Blinking Lights (and other revelations)

22 février 2021

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Lorsque j’étais étudiant à Metz, j’allais régulièrement dans quelques petites boutiques du centre-ville mais aussi à la Fnac, où je ne manquais pas de prendre leur journal musical gratuit. Au même titre que celui du Virgin Megastore, c’était un magazine crédible aux chroniques bien écrites, qui accordait une large part au rayon rock indé et n’hésitais pas de temps en temps à égratigner un album faiblard (ce qui démontrais une certaine indépendance, relative bien sûr, ce dont j’avais parfaitement conscience). J’y ai découvert pas mal de groupes, moi qui était trop désargenté pour un abonnement à un magazine plus officiel, notamment ces Dandy Warhols dont l’album récemment sorti (nous sommes en l’an 2000) récoltait des tombereaux de lauriers. 

Découvrir les Dandy Warhols avec Thirteen Tales from Urban Bohemia, c’était se prendre direct une double baffe. D’abord rencontrer un quatuor ultra cool (sans parler de la bassiste la plus cool du monde après Kim Deal, la plantureuse Zia Mc Cabe), qui sans se prendre la tête déroulait des titres de quelques accords en chantant nonchalamment avec l’air d’en avoir rien à foutre du reste du monde (une attitude qui les conduirait, bien plus tard, à sortir constamment le même disque et à s’attirer les foudres d’un certain nombre de spectateurs insensibles au second degré). Mais c’était surtout savourer l’un des disques rock n roll les plus accrocheurs de la décennie, enchainant sans temps mort les titres irrésistibles quoi que (ou plutôt parce que) redoutablement simples. Thirteen Tales from Urban Bohemia propose d’abord une entame d’album rarement égalée, avec l’enchainement de « Godless » / « Mohammed » / « Nietzsche », aussi efficaces qu’idéalement arrangées. A-t-on vu meilleure utilisation de la trompette sur un album de rock ? On sait que décrocher un tube, alliage délicat et quasi magique de mainstream et d’originalité, dosage subtil de paroles percutantes et de refrains entrainants, est loin d’être une mince affaire. Les Dandy Warhols viennent tranquillement en placer deux sur leur troisième album, « Get Off » et le redoutable « Bohemian Like You », stonien en diable. Pas mal pour des branleurs ! Oh bien sûr, aucune poudre d’inventée, et à peine de sniffée, mais tous les styles abordés assez classiquement le sont d’une manière indéniablement réussie : country, gros rock bien appuyé, alternatif Beckien (« Horse Pills »), ballade onirique (« Sleep »), et même pseudo gospel pour conclure. Pour parfaire et vivifier ces redoutables compositions, la production s’avère parfaite, s’ingéniant à enchainer d’une traite les chansons, ménageant des pauses de sonorités lointaines pour surprendre l’auditeur, jouant sur les contrastes d’ambiance et invitant divers instrumentistes à colorer certaines partitions. On notera aussi l’effort porté sur les secondes voix, qui aussi imparfaites soient elles, contribuent au sentiment que chacun aura travaillé dur pour obtenir le meilleur résultat possible. Pari gagné, et inscription surprise au panthéon des musiciens qui comptent. Il faudra beaucoup d’errements, de redite et d’abandon à la facilité (sans pour autant quitter leur science de la chanson tubesque !) pour que je me résigne à les y décrocher. Le Thirteen Tales from Urban Bohemia reste, lui, comme un indémodable marqueur de cette belle année.

 

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15 février 2021

# 136 / 221

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Le Live a bien sur été enregistré en intégralité, la suite étant sur la prochaine cassette 

 

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Après la sortie d’OK Computer en 1997, il était difficile de croire que Radiohead pourrait encore accroitre son statut de groupe le plus respecté du monde, mais c’est pourtant ce qui se produisait avec la sortie en 2000 du surprenant Kid A, puis de son petit frère Amnesiac l’année d’après. 2000/2001 furent justement les deux années que je passais à Metz pour la fin de mes études et dont j’ai déjà dit ici qu’elles furent parmi les plus heureuses de ma vie. Il y avait deux petites boutiques de disques comme je les aimais beaucoup dans le centre piétonnier de Metz, à quelques pas de l’Ile du Saulcy où était située mon Ecole, et j’allais dès le premier jour de sa sortie dans l’une d’elle pour acquérir Kid A. Le vendeur me proposait au choix une version un peu bizarre où les pistes étaient décalées suite à une erreur de pressage (un bout de live de Pearl Jam était enregistré au début) et une version normale, et c’est ainsi que je passais à côté d’un amusant collector pour une sombre histoire de réveil aléatoire (heureusement que j’acquis peu de temps après le vinyle de Kid A, l’un des rarissimes que j’achetais en cette période où je n’avais pas de platine dans ma chambrette estudiantine). Contrairement à pas mal de connaissances qui boudèrent l’abandon relatif des guitares par Radiohead, je tombais immédiatement sous le charme de ce disque étrange et devint un fan encore plus acharné  du groupe. C’était les débuts de la démocratisation d’internet, j’y avais un peu accès grâce à l’école et quelques amis s’essayaient au téléchargement, je pu avoir ainsi un ou deux live de Radiohead en mp3. Mais celui qui nous occupe aujourd’hui, je l’enregistrais sur cassette lors de diffusions radiophoniques par une station qui à l’époque était tout à fait recommandable : Le Mouv’.

 

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Diffusé la veille de la sortie d’Amnesiac si j’en crois les bavardages émaillant tous les 3 ou 4 titres l’enregistrement, soit donc le 3 Juin 2001 (je ne le savais pas encore, mais débutait à ce moment le mois le plus important de ma vie), ce Live in London 2000 propose l’une des plus belles setlist que Radiohead ait jamais interprété, 25 titres montrant l’un des plus importants groupe de rock à son sommet. Il m’est très difficile aujourd’hui de faire une analyse pertinente des chansons et de leur interprétation tant je les ai usées jusqu’à la corde, en version live comme studio, aussi ne parlerais je sur ces quelques lignes qu’aux fans du groupe, qui sont encore aujourd’hui extrêmement nombreux. Le concert a été joué au Victoria Park le 2 Octobre 2000, c’est le 2eme d’une série de trois consécutifs joués en ce lieu et le plus intéressant à mon sens. Kid A y est joué intégralement (à l’exception de ses deux titres les plus expérimentaux), ce qui implique l’un des rares morceaux plus faibles de la setlist (« Optimistic ») mais surtout quelques beautés abandonnées par la suite, comme « In Limbo » ou le dépouillé « Motion Picture Soundtrack » joué à l’orgue par Thom Yorke en solo, en plus des grands classiques comme « Idiotheque » ou le toujours très émouvant « How to Disappear Completely ». Quatre extraits d’Amnesiac sont joués en avant-première, dont « I Might be Wrong » et son riff de guitare incroyable ou « Pyramid Song », étrenné depuis un petit moment sur scène. Amnesiac étant loin d’être mon album favori, c’est pour moi bien suffisant, à l’absence du « Like Spinning Plates » près (on retrouvera ce titre sur l’EP Live I Might Be Wrong sorti cette même année).

 

 

 

Ce qui est vraiment sympa dans les concerts de cette période, c’est qu’ils partagent pour moitié le nouveau Radiohead plus electro à l’ancienne formule aux trois guitaristes, ceci sans choc esthétique apparent, ce qui prouve bien que la fracture n’était pas si brutale que certains réfractaires ont pu trop rapidement le penser. Allez, il y a bien l’enchainement « Idiotheque » / « Just » qui fait bizarre, mais c’est sans doute parce que je ne suis pas un grand amateur de ce titre de the Bends, à l’inverse de Radiohead qui le conservera très longtemps dans ses setlist, mais moins que « Talk Show Host», magnifique morceau hors album qui émaille depuis plus de 20 ans les concerts du groupe. En très rare extrait de cette période the Bends, nous trouvons un fantastique « Permanent Daylight », Face B de l’EP My Iron Lung, « My Iron Lung » clôturant d’ailleurs toutes guitares dehors et avec un sacré panache ces deux heures de show. C’est un titre qui annonce un peu le futur « Paranoid Android », morceau à tiroirs exceptionnel, sans doute le plus représentatif de toute la palette technique et émotionnelle du groupe période OK Computer. The Bends, avec 4 titres, était déjà fort bien représenté (bon, manque peut être un « Bones » ou un « Fake Plastic Trees » mais du moment qu’il y a « Street Spirit », on ne peut pas se plaindre), mais Radiohead nous gâte avec 6 extraits de son légendaire OK Computer. Passons sur le glauque « Climbing up Walls » dont je n’ai jamais été grand fan, pour nous attarder sur la féroce mélancolie d’ « Airbag », dont la tension lâchée en début de set fait toujours des ravages, l’émotion inépuisable de « Lucky » ou « Exit Music » et le très attendu « Karma Police », ayant remplacé « Creep » dans le cœur d’un public qui ne se fait pas prier pour beugler les paroles à l’unisson d’un Thom Yorke sur le fil. Ok il n’y a pas « Let Down », mais il y a mieux, si si ! Cerise sur le gâteau, une incroyable reprise surprise de « Thief » de Can, qui va comme un gant à Radiohead. Voir ainsi l’un de ses groupes préférés du moment payer un si beau tribut à l’un de ses groupes cultes depuis fort longtemps est un privilège rare que cette diffusion sur Le Mouv’ m’aura donné (« Thief » n’a été joué qu’une dizaine de fois par Radiohead). Bref, je ne peux que regretter de n’avoir pu assister à cette tournée spéciale où Radiohead avait imaginé lutter contre je ne sais quelle injustice capitaliste dans l’industrie musicale en trimballant un chapiteau qu’il n’avait posé en France qu’à St Denis pour deux dates consécutives. Il me faudrait attendre les Eurockéennes en 2003 pour avoir l’occasion (rare) de revoir le groupe en concert.

 

 

  RADIOHEAD - LIVE LONDON 2000
1 The national anthem
2 Morning bell
3 Airbag
4 Karma police
5 In limbo
6 Optimistic
7 Paranoid android
8 Permanent daylight
9 Pyramid song
10 Street spirit
11 Climbing up walls
12 Dollars and cents
13 Knives out
14 Talkshow hosts
15 Lucky
16 Idioteque
17 Just
18 Everything in it's right place
19 I might be wrong
20 Exit music
21 Thief
22 The bends
23 How to disappear completely
24 Motion picture soundtrack
25 My iron lung

 

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08 février 2021

# 135 / 221

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Du moment que R.E.M était cité en principale influence de Radiohead, je me devais de fouiller dans leur discographie déjà vaste à la recherche de l’album qui me toucherait. Pourquoi pas leur 10eme, New Adventures in Hi-Fi, qui contenait le magnifique titre « Electrolite » découvert en version acoustique sur le Tibetan Freedom Concert ? Encore raté, la moitié de disque dispersée sur deux cassettes que j’avais retenue ne laissant que peu d’espoir à la réécoute. Une poignée de ballades sympathiques, et un titre très groovy au son inhabituellement grunge (« Undertow ») ne suffiront pas à me convaincre. Au suivant !

 

 

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C’est l’histoire de 4 mecs du Michigan, auto proclamés the Stooges, qui décident de fonder un groupe pour faire leur propre musique. Mais bon, ils savent pas jouer et ça donne un truc un peu fouillis, avec le guitariste qui s’emploie à faire des solos interminables pendant que les autres répètent inlassablement la pauvre base qui leur sert de chanson. Coup de bol, ils viennent sans s’en apercevoir d’inventer le punk, et de propulser leur album dans la catégorie culte, c’est-à-dire qui se vent nib et qui est descendu par la critique mais qui marquera, bien plus tard, l’histoire de la musique d’une poudre blanche. Pourquoi ? parce que Iggy Pop d’abord, et son chant qui vient nous chercher par-delà les enceintes et nous tirer par les naseaux jusqu’aux bars humides et crasseux où notre vaillant héro(ine) se fit ses premières entaillades à coups de tesson de bouteille et ses premiers fix. Et qui peut, d’un coup d’ « Ann », basculer dans un registre sombre et tortueux de manière toute aussi captivante. Ensuite bien sûr pour « I Wanna be your dog », inusable tube aux trois accords matraqués aux quatre coins de la planète et depuis 50 ans sans qu’on ne puisse s’en lasser. Alors certes, « 1969 » est un peu maladroit et ne vaut pas « 1970 ». Mais the Stooges, en tant que brouillon d’un des plus grands chefs d’œuvre du rock (chroniqué il y a des lustres en épisode 024), mérite bien un petit rappel de temps en temps.

 

 

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Cela aurait dû rester un sympathique loisir entre deux symphonies avec l’orchestre national Finlandais, c’est devenu un carton mondial suite à leur programmation en première partie de la tournée de leurs idoles dans leur froid pays : quatre violoncellistes qui reprennent des titres de Metallica, tel est le concept d’Apocalyptica. Si la partie rythmique et quelques mélodies d’intros fonctionnent plutôt bien, l’ensemble est vite rendu insupportable par le violoncelliste chargé d’assurer dans les aigus la piste vocale. Je ne sais pas trop pourquoi j’avais à l’époque décidé d’enregistrer l’intégralité de Plays Metallica by Four Cellos sur la deuxième face de cette cassette, mais la réécoute est sans appel : j’ai beau aimer le violoncelle et Metallica, je me suis bien fait chier. Pour ceux que ça intéresse (mais qui ???), Apocalyptica, après avoir rendu hommage à divers groupes de Metal, a fini par sortir ses propres compos, en ajoutant aux violoncelles du chant et de la batterie. Leur dernier album en date est sorti en 2020. Mais, rassurez-vous, nous ne les retrouverons plus sur ce blog.

 

 

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01 février 2021

# 134 / 221

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Après Electr-o-pura qui m’avait introduit au meilleur de Yo La Tengo, j’empruntais son successeur sans savoir qu’il deviendrait l’un de mes disques fétiches. Il y a dans I Can Hear the Heart Beating As One tout le meilleur du rock indé 90’s, bien qu’il fut composé essentiellement de titres calmes, mais oh combien mélodiques. Ce long disque, porté par l’efficace single « Sugarcube » qui figurera doublement sur la compilation des 10 ans de Matador (version studio et version live), est d’abord un voyage onirique dont rien ne peut me distraire, des premières notes (la douceur des arpèges de l’instrumental « Return to Hot Chicken », parfaite entrée en matière) jusqu’à la dernière petite comptine naïve chantée d’une voix timide par la batteuse Georgia Hubley, « My Little Corner of the World ». On aime la diversité des styles visités, sans démonstrations excessive ou caricature, des touches de jazz, de bossa, de noise, la fragilité et la tension occasionnelle qui s’y déploient. Et puis ces deux instrumentaux fabuleux, comme deux faces opposées d’un même disque, le krautrock psychédélique du « Spec Bebop » aux 10 minutes hypnotisantes, et l’apaisement de « Green Arrow », ses grillons et sa guitare qui s’envole vers le ciel étoilé (1). Peu d’albums ne me transportent aussi loin et aussi facilement, et cela fait plus de 20 ans que ça dure. 

Un deuxième disque bonus prolongeait le plaisir, constitué de quatre remixes du morceau « Autumn Sweater ». J’avais retenu l’agréable version ambient de µ-Ziq, tout à fait dans le ton rêveur d’ I Can Hear the Heart Beating As One.

 

(1)    Probablement dans mes 10 titres favoris. 

 

 

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23 janvier 2021

the WHO - Live at Leeds

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La sobre pochette du Live at Leeds, immitant peut être celle de certains bootlegs.

En réaction au psychédélisme de celle de Tommy, ou pour immiter le Double Blanc des Beatles ?

Le tampon existe en différentes  versions (couleurs, forme, inscriptions...) plus ou moins rares.

 

J’ai déjà parlé à de nombreuses reprises du Live at Leeds des Who sur ce blog, mais pas encore dans la rubrique Artworks. J’ai découvert il y a quelques temps que certaines éditions originales du vinyle contenaient 12 inserts ou encarts, documents variés allant du poster aux feuilles de paiement en passant par quelques photos. Je me suis alors mis en quête de récupérer un de ces vinyles, et j’ai eu le coup de bol il y a quelques semaines. Ce n’est pas un objet rarissime, mais encore faut-il le trouver à un prix acceptable et s’assurer qu’il y ait l’ensemble des inserts.

 

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Quand on ouvre le vinyle, la partie de gauche est pour le disque et la partie de droite abrite une pochette contenant les inserts.

on ouvre les rabats supérieurs pour sortir l'un ou l'autre vers le haut.

 

La plupart d’entre eux sont amusants mais ne présentent pas d’emblée un intérêt faramineux, cependant le fan ultime aurait de quoi enquêter pendant un bon moment sur ces petites notes et en apprendre beaucoup sur le groupe, notamment dans ses jeunes années. Ce fut-il agit des Beatles que de multiples sites internet décortiqueraient la moindre virgule de chaque insert, mais ce n’est apparemment pas le cas de ce Live at Leeds, et je n’ai plus le temps de m’y attarder de manière excessive. Voici donc un petit descriptif et une image pour chaque insert, classés approximativement par ordre chronologique, émaillé de questionnements pour lesquels je n’aurais sans doute jamais de réponse à moins qu’un fan égaré ne vienne éclairer de sa science les commentaires de cet article.

 

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En 1964, alors que les Who s’appellent encore les High Numbers, leur manager Kit Lambert démarche les maisons de disque pour y placer ses poulains. Cet insert est la réponse d’E.M.I Records dont le représentant, un certain John Burgess, se tâte encore et n’arrive pas à prendre sa décision à partir des premiers enregistrements envoyés. Conscient qu’il a peut-être déjà été doublé par un concurrent, il réclame dans le cas contraire d’autres cassettes du groupe pour trancher.  Les Who n’ayant jamais enregistré chez E.M.I,  on peut dire que John Burgess a raté là une belle occasion, un peu à la manière du malheureux Mike Smith ayant refusé l’entrée de Decca aux Beatles qui se rabattront alors sur… E.M.I.

 

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Une photographie des High Numbers (1964) 

 

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Une feuille de paiement pour des concerts des High Numbers. Il faudrait creuser pour avoir la date, mais c’est probablement 1964, seule année d’existence des Who sous le nom des High Numbers. On remarque que les salles de spectacle sont particulièrement pointilleuses sur la comptabilité, et que ça déconne pas avec les retards. Il y a aussi un bon nombre de retenues pour des « dettes » : sans doute des dépenses effectuées par les membres du groupe sur place ?

 

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Un paiement pour le Marquee Club, avec des notes un peu obscures. S’agit-il du concert de 1964 dont l’affiche constitue le premier insert de ce vinyle ? Deux questions soulevées par ce document : pourquoi John et Pete n’ont eu que 1 Livre là où Keith et Roger en ont eu 2 ? et qui sont les deux autres musiciens payés, un certain Mike et un autre au prénom illisible ayant reçu 3 Livres, lui !

 

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Le célèbre poster the WHO Maximum R&B, avec Pete Townshend et son non moins célèbre moulinet du bras droit. Il fait environ 60cm par 40cm, et ferait vraiment classe encadré dans mon salon, non ? J’imagine que ce doit être l’insert le plus rare puisqu’il était traditionnellement placardé dans les chambres d’ado et donc souvent séparé à jamais de la pochette du vinyle.

 

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Les paroles de « My Generation », indiquant bien qu’il faut laisser les bégaiements de Roger Daltrey sur la version finale. Pas grand-chose à enquêter sur ce document, si ce n'est que la présence de trois astérisques indique qu'on a affaire à la toute première édition du vinyle. 

 

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Un avis avant procédure de Jennings Musician Industries réclamant à Kit Lambert une guitare et un piano que notre manager étourdi avait visiblement oublié de régler. Pas contents du tout les Jennings ! Surtout qu'en Mars 1965 les Who avaient peut être déjà pris l’habitude de détruire systématiquement tout leur matos sur scène. Bye bye la Vox Phantom Guitar… 

 

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Une lettre du King’s Agency à Londres dont le contenu est cette fois limpide : Kit Lambert y est averti de l’annulation d’un concert des Who prévu au Locarno Ballroom à Swindon, le propriétaire ayant la trouille que le groupe ne lui ramène trop de problèmes. Dès Mars 1965, leur réputation est faite : les Who ne sont pas le type de groupe qui convient à sa salle de spectacle !

 

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Sur un papier à l’entête de la maison de disque New Action Limited, citant aussi Kit Lambert et Christopher Stamp (les premiers managers des Who),  une liste d’émoluments pour une tournée de printemps (avec un mois de Juin particulièrement dense). Le fan a certainement tracé le périple des Who (tournée Londonienne, anglaise, Royaume uni ??) et surtout identifié l’année. On s’interroge sur les pourcentages mis derrière la plupart des sommes (mais pas toutes !) : discounts, prélèvements pour les managers, faux frais (qu’on imagine nombreux chez les Who) ? Enfin, qui est donc ce Malcolm Rose qui semble avoir établi la liste ? On notera les quelques lettres en haut du document, YR N’LD CNT, traduire You’re an Old Cunt. De qui, pour qui, pourquoi cette insulte ? Mystère…

 

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Un reçu de livraison pour une caisse de générateurs de fumée commandés par la maison de disque à une entreprise de feux d’artifice. Il faudrait voir quel concert a eu lieu peu après le 25 Mai 1967, si ces effets ont été utilisés et si le résultat a été … explosif...

 

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Un contrat d’engagement des Who pour le Festival de Woodstock (16 Aout 1969)  signé seulement une quinzaine de jours avant entre le promoteur Michael Lang et le manager des Who Christopher Stamp. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la rémunération a sensiblement enflé par rapport aux feuilles de paie précédentes ! Ce concert a eu lieu seulement 6 mois avant le Live at Leeds.

 

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Une superbe photo de Pete Townshend sautant sur scène en tenant sa guitare à bout de bras au-dessus de sa tête. Cette photo a  été prise à autre festival de légende, celui de l’ile de Wight, le 31 Aout  1969, peu après Woodstock donc. Les Who retourneront à Wight l’année suivante, ce qui donnera lieu à un autre génial album live (Live At The Isle Of Wight Festival 1970).

 

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Au dos de la photo, il y a des inscriptions bizarres, avec le line up de Brian Carroll and the Playboys, formation symphonique qui semble imaginaire, un espèce de dessin avec une grille (la scène ?) et les paroles finales de Tommy, le  « Listening to You » répété ad lib. Pas sûr que quelque chose d’intéressant se cache derrière ces gribouillis. 

 

Le sachet original contenant les inserts est parfois cité comme étant le treizième insert du lot, attendu qu’il a été assez rarement conservé et que certains des premiers exemplaires étaient numérotés. 

Ces inserts sont de qualités variables suivant les éditions. La première édition Anglaise (300 exemplaires), avec un tampon de couleur noire sur la pochette, présente des documents aux impressions plus fines, écritures plus lisibles, couleurs de papiers et d’encre différentes et réelles, certaines notes sont perforées et les photographies de bien meilleure qualité (on voit par exemple beaucoup plus de détails sur la photo des High Numbers, notamment les yeux des membres du groupe).

Mon édition est une originale Allemande de 1970, mais il y en a eu 4 différentes, il est difficile de dire si c’est la première. En tout cas elle est en excellent état, et ça suffit à mon bonheur !

 

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pour exemple, différence de qualité entre la photo des High Numbers issue de la toute première édition et celle issue de mon édition.

 

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15 janvier 2021

# 133 / 221

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A l’écoute du misérable dernier album de Eels (Earth to Dora), je ne peux qu’être nostalgique de la période bénie où la moindre face B, le moindre obscur titre du groupe était une merveille à tomber par terre. D’où mon acharnement à les débusquer, bien aidé en cela par la médiathèque qui m’évitait de dépenser ma maigre thune pour d’inutiles compilations dont seuls quelques extraits m’intéressaient. Il ne faut pas chercher plus loin la présence en ces cassettes de la BO du film the End of Violence, que je n’ai jamais vu de ma vie. Et oui, ce « Bad News », ballade minimaliste et déchirante interprété par le seul E, surplombe de bien haut toutes les compositions qu’il a pu placer depuis 15 ans sur ses disques. Si le film de Wim Wenders semble avoir récolté de bien mauvaises critiques, sa BO présente quelques noms accrocheurs et m’a permis quelques belles découvertes. Le célèbre DJ Shadow, dont on me parle depuis des années sans que j’ai daigné m’y intéresser, propose un titre (« Untitled Heavy Beat (Part 1&2) ») qui m’a immédiatement fait penser aux titres instrumentaux de Calexico. Pas raccord avec l’image que je me faisais de sa musique, mais en revanche tout à fait dans le ton de cette BO qui dégage un parfum d’Americana, me laissant supposer que son action se déroule en Californie ou en Arizona. Il y a le côté festif, avec la cumbia endiablée de Raul Halo, mais surtout le coté mélancolique. Spain déroule une ballade sobre et précise, une peinture musicale des grands espaces qui m’a séduite (mais les quelques disques du groupe que j’avais écouté m’ont plutôt ennuyés, va savoir…). Whiskeytown, ex groupe de Ryan Adams (je l’ignorais), propose un joli blues agrémenté de slide guitar, tandis que Michael Stipe accompagne Vic Chesnutt pour un folk déglingué forcément désespéré (« Injured Bird »). En écoutant ces belles chansons, je me suis plutôt imaginé une histoire d’amour impossible, ou un le road trip d’un type brisé qui cherche dans la fuite un sens à sa vie. Las, il semblerait que the End of Violence ne soit qu’un banal film d’espionnage...

(doté cependant d'une belle affiche en hommage à Hopper)

 

 

 

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L’épisode précédent, lors de notre chronique du deuxième album de Pavement Crooked Rain Crooked Rain, nous supposions que sur son prédécesseur le groupe n’était pas tout à fait mur. Et bien voici donc ce premier album, un Slanted and Enchanted qui semble, tout du moins dans sa partie retenue, nous faire mentir. Certes, la moitié délaissée contenait sans doute quelques erratiques morceaux du style de ceux des tout premiers EP qui nous avaient fraisouillé les oreilles en épisode 130, mais la progression de Pavement sur les morceaux ici présents laisse pantois. Tout d’abord des petits tubes qui définissent presque le son du rock indé 90’s, sorte de pop foutraque à la guitare bien saturée et au chant et solos approximatifs (« Summer Babe » évidemment, mais aussi « Trigger Cut/Wounded Kite-at 17 » ou « Perfume-V »). On est ici sur le registre joyeux et enthousiaste, voire blagueur (« Two States »), et l’on croque la vie à pleines dents. Ce qui est assez incroyable, c’est qu’usant quasiment de la même recette Pavement a encore plus de talent dans le registre mélancolique (« Here »), dans ce genre de ballades poignantes à la rage contenue qui fini par déborder en cris et accords sauvages. C’est ici l’inoubliable « In the Mouth a Desert ». Décidément, en 1992 Pavement est déjà un grand groupe. Mais je ne m’en rendrais compte que bien longtemps après.

 

 

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Redécouverte plaisante d’un groupe que je connais très peu, et qu’on ne trouvera qu’avec ce disque dans cette rubrique : the Grateful Dead. Se peut-il que je m’y sois intéressé après avoir lu qu’ils étaient la principale inspiration de Phish, sur le Billy Breathes desquels je venais de flasher ? Ce qui est sûr, c’est que la filiation est évidente, les points communs étant très nombreux, notamment la forte participation du piano (et non de claviers, c’est important) et le gout reconnu pour des prestations live épiques et laissant souvent libre court à l’improvisation. D’où sans doute aussi le (bon) choix du double live Europe ’72 comme porte d’entrée. Je n’en avais retenu qu’une moitié, mais j’ai passé un très agréable moment. Si la prépondérance du blues attendu est bien là, notamment avec la splendide reprise du classique « Morning Dew » (1) qui clôture l’album, c’est bien par une country endiablé (le mal nommé « Cumberland blues ») et un pur Rock N Roll à l’ancienne (« One More Saturday Night ») que le concert débute. Par la suite, nous aurons maintes fois l’occasion de vérifier que Jerry Garcia n’a pas volé sa convocation régulière parmi les meilleurs guitaristes de tous les temps, avec ce son cristallin et ses fabuleuses envolées. On retiendra particulièrement le jeu en picking impressionnant sur « China Cat Sunflower ». On sent toute la technique et l’expérience scénique du groupe, notamment sur le bluesy « Epilog » qui semble improvisé, mais avec quelle maitrise ! Bref, si la discographie du groupe reste intimidante, ce copieux live fera très bien l’affaire pour représenter dignement les Grateful Dead dans une collection de disques.

 

(1)    Entendu chez quantité de groupes, dont Nazareth

 

 

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07 janvier 2021

JAN 21: Emma Ruth RUNDLE & THOU, Laetitia SHERIFF, FAKE INDIANS, SOLAR CORONA

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Emma Ruth RUNDLE & THOU - May Our Chambers Be Full

 

Avec Marked For Death, Emma Ruth Rundle avait signé l’un de mes albums favoris de 2016. Deux ans après, elle poursuivait sur le même sombre chemin en ajoutant à son Folk intense une bonne dose de Post Rock pour un On Dark Horses remarqué. Il semblait impossible que l’artiste américaine sorte un album plus noir et poignant, c’est pourtant ce qu’elle  parvient à faire sur May Our Chambers Be Full en collaborant avec un groupe de Doom Metal, Thou. Sur le papier, l’assemblage est assez risqué, on pourrait croire que la jeune femme soit écrasée par ses brutaux nouveaux compères, mais il semble que ce soit plutôt l’inverse (1). On reconnait en effet parfaitement son style, cette lourdeur grunge qui évoque parfois Alice in Chains, entre riffs désespérés et arpèges lugubres. Thou vient renforcer les compositions en appuyant de sonorités metal les refrains des titres, la voix guturale du chanteur, judicieusement mixée en retrait, offrant un contrepoint génial à celle d’Emma Ruth Rundle, souvent sur le fil (elle n’a d’ailleurs jamais aussi bien chanté que sur cet album). L’association  de ces deux hurlements, violents et contenus, donnent à l’ensemble du disque une force émotionnelle redoutable, d’autant qu’elle est ramassée sur une grosse demi-heure. Rien à jeter dans ce bloc froid et compact, qui marque 2020 d’une pierre noire et la discographie d’Emma Ruth Rundle d’une nouvelle réussite, avec supplément d’originalité. 

(1)    Ressenti à prendre avec des pincettes puisque je n’ai jamais écouté un des nombreux albums de Thou

 

 

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Laetitia SHERIFF - Stillness 

 

Je l’ai dit et répété sur ce blog, la trop rare Laetitia Sheriff est l’une des artistes les plus douées et les plus sous estimées de France. Si son dernier album Pandemonium, Solace And Stars, sorti il y a déjà 6 ans, avait été une toute relative déception au regard de ses deux exceptionnels prédécesseurs, Stillness vient nous rappeler combien la musicienne et songwritteuse Rennaise est talentueuse. Difficile de décrire un album dont l’éclectisme n’a d’égal que la cohérence, sans transformer la chronique en litanie de styles et de références élogieuse, alors tant pis, allons-y. Si le début de l’album nous conforte dans notre attente d’un rock assez sombre et de compositions intenses (le riff bien gras de « A Stirring World »), Laetitia Sheriff nous prend vite à rebours avec une pop d’un grand optimisme, « Deal with this » et son refrain à chantonner gaiement, dans un style rayonnant évoquant les Breeders. Vient ensuite un titre dépouillé en guitare voix puis un drone saturé introduit un « Sign of Shirking » grungy. Refusant la facilité, le trio - les excellents Thomas Poli et Nicolas Courret sont toujours là - teinte de douceur les chansons violentes et inversement, trouvant toujours des arrangements et des bifurcations aussi surprenants qu'élégants. Tout en vagues sonores, Stillness s’achève sur une marche militaire lourde et dissonante puis une marche funèbre aux cuivres fatigués (« Ashamed »). On aura croisé lors de ce voyage des grands noms du rock féminin, les sonorités d’un Radiohead du début de siècle, les dérapages controlés de Sonic Youth et même la Laetitia Sheriff des débuts avec le poignant « Go to Big Sur ». On aura entendu mon cher rock alternatif 90’s remis au gout du jour avec brio. On aura écouté l’un de meilleurs disques de l’année, irréprochable du début à la fin. Je donnerais cher pour voir un concert en 2021, mais bien plus encore pour voir Laetitia Sheriff.

 

 

 

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FAKE INDIANS - the Pest

 

Pour ceux qui n’auraient pas eu assez des 4 albums sortis par les Oh Sees en 2020, ou qui justement aimeraient bien changer un peu de crèmerie, je propose the Pest de Fake Indians, album probablement déniché sur le site facebook de la K7. Du stoner kraut garage bien saturé et déjanté donc, à base de boucles répétitives assaisonnées de solos de gratte agressifs et d’un chant à la reverb outrageusement boostée, développé de longues minutes ou expédiés fissa selon les titres. Et pour s’éloigner un poil de sentiers très empruntés ces dernières années, quelques réminiscences d’indie rock, Dinosaur Jr, Sonic Youth ou Yo La Tengo, viendront chatouiller les oreilles des afficionados. Mineur mais fort bien fait.

 

 

 

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SOLAR CORONA - Saint-Jean-de-Luz

 

Oublié de ma parution de juillet, Solar Corona vient in extremis clôturer cet article pour clamer que oui, Sax is Beautiful ! Composé de 4 longs titres instrumentaux improvisés à Saint-Jean-de-Luz, l’album du quatuor portugais navigue entre electro rock à la Holy Fuck et rock psyche méchamment teinté de free jazz. Donnant la part belle à la basse et aux divagations saxuelles, Saint-Jean-de-Luz est plus convainquant sur ses passages rapides (excellent « Lùmen ») que sur ses tâtonnements  bas du tempo, mais la destination erratique des plages et la précision technique sont suffisantes pour retenir l’attention de l’auditeur pour une heure de ballade tranquille dans la chaleur Pyrénéenne.

 

 

29 décembre 2020

# 132 / 221

 

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Frank Black, toujours aidé de ses Catholics, entre dans le troisième millénaire avec Dog in the Sand. Je me souviens que cet album avait été accueilli de manière enthousiaste par la critique, après l’album éponyme et Pistolero sortis les deux années précédentes et jugés en demi-teinte. Ils étaient à mon sens surtout inégaux, mêlant quelques titres géniaux à d’autres dispensables, là où Dog in the Sand fait preuve d’une belle régularité (j’en avais d’ailleurs enregistré les trois quarts). On est pourtant sur du rock assez classique, flirtant avec les Stones par moment (« Hermaphroditos »), avec pas mal de piano et de slide guitare donnant à l’album un sacré reflet country. Mais l’ensemble est bien foutu et propose des histoires assez intrigantes et séduisantes, entre « St Francis Dam Disaster » ou « Bullet » et sa guitare erratique nous ramenant au temps des westerns et du Surfer Rosa. La plupart des compos sont solides, du dynamique « Robert Onion » et ses mélodies accrocheuses à la jolie ballade « Dog in the Sand » qui conclue tranquillement l’album, avec l’air de vouloir bien signifier que l’ami Frank n’est pas encore fini. Sans être éblouissant, Dog in the Sand est suffisamment inspiré pour qu’on puisse encore espérer de nombreux coup d’éclats du songwritter balèze et ses artificiers. Nous verrons ça dans une quarantaine d’épisodes, soit deux années d’emprunts à la médiathèque, le temps que ma vie change radicalement.

 

 

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De plus en plus mordu, je rattrapais le temps perdu dans ma découverte de Pavement en rebroussant leur discographie, empruntant leur deuxième album Crooked Rain Crooked Rain, album où ils s’imposent comme des incontournables de la scène indie américaine (1). Je n’en retenais pourtant qu’une moitié ce qui me semble aujourd’hui inconcevable. Peut-être n’avais-je pas encore l’oreille tout à fait habituée au chant aléatoire de Malkmus ou aux expérimentations sans filet du groupe, mais j’avais à priori enterré la hache de guerre quant à l’étrillage goguenard de mes chers Smashing Pumpkins sur « Range Life » puisque ce titre figure au menu de la cassette. Cette country pépère aigre douce, à la tonalité tristoune mais aux paroles très drôles résume d’ailleurs assez bien l’esprit de Pavement, capable de placer un tube pop à l’humour dévastateur, le fameux « Cut your Hair » qui les consacrera sur les radios étudiantes US, à côté d’un morceau instrumental jazzy (« 5-4 = Unity ») ou d’autres titres à la construction plus ambitieuse. Je pense au merveilleux « Stop Breathin » où le groupe peaufine sa manière de concasser instrumentaux mélodiques et chansons de rock alternatif dans un mélange procurant une émotion aussi bizarre qu’inédite. Et puis encore au titre final faramineux dont ils se sont fait une spécialité, un « Fillmore Jive » quasi post rock où le refrain répété ad lib « i need some sleep » a toujours trouvé echo dans mon petit cœur d’ado des 90’s. Dès 1992, Pavement avait avec Crooked Rain Crooked Rain placé la barre très haut, avec son style inimitable. Et qui, de fait, reste unique depuis 30 ans. 

(1)    Je m’en assurerais prochain épisode avec leur premier disque où le groupe n’est, dans mes souvenirs, pas encore tout à fait mûr.

 

 

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Quand cette cassette a été enregistrée, j’étais donc en Ecole d’Ingé pour finir mon cursus et participait activement à la section musicale qui regroupait l’ensemble des groupes de l’Ecole, avec gestion des répètes, du matos, et organisation de concerts dont  beaucoup  n’attiraient que peu de spectateurs, mais dont je faisais immanquablement partie. Ces groupes faisaient pour la plupart des reprises avec plus ou moins de réussite, les setlist changeant assez peu, à tel point que certains titres sont dans ma mémoire liés à tout jamais à des étudiants précis, et ces souvenirs de parterres déserts et de bière de mauvaise qualité. Ainsi attendais-je avec impatience « Heroin », interprétée de belle manière par un quatuor de l’année supérieure que je ne voyais jamais autre part que sur scène. « Heroin », le meilleur titre à deux accords du monde, le meilleur titre sur la drogue aussi, l’interminable succession d’accélération à chaque shoot puis de descente, de tempo et d’envie. J’empruntais alors le fameux The Velvet Underground & Nico, le disque pour lequel l’adjectif culte fut inventé. Selon la célèbre formule, Le Velvet Underground vendit très peu de cet album, mais tous ceux qui l’acquièrent partirent fonder un groupe. J’aimerais bien savoir la fin de l’histoire, à savoir combien de ces groupies devinrent célèbres. Il était très tentant en effet de se prendre pour Lou Reed et ses comparses, tant les chansons semblent simplissimes, souvent composées de quelques accords répétés en boucle. Mais tout comme il est très difficile de chanter faux comme Stephen Malkmus avec classe, il est très difficile d’obtenir un résultat si fascinant avec deux guitares mal accordées, un violon criard et une percussionniste à la ramasse. Un pouvoir de fascination qui m’échappait d’ailleurs depuis des années (1), jusqu’à la réécoute de ce jour. N’ayant pas pris de drogue, faut-il en conclure que je suis enfin assez mûr pour apprécier le Velvet Underground ? J’ai en tout cas apprécié autant la nonchalance classieuse des premiers titres que la tension du sombre et superbe « Venus in Furs ». Il aurait fallu que je me frotte à « European Son » pour en avoir le cœur net, mais je n’avais à l’époque, hormis « Heroin », retenu que la Face A du disque. Et ce n’est pas les deux pauvres titres rescapés du White Light/White Heat, dernière apparition du groupe en épisode 187, qui me renseigneront plus avant…

 

(1)    J’ai toujours dit que je n’aimais que l’album Loaded du Velvet

 

 

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15 décembre 2020

Dec 20 - Solo Works : Matt BERNINGER, Jehnny BETH, Stephen MALKMUS, EOB, Thurston MOORE

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Matt BERNINGER - Serpentine Prison

 

J’ai découvert the National un peu trop tard, au moment de la sortie d’un High Violet déjà bien inégal. Si son prédécesseur Boxer écouté dans la foulée m’a beaucoup plu, notamment par l’originalité assez unique du jeu de batterie, la suite discographique du groupe m’a rasé, et j’ai bien vite abandonné. Aussi quelle surprise de flasher immédiatement sur le premier album solo de leur leader ! Est-ce les compositions qui sont exceptionnelles,  est-ce d’avoir trop donné ces dernières années dans le post punk virulent ? Serpentine Prison aligne des ballades d’une classe folle, où la voix de velours de Matt Berninger nous plonge dans une merveilleuse mélancolie tandis que des arrangements parfaits, piano, guitares, jusqu’aux interventions idéales de cuivres, interdisent tout sentiment de répétitivité et d’ennui. L’album est calme, jamais mou, et certaines mélodies sont à tomber par terre, notamment quand des secondes voix sont de la partie. A-t-on entendu chanson plus délicate cette année que Silver Srings, en duo avec Gail Ann Dorsey ? Et pourtant vient juste après « Oh Dearie » et ses arpèges pour rivaliser, et ce jusqu’à la superbe conclusion « Serpentine Prison » et son refrain qui résonne longuement dans le cœur de l’auditeur après ces 45 mn hors du temps. Un classique d’une année qui n’en compte que trop peu.

 

 

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Jehnny BETH - to Love is to Live

 

Le regard de Jehnny Beth, ça avait été quelque chose à l’Epicerie Moderne. De la braise dans un bloc de glace, une passion à soulever les foules et piétiner les montagnes, ou l’inverse. On peine à retrouver cette ardeur sur To Love is to Live, malgré la promesse du titre. Du piano et des rythmes electros, un chant désespéré, on ne peut pas dire que ce premier album solo soit accueillant. Si des rythmiques plus soutenues viendront progressivement remuer la tristesse générale, jusqu’à un techno punk bien vivant (« How could you »), si quelque émotion tirera sporadiquement l’auditeur de sa torpeur (la ballade piano chant « French Countryside »), l’ensemble est loin des brulots rageurs attendus. Avec to Love is to Live, album ambitieux et cérébral (à l’image du final tortueux « Human » rejoignant dans une boucle travaillée le premier titre « I am »), Jehnny Beth enterre simultanément l’espoir d’un nouvel album des Savages et d’une carrière solo à mon gout. Et me laisse en plan avec le souvenir d’une seule soirée.

 

 

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Stephen MALKMUS - Traditional Techniques

 

Je ne partais pas forcément confiant, n’ayant pas été intéressé par l’album solo de Malkmus de l’année passée et celui réalisé avec les Jicks en 2018. « Acc Kirtan » rassure pourtant d’emblée, avec ses sonorités indiennes et une très belle deuxième voix évoquant le Letting Go de Bonnie Prince Billy. Stephen Malkmus va poursuivre sur cette ambiance apaisante, ballades folks aux percussions discrètes et au chant plus sage qu’à l’accoutumé, bien qu’il soit toujours reconnaissable entre mille. On pourra trouver que Traditional Techniques manque un brin de folie, mais la sobriété va bien à Stephen Malkmus qui nous offre un surprenant album de solide songwritter folk. Est-ce l’un de ses disques les moins personnels ? C’est en tout cas, à mes oreilles, l’un des plus réussis.

 

 

 

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EOB - Earth

 

Cela fait bien des années que l’on se demande ce que peut bien foutre Ed O’Brien au sein de Radiohead, 3eme guitariste d’un groupe qui parfois sorti des albums… sans guitare. Mais nous ne sommes pas dans le secret des Dieux de la pop anglaise, et qui sait si ce bon Ed, avec ses accompagnements discrets et ses secondes voix pas si anodines n’est pas un liant musical ou amical indispensable au quintet. Le voici qui se lance en 4eme position (1) dans une carrière solo avec un premier album assez ambitieux, à défaut d’être vraiment surprenant. Commençant sur « Shangri-La », chanson electro pop assez remuante et très sympa, peut-être le titre le plus Radioheadien des échappées des membres du groupe,  Earth va mélanger sans complexe les ballades folk et la pure electro (parfois au sein du même morceau, sur le long mais néanmoins très bon « Brasil »), les chansons dépouillées à l’extrême et les morceaux denses au groove tranquille.  L’ensemble ne se fait pas sans quelques banalités ou  passages ennuyeux (les 8 minutes d’un « Olympic » technoïde plutôt raté), mais l’on retiendra surtout un ensemble de compositions de qualité, aussi bien interprétées que produites. On reprochera simplement à Earth un petit manque de piquant, du notamment au chant parfois timide d’un Ed O’Brien peu habitué au rôle de leader. Aussi savourera-t-on particulièrement les extraits à plusieurs voix, comme l’étrange « Mass » et ses chœurs vaporeux ou la très charmante ballade de conclusion « Cloak of the Night » en duo avec Laura Marling. Un bon disque dont l’envol aura sans doute malheureusement été coupé par l’impossibilité de le défendre sur scène après sa sortie en Avril. 

(1)    Après l’électro déjantée de Thom Yorke, les savantes BO de Jonny Greenwood et la jolie indie folk de Phil Selway. 

 

 

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Thurston MOORE - By the Fire

 

10 ans déjà que le mythique groupe Sonic Youth a implosé et que chacun a poursuivi sa propre carrière. Si le rock mollasson de Lee Ranaldo et les expérimentations arty de Kim Gordon me laissent indifférents, j’ai beaucoup aimé les albums récents de Thurston Moore : il faut dire que mis à part Demolished Thoughts, mon préféré, ils s’écartent assez peu du son de Sonic Youth. By the Fire reste dans la lignée, du moins sur son premier disque, puisqu’il s’agit d’un double album qui aurait certainement mérité pour une meilleure chronique un peu plus des quelques écoutes que j’ai pu lui accorder. Bref, « Hashish » est un excellent single introductif qui aurait pu figurer au menu de n’importe quel Sonic Youth des années 2000, de même que « Siren » avec son intro interminable et sa cassure noisy en plein milieu de ses 12 minutes et quelques. Thurston Moore étale son savoir-faire avec brio, bien aidé par son groupe habituel, à l’exception de Steve Shelley qui a laissé sa place de batteur à Jem Doulton. Le jeu moins démonstratif de ce dernier, associé à la basse rigoureuse de Deb Googe, renforce le coté Krautrock de l’album qui s’exprimera en plein sur le deuxième disque. Celui-ci  est en effet plus expérimental, attaquant bille en tête par  les très nombreux développements du bien nommé « Locomotives ». Jouant sur des rythmiques évoquant le train vapeur, avec ces nappes de guitares noise bientôt en solitaire pour l’arrêt en gare, ce titre de 16 minutes se morcèle en plusieurs parties qui parfois se répondent et n’offrent finalement que peu de temps mort. « Dreamer Works », très jolie chanson mélodique, vient reposer un peu l’esprit de l’auditeur qui replonge ensuite sur le dissonant « They Believe in Love », avec ce côté répétitif (basse hypnotique et roulements de caisse claire) caractéristique du meilleur Krautrock. « Venus » clôture by the Fire par 14 minutes de mise en tension instrumentale qui ne verront jamais la libération rock habituelle tant attendue. Clairement le morceau de trop, dont l’absence aurait pu ramener l’album à une longueur décente.  Mais ce n’est pas une raison pour bouder ce très bon disque, nouvelle réussite dans une discographie qui n’en manquait clairement pas.

 

 

08 décembre 2020

# 131 / 221

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Suite de A Thousand Leaves de Sonic Youth, et une belle continuité avec l’épisode précédent. On commence avec la pop noise de « French Tickler » chanté par Kim Gordon, puis ce sont deux longues pièces expérimentales mais plutôt calmes, laissant s’exprimer les guitares qui sont les reines sur cet album. « Hits of Sunshine (for Allen Ginsberg) » propose un développement lent et sournois tel un Krautrock au ralenti, tandis que « Karen Koltrane », plus ambitieuse, raconte une histoire fascinante en usant une fois de plus de ces merveilleuses mélodies de guitares entremêlées au milieu de passages plus bruyants. On reste dans une ambiance assez tranquille avec deux comptines comme en miroir, celle de Thurston Moore assez douce (« Snare, Girl ») et celle de Kim Gordon plus mélancolique voire inquiétante, qui finalement enfle en rock nerveux (« Heather Angel »). Une conclusion trompeuse pour un très bon album  privilégiant la recherche sonore et le mélange des genres aux brulots directs et autres revendications saturées. Pas de doutes, Sonic Youth s’offre une brillante deuxième partie de carrière en s’imposant comme des compositeurs et arrangeurs ultra talentueux avec une imagination et une maitrise qu’eux seuls possèdent. 

 

 

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On achève Westling (by Musket and Sextant), compilation regroupant les premières armes de Pavement où le groupe encore vert fait du bruit sans trop savoir où il va. La nonchalance lo fi de « My First Mine » esquisse la direction que prendra plus tard le groupe lors de ses futurs succès. En attendant, cet album est plus que dispensable…

 

 

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Nous l’avions vu épisode 125, j’ai été un grand fan de Tim Burton, notamment de son Etrange Noel de Monsieur Jack dont j’adorais la BO composée par Danny Elfman. Aussi me précipitais-je au cinéma pour voir Sleepy Hollow à l’histoire mystérieuse attirante et ayant l’irrésistible atout de porter à l’affiche Christina Ricci, qui plus est dans un univers gothique : de quoi me rappeler mon coup de foudre de jeunesse à la vision de La Famille Adams. La BO de Sleepy Hollow n’offre que peu de passerelles avec celle de l’Etrange Noel de Monsieur Jack, même si on reconnait la patte de Danny Elfman, mis à part sur la courte ambiance féérique de « More Dreams ». Pour le reste, on est évidemment sur un registre beaucoup plus sombre, et quasiment tous les extraits amènent des images nocturnes à l’auditeur. Très fidèle au film, avec des thèmes menaçants et tendus, et d’autres haletants, cette BO ne brille pas par son originalité. Violons crissant, cuivres omniprésents, chœurs féminins dissonants évoqueront les bois inquiétants, les sorcières ou les bâtiments glauques (« Into the Woods / the Witch »). Tempo rapide, timbales et percussions (avec fers clinquants comme des épées) nous plongeront dans des batailles et des poursuites (« the Chase »), alors que les flutes ne se montreront que dans l’unique passage apaisé de l’album (« Tender Moment »). Un disque plus efficace que réellement marquant.

 

 

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