Blinking Lights (and other revelations)

19 août 2016

the WHO - Live at the Royal Albert Hall

 

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L’un des premiers articles de cette chronique avait bien sûr été consacré au Live at Leeds, indispensable album à qui aime le rock et témoignage fabuleux d’un des meilleurs groupes scénique que la terre ait porté. Mais il est un autre live des Who, beaucoup plus personnel, que je voulais citer ici : le Live at Royal Albert Hall. Enregistré en 2000, soit à une période où les tournées recommencent à être régulières pour les Who, ce triple CD efface le souvenir douloureux du Join Together qui retranscrivait la première tournée de reformation en 1989, marquée par un gigantisme douteux. Ce concert, donné au profit d’une association luttant contre le cancer, voit en effet les Who revenir à une formation traditionnelle à 5,  même si  quantité de guest star viennent leur prêter main forte pour la bonne cause, ce qui ajoutera de la diversité à un set qui n’en manquait déjà pas.

 

Retour à un son pur donc, le claviériste Rabbit Bundrick préférant le piano au synthés moisis, et Pete Townshend étant d’une grande pertinence dans ses interventions. Zak Starkey réussit à évoquer Keith Moon sans être dans la vaine imitation, John Entwistle est incroyable comme d’habitude (« Anyway, Anyhow, Anywhere », « the Real Me »), quant à Roger Daltrey, s’il se fait piquer pas mal de chansons par les invités, cela le met souvent indirectement en valeur : Bryan Adams ne démérite pas sur « Behind Blue Eyes », mais est loin d’atteindre la justesse et l’intensité du chanteur des Who sur SON titre. Daltrey doit d’ailleurs probablement se rabattre sur la guitare acoustique, car celle-ci est souvent à l’honneur, ce qui contribue en plus à l’originalité et la légèreté inhabituelle du concert. Le groupe déploie une énergie  telle qu’on a pu l’entendre sur le Live at Leeds, tout en consacrant une large part de sa setlist à des titres sortant de l’ordinaire, cumulant ainsi les avantages des deux live précédemment chroniqués sur ce blog. A côté de tubes imposés au cahier des charges réalisés avec application mais sans grosse surprise (« I Can’t Explain », « Won’t Get Fooled Again », « My Generation »), et limitant fort heureusement le Tommy à ses passages obligés, les Who remettent en lumière quelques chansons moins exploitées, comme un « Relay » magistral qu’on eut dit joué par des Who trentenaires, ou de très vieux morceaux aussi charmants que calmes (« Mary Anne with the Shaky Hand », « So Sad About Us »). Cela vaut en particulier pour l’album Who’s Next : considéré par certains comme le début de la fin des Who, par d’autres comme un album très inégal, je fais partie des rares personne l’aimant dans sa globalité, aussi suis-je ravi de retrouver sur ce live, en plus de ses trois inévitables succès, trois autres extraits rarement joués : « Getting in Tune » dont la mélancolie va bien à Eddie Vedder, un « Bargain » bien rock et « My Wife », titre d’Entwistle sur lequel il est particulièrement brillant.

 

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Les Who retracent l’ensemble de leur carrière, depuis leurs premières chansons (« the Kids are Alright », assez touchante dans le contexte et joliment prolongée par, une fois n’est pas coutume, une impro au chant) jusqu’à leurs derniers single (« You Better you Bet »). Pete Townshend est bien en forme, présentant longuement certains titres, notamment « Magic Bus » dont l'interprétation est de son propre aveux de qualité variable (très bien ici, mais inférieur à l’exceptionnelle version du Live at Leeds), ou agrémentant de fioritures guitaristiques inédites et réussies les grands classiques comme « Who are You ». Ma partie favorite du Live at the Royal Albert Hall est une séquence unique où le guitariste s’autorise quelques titres en solo. Deux extraits fabuleux de Quadrophenia, « I’m One » et « Drowned » (Townshend y montre l’étendue de sa technique, que ce soit mélodique ou rythmique), et la ballade « Heart to Hang Onto » prouvant que dans sa discographie solo aussi imposante que dispensable se cachent quelques pépites méconnues. Les invités apportent plus ou moins leur touche aux chansons sur lesquelles ils participent. On entend peu Noel Gallagher à la guitare, mais les voix d’Eddie Vedder et Kelly Jones sont reconnaissables entre mille, la palme revenant à Nigel Kennedy qui vient de son violon agressif dynamiter le final d’un « Baba O Riley » bien classique. Pour prolonger ce concert atypique, un troisième disque propose quatre morceaux enregistrés au même endroit deux ans plus tard, pour la même cause. On en retiendra surtout le « Young Man Blues » que les Who s’approprient toujours d’une éclatante manière. John Entwistle y est impressionnant, sa basse vrombissante lui assurant une présence scénique suffisante, sans qu’il n’ait besoin de bondir dans tous les coins ou de fracasser son instrument. Ce sera le dernier concert des Who avec le légendaire bassiste. Ce prétendu timide mourra quelques mois plus tard de la façon la plus rock n roll qui soit, adressant là un dernier salut symbolique à la cohorte de ses admirateurs.

 
 

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15 août 2016

Hors Série #01 - the TOADS

the Toads

 

Petit interlude dans mes chroniques de cassettes pour évoquer the Toads, groupe Guest Star du dernier épisode grâce auquel j’ai indirectement découvert Can. Et comme j’ai retrouvé la cassette de demos que m’avait refilé mon pote Julien (1), voici un petit clin d’œil à cet obscur combo Marseillais. Obscur mais pas complètement anonyme, car si les Toads n’ont à priori rien sorti de professionnel, ils ont laissé quelques traces sur le net, à commencer par une biographie qui me permet de situer la cassette qui m’intéresse dans le contexte. Les Toads ont été fondé en 1995, et le concert que j’ai vu était en 1996. Cette année est aussi la seule ou Julien  (Prana Toad) a officié dans le groupe, dont il n’était en fait qu’un occasionnel second guitariste pour les concerts (je ne m’en souvenais plus). La cassette de demos ici présentée (6 titres pour une demi-heure environ) a été réalisée en 1998.

 

Les Toads ont crânement enregistré leurs titres en prise directe, avec un son pas trop mal équilibré. Ça reste de l’amateur enregistré sur cassette, donc pas exceptionnel, mais bien suffisant pour apprécier les chansons à leur juste valeur, et ça convient bien au style. Si j’avais cité de mémoire Marilyn Manson sur le dernier article, ce n’était pas très approprié, mis à part peut-être pour le sens de la mise en scène du chanteur. Les références musicales saisies sur ce court EP sont plus à chercher chez des allumés plus anciens comme the Birthday Party, le Captain Beefheart du Trout Mask Replica ou la période Zappa du Alice Cooper Band (album Pretties for You). Ce dernier notamment dans le chant déclamatoire et les cris de « the Sinister Road » et la guitare dissonante de « Mother Mayhem ». On y retrouve aussi le coté jazzy et expérimental de Can (l’erratique « Black Man on the Loose » et sa basse omniprésente) ou le chant perché de Damo Suzuki (« the Scaring Creeping Possessor », bien rythmé). Pas mal d’originalité dans ce court aperçu du groupe, comme ce « Man from Germany » alternant passages reggaes et punkoïdes, mais surtout beaucoup de personnalité et un univers bien affirmé, ce qui manque le plus souvent aux groupes de ce calibre. Cela est sans doute dû au charisme et au sens artistique (particulier, il est vrai) du chanteur, dont on peut juger sur les quelques videos qu’il a posté assez récemment sur Youtube (et plus encore en visitant le profil Jonn Toad sur Facebook…)

 

En résumé, parmi les multiples enregistrements auto produits qu’on m’a refilé, cette cassette des Toads est sans doute l’une des plus intéressante, les morceaux sont bons et auraient pu prédire un avenir moins confidentiel au groupe (2). Encore eut-il fallu qu’il ne soit pas établi à Marseille, qui à l’époque était le degré zéro de la culture. Côté musique, seul le rap avait une bonne fanbase marseillaise, avec un peu de rock festif style ska ou de punk au Cours Julien. Donc proposer une musique si difficile d’accès avec un univers si glauque au pays du soleil, du pastis et du MIA était l’assurance de ne pas attirer les foules. Les Toads ont cependant été à l’affiche de pas mal de concerts dans les lieux underground de la ville, dont la célèbre Machine à Coudre (un peu l’équivalent de la Triperie Lyonnaise), et on trouve des comptes rendus de concert sur le site ConcertandCo, plutôt dans les dernières années du groupe, qui a quand même existé jusqu’en 2002. On trouve même un live enregistré en 2001 sur soundcloud, l’occasion de voir l’évolution du groupe en 5 ans. Pas pour le meilleur selon moi, le groupe s’étant adjoint les services d’un percussionniste et d’un claviériste trop envahissant. Certes dans les meilleurs moments à moitiés improvisés cela rajoute d’autant plus un effet Can, mais le style a évolué vers des rythmes plus latinos ou ska et le son du clavier a quelque chose de forain, je préférais leur son plus rock et cru de la cassette demo. Quoiqu’il en soit, le groupe n’existe plus que sur ces enregistrements, et je garderai bien précieusement celui-ci. Et si Julien a raccroché la 6 cordes depuis bien longtemps, m’est avis que Jonn Toad sévit encore sous une forme ou une autre…

 

(1)   Je n’ai en revanche malheureusement pas retrouvé les photos que j’avais prises à ce concert, ce qui est très dommage. Du coup l’article manque un peu d’illustrations….

 

(2)   Dommage qu’ils ne soient devenus stars, cette cassette vaudrait de l’or aujourd’hui…

 

« Cherry Black », ce qui ressemble le plus à un tube chez les Toads :

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07 août 2016

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Entamé sur une cassette précédente déjà bien chargée, ce Rubber Legs est l’ultime disque des Stooges (on ne compte évidemment pas les disques post reformation), ou plutôt aurait-il dû l’être si ceux-ci, minés par de sérieux problèmes de drogues, n’avaient pas explosé avant. Il s’agit donc d’un EP de demos qui ressemblent encore fortement à des jams : les titres sont longs, répétitifs, Iggy Pop y improvisant à moitié de sa voix de chien galeux des paroles insaisissables. Le groupe, composé alors de James Williamson à la guitare et des frères Asheton en paire rythmique, renforcés par le piano martelé de Scott Thurston qui est un peu la marque de fabrique des titres enregistrés à cette époque, se connait cependant suffisamment bien pour suivre son leader sans encombre et anticiper des accès rageurs qui font tout le sel de ces morceaux. La plupart d’entre eux seront des classiques de concert, comme le délicieusement pervers « Open up and Bleed » absent de cette cassette mais figurant sur Metallic 2xKO, enregistrement épique du dernier concert donné par les Stooges. Mais seul « Johanna », mon favori, sera officiellement publié par la suite, sur le successeur de Raw Power, Kill City, enregistré par Pop et Williamson.

 

 

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Voilà une soirée dont je me souviens particulièrement bien. C’est Julien qui l’avait organisée. C’était un gars sympa de mon Lycée, il était une classe en dessous de moi mais on se connaissait parce qu’on avait fait ensemble des convois humanitaires en Roumanie via l’aumônerie du Lycée. C’est d’ailleurs dans le cadre de cette Association qu’on se voyait toujours, et qu’il m’avait invité à sa fête, la première du genre à laquelle j’assistais : un concert privé. J’étais comme un fou parce que je sortais rarement et que là, c’était vraiment trop cool. On était une trentaine à boire des canons dans le jardin, et puis un groupe avait commencé à jouer, en première partie. Il y avait notamment un guitariste chevelu que je connaissais de loin, et une chanteuse blonde, et ils avaient fait des reprises dont « Violet » de Hole et « Today » des Smashing Pumpkins, deux de mes groupes favoris. J’étais trop content et un peu jaloux aussi, parce que moi je pourrais jamais faire de musique comme ça. Ensuite, c’était au tour du groupe de Julien, qui s’appelait the Toads. Encore aujourd’hui je pense qu’ils avaient un bon  niveau (ils avaient notamment joué à la Machine à Coudre, j’avais gardé longtemps placardé sur le mur de ma chambre l’affiche démente que le chanteur avait dessinée pour l’occasion), ils jouaient des compos toutes torturées et avaient un univers spécial, ils étaient maquillés et glauques. Le plus impressionnant était le chanteur, il se tordait les mains, portait un marteau en plus de son micro et avait un air malsain. Je ne devais pas connaitre Marilyn Manson à ce moment-là, je pense qu’il s’en inspirait vachement. Julien (alias Prana Toad) tenait la guitare, le déguisement marchait moins sur lui, parce qu’il avait une longue chevelure blonde frisée, et qu’en fait, je savais que c’était un putain de blagueur en vrai, pas un gothique. Je sais qu’il m’a donné plus tard une cassette de demos des Toads, faudrait que je la retrouve, ça me donne envie de la réécouter voir avec le recul ce qu’il en est vraiment…

Après les concerts on avait discuté, d’abord avec le chevelu du premier groupe qui comme moi était un fan absolu des Pumpkins, je lui avais montré un bootleg acquis le jour même au Cours Julien pour qu’il soit un peu jaloux de moi lui aussi. Ensuite Julien avait rendu à son bassiste (alias Volvo Toad), un grand type souriant, un CD qu’apparemment il lui avait emprunté depuis des lustres. C’était le Tago Mago de Can. Après ils en avaient un peu parlé, j’avais trop envie d’écouter et j’avais un peu tendu la perche au bassiste, mais vu la façon qu’il avait eu de serrer sur son cœur l’album qu’il avait cru ne jamais revoir, c’était clair qu’il allait pas le prêter à un inconnu. On s’est revu assez longtemps avec Julien - la dernière fois ce  devait être à son mariage, 5 ans après cette soirée, en 2001 - notamment parce qu’il fit ses études de kiné avec ma sœur avec qui il s’entendait bien. Julien a arrêté la guitare parce que ça lui faisait de la corne aux doigts, et que c’était incompatible avec son métier. J’ai trouvé ça complètement dément à l’époque, je rêvais tant d’en jouer ! D’ailleurs c’est vers cette période que j’ai acquis ma Yamaha Pacifica, Julien a été le premier à la voir. Il me restait plus qu’à bucher d’arrache-pied mon Mellon Collie and the Infinite Sadness…

 

 

Voilà donc comment je me suis mis en tête d’emprunter du Can à la médiathèque. Aujourd’hui c’est une petite fierté d’avoir rencontré si tôt le mythique groupe allemand (ce n’était pas gagné vu ce que j’ai présenté dans cette rubrique jusqu’à présent), mais surtout d’avoir instantanément accroché. Il faut dire que j’ai eu la main heureuse dans mes emprunts (motivé, 3 disques d’un coup !), puisque j’ai commencé par les deux albums les plus accessibles, la compilation Cannibalism I et le Ege Bamyasi. Pas sûr que le Tago Mago ai eu le même effet, car il présente surtout le versant barré/expérimental de Can, là où pour ma part j’accroche essentiellement au côté répétitif/hypnotique.  En ce sens le Cannibalism I est parfait, car il ne fait qu’esquisser les trucs tordus en coupant les morceaux originaux : « Halleluwah » n’y dure que 5 mn sur 18 (et la partie la plus accessible), « Soup » 3 mn sur 10 et « Aumgn » 7 sur 17 (et encore je n’avais pas retenu ce dernier, vraiment trop bizarre). En revanche les titres plus « rock » (ou krautrock, comme ils furent surnommés), basés sur la basse/batterie répétitive et les solos de guitare/clavier, sont présentés dans leur version intégrale (à l’exception notable et regrettable de « Mother Sky »), comme le rapide et magnifique « Father Cannot Yell » introductif ou le « Yoo Doo Right » de 20 mn occupant une face complète de vinyle (quand on songe aux économies de bande que je faisais à l’époque, il fallait bien que le titre soit génial pour que je l’enregistre dans son intégralité). Je ne vais pas m’étaler sur cette compilation, car j’ai déjà écrit un article complet dessus. Je me souviens qu’il y a eu débat dans les commentaires (engloutis avec mon ancien blog), certains trouvant inacceptable que des titres aient pu être coupés. Dans le cas de Can, attendu que les longues chansons étaient déjà des découpages et des mixes de bandes de jam sessions durant parfois plusieurs heures réalisés par Holger Czukay, cela ne me dérange pas que le bassiste ait voulu préparer ces titres sous une autre manière pour un best of. Quoiqu’il en soit Cannibalism I est une présentation assez complète des différentes ambiances explorées par Can dans son début de carrière, et la meilleure manière pour aborder le groupe. On rencontre assez peu finalement de groupes capables de nous faire changer radicalement notre manière d’envisager la musique, et Can fut le premier pour moi. Dès lors, je vais très rapidement écouter la discographie du groupe, soit par des emprunts, soit par des achats directs : c’est pour ça que pas mal de bons disques de Can n’apparaissent pas sur ces cassettes. Le Tago Mago, par exemple, m’avait été finalement gravé par un technicien de SNR à Annecy qui en possédait le vinyle (lors d’une période riche en anecdotes dont les cassettes correspondantes devraient arriver sous peu…)

J’ai aussi parlé d’Ege Bamyasi dans l’article mis en lien ci-dessus, et puis il se recoupe pas mal avec Cannibalsim. J’avais de manière assez logique enregistré en plus « Vitamin C » et « Sing Swan Song », deux excellentes chansons au format plutôt traditionnel présentant respectivement le coté furieux et calme de Can, et de son chanteur de l’époque l’incroyable Damo Suzuki.

 

 

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 Le dernier Can sur cette cassette est aussi le dernier album que le groupe a sorti avant sa séparation. Parfois appelé Can Can ou Inner Space, il est à l’image d’un groupe sans inspiration qui patine depuis déjà quelques temps. S’il y a des choses intéressantes jusqu’à Flow Motion, les trois dernier disques des 70’s sont carrément dispensables. A l’époque Holger Czukay a été remplacé à la basse par Rosko Gee et ne participe que très peu musicalement. C’est tout à son honneur, tant les pistes retenues ici font pâle figure par rapport aux extraits de Cannibalism I et Ege Bamyasi. « Sunday Jam » est un fade morceau d’ambient, surfant sur un savoir-faire entamé avec Future Days 6 ans auparavant, le très lent « Sodom » est plus original, avec des sons assez electros. Quant au reste, c’est un délire sur le French Cancan (on note le jeu de mot) d’Offenbach interrompu par l’enregistrement d’un échange de ping pong. Il était grand temps que nos compères (qui n’ont alors plus de chanteur officiel depuis bien longtemps) se séparent et vaquent à des occupations en solo qui n’ont pas marqué l’histoire de la musique…

 

(c'est le seul morceau du disque que j'ai pu trouver sur Youtube. Par contre la pochette qui illustre la video est tirée du Tago Mago, rien à voir...)

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01 août 2016

# 029 / 221

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J’attendais avec une certaine impatience de réécouter cet album après ma redécouverte d’Iron Maiden sur la cassette 14, sur laquelle figurait l’excellent A Real Dead One. En effet, le groupe avait décidé en 1993 de sortir deux enregistrements Live, le sus-cité regroupant des titres des cinq premiers albums, et ce A Real Live One se consacrant aux quatre albums suivants (période 1986 / 1992). Une répartition aussi curieuse que dangereuse, puisqu’il est assez rare qu’un groupe réussisse à maintenir son niveau de créativité au-delà d’un certain nombre de disques, et d’ailleurs force est de constater que je n’avais retenu que 6 extraits d’A Real Live On, contre 10 pour l’autre. Iron Maiden en a malgré tout encore un peu sous la semelle, notamment sur des refrains si marquants (« Can I Play with Madness », « Heaven Can Wait ») qu’ils avaient aisément survécu à des années sans écoute pour me revenir immédiatement en tête à la seule lecture de la setlist.

Cela dit, on a parfois l’impression que le groupe de Steve Harris a voulu trop complexifier ses compositions au fil du temps, ce qui nuit à leur efficacité (les multiples parties de « Afraid to Shoot Strangers »). Et puis le slow, contrairement à d’autres groupes de metal de l’époque, ne leur va pas très bien. Cela m’a fort amusé d’entendre Bruce Dickinson, dans un français hésitant mais pas si mauvais, présenter « Wasting Love » en véritable catéchiste : « vous savez, l’amour ce n’est pas seulement un garçon fuck une amie, c’est aussi… pour le cœur ». Quand je pense à tous les sermons que j’ai reçu m’affirmant que le Hard Rock était la musique du diable, sous prétexte que les chevelus aimaient à parsemer leurs pochettes de cranes et de triple 6…

Bref, nous retiendrons quand même l’intro exceptionnelle de « Tailgunner »  (je l’avais oublié celui-ci, c’est dommage, c’est quand même un des meilleurs titres de Maiden non ?) ainsi bien sûr que l’enthousiasmant « Bring the Daughter to the Slaughter », avec sa partie de dialogue entre le chanteur et le public sur fond de basse bien charpentée, et le tube « Heaven Can Wait », sans aucun doute le plus tranchant du set. On ne peut s’empêcher de noter que c’est aussi le plus ancien…. (et le titre d’adieu d’Iron Maiden pour cette rubrique).

 

 

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Qui dit cassettes enregistrées au milieu des 90’s dit passages obligatoires. On en a déjà eu quelques exemples, mais on ne pouvait évidemment pas passer à côté du Jagged Little Pill d’Alanis Morissette, dont la moitié des morceaux furent des single archi diffusés et archi vendus. Et ce d’autant que, si j’ai fuis un très grand nombre des hit rock de cette époque, j’ai d’emblée beaucoup aimé ceux d’Alanis Morissette. L’histoire de Jagged Little Pill est avant tout celle d’un coup de foudre artistique (1) entre la jeune chanteuse et le producteur Glen Ballard, origine d’une émulation qui aboutira à l’écriture quasi immédiate de très nombreuses chansons. Une alchimie magique qui façonne avec si peu de choses d’énormes succès, et dont le marketing cherche en vain à percer le secret, en appliquant des méthodes qui sont justement aux antipodes d’une simple rencontre entre deux personnes… La simplicité, voilà qui va faire le succès de Jagged Little Pill (2) : côté musique, des accords simples de guitare acoustique (« Hand in a Pocket » tient sur UN accord de La), un peu de clavier et d’harmonica, le tout boosté avec de la prod scolaire et un bon bassiste. Coté textes, une écriture pas très fine mais qui parle à tout le monde, des thématiques universelles décrites tantôt avec insouciance, tantôt avec gravité, mais toujours avec sincérité. 

Nous ne sommes quand même pas chez Disney, et Jagged Little Pill ne sort pas de nulle part. Au moment de son enregistrement, la chanteuse canadienne a déjà deux disques à son actif et des tubes pop bien connus dans sa patrie d’origine, et Glen Ballard est un producteur expérimenté. D’ailleurs le single qui propulsera Jagged Little Pill dans le cercle envié des albums les plus vendus au monde, « You Oughta Know », a reçu le renfort de Dave Navarro et Flea (maintenant que je le sais ça me saute aux oreilles, tant la basse y est Chili Pepperisée), ce qui n’est certainement pas donné au premier couple d’apprentis stars qui passe par là. Le résultat de ce mélange de professionnalisme et d’enthousiasme des premiers jours sera donc cette palanquée de tubes que, pour ma part, je trouve toujours irrésistibles.

De ce disque que j’apprécie aujourd’hui dans son ensemble (même si je lui préfère grandement le MTV Unplugged), je n’avais d’ailleurs à l’époque conservé que ces chansons les plus connues. Sauf une, ma petite favorite, sans doute celle qui, comme le label à qui le duo avait fait écouter ses demos, avait fait accrocher le snob que j’étais à une chanteuse si mainstream. « Perfect », si simple, si juste, si personnelle… J’insisterai encore dix ans avec Alanis : on retrouve So-Called Chaos, son sixième album, sur une des dernières cassettes de la série ; je ne me souviens pas de la moindre note de ces chansons…

 

(1)   Il y a eu évidemment beaucoup de rumeurs disant que le coup de foudre n’était pas qu’artistique. Un lieu commun causé par le succès, et qui ne fit que le renforcer, car le public aime ce genre de trucs, et les artistes le savent bien.

(2)   Son absence sera d’ailleurs par effet boomerang l’explication principale du déclin de la carrière d’Alanis Morissette, tant celle-ci se perdra en arrangements et textes délirants….

 

 

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Ah, la saga Ramones, et avec l’un de leurs disques les plus intéressants ! Nous avions réécouté Road to Ruin, qui bien que voyant Marky remplacer Tommy à la batterie, ressemblait plutôt à la clôture sans gloire de la première et plus fameuse période Ramones. Tommy était resté à la production, donc rien n’avait trop changé, notamment en termes de ventes. C’est pourquoi le groupe (1) avait décidé de rappeler Phil Spector, à qui ils avaient mis un vent deux ans plus tôt,  afin de voir si le légendaire producteur allait enfin transformer le succès d’estime du quatuor en vrai grosse bombe qui rapporte plein de fric. Pour mettre toutes les chances de leur côté, on avait en plus imaginé les Ramones dans un film adolescent, Rock n’Roll High School, dont ils écriraient le titre phare de la BO.

Phil Spector était déjà connu pour être particulièrement cinglé, et le faire collaborer avec la poudrière que constituait les quatre frères ennemis était un risque assez insensé pour qui voulait produire du tube radio. Le chapitre de la biographie de Dee Dee consacré à End of the Century est un monument tragi-comique, comptant sans doute parmi les plus savoureuses tranches de rock jamais écrites, même s’il est bien sûr entièrement sujet à caution. On y apprend notamment que Phil Spector aurait discuté de l’enregistrement pendant de longues heures avec le seul Joey, et que les semaines passées en studio (ce disque est de très loin celui des Ramones qui a couté le plus cher à produire) auraient uniquement servi à régler le son : Johnny, Dee Dee et Marky  seraient rentrés chez eux sans avoir enregistré la moindre note. Tout ceci est bien difficile à discerner : il y a quand même plein de trucs qui ne ressemblent pas au jeu habituel de nos amis (les roulements de batterie sur « Let’s Go », certaines parties de guitare), mais il y a aussi des chansons qui sonnent très Ramones originaux (« Rock n Roll High School »). Et puis, si Phil Spector a été engagé, ce n’est pas pour faire du Tommy, on imagine bien qu’il ait pu forcer les musiciens à changer leur manière de jouer (Johnny devait apparemment répéter des centaines de fois ses prises, ce qui l’aurait à moitié rendu fou).  

Ce qui est sûr, c’est qu’engager Spector pour faire sonner les Ramones plus pop (et donc plus bankable) me semble être une terrible erreur de casting. Je relève au contraire une agressivité incroyable dans la plupart des titres (qui est absente des rockabilly guillerets constituant, ne l’oublions pas, l’essentiel de ce que les Ramones ont alors enregistré), qu’ils soient à priori légers (l’introductif « Do you Remember Rock N Roll Radio » et ses cuivres) ou très punk (génial « Let’s Go »). Même « Danny Says », morceau exceptionnellement mélodique, avec une batterie réduite au rang de métronome (on dirait du Eels), comporte en fond sa guitare améliorée façon Spector. Je ne comprends pas comment les critiques de l’époque, en écoutant « Chinese Rock » ou « the Return of Jackie and Judy », ont pu crier à la trahison mainstream… (Sans doute ont-ils été perturbés par l’apport d’instruments nouveaux pour les Ramones, cuivres ou claviers, sur ce disque). La seule faute de gout impardonnable est la reprise de « Baby, I Love You », écrite par Spector pour les Ronettes, réenregistré ici avec un orchestre et, pour le coup, le seul Joey. Quoiqu’il en soit, je trouve ce disque tout à fait excellent, j’en avais d’ailleurs enregistré les 2/3 là où les autres tournaient plutôt autour de la moitié. Il est clairement plus dispersé que les précédents (2), et on le doit sans doute autant aux Ramones qu’à Spector. L’enregistrement éprouvant de End of the Century aura fini de faire céder un groupe aux fissures déjà bien prononcées, et les années suivantes seront douloureuses. On l’a vu avec son bien pauvre successeur, Pleasant Dreams, on en remettra une couche avec Subterranean Jungle, qui achèvera prochainement notre voyage en compagnie de ce groupe aussi étrange que charismatique.

 

(1)   Ou plus vraisemblablement leur management, dont le Danny (Fields) de la chanson…

(2)   Défaut pour une bonne partie des fans de l’époque. Les Ramones ne produiront plus un seul disque homogène par la suite.

 

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16 juillet 2016

# 028 / 221

 

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 On termine le Jailbreak de Thin Lizzy avec deux très bonne chansons, la douceur de « Cowboy Song », country rock naïve, et « Emerald », teintée de cette ambiance celte épique si particulière au groupe. Ces titres sont illuminés par les guitares et leurs solos flamboyants sans être dans la démonstration. Un disque décidément à retenir.

 

 

 

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La transition n’est finalement pas si brutale avec le Load de Metallica, sorti il y a tout juste 20 ans. Si le ton est bien plus lourd, « Ain’t My Bitch » reste du bon vieux rock  - on notera simplement que messieurs Hetfield et Hammet n’arrivent pas à la cheville de messieurs Robertson et Gorham, si l’on en juge par le solo criard ornant cette chanson. C’est d’ailleurs bien ce que reprochera une bonne partie des fans au légendaire figure de proue du Heavy Metal (du moins ceux qui ne s’étaient pas déjà barrés en écoutant le Black Album) : des tempos ralentis, une ambiance souvent bluesy (« Bleeding Me »), le temps du Trash et de la Metal Militia parait révolu pour Metallica.

A l’écoute de la grosse moitié du disque que j’avais retenu (1), le groupe semble avoir cependant réussi son pari : s’assagir sans renoncer à l’énergie, et remplacer une technique mirobolante par des ambiances subtiles, à quelques solos wahwahtés près. Si des morceaux s’étirent un peu trop, l’ensemble se réécoute facilement, voire très agréablement pour certains passages : les arpèges d’introduction de « Hero of the Day », associés à une basse profonde, en font l’un de mes titres favoris de Metallica, d’autant que le texte est plutôt percutant. Même constat pour la ballade « Mama Said » ou le sombre « the House Jack Built ».  De quoi réhabiliter un album qui fut boudé par un public attendant depuis 5 ans avec fébrilité un successeur au Black Album (30 millions de ventes), et qui ne retrouva pas ses marques sur Load.

 

(1)    Load est si long (14 chansons, 79 minutes) que la dernière chanson dû être raccourcie pour pouvoir tenir sur le format CD. C’était la norme à l’époque…


 

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Groupe majeur des 90’s, les Red Hot Chili Peppers n’ont jamais vraiment été importants pour moi, et même leur sommet Blood Sugar Sex Magik ne m’aura attiré qu’à moitié à l’époque (il faut dire que lui aussi était particulièrement long, avec 17 titres et quasiment 80 minutes). Les Red Hot, c’est (c’était ?) d’abord et avant tout du funk, la basse mythique de Flea qui claque, une guitare syncopée, le chant hip hop de Kiedis par-dessus, bref ce n’est pas du tout dans mon style. S’il ne fallait qu’une preuve, c’est qu’encore aujourd’hui je déteste viscéralement leur titre le plus emblématique et le plus vendu, le bondissant « Give it Away » (on notera aussi que je n’avais enregistré que la deuxième moitié instrumentale de « Sir Psycho Sex »). Cependant, depuis l’arrivée de John Frusciante à la guitare sur Mother Milk (disque précédent celui-ci, dont je ne me rappelle plus trop mais qu’on retrouvera prochainement), les Red Hot avaient intégré à leur album une composante mélodique qui atteindra son apogée sur Blood Sugar Sex Magik dont deux titres expliquent à eux seul l’attachement que je porte aujourd’hui au disque (en plus de son effet madeleine, vu le carton énorme qu’il fit).

Il y a bien sur le tube « Under the Bridge », qu’on ne présente plus, réunissant toutes les qualités du groupe, entre pure ballade sur les couplets et sobre funk sur les refrains. Mais plus encore la merveilleuse « I Could Have Lied », véritable modèle en termes de jeu de guitare. Non seulement je m’étais appliqué à apprendre à jouer cette ballade, mais c’est le seul titre à ma connaissance pour lequel j’ai travaillé sans relâche les magnifiques solos (il n’y a rien de plus chiant que de reproduire à la note près un solo de guitare). Pour le reste, j’avais privilégié les titres les plus rock comme « the Greating Song », même si je n’allais pas cracher sur des riffs aussi irrésistibles que ceux de « the Righteous & the Wicked » (pour la basse) et « Blood Sugar Sex Magik » (pour la guitare).  Album historique où les quatre membres des Red Hot Chili Peppers se montrent aussi bons techniquement qu’inspirés,  Blood Sugar Sex Magik restera le seul disque du groupe à m’avoir convaincu (même si j’ai réhabilité par la suite One Hot Minute, dont je n’avais conservé que trois titres au moment de sa sortie).

 

 

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09 juillet 2016

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Suite du génial Teenager of the Year de Frank Black, toujours à la fois aussi fou que maitrisé. Et l’on commence par l’une des pièces maitresses du disque, qui en résume assez bien la diversité : « Freedom Rock » c’est un riff de guitare énorme en ouverture, un refrain basse / piano quasi reggae, une batterie admirable et des paroles qu’on aimerait hurler à la face du monde. Le reste est à l’avenant, entre « Two Reelers » qui alterne couplets ultra rapides et refrains cool (soit l’opposé de la formule Pixies), les trompettes de « Space is Gonna do me Good » et les deux minutes chrono du punkoide « Bad Wicked World ». Un must….

 

 
 

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On retrouve les New York Dolls, lâchés depuis la cassette X, en bien mauvaise posture. Malgré la qualité indéniable de leur second album Too Much Too Soon, celui-ci ne s’est pas bien vendu. Nos amis se retrouvent sans label et sont récupérés par un jeune manager qui débute, un certain Malcolm McLaren. Celui-ci, déjà inventif en marketing musical jouant sur la provoc, habille nos poupées de cuir rouge et les envoie sur les routes américaines dans un décorum communiste du plus mauvais gout. C’est l’un de ces concerts captés en 1975, qui fut sorti sous le titre de Red Patent Leather en 1984 par Fan Club, division du célèbre label français New Rose (la France était assez à la pointe en matière de punk et New Wave à l’époque, d’ailleurs le disque qui nous intéresse a longtemps était une exclusivité française). 

Le son live de l’époque est bien pourri (voir les concerts semi pirate des Damned ou des Stooges), mais on en entend suffisamment pour juger de la qualité des New York Dolls sur scène. Hé bien ça joue sacrément bien, que ce soit des standards décapants (« Ain’t got no Home / Dizzy Miss Lizzy »), des titres extraits du premier disque (mais pas du deuxième, bizarrement)  ou des inédits principalement composés par Sylvain Sylvain. C’est d’autant plus remarquable que les Dolls étaient alors camés jusqu’à la moelle, initiant selon la rumeur les jeunes anglais qui s’en tenaient principalement chez eux à la binouze. Las, cette tournée foireuse sonne le glas du groupe, Thunders et Nolan (soit les deux plus doués et drogués) laissant tomber leurs collègues pour plus tard fonder les Heartbreakers, tandis que McLaren, pas découragé, s’en ira prendre sous son aile les anglais sus cités et propulser les Sex Pistols au sommet de la gloire. Il va sans dire que pour pas mal des protagonistes de cette chronique, l’histoire s’est mal terminée, mais nous aurons l’occasion d’en reparler, car je vois poindre sur cette cassette le bout de la basse d’un des grands potes de défonce de tout ce beau monde…

 

 

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Mais avant, un petit tour avec Skid Row, groupe de Glam Metal qui, comme tout ceux de ce style, peut être vu comme un lointain descendant des New York Dolls, grands précurseurs de l’association chevelure buissonnière, guitare saturée et maquillage outrancier.  J’ai trouvé ce Subhuman Race intéressant, car sorti en 1995, il est assez symptomatique de ces groupes qui, fondés sur la vague initiée par l’immense succès des Guns à la moitié des 80’s, se sont trouvé fort dépourvus lorsque le grunge est venu les ringardiser en quelques mois (on l’avait déjà vu précédemment, notamment avec LA Guns). Il en résulte un disque complètement hétérogène, où nos métalleux de seconde division semblent ne plus savoir sur quel pied danser, entre hard à l’ancienne assez lourd (« My Enemy », « Iron Will »), tentatives plus prog (« Into Another »), balade pop écorchée à la Stereophonics (« Breakin’ Down ») ou long titre d’inspiration grunge (« Eileen »). Ces deux derniers, tout comme le très rapide « Bonehead », ne sont d’ailleurs pas si dégeux, ou tout du moins pas plus mauvais que certains albums d’autres groupes de l’époque que j’ai un peu plus mis en valeur sur ce blog. Oui mais voilà, je n’ai aucun affect avec Skid Row, ils ne m’évoquent aucun pote ou copine,  aucune anecdote, aucun souvenir de ces années riches en découvertes. C’est pour cela qu’ils me sont inutiles et qu’on ne discutera pas plus longtemps de Subhuman Race, tentative désespérée d’un groupe condamné pour coller à son époque, mais qui a déjà un ou deux trains de retard. Adieu Skid Row, adieu Sebastian Bach, chanteur au magique pseudo…

 

 
 

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Voici donc le retour des Ramones, dont les chroniques vont dorénavant se faire à la lumière de la biographie de Dee Dee que je viens de terminer. Enfin, si on peut appeler lumière ce brouillard de plus en plus pesant d’alcool et de drogues au travers duquel apparaissent quelques anecdotes dont, telles les spectres qu’elles évoquent, on ne sait si elles sont réelles ou fantasmées. Nous avions quitté le groupe sur le navrant Pleasant Dreams, au cœur de la 2eme période Ramones, nous faisons un bond dans le temps de 6 ans pour atterrir sur Halfway to Sanity, au cœur de la 3eme période. Entre les deux les choses n’ont fait qu’empirer, les relations se tendre, les membres du groupe s’enfoncer dans la dope et la parano, ce qui transparait, je viens de m’en rendre compte, sur les pochettes d’albums de plus en plus sombres (l’artwork d’Halfway to Sanity, titre horriblement cynique, propose aussi des pierres tombales et des canards écorchés). Aussi incroyable que cela puisse paraitre, le fantasme absolu de Dee Dee, bassiste d’un groupe déjà culte, est de devenir livreur de pain pour les supermarchés (1). Mais le seul geste de rébellion qu’il aura réussi à faire, c’est se couper les cheveux…

Le manque de cohésion du groupe s’entend sur des chansons aux styles assez divers, là où les premiers albums étaient monoblocs. « I wanna Live » et « Garden of Serenity »sont des titres pop avec pleins d’overdubs de guitare et des arpèges en intro, rien à voir avec le style classique des Ramones (même si la voix de Joey fait quand même 50% du job). Je les trouve pourtant très sympa.  A l’inverse, « I lost my Mind » est une crétinerie jouissive digne des débuts du groupe, bien que toute trace de naïveté ait disparu (c’est encore pire sur « ‘Bop Til you Drop »). Le virage hardcore, entamé sur Too Tough to Die, s’entend sur quelques morceaux, surtout sur l’expéditif et excellent « I’m not Jesus » composé par le batteur Richie Ramone, remplaçant de Marky depuis quelques années (nous aurons l’occasion d’en reparler). Les autres morceaux que j’avais retenus sont composés par Dee Dee (2) qui semble avoir miraculeusement conservé l’inspiration - alors qu’il peut à peine tenir sa basse lors des enregistrements - à l’exception d’un slow particulièrement dispensable de Joey (« Bye Bye Baby »). Halfway to Sanity, qui contient donc une moitié de chansons plutôt honorables, se termine sur le mauvais morceau  « Worm Man » et son explicite point final répété : I wish i was Dead. La mort, c’est pas pour tout de suite, en revanche l’explosion, c’est pour bientôt…

(1)    Je pense que je vais la ressortir souvent celle-là, tellement elle m’a marqué…

(2)    Du moins la musique, je ne pense pas qu’il ait pu signer des paroles du style I wanna live…

 

 

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Suite de la découverte aléatoire et très partielle de la discographie de Thin Lizzy avec  Jailbreak, sorti en 1976, soit à la moitié d’existence du groupe qui correspond aussi, si je ne me trompe pas, à son apogée. L’album, dont je n’avais retenu qu’une moitié mais dont j’ai peine à croire qu’il ne soit pas entièrement recommandable, propose une bonne série de tubes parmi les plus connus du groupe Irlandais. On pense ici évidemment en priorité à « the Boys are Back in Town », groovy à souhait, servi par ces merveilleuses guitares aux accents celtiques reconnaissables entre mille. Moins connu et plus enlevé, « Angel from the Coast » est une redécouverte  particulièrement classe pour moi. La suite sur la prochaine cassette avant un dernier coucou à Phil Lynott pour le successeur de Jailbreak, un Johnny the Fox particulièrement attendu parce que c’est, oh fascination du jeune passionné que j’étais alors, un concept album (mais c’est dans 70 cassettes, on a le temps de voir venir…)

 

 

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01 juillet 2016

Les Propositions d'HELLO DARKNESS #29 (Juin 2016)

Un petit sprint musical avant les vacances. Désolé pour les redites à ceux qui ont lu mes compte rendu des concerts de PJ Harvey et Parquet Courts...

 

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PJ HARVEY - the Hope Six Demolition Project

 

En écoute: DEEZER

Proposé par Xavier.

Mon avis:

Le très clivant Let England Shake m’avait séduit, entrainé dans son univers poétique et cohérent, et si après une phase d’écoutes intensives je l’avais un peu délaissé (l’effet vinyle), il passe encore aujourd’hui très bien. Pas de décalage entre le souvenir et la réalité, j’aime toujours ces chansons, elles me reviennent très bien malgré l’absence de tube clairement identifié. Les chansons, voilà sans doute la principale différence entre cet album et son successeur, the Hope Six Demolition Project. Car les critiques qui étaient tombées sur Let England Shake et que j’avais pour la plupart associées à des nostalgiques imbéciles d’une jeune PJ Harvey mordante, je les reprends aujourd’hui à mon compte. Mis à part une introduction rythmée et surtout un « the Ministry of Defence » tendu qui reste le seul titre marquant de l’album (on peut éventuellement ajouter « the Wheel »), the Hope Six Demolition Project s’enferme dans un schéma d’écriture qui m’a laissé complètement étranger. Tempo lent, caisse claire militaire, chœurs gospel et saxo plaintif à tout les étages, rien ne vient distraire l’auditeur de son ennui, mis à part quelques passages vraiment horribles (« Near the Memorials to Vietnam and Lincoln » et tout les solos baveux de sax). Fallait-il attendre 5 ans pour une resucée de Let England Shake, l’inspiration en moins ? Apparemment, plus qu’un concept album, the Hope Six Demolition Project n’est qu’un élément d’une démarche artistique plus vaste, dont je n’ai personnellement que faire. En se racontant avec sincérité, PJ touchait à l’universel. En se montant la tête sur je ne sais quel sujet de société, elle exclue le modeste amateur au profit de ses fans ultimes. Un simple rendez vous raté : le talent n’est pas en cause, et il éclatera à nouveau dans le futur, n’en doutons pas.

 

 

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Kevin MORBY - Singing Saw

 

En écoute: DEEZER

Proposé par Julien.

La chronique de Julien: PINKUSHION

Mon avis:

Après des rendez vous ratés (précédent album trop peu écouté, concert au TINALS 2015 décalé…), il est grand temps de parler ici de Kevin Morby, l’un des chouchous récents de Julien, à l’occasion de la sortie cette année de Singing Saw, album folk emprunt d’un classicisme élégant.  La première moitié de l’album est somptueuse, alternant compositions posées ou plus relevées mais toujours illuminés par des arrangements subtils et variés. Trompette, orgue, petit solos de guitare et ces chœurs féminins discrets mais si pertinents, sans oublier une basse incroyable (« I Have been to the Mountain »), c’est un voyage parfait jusqu’à l’entrainant « Dorothy », au petit parfum Velvet Underground.

Dans sa deuxième partie, le disque reste plaisant mais provoque un peu moins d’enthousiasme, se concentrant sur des ballades peinardes, chant et piano nonchalants aux accents Dylaniens. L’ensemble reste suffisamment classe pour faire de Singing Saw un des très bons disques de cette année.

 

 

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PARQUET COURTS - Human Performance

 

En écoute: SPOTIFY

Proposé par Damien.

Mon avis:

Il fallait bien toute l’insistance de Damien, considérant Human Performance comme l’un de ses disques de l’année, pour que je renonce à ma résolution de ne plus écouter Parquet Courts suite aux foutages de gueule que représentaient Sunbathing Animal et (surtout) Content Nausea. Les premières écoutes, bien que moyennement enthousiastes suite au ralentissement quasi intégral du tempo, m’avaient au moins convaincu d’une chose : les New Yorkais s’étaient enfin remis à écrire des chansons.  On sent même une farouche volonté de dépasser leur statut de groupe garage performant pour être considérés comme des songwriters solides, lorgnant à de multiples reprises vers les plus respectés des faux branleurs de l’indie rock américain, Pavement (« Outside », « Keep it Even »). Si les New Yorkais sont encore loin d’atteindre la qualité d’écriture de leurs modèles, ils n’en sombrent pour autant pas du tout dans le ridicule, et produisent un certain nombre de très bons morceaux : le lancinant « Dust » et son riff de guitare prenant,  « Berlin Got  Blurry» et sa basse énorme, ou encore « Pathos Prairie », sorte de country rock à la Frank Black qui a ma préférence. Encore ne suis-je pas assez calé en anglais pour saisir l’humour de textes qu’on imagine savoureux et qui justifient à priori des titres comme « I was just Here » ou « Captive of the Sun » (assez pénibles, du coup).

Le constat est cependant cruel : malgré tous leurs efforts, Parquet Courts peinent à enthousiasmer dans ce nouveau costume qu’ils tentent d’endosser. Teigneux on les connu, et teigneux on les veut. Le titre « Two Dead Cops », qu’on croirait extrait des premiers albums, viendra nous le confirmer : c’est bien dans ces rythmes binaires et ces tempos relevés que le jeune quatuor est le plus flamboyant. Qu’importe alors la qualité indéniable du désabusé « It’s gonna Happen » de conclusion : il en faudra beaucoup plus pour oublier Light Up Gold…

 

 

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RADICAL FACE - the Family Tree: the Leaves

 

En écoute: SOUNDCLOUD

Proposé par Xavier et Julien.

Mon avis:

Ben Cooper achève la trilogie qu’il consacre à l’histoire de sa famille par un disque tout aussi bon que le précédent (1), ce qui n’allait pas de soi. Le travail titanesque réalisé depuis 5 ans se ressent dans l’extrême cohérence des chansons (2) et des disques, tout en réussissant à maintenir une qualité d’écriture  irréprochable du début à la fin, pour qui aime le registre nostalgique - cordes, piano, arpèges ayant la part belle sur ce Family Tree: the Leaves (évoquant parfois Sufjan Stevens quand il était émouvant).

On pose cet album sur la platine comme on ouvre un vieil album photo, chaque plage faisant surgir un souvenir, chaque titre marquant le temps écoulé. Et l’on en ressort à la fois triste et apaisé, un peu ailleurs. En un mot: mélancolique.

 

(1)   je n’ai pas écouté le tout premier, the Roots, sorti en 2011, pas plus que les chutes regroupées sur un disque intitulé the Bastards, mais ca ne saurait tarder…

(2)   Toutes sont liées par des personnages dont on peut suivre l’histoire au fil de la trilogie. Ben Cooper résume son travail sur un site web remarquable, à visiter absolument.

 

 

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RADIOHEAD - A Moon Shaped Pool

En écoute: iTUNES

Proposé par Xavier.

Mon avis: ICI.

26 juin 2016

RADIOHEAD - A Moon Shaped Pool

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A la toute fin des 90’s, lorsqu’un ami étudiant me disait envier les anciens ayant connu en direct la sortie de disques de groupes aussi légendaires que les Beatles ou Led Zeppelin,  je répondais systématiquement : « Oui, mais nous on a Radiohead ». C’est dire si ce groupe est pour moi celui de ma génération (1), celle l’ayant découvert avec « Creep », tube adolescent à mon sens bien plus marquant pour les losers que « Smell Like Teen Spirit » car interprété par un chanteur ayant la gueule de l’emploi. Ainsi Radiohead a-t-il accompagné les années les plus importantes de ma vie, celles transformant un champ immense de possibilités en un chemin relativement tracé, chaque album m’évoquant encore aujourd’hui avec précision le contexte personnel particulier  dans lequel il sorti. Jusqu’à In Rainbows. Avec le recul, plus que la qualité des compositions, c’est le sentiment de dépossession qui fit alors violemment tomber Radiohead du piédestal où je l’avais placé. Soudain, les morceaux m’échappaient, éparpillés aléatoirement sur deux disques à la publication bizarre. Soudain le malentendu éclatait, celui qui, avec OK Computer en bande son de la solitude moderne, Kid A et son absence volontaire de singles, plus tout les combats écologistes et pacifiques du groupe, m’avaient fait fantasmer Radiohead en héros luttant contre les travers d’une époque, là où comme tout génie musical il n’avait fait qu’en retranscrire l’essence. Aussi était-il logique qu’à un moment de tels précurseurs laissent le vieux que je devenais sur le bord du chemin. La tendance profonde, aujourd’hui, est à la dématérialisation de la musique, au teasing, aux réseaux sociaux, au buzz. Des trucs qui ne me parlent pas mais que Radiohead a évidemment adopté, voire par certains cotés initié. Radiohead ne m’appartient plus, ils ne sont plus intimement liés à mon existence.

Là réside sans doute une grande partie de mon indifférence pour the King of Limbs, un album que j’avais jugé ultra cohérent dans la désincarnation alors qu’à la réécoute, il se révèle surtout très inégal, les bons titres comme « Little by Little » y côtoyant les pires jamais écrits par les Oxfordiens (« Feral », notamment). Un travers finalement assez habituel chez Radiohead, le principal défaut de the King of Limbs étant alors de ne présenter que huit morceaux, qui si l’on compte un pourcentage de déchets ne laisse forcément plus grand-chose à se mettre sous la dent. La sortie de A Moon Shaped Pool avait de quoi me laisser encore plus perplexe : je ne sais pas quelles forces commerciales furent à la manœuvre, mais c’est à une véritable campagne de lancement produit à laquelle j’assistai, désemparé. Pire, l’ensemble du web avait écouté, disséqué, commenté le disque avant même sa sortie dans les bacs, et donc avant même que je n’ai pu en entendre la moindre note (2). Faisant fi des échos de critiques dithyrambiques unanimes (3),  c’est donc sans à priori mais non sans attentes, comme un étranger, que je posais religieusement mon vinyle blanc acheté quelques heures auparavant sur la platine familiale.

« Burn the Witch » lance l’album de manière très pop, un single évoquant le Radiohead de Hail to the Thief (« There There » par exemple). C’est un peu trompeur, le traitement des titres suivants étant différent, mais pas tant que ça car A Moon Shaped Pool ne cessera pas de ramener le fan attentif au passé du groupe. Ainsi le piano au rythme particulier de « Tinker Tailor »  m’a fait penser à « Pyramid Song » ou les arpèges de guitare de « Present Tense » à « Faust Harp », Radiohead restant aussi sur ses bases classiques en évoquant les Beatles (des petites touches un peu partout, comme sur le très riche « Identitik ») ou le Kraut Rock (excellent « Ful Stop »). Jusqu’à l’exhumation d’un « True Love Waits » (4) paru sur l’EP live I Might be Wrong en 2001, ici présenté dans une superbe version dépouillée. Car la principale caractéristique de A Moon Shaped Pool, c’est son apaisement. Et que l’abandon de ces satanés rythmes épileptiques et systématiques est plaisant ! Cela conduit à ressusciter doublement le groupe, d’abord en cassant la convergence croissante entre son univers et celui de Thom Yorke en solo (le jeu des comparaisons sur the King of Limbs fonctionnait surtout avec the Eraser), ensuite en faisant ressortir un peu plus le travail de ses subordonnés.

Certes la batterie de Phil Selway  est mise en retrait, mais le calme général permet de mieux savourer les parties de guitare et surtout la basse de Colin Greenwood, amenant même un peu de groove malgré les tempo lents (« Decks Dark », « the Numbers »), comme le faisait justement remarquer El Norton dans sa chronique. Le retour en force le plus spectaculaire étant celui du piano : sachant que j’aime cet instrument bien plus que je ne déteste le saxophone, et que parmi mes titres préférés de ces dernières années on compte « Like Spinning Plates » live, « Sail to the Moon » ou «  4 Minute Warning », vous aurez deviné que j’ai beaucoup aimé A Moon Shaped Pool. On pourra mégoter sur les chœurs fantomatiques ou les cordes parfois envahissantes, reste que le plus arrangé des extraits de cet album parait plus léger que la plupart des titres publiés par Radiohead ces dix dernières années.

A Moon Shaped Pool s’inscrit donc dans la continuité des précédents disques tout en ayant une identité assez forte pour s’en démarquer suffisamment. La cassure avec the King of Limbs, bien que moins spectaculaire qu’annoncée (il suffit de réécouter « Codex »), est ainsi une vraie bonne surprise et laisse présager finalement de régulières retrouvailles avec Radiohead, ces vieux amis jamais totalement perdus de vue…

 

(1)   d’où ma légère incompréhension au succès actuel du groupe, si phénoménal qu’il ne peut être qu’inter générationnel.

(2)   Facon de parler, j’avais quand même craqué et regardé le clip de « Burn the Witch ».

(3)   Qui apparemment en profitaient pour rétropédaler sur the King of Limbs, ayant récolté à sa sortie des critiques dithyrambiques unanimes….

(4)   Une surprise, mais pas une nouveauté chez Radiohead qui a depuis ses débuts publié tardivement sur des disques des titres qui tournaient depuis des années en concert (« Nude », « Fog »….)

 

 

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22 juin 2016

PJ HARVEY - Mardi 14 Juin 2016 - Théatre Antique de Fourvière - LYON

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J’ai rarement été aussi peu enthousiaste pour aller à un concert. Il faut dire que de nombreux indices annonçaient une soirée barbante, le seul dont j’avais connaissance avant de prendre ma place pour les Nuits de Fourvière étant l’immense déception ressentie la dernière fois que j’avais vu PJ Harvey,  pour la tournée Let England Shake (alors que j’avais beaucoup aimé le disque). Les autres indices: the Hope Six Demolition Project, album que pour résumer et ne pas spoiler un futur article je qualifierai simplement de raté, le retour négatif de Denis et Juliet ayant vu l’ex-rockeuse quelques jours auparavant au We Love Green festival, et pour couronner le tout une bonne averse au moment de rejoindre le Théâtre Antique. A vrai dire j’étais alors bien plus motivé à la perspective de revoir mon pote Fred que la belle Polly Jean.

 

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Fred, moi et nos bières nous installons dans les gradins, bien vite rejoints par Damien. D’habitude je préfère être en fosse mais vu le spectacle qui s’annonce, cela semble parfait d’être assis. Nous ne sommes pas idéalement placés, à l’extrême droite au deux tiers des gradins, mais c’est bien suffisant pour voir toute la scène, le seul truc se révélant gênant étant le bras articulé d’une camera qui passera et repassera sous notre pif pendant tout le concert (retransmis sur Arte). Assez scandaleux pour le prix qu’on a payé nos places, mais bon, on ne va pas refaire toute la litanie des plaintes concernant les Nuits de Fourvière, ca prendrait des pages et de toutes manières nous sommes venus en connaissance de cause. Tout comme bon nombre de visages familiers des concerts lyonnais, dont un Sayba tout content du dernier concert de Rank donné au Trocson, ainsi que Gary aperçu de loin et même la fille de l’accueil de l’Hôtel de la Musique. Le temps passe vite et agréablement, d’autant que la pluie s’est définitivement arrêtée, et nous interromprons à peine nos discussions pendant l’improbable première partie, Good Sad Happy Bad. Ce jeune trio guitare clavier batterie aura je pense évoqué des souvenirs à tout les spectateurs de ma génération ayant un jour tenté de monter un groupe : on croirait écouter de vieilles demos grunge exhumées de cassettes de débutants inspirés. Le début de leur set est catastrophique d’amateurisme, avant que quelques compos un peu mieux construites arrivent à nos oreilles sans pour autant expliquer la présence du groupe (au non look le plus pourri que j’ai jamais vu) en première partie d’une des plus grandes artistes actuelles sur une telle scène. Pas de quoi capter durablement notre attention, nous sommes assez dissipés mais cela n’a pas l’air de gêner grand monde….

 

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Le temps d’un aller retour au bar, et nous attendons 22h30, début officiel du concert pour la diffusion télé. A l’heure dite, l’intro martiale de « Chain of Keys » accompagne une procession de musiciens habillés de noir à la suite d’une grosse caisse marquant le lent tempo, sombre cortège se dispersant lentement sur la scène, pour une entrée en matière majestueuse et surprenante. Neuf gars - des cadors expérimentés que les connaisseurs croisent sur des productions diverses depuis des années –au service de la seule fille sur scène, une PJ Harvey en tenue violette, bottes montantes et chapeau grandiloquent. En fond de scène, deux percussionnistes surplombent la section cuivre, avec deux saxophonistes à plein temps, et un guitariste. Sur la gauche un clavier, tandis que les trois derniers musiciens, John Parish bien au centre,  changeront constamment d’instrument, cuivre, clavier, guitare ou percussion. PJ Harvey sera au chant principal, mais aussi au saxophone sur les compositions les plus récentes. Un instrument, vous le savez, que je n’affectionne pas du tout, mais qui lui sied bien mieux que la précieuse Auto Harp de la dernière fois.

 

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Il faut s’imaginer PJ Harvey à Musilac, engoncée dans sa longue robe blanche, coincée derrière son micro, ne bougeant pas d’un millimètre de tout le concert (seule une morte aurait été plus statique), pour comprendre le soulagement que je ressentais dès les premiers titres : elle est mobile, Alleluia ! Et même sacrément impliquée, ce qui avec les différents mouvements des musiciens satellites donnera au spectacle un aspect bien vivant, à défaut d’être rock. Musicalement, la technique des membres du groupe ainsi que leur nombre apporte puissance et nuances aux morceaux, d’autant plus que chacun participe si besoin au chant - il y a certains passages à 10 voix, une vraie chorale, si bien que la palette sonore potentielle du groupe est immense. Les rares titres marquants de the Hope Six Demolition Project (par exemple « The Ministry of Defence ») en sortent renforcés, les titres faiblards (comme  « The Orange Monkey ») restent sans surprise ennuyeux, mais c’est sur ses nombreux extraits passables du genre « The Community of Hope » que le concert va s’avérer grâce à cette formation bien supérieur au disque, et donc emporter mon adhésion. Les deux premiers tiers du concert vont être occupé par la quasi intégralité du dernier album de PJ Harvey pour une revisite plutôt plaisante donc, quoi qu’encore trop riche en saxophone (avec quelques solos ridicules, dont le final de « Dollar, Dollar » qui nous fera éclater de rire avec Fred). Mais aussi par l’enchainement de trois titres de Let England Shake, qui va se révéler mon passage favori du concert. Si certaines compositions dispensables de the Hope Six Demolition Project me seront apparu agréables en cette soirée, on imagine l’effet qu’on pu me produire trois extraits de son prédécesseur, parmi mes préférés en plus. Je ne comprends toujours pas pourquoi PJ Harvey ne s’était pas si bien entouré pour la tournée de ce superbe album, au lieu d’un trio minimaliste obligé de sampler dans l’ombre la plupart des arrangements, car ici ce sera tout simplement magnifique.

 

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 « The Ministry of Social Affairs » achève cette séquence récente, encore un de ces morceaux gonflants sur le disque qui prennent une toute autre ampleur sur scène. Damien avancera une comparaison osée, qualifiant PJ Harvey de Bowie au féminin, mais la mise en scène de cette soirée et des titres comme celui-ci la rendent plutôt pertinente. La suite du concert va être consacrée à des titres plus anciens, l’album le plus représenté étant to Bring you My Love, ce qui n’est pas illogique vu son dépouillement général (par opposition par exemple à mon favori  Stories From The City, Stories From The Sea qui ne sera pas évoqué ce soir). La différence se situe dans la tension palpable sur ces morceaux, notamment un terrible « to Bring you My Love » qui nous rappellera aussi combien PJ Harvey est une chanteuse exceptionnelle. Elle nous aura auparavant gratifiés d’un « 50ft Queenie », passage le plus rock d’un set maitrisé à la perfection (très ou trop professionnel, suivant les points de vue), et du lénifiant tube « Down by the Water » qui me donnera l’occasion de m’absenter brièvement (j’eus été une fille que j’aurai loupé la fin du concert). Le groupe repart comme il était arrivé, façon procession gospel, terminant quasiment à capella un « River Anacostia » pourtant bien fade à l’origine, mais qui avec cette mise en scène se révèle fort pertinent.

 

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Le rappel constitué de deux morceaux anciens, dont le très joli « A Perfect Day Elise » en final, nous semble court, on aurait bien repris deux ou trois titres supplémentaires, preuve que cette heure et demi en compagnie de PJ Harvey fut des plus plaisantes. Aucun de nous n’est véritablement emballé, mais on a tous passé un bon moment, Damien regrettant quand même un coté très pro et du coup un peu trop lisse à son gout, tandis que Fred s’est parfois cru devant une comédie musicale américaine des années 50, style Frank Sinatra. Nous prenons un moment pour boire une bière avec Angélique, à qui j’ai vendu une place que j’avais en trop. Fan ultime de PJ Harvey (elle l’a déjà vu à deux festivals cette année, et a fait l’aller-retour Paris Lyon pour cette date), c’est aussi une acharnée des concerts (bien plus que je ne l’ai jamais été), et nous partageons de nombreuses anecdotes de lives et de festivals. Anecdotes fort sympathiques, mais pas autant que celle de Fred en pseudo journaliste bourré investissant des backstage pour picoler à l’œil, qui clôturerons alors que nous rentrons chez nous à pied cette belle soirée à la saveur inattendue.

 

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Setlist: Chain of Keys - The Ministry of Defence - The Community of Hope - The Orange Monkey - A Line in the Sand - Let England Shake - The Words That Maketh Murder - The Glorious Land - Medicinals - When Under Ether - Dollar, Dollar - The Wheel - The Ministry of Social Affairs - 50ft Queenie - Down by the Water - To Bring You My Love - River Anacostia // Working for the Man - A Perfect Day Elise

 

 

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18 juin 2016

This Is Not A Love Song Festival (Part 3) - Dimanche 05 Juin 2016 - Nimes

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Le programme de ce dernier jour de Festival est extrêmement chargé, entre les groupes potentiellement intéressants et ceux que j’attends avec impatience. Presque trop chargé d’ailleurs, il va falloir faire des choix, en particulier lors du seul clash d’importance pour moi de cette édition (nous verrons plus tard). Même le début d’après midi ouvert gratuitement a du potentiel, avec notamment Steve Gunn, songwritter dont j’ai pas mal entendu parler en bien. Mais il joue décidemment trop tôt (16h15) pour quelqu’un qui n’a pas envie de se presser, et c’est finalement au milieu du concert des marseillais de Quetzal Snakes que je débarque sur la si agréable esplanade du Tinals, encore occupée pour une demi heure par des curieux, des flâneurs et des familles dont les enfants profitent des jeux et autres activités ludiques mis à disposition des festivaliers par une organisation bien imaginative.

 

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Parmi ces flâneurs, Elsa et son copain venus prendre une bière au soleil dans une ambiance festive. L’occasion de discuter un petit moment avec celle qui m’a loué son appartement pour le week end, une rencontre fort sympathique mais pas très intéressante pour mes chers lecteurs : si le copain avait l’air d’avoir une bonne culture musicale, celle-ci s’arrête si j’ai bien compris à l’année de sa rencontre avec Elsa. Depuis il n’écoute plus que du ragga indien, le pauvre homme. En fond sonore, j’ai pu juger de l’efficacité des très jeunes Quetzal Snakes, du rock bien pêchu et des compositions solides, à creuser donc, pourquoi pas lors d’un passage à Lyon (a priori ils tournent beaucoup et viennent régulièrement visiter les excellentes salles de ma cité).

 

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Il est temps de se diriger vers le Club à l’intérieur, pour le concert de Nots, groupe punk 100 % féminin promettant de réveiller notre flamme passée pour les virulentes Rrriot Girls des années grunge. Défi relevé haut la main, en particulier grâce à l’énergie de la front woman qui crie dans son micro en plaquant des accords aléatoires sur une guitare cradingue. A ses cotés une claviériste et une bassiste mutiques (malgré la rapidité du tempo), et derrière une cogneuse redoutable à la batterie minimaliste - grosse caisse, caisse claire, gros tom et une cymbale (1) – les quatre nanas n’ayant pas le look No Future attendu : on les croirait tout droit sorties de la série Sex and the City. Coté musique par contre, c’est bien du punk : une seule chanson tempo maxi répétée sans fioriture à une assemblée attentive, mais une bonne chanson qui suffit à notre bonheur. La leader se permettant même d’enchainer trois titres sans la corde de Si qui pendouille au manche de sa gratte, avant de prendre un moment pour la changer sur une intro prolongée de ses trois copines. Rien d’extraordinaire donc, juste un très bon set qui m’aura chauffé les muscles et les entrailles.

 

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C’est l’heure de se diriger vers la Grande Scène, où le très attendu concert de Metz va débuter. Je ne connais pas le groupe, mais on me l’a conseillé à plusieurs reprises (non sans m’avertir systématiquement de me munir de protections auditives), me voici donc dans le public où je croise l’ami La bUze à peine remis d’un concert des Broken Knees la veille, et qui a retrouvé Stéphane pour une dose de gros son. Pour le coup, le trio ne va pas faire dans la dentelle : c’est direct, carré, expéditif et pour tout avouer trop bourrin pour moi. Je reconnais que les trois musiciens sont doués et proposent un très bon spectacle, mais mis à part un titre un peu plus lent et répétitif, je n’accroche pas et décide après une moitié de concert de retourner à l’intérieur pour voir si Drive Like Jehu n’est pas plus dans mes cordes. Du gros son aussi, avec un chant peu agréable, je patiente deux titres mais le cœur n’y est pas vraiment. Ca fait quand même beaucoup de concert bien rock de groupes que je ne connais pas que je m’enfile depuis deux jours, et la lassitude commence à pointer : une pause casse croute me fera le plus grand bien. Me dirigeant vers les stands alimentaires j’ai le temps de capter le final apocalyptique du concert de Metz, plutôt bon quand même : les amateurs ont du bien se faire plaisir.

 

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Suite à un contretemps je n’ai pas de sandwich perso, il me faut donc passer par la case Food Trucks qui au Tinals tiennent du trompe l’estomac : c’est tout joliment décoré, avec des menus rédigés comme au restau parsemé de termes vendeur (bio, saison, terroir), mais au final tu te retrouves comme d’hab avec un truc cher et pas bon… Je rejoins Lauras pour la pause, on discute tranquillement vautrés sur les pierres de l’esplanade en nous préparant à un concert qu’on attend tous avec impatience, celui de Parquet Courts.

 

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Déjà trois ans que j’avais croisé les New Yorkais lors d’un furieux concert au Marché Gare, dont le récit arracha des soupirs de jalousie à Laura (on se demande ce qu’elle foutait ce soir-là, la demoiselle). Lorsque le quatuor rentre sur scène, on ne peut s’empêcher de penser qu’ils ont déjà pris un sacré coup de vieux, à l’image de la musique proposée sur leur dernier album. Les compositions de Human Performance ne sont pas inintéressantes et même parfois très bonnes (surtout comparé aux fumisteries des deux disques sortis en 2014), mais les tempo ralentis et les mélodies de guitare joliment troussées vont se révéler cruellement inadaptées à la scène. Tout commence pourtant très bien, sur les deux titres qui introduisent le réjouissant Light up Gold, bien que d’emblée on se rende compte que la taille de la scène et l’horaire précoce vont jouer en défaveur du groupe (tout comme pour Ty Segall). Par la suite, Parquet Courts va interpréter quasiment en intégralité Human Performance et malgré quelques coups d’éclats comme « Dust », « One Man No City » ou « Pathos Prairie » (mon titre récent favori) joués en début de set, la mayonnaise ne prendra pas.

Venu assister à un concert garage et se retrouvant la plupart du temps avec du Pavement sans étincelle, le public ne saura pas sur quel pied danser, d’ailleurs il ne dansera pas : tout le monde est statique, seul le guitariste de gauche (le frère du batteur) amènera un peu de tension de son chant furieux mais c’est son collègue (celui qui ressemble à Thurston Moore de loin) qui assurera la plupart du temps des vocaux nonchalants avec un petit sourire ironique. Quant au bassiste placé au centre, désormais chevelu et barbu, il ne sera que l’ombre du joyeux luron qui nous avait enchanté au Marché Gare. Parquet Courts avait alors prouvé qu’ils pouvaient faire de n’importe quel titre bancal une tornade live, mais c’est comme si toute folie avait dorénavant quitté le groupe. Une maturité affichée qui semble tout à fait volontaire, surtout lorsqu’on étudie la setlist bizarre, sélectionnant des titres tout  mous de Sunbathing Animal, jouant quasi tout Human Performance sauf l’un de ses extraits les plus rocks (« Two Dead Cops »), et évitant soigneusement de mélanger des vieux morceaux bien pêchus à leurs dernières productions. Pire, ultime crime de lèse-majesté, ils ne joueront même pas  le tant attendu « Stoned and Starving ». Une omission qui achève de consacrer ce concert comme la plus grosse déception du festival pour notre trio. De quoi regretter de les avoir privilégiés à Tortoise ou aux violents Unsane, qui jouaient tous deux au même moment.

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C’est en me dirigeant vers la scène Mosquito pour Girl Band, énième « groupe que je ne connais pas mais qu’on m’a conseillé » du week end, que je tombe sur un énergumène affublé d’une guirlande lumineuse qui titube en marmonnant un discours en anglais approximatif à une blonde demoiselle qui profitera dans la seconde de ma présence pour s’évanouir dans les premiers rangs de la fosse. Hébété, Gary me reconnait quand même mais s’inquiète d’avoir perdu ses amis. Je me demande comment ses potes ont pu égarer un tel sapin de Noel ambulant : l’auraient il fait exprès ? Bref je ne me fait pas trop de souci, et promet au plus célèbre spectateur lyonnais de le ramener si besoin avant de me placer au fond du public. Le quatuor irlandais, mené par un charismatique chanteur torturé, balance ce qui me semble plus être de l’indus minimaliste que le post punk annoncé. Une forte personnalité émane du groupe, mais je ne suis au début pas très fan de leurs compos et, de plus en plus fatigué, vais m’asseoir dans un coin avant d’être rattrapé par un set gagnant en puissance. Les derniers titres sont vraiment bons, le jeu hyper original du bassiste faisant glisser une canette de bière sur ses cordes associé à la batterie métronomique évoque une sorte d’electro rock charnel assez irrésistible. Pas forcément au point de rendre l’écoute de leur unique album sorti l’année dernière indispensable, mais suffisant pour passer un excellent moment à dodeliner de la tête en rythme.

 

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Il est l’heure maintenant de clôturer le festival par le concert que j’attends le plus, celui de Shellac. C’est un groupe dont Damien me parle depuis des années, mais que je n’ai vraiment découvert qu’à la faveur de Dude Incredible, album magistral sorti en 2014. C’est le seul que je maitrise vraiment, même si j’ai acheté depuis At Action Park et 1000 Hurts (en revanche je ne connais rien des deux autres, Terraform et Excellent Italian Greyhound). Le trio se prépare tranquillement, à gauche Steve Albini et sa guitare accrochée à la ceinture, à droite le bassiste Bob Weston et bien au centre le spectaculaire batteur Todd Trainer. D’emblée et sans crier gare, Shellac envoie du lourd, pour la plus grande joie d’une fosse bien garnie qui ne demande qu’à se défouler une dernière fois. Les fringues sont passe partout, le matériel est minimal (pas de pédales d’effet, un ampli et un instrument chacun, le strict minimum pour la batterie), c’est uniquement l’expérience et le charisme qui parle, les trois vieux compères ayant de bonnes têtes de psychopathes (surtout le batteur). Avec, évidemment, des compositions incroyables, tendues à l’extrême, sèches comme des coups de trique. J’ai droit à une bonne moitié de Dude Incredible, dont les quatre premiers titres qui sont des sommets du genre. « Riding Bikes », rien moins qu’un de mes titres favoris de la décennie, est avoinée en tout début de set pour mon plus grand plaisir, et je ne me prive pas de beugler le refrain dès que j’en ai l’occasion.

 

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La complémentarité des musiciens est incroyable, les titres sont tranchés, saccadés, on ne sait jamais sur quoi va repartir la chanson, si le silence va être comblé, si le batteur va l’occuper seul comme souvent, avec son jeu à la fois si direct et si complexe. L’ensemble est radical et ne ménage aucune pause, ne caresse jamais le spectateur qui de toutes manière bastonne aux premiers rangs. Ca pogotte aléatoirement, ca slame à qui mieux mieux, ça transpire les yeux dans le vague. Ça chauffe à mort sous les harangues d’Albini, j’aperçois pour la première fois de ma vie une nana torse nu dans la mêlée sans que cela paraisse incongru. Ne le dites pas à mes enfants, mais j’ai même fait un petit slam, en croisant quand même les doigts pour que mon portable - ou pire, mes clés de voiture- ne s’échappe pas de ma poche comme il l’avait fait aux Eurocks en 2004, lors de la reformation des Pixies. Dans cette succession de tueries, il n’y aura bien eu que le discours politique interminable du leader à lunettes (We are the defenders of Fun !!) et le non moins interminable final de « the End of Radio », où le bassiste tiendra ses deux notes en tournant en rond et en rythme sur la scène, pour briser un peu l’ambiance survoltée régnant dans la Paloma.

 

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Sur scène, Shellac se donne à fond et agrémente son set de quelques mises en scènes originales. Dansant comme un possédé, je tombe des nues lorsqu’en relevant la tête, je me rends compte que seul le batteur est encore présent, alors que la musique continue comme si de rien n’était. C’est en voyant brusquement surgir ses deux acolytes du fond de la scène que je comprends qu’ils s’étaient simplement planqués un moment. Il y a aussi ce passage chamanique où la caisse claire est déifiée par un discours halluciné d’Albini tandis que le batteur la balade sur scène tel un trésor menaçant, et le final incroyable où bassiste et guitariste posent brusquement leurs instruments et se mettent à démonter pièce par pièce la batterie alors que Trainer continue à jouer, jusqu’à finir sur l’unique élément restant, la caisse claire évidemment. Puis plus rien, le groupe salue sur ce coup d’éclat, après avoir délivré un concert dément,  le dernier mais aussi le meilleur de cette édition 2016 du TINALS.

 

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Je ressors enchanté de cette parenthèse rock qui aura comme l’année dernière vu son lot de confirmations, de déceptions et de découvertes, le tout dans une ambiance décontractée et tout simplement fun. J’espère que le festival n’aura pas la folie des grandeurs, qu’il restera tel qu’il est et que j’en deviendrais un vieil habitué, au même titre que ces gens déjà croisés en 2015 et que j’ai reconnu directement. Le petit gros à casquette et au sourire ravi qui est de tous les pogos et dont le plus grand plaisir est de te pousser dans le bordel, même quand tu ne veux pas y aller. Roberto Gil, l’écraseur de pieds le plus célèbre des premiers rangs des salles Parisiennes, dont on est quand même bien content malgré tout de récupérer les photos pour illustrer ses articles. Et bien sur l’ami Harold Martinez, que j’encourage de tout mon cœur à repartir de plus belle vers son 3eme album après la pause que lui et Fabien s’accordent suite à des coups du sort douloureux. C’est tout ceci que je quitte alors qu’avec La bUze, Laura, Laura et mes acouphènes je regagne la bétaillère direction Lyon, direction ma petite famille, direction la vraie vie.

 

(1)   Une constante du festival d’ailleurs, absolument aucun batteur n’utilisant plus d’un tom médium. Je suis donc ringard de la batterie, il va peut être falloir que je me penche sur la question…

 

Setlist Nots: Insect Eyes - Shelf Life - Blank Reflection - No Novelty - Strange Rage - Virgin Mary - Cold Line - Tellevangalist - Black Mold - Rat King - Tvod - Inherently Low - Reactor - Cosmetic - White Noise

 

Setlist Parquet Courts: Master of My Craft - Borrowed Time - Dear Ramona - One Man No City – Dust - Paraphrased - I Was Just Here - Pathos Prairie - Captive of the Sun - Human Performance - Berlin Got Blurry - Keep It Even - Outside - Bodies Made Of - Light Up Gold II - Black and White

 

Setlist Shellac (approximative): Squirrel Song - Riding Bikes - You Came in Me - My Black Ass – Compliant - Steady as She Goes – Killers - All the Surveyors - Dude Incredible - Prayer to God - dog and pony show - Wingwalker - The End of Radio - Crow

 

PhotosTinals (Prune Phi)Roberto Gil - Moi - Internet ...

 

Comme promis, les photos de Laura et Laura (dans l'ordre):

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QUETZAL SNAKES:

 

 

NOTS:

 

METZ:

 

PARQUET COURTS:

 

GIRL BAND:

 

SHELLAC: