Power, et en attendant un successeur à Moon Pix, j’empruntais Dear Sir, premier album de l’américaine enregistré en 1994 (1). Le coté extrêmement brut du disque ne m’avait pas rebuté, puisque je l’avais intégralement retenu. Certes son successeur What would the Community Think ne croule pas vraiment sous les arrangements et la production, mais là on dirait que ce Dear Sir a été carrément enregistré avec un seul micro planté au centre de la salle de répète. Toutes basées sur des boucles répétitives ultra simples de quelques accords, les compositions semblent même à moitié improvisées, bon nombre d’entre elles finissant par mourir quand l’un des membres du trio arrête de jouer et que les autres s’en aperçoivent quelques mesures plus loin. Ainsi décrit, l’album parait assez rébarbatif mais il fonctionne en fait très bien, par le seul charisme du chant de Chan Marshall, aussi cru, habité et déchirant qu’on pouvait s’y attendre.

Evoluant dans un registre grungy teinté de noise qu’elle abandonnera progressivement par la suite, Chan Marshall est soutenue par la batterie basique d’un Steve Shelley (from Sonic Youth, of course) qui se met au niveau et au service de la chanteuse dont il est l’un des premiers soutiens. Pas mal de grands morceaux émergent de cet étrange objet austère et  confiné, l’intense « Rockets », l’émouvant « Mr Gallo » ou le final « Headlights », assez représentatif puisqu’il tient simplement sur deux accords mais qu’il scotche l’auditeur sur place. Comme extraits d’autres sessions d’enregistrement, les deux sombres chansons « 3 Times »  et « Great Expectations », avec leur lenteur et leurs arpèges,  font le lien avec What would the Community Think. L’écart sonore avec les autres morceaux renforce le coté amateur et un peu brouillon de ce premier disque, sans qu’on sache s’il s’agit d’un parti pris ou d’une limite technique. Mais Dear Sir marque surtout car il ne laisse aucun doute sur le fait que Cat Power sera une artiste qui compte. 

(1)    Je n’ai jamais trop su où placer Myra Lee, sorti en 1996 mais dont l’enregistrement semble concomitant à Dear Sir.

 

 

 

R-534795-1548051335-3257 

 

Après avoir chroniqué deux albums 90’s des Throwing Muses plutôt sympathiques, remontons dans le temps pour redécouvrir leur 3eme album, Hunkpapa, enregistré en 1988, alors que Tanya Donelly officiait encore à la guitare au côté de sa grande demi sœur Kristin Hersh, leader affirmée du groupe. Comme craint, le retour aux 80’s fait assez mal, aucune des compositions ici retenues n’ayant trouvé grâce à mes oreilles - il faut quand même signaler que les 4 premiers titres de l’album, les plus connus, sont enregistrés cassette suivante selon une logique qui m’échappe, on attendra donc un peu pour se faire un avis définitif. Plus que la production vieillotte (ah, ces cuivres sur « Take »), c’est surtout le n’importe quoi stylistique qui m’a fait tiquer, le mélange entre rock agressif, blues et – surprise ! – country (« Mania », « the Burrow ») n’étant pas du meilleur effet, quand ce n’est pas d’improbables transitions au sein d’un même titre qui perdent l’auditeur (« Dragonhead »). L’habitué des travaux solo de Kristin Hersh regrettera le manque de subtilité de cette œuvre de jeunesse tout en mesurant le chemin parcouru jusqu’à un Red Heaven (1992) beaucoup plus solide. Mais attendons donc le prochain épisode pour conclure….

 

 

R-1894609-1250708509

 

Une cassette décidément bien bordélique puisque du disque Evol de Sonic Youth ne figurent ici que deux extraits (le reste est en cassette 095). J’en touche un mot quand même car le titre « Madonna, Sean and Me » (aka « Expressway to Yr. Skull »), qui clôture Evol, est assez fantastique et me semble consacrer ce 4eme album comme le premier où le groupe trouve le style caractéristique qui fera son succès. C’est aussi le premier où Steve Shelley officie à la batterie, ce qui n’y est sans doute pas étranger.

 

 

 

R-2903520-1320811339 

 

Les deux chefs d’œuvre de Marilyn Manson enfin mis en boite cassettes 048 et 067, il me restait à découvrir l’origine du mal, à savoir le premier album Portrait of an American Family. Un disque évidemment fascinant, que je m’étais empressé d’enregistrer en intégralité (1). En 1994, Marilyn Manson semble déjà un musicien aguerri, et sait très bien où il veut aller. Son but : personnifier l’Amérique dans ce qu’elle a de monstrueux, horrifier le bon W.A.S.P et se marrer de le voir vouer aux enfers son propre reflet dans le miroir qu’il lui tend. La pochette est, dans ce sens, magnifiquement réussie : qui est le monstre, l’énergumène tatoué au regard dément et au look extravagant, ou l’américain moyen sur son canapé bouffant de la merde en continu, émissions de télé incluses ? 

L’album frappe fort d’entrée (après un prélude flippant), avec un titre délicatement nommé « Cake and Sodomy » et commençant par « i am the god of fuck ».  En 6 mots, voilà déjà le petit label Parental Advisory Explicit Lyrics qui fait son apparition sur la jaquette, tandis que Manson fustige justement dans ce morceau l’hypocrisie de l’Amérique puritaine. Sur « Organ Grinder », il en remet une couche (« I wear this fucking mask because you cannot handle me ») avant d’inverser la chasse aux sorcières sur « Dogma ». Musicalement, s’il subsiste quelques restes d’un Hard Rock bien digéré (« Cyclops »), le groupe Marilyn Manson se singularise déjà par sa spécialité : le groove violent. C’est flagrant sur « Dope Hat » ou « Wrapped in Plastic », morceaux sur lesquels la basse tient une place prépondérante (bien plus que sur la plupart des grands groupes 90’s du genre). Et ce n’est même pas le génial Twiggy Ramirez qui tient la 4 cordes, mais un certain Gidget Gein dont l’addiction à l’héroïne, qui ne semble pas avoir perturbé ses prises studio, provoquera le renvoi du groupe juste après la sortie de l’album (et la mort par overdose en 2008). Il est d’ailleurs étonnant de voir la continuité entre Portrait of an American Family et Antichrist Superstar alors que l’intégralité du groupe, mis à part Wayne Gacy (claviers), a été renouvelé entre les deux albums. Il faut certainement y voir l’influence du producteur, le célèbre Trent Reznor, qui par l’habillage indus de ces morceaux donne la touche finale et indispensable au style inimitable de Marilyn Manson. Coup d’essai, coup de maitre, le Grand Epouvantail est prêt à détourner tous les Kids du droit chemin, ce qui sera fait dès l’année suivante avec la reprise de « Sweet Dreams » puis avec le clou bien enfoncé d’Antichrist Superstar. 

(1)    Mais, décidément, les 3 derniers extraits sont sur une autre cassette : la 096

 

Posté par Hello-Darkness à 22:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

01 mai 2019

# 092 / 221

092

 

R-527118-1262915607

 

Une compilation de Jimi Hendrix exclusivement consacrée à des titres Blues (comme son nom l’indique) : on se demande vraiment ce que ça fout là. Parce que bon, malgré le fait qu’on est très certainement dans le tout haut du panier de cet ancestral style, je n’ai pas pu m’empêcher de décrocher à plusieurs reprises, me perdant finalement dans les longues circonvolutions de ces titres à rallonge tout consacrés au Dieu de la guitare. On prend d’ailleurs un peu peur sur le « Red House » introductif : la géniale paire rythmique accompagnant le Voodoo Chile Guitarist en sera-t-elle réduite à faire de la figuration, comme bien souvent dans le blues ? C’est sans compter les accélérations qui viennent régulièrement sortir l’auditeur de sa torpeur, où le bassiste place quelques tricotages de doigts pas piqués des vers et où Mitch Mitchell vient rappeler qu’il n’est pas le batteur d’Hendrix pour rien (il a même droit à un solo réalisé de mains de maitre sur « Catfish Blues »). Bref, il est toujours intéressant de respirer un peu les grands classiques du rock, mais malgré l’exécution magistrale de Jimi et ses divers acolytes, cela ne m’a pas passionné outre mesure. D’ailleurs on n’en entendra plus parler dans cette rubrique…

 

 

 

R-724586-1192061232

 

En 1993, des artistes se mobilisent pour aider la chanteuse folk Victoria Williams, atteinte d’une sclérose en plaque, et qui n’a aucune mutuelle pour couvrir les frais occasionnés par sa maladie. Une compilation où des groupes reprennent ses chansons sort sous le nom de Sweet Relief afin de récolter quelques fonds. 3 ans plus tard, le même principe est appliqué pour aider Vic Chesnutt, le célèbre songwritter paraplégique. Si au menu de Sweet Relief figurait Pearl Jam, Lou Reed ou Giant Sand, c’est toute la crème du rock alternatif ou indépendant des 90’s qui s’invite sur le Sweet Relief II, entre autres Sparklehorse, Kristin Hersh et les Smashing Pumpkins, raison pour laquelle j’empruntais ce disque - je me fichais pas mal de Vic Chesnutt à l’époque, et c’est toujours un artiste que je connais fort mal. C’est d’ailleurs pour ça qu’il m’est difficile de juger avec pertinence les interprétations des uns et des autres, connaissant rarement la chanson originale. Il me semble cependant que Sweet Relief II est une belle réussite, dans la mesure où l’album garde une unité par la nature même des compositions de Chesnutt (des ballades aussi simples qu’émouvantes), mais où chaque artiste interprète sa piste avec un style très personnel. J’avais donc enregistré quasiment intégralement le disque, en oubliant quand même le titre d’ouverture repris par Garbage, groupe que je n’ai jamais aimé.

 

R-724586-1387110649-8639

 

Je disais que chaque groupe était venu avec son univers, il n’est donc pas très étonnant que mes reprises favorites soient celles jouées par les artistes dont je suis fan. Un Billy Corgan étonnamment sobre interprète avec ses potes de Red Red Meat une superbe « Sad Peter Pan » qui lui va comme un gant, tandis que Kristin Hersh s’approprie majestueusement « Panic Pure », qu’elle intégrera ensuite souvent aux setlists de ses concerts. Seule déception, un « West of Rome » expérimental à moitié raté par Sparklehorse, et Dieu sait pourtant que, jusque dans sa fin tragique, Mark Linkous était sans doute le musicien le plus semblable à Vic Chesnutt. Malgré une production un peu foireuse, « Gravity of the Situation » et « Guilty by Association » sont des compositions suffisamment solides pour passer à la moulinette Nanci Griffith / Joe Henry + Madonna, tandis que R.E.M propose un « Sponge » sombre et précis, avec une étonnante guitare à la Joey Santiago (2 notes saturées pour toute la chanson), et que Live, groupe alternatif dont je n’ai jamais entendu parler, évoque justement R.E.M pour un « Supernatural » acoustique marquant. En conclusion, Victoria Williams et Vic Chesnutt viennent mêler leurs voix chevrotantes à une slide guitare pour un « God is Good » beau à pleurer. Sweet Relief II est donc un Tribute album fort recommandable, ce qui n’est pas souvent le cas, qui aura en plus contribué à mettre un peu plus en lumière Vic Chesnutt. Enfin, pour les gens plus curieux que moi…

 

 

Posté par Hello-Darkness à 21:44 - - Commentaires [5] - Permalien [#]

22 avril 2019

Enfin du Neuf ? - FONTAINES D.C., Yann TIERSEN, LORELLE MEETS THE OBSOLETE, FUCK

7rouhvyqrfe-1024x1024

FONTAINES D.C. - Dogrel

 

Après une année 2018 presque trop riche dont les dernières sorties squattent encore ma platine, il aura fallu attendre fin Avril (sans doute un record) pour réussir à trouver une poignée de disques millésimés 2019 dignes d’intérêt. Le très attendu premier album de Fontaines D.C. fait alors office d’oasis dans le désert et vient d’emblée occuper la première place temporaire d’un famélique top. Un triomphe obtenu sans péril qu’il convient donc de tempérer un peu malgré l’indéniable qualité générale de Dogrel. Souvent comparés à Idles, Fontaines D.C. n’en a selon moi pas (encore ?) l’envergure. D’abord parce que là où le groupe de Joe Talbot avait inventé un inédit hippie-punk universel, celui de Grian Chatten construit au contraire son identité sur son origine Irlandaise, périmètre restreint et beaucoup plus commun qui s’invite partout, jusque dans le nom du groupe (DC = Dublin City). Ensuite parce que Dogrel s’appuie essentiellement sur une poignée de tubes ravageurs qui seront communément cités par tous les afficionados. Que ceux-ci viennent prochainement à manquer et il ne restera du buzz de l’année qu’un groupe de post punk parmi tant d’autres. 

Ces réserves posées, on suivra avec grand plaisir le jeune quintet pour une immersion plus vraie que nature dans les rues détrempées de Dublin, entre dealers, bars poisseux et bagarres de pochtrons à la testostérone boostée par l’alcool.  En guise de chauffe, on clame à qui veut l’entendre qu’on sera riche et célèbre, coute que coute, une mise au point expéditive intitulée « Big » crachée avec une morgue aussi admirable qu’énervante par notre tête à beignes de guide. Mais la soirée s’annonce passionnante, car Fontaines D.C. balance « Too Real », d’ores et déjà ma chanson favorite de l’année, sa mise en tension, ses arpèges, ses explosions, et ce chant parlé haché dont chaque syllabe semble un coup de poing. On commence à être bien, c’est l’ouragan qui déboule, le rythme répétitif et irrésistible d’ « Hurricane Laughter » pour 5 minutes, le tempo rapide et la grosse basse qui oblige à danser jusqu’à épuisement. Ensuite, évidemment, c’est la descente. On chiale dans sa bière, on regarde d’un œil brumeux les chanceux s’enfuir avec leur copine, un bras posé en équilibre sur la table humide retenant difficilement notre tête oscillante. On écoute les potes raconter les mêmes vieilles histoires et les mêmes vieux rêves, ça nous remotive, il faut bouger. C’est le Rock N Roll centenaire de « Liberty Belle », et on ne sera jamais mieux qu’ici et ensemble. Dieu que cette paire rythmique est efficace, elle relance la machine pour un dernier tour, à fond pour « Boys in the better Land », et quitte à beugler notre attachement à notre ville  notre quartier notre rue notre bar, autant finir comme toujours et en tout lieu par un fameux « Dublin City Sky » traditionnel, d’une voix mal assurée, bras dessus bras dessous, comme le firent les Pogues en leur temps. Une chouette conclusion pour un chouette moment, et l’on a qu’une envie : que la journée se termine vite pour retrouver nos cinq potes et recommencer, jusqu’à plus soif.

 

 

 

image

Yann TIERSEN - All

 

En 25 ans de carrière, Yann Tiersen aura sans cesse fait évoluer son répertoire tout en s’inspirant de ses travaux passés, faisant dire à certaines personnes ayant à peine survolé ses disques depuis Amélie Poulain qu’il « fait toujours la même chose ». Certes Dust Lane, dont je ne me suis d’ailleurs toujours pas remis,  est sans doute le seul disque à marquer une rupture de style franche avec ses prédécesseurs, mais l’auditeur attentif aura noté quasiment à chaque sortie autant de nouveauté que de souvenirs. Ainsi EUSA, dernier album en date de Yann Tiersen, présentait il des pièces de piano dans un style immédiatement reconnaissable, mais sous une forme homogène encore inédite lui donnant toute sa pertinence.

L’album de 2019 s’appelle donc All, référence à un ensemble que j’ai envie de relier à la discographie de Tiersen. All, antithèse d’une rupture, semble en effet volontairement rassembler toutes les ambiances développées par le breton depuis sa Valse des Monstres en 1995. On y retrouvera à l’occasion les Toy pianos de ses débuts, une pièce pour violon seul, des chœurs émouvants évoquant Dust Lane et son frangin Skyline, des carillons et poèmes en langues étrangères dans la continuité d’Infinity, et bien sur des mélodies de piano aussi simples que mélancoliques. Avec ses territoires connus, All est moins surprenant que ses compagnons sortis cette décennie, mais le talent de Yann Tiersen est une fois encore de réussir à conférer à des chansons à priori fort disparates une unité qui, à défaut de rendre l’ensemble bouleversant, en font un album très réussi. Outre quelques superbes extraits (« Pell », « Heol ») au niveau de ses meilleures compositions, on appréciera la capacité de Tiersen pour dessiner tout au long des 11 plages du disque un paysage brut et sauvage, hanté par brises fantomatiques et des cris d’animaux invisibles. Un peu d’air, de magie, de folklore, qu’on retrouve une fois de plus avec grand plaisir.

 

 

 

Lorelle-meet-artwork-600x600

LORELLE MEETS THE OBSOLETE - De Facto

 

Découvert via Mr Lemarchand (qui ne m’a vendu jusqu’à présent que ce disque cette année), Lorelle Meets the Obsolete est un groupe Mexicain existant depuis 2011 et qui sort déjà son cinquième album, De Facto. Le duo multi-instrumentiste joue sur l’opposition entre des claviers et une voix oniriques et l’apparition abrupte d’une guitare saturée, ce qui est à peu près la définition du shoegaze. Mais en mettant l’accent sur l’une ou l’autre des ambiances et en ajoutant un coté très répétitif sur la plupart des morceaux, que ce soit sur un riff de basse, un drone de claviers ou un rythme de batterie, Lorelle Meets the Obsolete oscille entre des styles aussi variés que le Post Punk, le Rock Psyché, le Krautrock ou l’Ambient. On citera par exemple « Unificado » qui bascule d’une pop éthérée à la Elysian Fields à un post rock psychotique évoquant Swans. Sans être révolutionnaire, De Facto est donc une belle curiosité qu’il serait dommage de laisser de côté.

 

 

 

R-12209006-1530539168-3723

FUCK - the Band

 

Fuck, tu connais ? Non ? c’est normal. Je te les présenterais bientôt plus en détail lors de leur apparition surprise dans la rubrique Tape Story (épisode 096), mais sache que c’est un groupe qui a tout tenté pour ne pas être connu. Ca a tellement bien marché que personne ne s’est rendu compte qu’ils se sont reformé et ont sorti un album l’année dernière, pas même M Lemarchand qui écoute 200 disques par mois. Fuck, c’est un peu comme si Sparklehorse avait pris le parti d’en rire, ou si Pavement avait vraiment été un groupe indé. Timothy Prudhomme est-il un tel génie ? On ne sait pas, il se planque derrière son nez rouge, mais si tu connais Fuck, tu sais que derrière ces chansons Lo-Fi qui ne payent pas de mine se cachent autant de pépites, que ces courts blues, folk ou noisy pop pince sans rire en valent des mieux serties. The Band en contient 15, et rien n’est à jeter. Le meilleur album de Fuck ? Possible, en tout cas le moins remarqué. Bien joué les gars… 

 

 

Posté par Hello-Darkness à 23:46 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

16 avril 2019

# 091 / 221

091

 

Dossier-Les-Visiteurs-fp

 

Petit anachronisme au début de cette cassette, puisqu’on y trouve la musique que j’avais utilisé en bande son de la traditionnelle projection des diapos de mon dernier camp en tant que chef Louveteaux (soit 2 ans environ avant l’enregistrement du reste de la cassette). On doit trouver trace dans cette rubrique du medley utilisé pour le camp précédent, qui avait pour thème le bouquin CA de Stephen King. Après quelques dommages psychologiques collatéraux j’étais revenu à un univers un peu plus soft pour des gamins de 8-12 ans : Les Visiteurs, le célèbre film de Jean-Marie Poiré qui cartonna en 1993. La bande son en question consiste en l’enchainement complètement farfelu du générique du Village dans les Nuages, de l’horrible machin  « C’est OK » balançant des répliques du film sur de la dance ringarde, d’un titre des Shériff (« Non ! Non ! Non ! ») et du dernier morceau bluesy de la BO de Thelma et Louise. Un n’importe quoi assez représentatif du gars que j’étais à l’époque. Sur ce je vous laisse avec ça, c’est cadeau…

 

 

 

R-1543191-1423432155-1735

 

Bon, retour à la vraie musique avec Out of Tune, deuxième album de Mojave 3, groupe fondé par Neil Halstead et deux copains de Slowdive immédiatement après leur débarquement de Creation Records pour cause de Pygmalion non vendeur (les cons !). A l’époque, je n’avais jamais entendu parler de Slowdive (d’ailleurs je ne les ai vraiment découverts que lors de leur récente reformation), mais la demo de « to whom should i write », dernier et plus beau morceau de Out of Tune, figurait sur Anakin, compilation de 4AD moult fois évoquée sur ce blog. Aussi j’empruntais cet album de Mojave 3 dès que je le trouvais, et l’enregistrais entièrement. 

Sans surprise pour qui connait le travail de Neil Halstead, Out of Tune est une merveille de cohérence tout en délicatesse, avec ce chant évoquant souvent Bob Dylan dans ses intonations, mais avec une voix hyper agréable. Guitare folk, parfois rehaussée de slide ou soutenue par une section rythmique pas trop démonstrative, le disque présente une succession de ballades douces sans être mièvres, dont certaines sont vraiment splendides (« Who do you love », « all your tears », « to whom should i write »). Dans ses moments les moins forts, Out of Tune ronronne un peu et l’absence totale de tension explique que je ne me sois pas passionné pour la discographie (restreinte) du groupe, malgré un coup de cœur immédiat pour Spoon & Rafter lors de sa sortie (2003). Une erreur que je rattraperais en partie en achetant coup sur coup les 3 fabuleux disques solo de Neil Halstead.

 

 

 

R-9349120-1479045182-9556 

 

Il me semble que Thin Lizzy n’a aujourd’hui pas la reconnaissance qu’il devrait avoir. Tiens, j’ai cherché frénétiquement Johnny the Fox dans plusieurs médiathèques, et j’ai mis bien longtemps à le dénicher. Pourquoi cet album en particulier ?  Parce qu’il semblait être un concept album (marotte de l’époque, vous vous en souvenez), entre les prénoms croisés sur les titres des chansons et la pochette figurant  le renard de l’album. En réalité pas du tout, mais ce n’est pas grave, car Johnny the Fox est mon Thin Lizzy favori. Sorti pendant l’âge d’or du groupe Irlandais, juste après Jailbreak dont il n’a pas l’aura, faute de single aussi dévastateur que « the Boys are Back in Town », Johnny the Fox est pourtant un chef d’œuvre de Hard Rock à l’ancienne que j’avais immédiatement enregistré en intégralité.

A l’écoute de ces duels de guitaristes fabuleux (Brian Robertson et Scott Gorham), on entend la cohorte de jeunes fans prendre de grandes inspirations avant d’aller fonder des groupes majeurs du Hard 80’s, Iron Maiden en tête. On y retrouve ces ambiances parfois médiévales, ces chevauchées fantastiques, ces soli au son parfait juste techniques comme il faut, ni trop longs ni trop racoleurs. Exécutés avec une maestria redoutable, les titres les plus relevés sont bourrés d’excellents riffs et groovent incroyablement, grâce notamment à un batteur dont j’avais oublié le talent. Je m’étonne d’ailleurs que Brian Downey ne soit pas cité plus souvent dans les listes des meilleurs batteurs du rock tant il étincelle sur la plupart des morceaux de Johnny the Fox. Quant à Phil Lynott, bassiste et compositeur en chef, c’est surtout son chant qui est merveilleux,  parvenant à faire oublier le coté parfois un peu plan-plan des ballades émaillant l’album. Dernier passage du quatuor Irlandais en cette rubrique (qui m’aura furieusement donné envie de réécouter le Live and Dangerous, acquis immédiatement en vinyle à l’époque), Johnny the Fox est un album à redécouvrir d’urgence pour tous les amateurs des pionniers du Hard Rock.

 

 

Posté par Hello-Darkness à 21:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]