Blinking Lights (and other revelations)

02 décembre 2019

Black French Day: FRUSTRATION, Harold MARTINEZ, L'EPEE, the PSYCHOTIC MONKS

 

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FRUSTRATION - So Cold Dreams

 

En 2016, Frustration sortait l’album Empires of Shame… que je n’ai quasiment jamais écouté après l’avoir acheté. Certes les compositions étaient pour la plupart un peu moins efficaces que sur la discographie le précédant, élément important tant les Parisiens ont fondé leur succès sur des tubes punks immédiats, mais l’ensemble était loin d’être mauvais et méritait certainement mieux que de tomber rapidement dans les oubliettes de ma mémoire, ce que n’ont toujours pas fait les vivaces Relax et Uncivilized. Simplement, malgré ses qualités, Empires of Shame semblait ne rien ajouter à l’histoire et marquer Frustration du sceau des vieux groupes dont on privilégierait dorénavant les épiques prestations scéniques plutôt que les redites studio. Dans ce contexte, j’avais donc prévu d’ignorer So Cold Dreams, mais je ne sais quel désœuvrement ou inspiration m’y fit gouter du bout des oreilles. C’est peu dire que l’accroche fut aussi énorme qu’inattendue. 

Après deux titres s’appuyant chacun sur un savoir-faire habituel (« Insane », pour le coté industriel martial et « Pulse » pour le post punk classique), la première surprise vient de « Slave Markets », morceau plus mélancolique, où le tempo ralenti associé à des sonorités décalées (clavier retro, oud) amène une émotion nouvelle. Frustration nous refait le coup sur le tout aussi réussi « Lil’ White Sister », où c’est la guitare mélodique et surtout le chant aux accents romantiques qui viennent bousculer les codes établis du groupe. Les textes en français constituent une autre prise de risque, même si elle est remarquablement calculée avec  les deux chansons concernées qui en deviennent encore plus marquantes. Frustration accentue ainsi la tension mise en place par le chant dément de « Brume », et ose en conclusion « Le Grand Soir », aussi violente que dansante. L’effet positif supplémentaire de ces nouveautés, c’est de mettre en relief les titres au style plus attendu, là où ils se noyaient dans un album précédent monochrome, et ce d’autant plus qu’ils sont extrêmement percutants. Le pur punk « When Does A Banknote Start to Burn ? » ou « Pepper Spray » et sa classique irruption de guitare sur les refrains viennent rappeler aux quelques prétendants crédibles qui est le véritable patron du genre en France. Porté par un bassiste et un chanteur en état de grâce,  So Cold Dreams fait mieux que brillamment réhabiliter Frustration dans ma discothèque, il vient à point pour me rassurer et montrer que si j’ai été déçu par bon nombre de groupes confirmés cette année, c’est du bien plus à un certain manque d’ambition de leur part qu’à la lassitude d’un vieux briscard du rock. Et par là même s’incruster parmi les meilleures sorties de 2019.

 

 

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 Harold MARTINEZ - the Grim Reaper

 

Avec Dead Man, Harold Martinez avait espéré conclure un chapitre douloureux de son existence et envisageait d’autres horizons artistiques pour la suite. Hélas, c’était sans compter la Grande Faucheuse, visiblement décidée à s’acharner sur son entourage. Michel Garcia, ingénieur du son et indispensable appui lors des deux enregistrements précédents, décédait en Mai 2016. Après un temps de réflexion, le duo Harold/Fabien remisait tout le travail déjà effectué et repartait à zéro pour un nouveau disque endeuillé en hommage à leur ami. Ainsi the Grim Reaper marche –t-il sur les traces du bouleversant Birdmum, enchainant des titres à forte teneur acoustique au chant plaintif et à l’ambiance désolée. Cela peut sembler redondant par moments, mais plusieurs éléments viennent consacrer ce troisième album d’une trilogie forcée comme une indéniable réussite. Il y a la puissance de ce blues entêtant et sa marche rythmique implacable (« Outlaws »), la sincérité du propos (intense « Deathblow »), l’expérience du duo qui synthétise toutes les qualités développés en studio mais aussi lors de tournées marquantes (« Burn War Party »), et les subtils arrangements disséminés sur certains morceaux qui viennent apporter des couleurs nouvelles au blues rock ancestral de the Grim Reaper. Il faut souligner ici le très beau travail de Fabien Tolosa, habitué à sublimer les compositions d’Harold Martinez de son jeu de batterie précis et chamanique, qui fait honneur à Michel Garcia avec une production soignée. « the Grim Ripper » évoque plus que jamais Nick Cave et « Rusty Chains », dont il signe exceptionnellement la musique, s’aventure vers des rivages électroniques ombrageux concluant le disque de manière aussi originale que fascinante. On souhaite dès lors à Harold de suivre une nouvelle fois la piste qu’il a choisi, de continuer à jouer au cow boy solitaire luttant dans un monde hostile. Pour le fun, cette fois.

 

 

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L’EPEE - Diabolique

 

Shadow People, sorti en 2017, a été une belle réussite devant beaucoup à la rencontre des Liminanas et d’Anton Newcombe, leader de the Brian Jonestown Massacre, très impliqué dans l’album du couple français. Pour prolonger le plaisir, le trio a recruté Emmanuelle Seigner (qui faisait un featuring sur le titre « Shadow people ») au chant, et publie cette année un disque sous le nom L’Epée. Sans surprise, l’esprit de Diabolique est très proche de Shadow People, avec des accords ou riffs psychédéliques répétés en boucle et un savoir-faire dans la production qui rend l’ensemble attrayant.  Le premier titre « Une Lune étrange » fonctionne très bien, la voix évanescente de Seigner n’étant pas rédhibitoire comme craint initialement. Si les textes en français sont assez faiblards, ils n’handicapent pas dans un premier temps des compositions se teintant de touches yéyé amusantes (« Dreams ») et permettent même parfois de pénétrer plus encore l’univers décalé du groupe, comme sur l’improbable histoire de « La Brigade des Maléfices » qui m‘a un peu évoqué ma chronique hallucinée. Cependant, plus les titres défilent et plus leur ressemblance autant que leur simplicité finissent par lâcher un auditeur cédant progressivement au ronronnement de ce qui ressemble furieusement à des chutes de studio du précédent album. Malgré un  « Last Picture Show » final un peu plus énervé qui nous sort de la torpeur générale,  la construction paresseuse de Diabolique (symbolisé par le vide abyssal du titre « Springfield 61 ») condamne ce sympathique projet à rester dans l’ombre de Shadow People et à s’user prématurément après quelques écoutes.

 

 

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the PSYCHOTIC MONKS - Private Meaning First

 

Avec Private Meaning First, the Psychotic Monks propose un album de post punk noisy original dans la lignée du Laurent d’It It Anita, même si quelques longueurs l’empêchent d’atteindre le niveau de cette référence de l’année dernière. Qu’importe, en préférant à la virtuosité ou au tempo frénétique la mise en place d’une ambiance sombre et désespérée, comme si le fantôme de Radiohead tourmentait Protomartyr (« Minor Division »), le groupe parisien se démarque nettement d’une scène fort encombrée ces dernières années. Les chansons avancent telles des zombies (« Emotional Disease »), le pas pesant des guitares et basses minimalistes transpirant une menace sourde qui explose en dissonances noisy, voire en brutalité  aussi soudaine qu’attendue (« Closure »). Le son est sale, le chant lugubre et inquiétant, la joie absente et l’espérance définitivement enterrée par un morceau final de 15 minutes aussi intense que plombant. Noir mais brillant.

 

 


25 novembre 2019

# 103 / 221

103

 

Vraiment bizarre, la présence de ces deux Compilations sur ces cassettes. Du genre de celles qu’on avait gratos quand on s’inscrivait sur des sites de ventes de CDs qui, moyennant un lot assez important de commande sur leur catalogue, permettait éventuellement de faire quelques économies. Je n’avais retenu que 4 titres sur 18 dans la compilation Ciné Fun, et 8 sur une soixantaine sur la compilation Terra Musica. Pour changer, j’ai joué au Blind Test en réécoutant cette cassette.

 

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Coté ciné, pas trop de problèmes, entre Pulp Fiction, Beetle Juice et « la Carioca » de la Cité de la Peur, que des films que j’ai vu et apprécié, et dont les musiques sont aujourd’hui culte. Plus surprenant,  j’ai beaucoup aimé « Hold me, Thrill me, Kiss me, Kill me », chanson de U2 que j’ai reconnue mais dont j’avais oublié le très bon riff de guitare sur le refrain. Etonnant que ce ne soit pas devenu un plus grand classique diffusé en boucle à la radio, à l’instar de tant de tubes du groupe Irlandais. Quant au film qu’il illustre, Batman Forever, il n’est pas très apprécié des amateurs du chevalier noir, mais ce n’est rien à côté de son successeur, Batman et Robin, considéré comme une des pires bouses des 90’s, et dont la chanson titre sera confiée… aux Smashing Pumpkins.

 

 

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Niveau classique, et malgré des extraits sélectionnés parmi les plus entendus par le grand public, je n’ai reconnu qu’une grosse moitié des morceaux. Le plus facile fut « Hall of the Mountain King » tiré des suites de Peer Gynt d’Edvard Grieg, que j’avais découvert avec une version démente des Who, et qui devint une de mes œuvres favorites. « L’Ode à la Joie » de Beethoven et « le Vol du Bourdon » de Rimsky-Korsakov étaient assez évidents, et je su identifier une suite pour violoncelle de Bach dans le dernier extrait (mais laquelle ?). Enfin il me fallut un bon moment pour reconnaitre « l’ouverture de Carmen », sans pour autant la nommer ni son auteur, Bizet.

Au rayon des échecs, une pièce de piano absolument magnifique qui se révéla être la « Sonate au Clair de Lune » de Beethoven, et, un peu plus excusable, une mélodie arabisante m’évoquant une caravane progressant dans le désert (« la Danse du Feu » de Manuel de Falla) et un morceau m’évoquant les éléments déchainés, tempête, vent et pluie (un extrait des « Danses Polovtsiennes » de Borodine).

 

 

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Après cet intermède, reprenons nos esprits avec la fin du Pinups de David Bowie. On l’a vu épisode précédent, j’avais été assez déçu en redécouvrant ce que Bowie avait fait (ou plutôt n’avait pas fait) du « I Can’t Explain » des Who, et bien autant dire que l’entrée en matière du jour m’a plus que refroidie. Je rêve ou Bowie chante complètement faux sur « Friday on my Mind » ? Alors je ne sais pas si les mecs des Easybeats sont assez connus pour s’en foutre, mais avoir l’honneur d’être repris par Bowie et découvrir ce massacre, ça a dû leur foutre un peu les boules… Fort heureusement, la deuxième reprise des Who, « Anyway, Anyhow, Anywhere », est à la hauteur de l’originale (merci Aynsley Dunbar à la batterie), de même que le casse gueule « Port of Amsterdam » dont Bowie, seul avec sa gratte acoustique, s’empare avec le talent qu’on lui connait. Reste que ce Pinups semble une agréable récréation dans une discographie 70’s impeccable, et qu’il est bien descendu dans mon estime suite à cette réécoute.

 

 

 

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Si j’ai pu surévaluer un disque par un embellissement virtuel dans ma mémoire au fil des années, il a pu m’arriver de me tromper dans l’autre sens. J’ai ainsi longtemps cru que the Serpent’s Egg était un disque mineur dans la discographie de Dead Can Dance, car il apparaissait dans ma liste que je n’avais retenu que 4 titres sur  les 10 qu’il contient. En fait, si on prend en compte ceux que j’avais enregistrés précédemment de la compilation A Passage in Time (épisode 090), c’est presque l’intégralité de l’album qui avait trouvé grâce à mes oreilles. Difficile d’en juger sur une écoute aussi morcelée, mais il parait évident que the Serpent’s Egg est en fait un disque majeur pour qui apprécie le duo anglais. Les deux premiers extraits présents sur cette cassette mettent à l’honneur le chant de Lisa Gerrard sur des nappes de claviers ou des notes de tympanon minimaliste. Très beau évidemment, mais je préfère toujours quand les voix de Lisa Gerrard et Brendan Perry se mêlent, comme sur ce splendide (et malheureusement très court) « Echolalia », qui laisse place aux percussions envoutantes de « Mother Tongue ». Un passage aussi bref qu’agréable dans l’univers particulier de Dead Can Dance, qui donne envie de redécouvrir la suite de leur aventure. Cela se fera, mais dans bien longtemps…

 

 

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Mes retrouvailles avec Mark Eitzel en épisode 100 ne m’avaient pas emballé, aussi n’étais-je pas pressé de réécouter ce Caught in a trap and i can't back out cause i love you too much, baby malgré un taux d’enregistrement conséquent (8 titres sur 11 répartis sur cette cassette et la suivante). Et pourtant, j’ai été assez séduit par les extraits proposés ici : Mark Eitzel épure complètement sa production, ne laissant qu’une formule guitare / chant bienvenue. L’intérêt va crescendo, et « Auctioneer’s Song » ou « If i had a Gun » le placeraient presque dans la lignée des grands songwriter folk de l’époque (1), n’eut été une voix que je trouve assez neutre et peu émouvante (ceci étant bien sur extrêmement subjectif). Le dernier titre ici présenté, « Queen of No One », le voit revenir à un enregistrement en groupe, et quel groupe : James McNew (Yo La Tengo) à la basse, Steve Shelley à la batterie et King Congo Powers à la guitare ! Hélas, le charme se rompt instantanément, et à l’image du précédent album chroniqué, l’apport d’une rythmique plus soutenue a tendance à entrainer Mark Eitzel vers de la pop fadasse. Nous verrons si c’est encore le cas sur les trois morceaux suivants au prochain épisode…

 

(1)    On reste malgré tout assez loin du I See a Darkness de Bonnie Prince Billy sorti la même année (1998), chef d’œuvre dont je n’apprendrais l’existence que loooooongtemps après l’enregistrement de ces cassettes… 

 

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18 novembre 2019

# 102 / 221

 

102

 

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Allez, courage, on va se la faire cette cassette 102 ! On poursuit le Follow the Leader de Korn entamé épisode précédent, un bon gros rock indus pour commencer, et puis cette ritournelle enfantine doublé d’un drone menaçant dont je me rappelais vaguement. « Dead Bodies Everywhere » (titre marquant s’il en est) explose ensuite de toute sa puissance, un mot qui convient bien à l’ensemble du disque, entrecoupé de vague moments flottants et groovy. J’avoue, après j’ai décroché, ce qui est chiant avec les cassettes car tu ne sais plus du tout quel morceau tu écoutes. Dans cette succession de gros riffs d’accords de puissance (toujours), j’ai fini par me raccrocher à un titre avec une intro à la cornemuse. Bon sang mais c’est bien sûr, j’avais vu ça aux Eurockéennes en 2004 ! Un concert qui m’avait plu je crois, mais qui ne m’a pas plus marqué que cet album. A la rigueur le titre que j’ai préféré c’est le remixe « All in my Family – Sowing the Beats Mix », tant cette  version electro a moins vieillit que le reste.

 

 

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Vous me connaissez, j’ai un album de Manowar parmi mes disques fétiches, je suis allé voir WASP en concert il n’y a pas si longtemps, j’ai défendu les Who dans leurs pires errements 80’s, j’ai même été jusqu’à tenter de réhabiliter Queen en ces pages. Mais Angra, mon Dieu, comment dire : c’est comme s’ils avaient pris tous les défauts de mes groupes les moins recommandables sans en avoir la moindre qualité. Je ne sais pourquoi j’avais emprunté ce Holy Land, pour faire plaisir à un pote musicien de l’école d’ingé avec qui j’avais refait le monde entre deux pintes, ou juste parce que la pochette représente une carte ancienne et que le titre promettait un sympathique concept album ? Qu’importe, aucune excuse car j’enregistrais le disque dans sa quasi intégralité, ce qui aujourd’hui me laisse pantois. Les deux premières minutes font pourtant un bien fou après le déluge agressif de Korn, et pour cause : « Crossing » est l’enregistrement d’un chœur interprétant un morceau de Da Palestrina (compositeur Italien de la Renaissance) sur des bruits de jungle assez discrets : très beau. La suite tient dans ces deux mots : Metal Symphonique. On ne sait qui du chant ou des claviers sont le plus affreux (quand on pense que certains estiment qu’Axl Rose chante faux…), le tout sur un lit de guitare au son tout riquiqui. Europe semble le sommet de la modernité et du bon gout en comparaison… Chaque piste creuse plus profond que la précédente, jusqu’à atteindre le ridicule de certains génériques de dessin animé. Evidemment, le disque bonus présentant des titres enregistrés en live acoustique ne pouvait  pas redresser la barre. C’est pire que nos craintes puisqu’un accordéon accompagne « Angels Cry », intégrant dans son prog un passage en parodie de flamenco et un autre carrément musette. Affreux ! Le supplice se termine par une petite chanson traditionnelle brésilienne (patrie d’origine du groupe), pas mon truc mais déjà beaucoup plus audible que le reste : il y en a qui ont loupé leur vocation….

Pour conclure, ce qui est quand même rassurant c’est qu’on ne m’y reprendra plus : on ne retrouvera aucun autre album d’Angra (ou de Korn d’ailleurs) dans ces cassettes.

 

 

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Bon, on se remet de nos émotions avec un disque de David Bowie. Ok Pinups c’est pas le meilleur et c’est que des reprises, mais on parle quand même du Bowie du début des 70’s, celui de Ziggy Stardust et Aladdin Sane. On commence par deux sympathiques Rock N Roll des familles, avant d’attaquer l’attendu « I Can’t Explain » des Who. Las, en faire un truc ramollo bourré de saxo, pas bien David ! j’espère que tu te rattraperas avec « Anyway, anyhow, anywhere » cassette suivante…

 

 

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12 novembre 2019

ACID MOTHERS TEMPLE - Mercredi 6 Novembre 2019 - Le Sonic - LYON

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Lui : Bonjour, vous avez trouvé facilement ?

Moi : bah un peu la même soirée que la semaine dernière : le temps de coucher les gosses, je me pointe au Sonic au milieu de la première partie. C’était pas Savarin cette fois, mais un gars qui triturait sa platine pour un résultat sonore à mi-chemin entre la gare de triage et l’aéroport.  Assez inaccessible comme  musique, du coup j’ai pris une pinte.

Lui : bon, je vous propose de commencer par me décrire un peu votre parcours…

Moi : alors Acid Mothers Temple j’ai découvert dans cette même salle l’année dernière, un concert que j’avais adoré. Depuis j’ai pas mal écouté l’enregistrement live que j’avais acquis à cette occasion, mais pas les innombrables publications du groupe. J’étais quand même en terrain connu : le line-up n’a pas changé, avec toujours l’improbable chanteur ménestrel à gauche, l’hallucinante paire rythmique en retrait, le claviériste aux allures de vieux sage au centre et Kawabata Makoto, le Jimmy Page japonais, à droite de la scène.

Lui : justement, est ce que vous avez de l’expérience en management d’équipe ?

Moi : c’est-à-dire qu’entre Fred qui a attendu que le concert soit complet pour avoir envie d’y aller, et Maxime qui s’est trompé d’un mois dans la date, mes potes sont quand même des quichouilles de la place. Du coup j’étais encore tout seul, ce qui est vraiment dommage pour ce type de concert.

Lui : dites m’en plus sur cette expérience précisément

Moi : ben j’étais tout devant, le concert était complet mais ça s’agglutinait plutôt derrière, moi j’avais de la place. Par contre pour les photos j’étais pas super bien positionné, j’ai désespérément tenté de prendre les incroyables santiags en croco du guitariste leader, mais à chaque fois il changeait de pédale et ça foirait.

Lui : et que pensez-vous du poste que nous proposons ?

Moi : alors heureusement que j’avais demandé des bouchons d’oreille parce que ça jouait encore une fois ultra fort et saturé. Enfin, il y a bien eu un passage psyche acoustique tenu par le menestrel (« Sycamore Tress »), et même une chanson a capella, mais c’était pas le plus convaincant. J’ai préféré les parties que j’avais déjà eu l’année dernière, le discoïde « Pink Lady Lemonade » (mais en version plus courte) et le classique final « Cometary Orbital Drive ». Et j’ai eu la très bonne surprise d’avoir droit à « Flying Teapot », reprise d’un morceau de Gong que j’adore et qu’ils avaient zappé la fois précédente.

Lui : bien bien, et sinon vous faites du sport ?

Moi : du Satoshima Nani, à un niveau amateur évidemment. C’est incroyable l’énergie qu’il déploie, c’est un marathon du roulement de caisse claire. Bon, à force d’en tartiner de partout il en met un peu à côté,  mais il peut s’appuyer sur le bassiste hyper solide qui, nonchalamment, tient la baraque dans l’orgie sonore des Acid Mothers Temple. Fascinant groupe à regarder autant qu’à écouter…

Lui : et quelles sont vos prétentions salariales ?

Moi : Comme un con j’avais oublié de retirer du liquide, du coup j’ai pas pu prendre de vinyle, j’avais juste assez pour me payer un nouveau CD live fait main vendu au merchandising par le groupe, toujours aussi cordial. Comme j’étais tout seul, j’ai pas osé me joindre aux spectateurs qui demandaient des photos, ça aurait pu être marrant…

Lui : ok, ben on va réfléchir et on vous recontacte

Moi : de mon côté, It It Anita passe dans le coin bientôt, ça me tente assez d’y aller... 

 

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Setlist : Dark Star Blues / Chinese Flying Saucer - La Novia - Sycamore Trees - Disco Pink Lady Lemonade / Black Summer Song / Pink Lady Lemonade coda - Flying Teapot - Cometary Orbital Drive

 

PS : désolé pour ce compte rendu bizarre mais j’ai enchainé un entretien d’embauche avec ce concert, ça m’a fait comme un choc et j’ai tout mélangé…

 

 

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04 novembre 2019

# 101 / 221

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Franchement, je ne regrette pas d’être venu à la musique un peu plus tardivement que certains potes. Car s’il y a sans doute beaucoup à redire sur le guitar hero que je m’étais choisi (Slash), songez que quelques années plus tôt il y aurait eu des risques que je m’entiche de Mark Knopfler. Et j’aurais alors eu toutes les peines du monde à défendre ce live de Dire Straits qui à la réécoute cumule un nombre incalculable de défauts. Rock N’ Roll FM pompeux dont même le piano sonne daté (un cas sans doute unique pour moi), le très célèbre Alchemy est l’illustration typique d’un bon rocker se prenant soudainement pour un compositeur classique, et basculant dans un rock progressif bien propret dont les bonnes idées sont diluées sur des chansons interminables. On pourra légitimement regretter que même l’irrésistible tube « Sultans of Swing » s’enfle jusqu’à atteindre 11 minutes, mais j’avoue compter dans les solos ajoutés à la version live certains de mes passages préférés à la guitare (et je m’aperçois aujourd’hui que le batteur, éclipsé comme les autres par son omniprésent leader, est très bon aussi). Loin d’être allergique  à Dire Straits ni au rock progressif, puisque je sauve du marasme un « Private Investigations » à la jolie sobriété interrompue assez lourdement en son milieu par quelques explosions électriques, je préfèrerais me rabattre à l’avenir sur les premiers disques studio (ou mieux, un best of) plutôt que sur cet Alchemy possédé de longue date en vinyle, mais - on s’en doutait – reposant depuis des lustres dans sa pochette…

 

 

 

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J’étais curieux de réécouter There is Nothing Left to Lose, troisième album des Foo Fighters, après l’éponyme et the Colour and the Shape que j’avais enregistrés intégralement. Sur le papier, celui-ci avait fait moins mouche, avec 7 morceaux sur 11 retenus, mais que pouvaient valoir ces derniers, je ne m’en souvenais absolument plus. Le premier titre, « Stacked Actors », annonce parfaitement la couleur : l’intro est brutale, avec une batterie très lourde qu’on retrouvera pour les refrains, alors que les couplets sont calmes et groovy. On reconnait les différentes facettes du groupe de Dave Grohl, mais avec un surplus de complexité dans la composition, et l’impression qu’on ne sait jamais comment la chanson va évoluer. Parfois on reste sur le gros rock efficace dans la lignée des tubes des albums précédents (« Breakout »), parfois l’on enchaine son bourrin (« Live in Skin ») et sympathique ballade à la guitare légère (« Next Year »). Foo Fighters aime aussi mélanger ces ambiances comme sur un étonnant « Generator » où son plutôt festif côtoie chant tristounet (j’aime toujours autant la voix de Dave Grohl, à l’aise quel que soit le registre). Si l’on reste globalement en territoire connu, quelques touches originales viennent compléter un tableau bien catchy, comme ces reflets Beatlesiens captés dans les recoins de certaines compos, où les différentes parties d’un long « Aurora » qui m’a évoqué Yo La Tengo par moments. There is Nothing Left to Lose entame –t-il un certain déclin, 4 ans après les débuts tonitruants du batteur de Nirvana en solo ? Pas sur cette cassette, mais il faudrait écouter l’album en entier pour en avoir le cœur net.

 

 

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Si j’étais trop jeune pour Dire Straits, j’étais sans doute trop vieux pour Korn. Parmi mes potes de l’école, il y en avait pourtant beaucoup qui écoutaient (pas étonnant, vu leur succès à la fin des 90’s), et certains même qui fondaient des groupes très inspirés par leur musique. J’ai échappé à la mode, sans doute parce que j’étais déjà bien occupé avec le Rock Alternatif et le Rock indé. Si j’ai finalement emprunté ce Follow the Leader, c’est je crois uniquement parce que sa pochette me fascinait. Et ce sera d’ailleurs le seul disque de Korn présent en cette rubrique, et le seul que j’ai écouté. Je ne m’en souvenais bien sûr plus du tout, et j’avais quelques craintes en lançant ces deux titres (le reste est sur la cassette suivante). Du Nu Metal, du Funk Metal, ça m’a l’air d’un truc bien naze ! Et bien non, en tout cas sur ces deux titres je suis en terrain tellement connu que le riff de « Freak on A Leash » est quasiment le même que « Hummer » des Smashing Pumpkins… On a ici un mélange habile de la lourdeur grunge d’Alice in Chains avec l’indus abordable de Nine Inch Nails et des accents malsains entendus chez Marilyn Manson. Bref, on est en 1998 et ca m’a bien plu. Attendons de voir la suite…

 

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29 octobre 2019

AGENT SIDE GRINDER - Lundi 28 Octobre 2019 - Le Sonic - LYON

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C’était le temps où Le Golb parlait beaucoup de musique, et le faisait à sa manière, c’est-à-dire mieux que les autres. Ainsi avais-je découvert au détour d’un classement annuel il y a une petite dizaine d’années l’album Irish Recording Tape, des suédois d’Agent Side Grinder. Un disque de Post Punk bien glacial que je réécoute de temps en temps sans m’en lasser, ce qui fait que je n’ai pas éprouvé le besoin de suivre la suite de leur discographie, trois albums dont un dernier né cette année (A/X, dont pas mal d’extraits composaient logiquement la setlist de la soirée). Après avoir manqué plusieurs concerts intéressants en raison de mes multiples activités, je décidais de ne pas laisser passer celui-ci malgré ma faible connaissance du groupe et la pluie glauque qui tombait sur Lyon. S’arracher à la tranquillité de l’appartement déserté par la petite famille pour cette semaine de vacances ne fut cependant pas chose facile, aussi arrivais-je assez tardivement au Sonic, en fin de set de la première partie. Pas grave puisqu’il s’agit de Savarin,  qui semble un habitué des lieux puisque je l’avais déjà vu l’année dernière avant Acid Mother Temple pour un set relativement similaire, du moins sur la partie que j’en ai entendue. Cela dit l’ambiance de ses compos electros est particulièrement raccord avec la tête d’affiche et permet de se mettre tranquillement dans l’ambiance.

 

Ils sont trois, dont un beau gosse, ils viennent d’un pays nordique, mais ce n’est pas A-ha : ils sont beaucoup moins rock. Trêve de plaisanterie, je m’attendais à un concert assez brutal dans un registre indus, mais ce sera plutôt une soirée new wave /electro conviviale. Si les boites à rythmes conservent un coté froid et mécanique, les mélodies de claviers adoucissent considérablement le propos, colorant les compositions de touches quasi pop par moments. Le public est assez clairsemé, mais Emanuel Astrom, le nouveau chanteur au look garage rock, trouve que c’est merveilleux pour un lundi soir. A sa droite, Peter Fristedt alterne entre un synthé et un magnétophone à bande qu’il manipule avec précaution pour des sons samplés originaux, tandis que de l’autre côté Johan Lange s’occupe des secondes voix en plus de ses claviers. A plusieurs reprises, il utilisera aussi l’un des instruments de percussion les plus singuliers que j’aie pu voir, un grand ressort suspendu au plafond dont il tire des sonorités electro futuriste en le frappant ou frottant avec des baguettes de batterie. Emanuel Astrom s’emploie à motiver la fosse qui s’échauffe progressivement, l’ambiance est bon enfant et je me prête au jeu avec d’autant plus de plaisir que je me retrouve à danser entouré de filles, ce qui ne m’est pas arrivé souvent. Les chansons sont bonnes à défaut d’être extraordinaires, et je suis content de reconnaitre « Life in Advance », unique extrait de Irish Recording Tape, même si j’eu préféré « Eyes of the Old ». Juste avant la fin du set, Agent Side Grinder franchira la barre du chiant avec un morceau trop guimauve, mais reviendra fort heureusement pour deux titres de haute volée en rappel, dont « Allisin Sane (No. 2) » issu de A/X (que le concert m’a donné envie d’écouter). N’ayant trouvé personne de connu sur la péniche à ma grande surprise (mais où sont donc les potes férus d’électro ?), je ne prolonge pas plus une soirée rendue agréable par l’attitude du groupe et des compos solides, mais qui ne restera pas forcément gravée dans ma mémoire.

 

Setlist approximative mais crédible tiré d'un concert de Janvier:  In From The Cold - Life in Advance - Mag 7 - Inner Noises - Giants Fall – Doppelgänger - This Is Us - Stripdown - Wolf Hour // Allisin Sane (No. 2) - ? 

 

 

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21 octobre 2019

Roulette Russe: PIXIES, Ezra FURMAN, L7, SAVAGE MANSION, Iggy POP, MICROWAVE

Parce qu'il est un peu facile de bruler ses idoles, je me suis employé à trouver quelques plus ou moins jeunes pousses prometteuses dont les disques rendent hommages aux anciens tout en rachetant leurs errements actuels. En espérant amener un peu de neuf pour mon fidèle lectorat en une année 2019 pas vraiment folichonne à mes oreilles.

 

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PIXIES - Beneath the Eyrie

 

Salauds de Pixies, avec toute l’énergie que j’ai dépensé pour défendre Indie Cindy contre les acharnés passéistes, voilà qu’ils finissent par pondre un album se confortant en tous points à leurs critiques d’alors !  Qu’on ne m’en veuille pas si, contrairement à Head Carrier où je m’étais concentré sur le verre à moitié plein, je me focalise ici sur le verre aux trois quarts vide. A force de diluer les Pixies dans des litres de soupe, le principe actif a quasiment disparu de la formule sur Beneath the Eyrie. C’est pas grave, l’effet est psychologique, et du moment que c’est marqué sur la boite cela agira sur une bonne frange du public nostalgique. Le comble étant que ce même public n’a jamais porté une oreille sur la discographie solo de Frank Black, pourtant bien souvent supérieure à cette dernière production, qu’on placerait entre Honeycomb et Bluefinger. 

 

 

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Ezra FURMAN - Twelve Nudes 

 

La discographie d’Ezra Furman, en groupe ou en solo, est déjà importante (une dizaine de disques depuis 2007), mais c’est avec ce Twelve Nudes que je le découvre, une des rares découvertes enthousiasmantes de 2019 d’ailleurs. Rien de tel que cet album direct et sans complexes pour retrouver le brin de folie aujourd’hui disparu chez nos ex-idoles ci-dessus amicalement égratignées. Ezra Furman et sa bande prennent un malin plaisir à dénaturer à coup de chant éraillé et de guitares abrasives tout un pan du rock allant de la ballade folk au punk hardcore, en passant par du rock n’roll débridé ou du garage évoquant la bonne époque des débuts de Ty Segall. Tout ceci est fait avec un talent qui dénote une très solide culture musicale derrière des brulots volontairement caricaturaux, mais c’est finalement dans les power-pop qu’on trouve les sommets de Twelve Nudes, avec les titres « Thermometer »  et « My Teeth Hurt » aux mélodies imparables. Une réjouissante surprise qui rappelle celle de la sortie du premier Clap Your Hands Say Yeah, et qui donne envie de découvrir le reste de la discographie de l’américain (mais en aura-t-on le temps ?) ou, encore mieux, de le voir sur scène. 

 

 

 

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L7 - Scatter the Rats

 

On l’a vu à de nombreuses reprises (notamment dans la rubrique Tape Story), 20 ans correspondent à un cycle qui en musique voit le retour de modes, de styles, de groupes ravivant la nostalgie de quarantenaires endormis. Parmi ces retours aux affaires pas toujours judicieux, celui de L7 (surtout avec le come-back de Jennifer Finch) ne pouvait que ravir votre serviteur, qui a souvent étalé son admiration pour ces nanas rebelles en ces pages. Hélas, l’accumulation de titres aux riffs gras et pesants ne parvient pas à faire décoller ce Scatter the Rats au niveau des brulots de jeunesse du virulent quatuor, à l’exception d’un « Stadium West » relevé ravivant les flammes de Bricks are Heavy. Certes rien n’est vraiment raté sur ce disque qui tient aisément le rang par rapport à leurs dernières productions (il y a 20 ans, donc), notamment avec un dernier tiers plus varié qui voit même le groupe proposer un titres quasi pop rafraichissant (« Holding Pattern »), mais Scatter the Rats reste d’un intérêt limité. Si au moins leurs tournées de reformation s’arrêtaient près de Lyon, que je puisse voir enfin les rageuses disperser les Rats à coup de bottes cloutées et de décharges saturées…

 

 

 

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SAVAGE MANSION - Revision Ballads

 

Bon, c’est vrai que Savage Mansion s’inspire fortement de Parquet Courts, dans la nonchalance (« No Flags ») comme dans le rock garage débridé, frisant le plagiat par moments (« Honeymoon »). Mais ce n’est pas pour me déplaire, alors que le passage à la maturité du groupe d’Andrew Savage m’a un peu laissé de côté malgré sa qualité. Autre imitation réussie (et Malkmus sait que beaucoup s’y sont cassé les dents), celle des ancêtres de ce rock déjanté et faussement brouillon, Pavement (« Three and a Half Thousand Cheetahs », « Uncomfortable Slumber »), avec chant approximatif et mélodies entêtantes de rigueur. Bref, Revision Ballads compense largement son manque de personnalité par des compos inspirées qui donnent envie d’y revenir.

 

 

 

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Iggy POP - Free

 

Iggy Pop ose tout, ce qui est  plutôt honorable. Iggy Pop est libre, il le clame haut et fort, et personne ne lui interdira de  mettre de la trompette sur du Interpol (« Loves Missing »). Personne ne l’empêchera non plus de pondre des chansons dont la pauvreté des paroles n’a d’égale que la répétitivité musicale (« James Bond »). Iggy Pop ose danser la carioca (« Dirty Sanchez »), Iggy Pop tente de ressembler à Leonard Cohen, mais ressemble surtout à un gars qui s’est reconverti en conteur pour enfants, comme Marlène Jobert (toute la fin du disque). Iggy Pop ose tout, c’est à ça qu’on le reconnait.

 

 

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MICROWAVE - Death is a Warm Blanket

 

Les débuts acoustiques de « Leather Daddy » ne sont qu’un prélude trompeur avant une explosion noise et des hurlements primaires rappelant les agressions caractérisées subits par mes oreilles dans les années 90.  L’introduction est à l’image d’un album dont les contre-pieds sont l’un des principaux atouts, et tant pis si cela nous amène aux frontières du bon gout, ravivant l’époque des bâtards du grunge, Silverchair ou Muse en tête. La violence quasi hardcore de certains passages rachètera largement le coté emo (pour les allergiques) de compos plus mélodiques, quoique gardant toujours une base saturée  menaçante au fond de la salle.  Etant aussi amateur de Nine Inch Nails que de Sunny Day Real Estate, rien ne me rebute sur ce Death is a Warm Blanket, sauf peut-être ses deux dernières tentatives plus sages. Pour avoir une idée du bordel stylistique, une écoute du titre « The Brakeman Has Resigned » devrait suffire. 

 

 

14 octobre 2019

Hors Série #06 - Love Tape 2

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Que s’échangent aujourd’hui les jeunes amants, des playlists ? Quelle tristesse ! Les playlists s’envolent, les cassettes restent, et c’est ce qui me permet aujourd’hui, après avoir chroniqué Episode précédent la Love Tape que j’avais donné à Mélaine, de faire un bond dans le passé en réécoutant celle qu’elle m’avait donné en retour. La première constatation, c’est qu’il n’y a absolument rien en commun dans nos cassettes, voire qu’on aurait difficilement pu faire plus différent. Qui ne se ressemble pas s’assemble, c’est un peu une loi biologique, et si avec le temps nous avons bâtis quelques ponts culturels nous explorons habituellement chacun des rives assez éloignées. Pour résumer grossièrement, que ce soit pour le cinéma, la littérature ou la musique, je suis plus attiré par l’imaginaire et la mélancolie, Mélaine par la vie et le réalisme. Et qui dit réalisme dit chanson réaliste, et donc, au moment où l’on s’est rencontré, ce qu’on appelait Nouvelle Scène Française : soit le cauchemar de tout fan de rock indé snobinard. Si évidemment j’ai des préférences parmi les groupes de ce style, je ne suis jamais devenu amateur de l’un d’entre eux, à l’exception notable (mais en fait-il partie ?) de Yann Tiersen que Mélaine m’avait fait découvrir mais qui n’apparait pas sur cette cassette (elle m’avait enregistré Rue des Cascades et Le Phare sur une autre qui a tourné en boucle avant que je n’achète les CDs). Le chant théâtral, les textes militants, la guitare en mode jazz manouche (dont j’admire la technique mais qui me lasse très vite), sont autant de points communs à ces formations qui m’empêchent d’être touché par leur musique. Mais ce qui vaut pour les enregistrements studio ne vaut pas forcément pour la scène, et pour avoir vu beaucoup de ces groupes en live, j’ai souvent passé d’excellentes soirées en leur compagnie. Leur côté festif passe beaucoup mieux entouré de copains, tenant d’une main celle de sa copine et de l’autre une bonne bière, dans cette joyeuse ambiance de chapiteau ou de guinguette que Mélaine aime particulièrement.

 

  

Car s’il y a bien quelque chose qui énerve aujourd’hui ma chérie, c’est de passer pour la sage maman d’un couple dont je serais l’effronté trublion. Rappelons qu’à l’origine, j’étais un être coincé dans une tenue tradi dont je commençais à peine à m’extirper tant bien que mal, et que Mélaine fut le principal catalyseur d’une mue entamée au début de mes études supérieures. Ainsi, involontairement (je crois…), ma nouvelle bonne amie avait particulièrement chargé la mule contre mon milieu d’origine dans sa setlist. Paradoxalement, le plus virulent de ces groupes fut sans doute mon préféré, notamment par l’amusante histoire de son patronyme, mais aussi parce que la voix de son leader passait mieux à mes oreilles que celle de ses comparses. La Tordue bouffait du curé à tous les râteliers, anticléricalisme atteignant son paroxysme sur « INRI », valse à l’hérésie revendiquée. Autre taquet, « Je suis Noble » des Weepers Circus, un tango au texte obscur mais dont les sarcasmes du chant ne laissaient pas trop de doutes quant à l’idée que le groupe se faisait de ses compatriotes particulés (dont je fais partie, pour ceux qui l’ignorent). Les Weepers qui avaient d’ailleurs l’honneur d’ouvrir le bal au joli son de la clarinette de Denis Leonhardt sur une « Sauterie du Serpent » à l’ambiance moyenâgeuse. Mélaine avait assisté à un concert du groupe à Lyon et, partageant le même instrument, s’était lié d’amitié avec Denis puis le reste de la troupe, notamment le guitariste Eric Guerrier, joyeux géant qui se liait d’amitié avec toutes les jolies spectatrices qui croisaient son chemin. Les Weepers Circus furent parmi les premiers potes que Mélaine me présentait (à Metz où ils donnaient un concert le même week end que ma remise de diplôme), et nous les suivrons pendant longtemps. Mélaine est restée en contact avec le très sympathique Denis que nous avons vu régulièrement lors de ses passages à Lyon. Musicalement, les Weepers Circus se sont progressivement orientés vers un son plus pop rock qui me plait assez  - je conseille en tout cas de les voir sur scène, c’est toujours très bon - mais les titres de cette cassette sont extraits des premiers disques de style plutôt folk / médiéval que je goute beaucoup moins.

 

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Petit détour par Bistanclaque, groupe bien connu des Lyonnais qui déplore déjà la gentrification de la ville (phénomène qui n’a fait que s’accélérer depuis) et de sa « Rue St Jean », avec la première apparition d’un accordéon, autre instrument caractéristique de la Nouvelle Scène Française qu’on retrouve chez les Ogres de Barback, groupe assez culte dans ma belle-famille (6 titres sur la cassette tout de même). Si je reconnais encore une fois qu’en concert les Ogres étaient convaincants, je n’ai jamais trop aimé leur mélange de chanson française et de musique folklorique tzigane. J’étais pourtant assez amateur de tout ce qui pouvait rappeler la Roumanie (l’instrumental « Niev Nietch Nievitch »), pays où j’avais vécu moult aventures lors de convois humanitaires avec l’association fondée par un aumônier jésuite de mon Lycée. Détail amusant, ce cher Père Jean apparait dans le DVD de la tournée d’Un Air, Deux Famille (soit l’association des Ogres de Barback et des Hurlement d’Leo), puisqu’il accueillit la troupe lors de leur halte à Satu Mare où il résida de nombreuses années après son départ de Marseille. Comme quoi on peut bouffer du curé mais rester pragmatique. Enfin, Last but not Least, ceux qu’on présente comme les parrains de toute cette scène, les fameux Têtes Raides qui eurent un succès aussi phénoménal qu’étonnant jusqu’au début des années 2000. Dans la liste des chansons présentes sur cette cassette (peut être celles qui ont le moins vieillit), on oscille entre poésie bancale pas franchement enthousiasmante et grands classiques irrésistibles, « Gino » et surtout « L’iditenté » en tête (raide). S’il est un lien entre nos deux univers, c’est bien cette chanson punk enregistrée avec Noir Désir, qui me rappelle immanquablement la tournée montée en hâte lors des élections présidentielles de 2002, lorsque les Têtes Raides,  Noir Désir, Dominique A, Yann Tiersen (on y revient…) et quelques autres s’arrêtèrent place des Terreaux pour un concert gratuit en réaction à la présence de Le Pen au second tour (1). Soirée historique à laquelle je participais grâce à Mélaine, sans malheureusement la prolonger à l’Atmosphère, petit bar de la Croix Rousse qui accueilli après le concert les musiciens et de nombreux chanceux ayant sauté sur l’occasion unique d’une proximité rare avec le fleuron du rock hexagonal  (et dans lequel je jouerais avec mon groupe 9 ans plus tard…). Le joli instrumental « Urgence » clôture la partie Nouvelle Scène Française de la cassette, avant un passage sans transition vers ce qui devenait déjà le principal intérêt musical de Mélaine, la musique Baroque.

 

 

Pour ne pas m’effrayer, Mélaine avait choisi de ne mettre que peu de classique sur cette cassette, les cinq titres présents étant donc pour elle à l’époque la quintessence de la musique, ceux qui la touchaient le plus. La « marche pour la cérémonie des turcs », de Lully, est certainement le morceau le plus connu de cette période précise, dont Mélaine appréciait particulièrement l’un des instruments emblématiques, la Viole de Gambe. Celle-ci est à l’honneur sur les très sobres instrumentaux de Marin Marais, dont on peut supposer que les enregistrements ici présentés sont interprétés par le plus fameux gambiste contemporain, Jordi Savall (2). Les deux derniers titres, « Music for a While » et « Ombre de mon amant »,  sont chantés d’une voix pure et délicate, exprimant avec dignité un de ces chagrins d’amour intemporels. Ainsi, par un savoureux croisement, Mélaine se rapprochait elle avec la musique des châteaux et des églises, là où j’y cherchais le soufre et les mécréants. Cette cassette représente en tout cas un certain basculement, puisqu’elle a cessé assez rapidement d’écouter du rock ou de la chanson française pour intégrer divers chœurs, jusqu’à participer à des enregistrements de très bon niveau. De quoi élargir ma culture musicale, même si j’avoue que ce Baroque d’origine ne trouve pas souvent grâce à mes oreilles (je déteste le clavecin par exemple). De quoi surtout faire connaissance avec de nombreux professionnels du milieu, dont certains sont devenus des amis, et me rendre compte qu’en matière d’anecdotes croustillantes, la musique classique n’a vraiment rien à envier au Rock N’ Roll… 

 

(1)    Petite pensée pour Jacques Chirac et ses 82% obtenus entre autres grâce à ces militants de gauche mobilisés pour appeler au vote pour leur farouche ennemi… 

(2)    L’un des films fétiches de Mélaine est évidemment Tous les Matins du Monde, retraçant la vie de Marin Marais, joué par Depardieu père et fils.

 

 

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07 octobre 2019

Hors Série #05 - Love Tape 1

 

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Pendant mes dernières années étudiantes à Metz, quelque part entre la cassette 095 et la cassette 140 (1), j’ai rencontré Mélaine. Une jolie histoire que cette rencontre d’ailleurs (à Taizé, pour ceux que ça intéresse), au moment même où suite à une énième déception sentimentale j’avais décidé d’arrêter ma quête de l’âme sœur pendant un moment. Il y a eu des trajets en train, quelques week-end ensemble, et beaucoup de lettres. Et puis un échange de cassettes. Bien que la plupart de mes précédentes copines ne m’aient pas laissé le temps d’en confectionner, ce ne devait pas être ma première cassette d’amour. Je ne me rappelle plus qui, combien, quoi, seule cette cassette a survécu car seul cet amour a survécu : je suis avec Mélaine depuis 18 ans, nous sommes mariés depuis 13 ans (tout pile, au moment où j’écris ces lignes). Ecouter cette cassette d’amour, c’est me remémorer le jeune homme que j’étais, avec ses espoirs et surtout ses doutes. C’est aussi un point figé sur mes gouts de l’époque, les artistes qui me tenaient vraiment le plus à cœur, ceux qui me semblaient le mieux me représenter et faire comprendre qui j’étais à ma belle. Cependant, comme toute histoire est modifiée par celui qui l’écrit, il fallait évidemment que cette présentation soit à mon avantage, et montre aussi une compatibilité avec l’élue de mon cœur : un tri avait été effectué parmi les artistes et un choix orienté parmi les chansons. Mais la liste est je crois assez représentative de ce que j’écoutais à ce moment-là, et si aucun groupe de hard, metal où punk n’y figure c’est au moins autant pour ne pas effrayer Mélaine que parce que j’étais alors passé à autre chose, à des groupes exprimant plutôt une forte dose de mélancolie qui imprègne les 90 minutes de cette cassette.

 

 

 

A tout seigneur tout honneur, c’est bien sûr les Smashing Pumpkins qui entament la Love Tape, avec un titre idéal : « to Sheila ». Il m’est difficile de concevoir qu’on ne puisse apprécier la délicatesse et la douceur de ce morceau, même pour ceux qui ont du mal avec la voix spéciale de Billy Corgan, ici doublée dans des refrains bouleversants. Loin des « Bullet with Butterfly Wings » ou « Ava Adore » saturés qui avaient fait leur réputation, c’est avec une autre balade aux mélodies poignantes que j’avais convoqué les Pumpkins en deuxième face : la version live de « Stumbleine » jouée pour la tournée Adore, une merveille. A suivre, un extrait fort judicieux de la BO de l’Etrange Noel de Mr Jack montrait mon gout prononcé pour l’univers de Tim Burton, ses personnages aussi enthousiastes que décalés, le désir de magie et de féérie qui les animaient, toutes choses auxquelles je m’identifiais énormément. « Que vois-je ? » où Jack découvre émerveillé l’ambiance des fêtes de Noel ne pouvait que plaire à Mélaine, qui encore aujourd’hui adore les hivers enneigés. Une de mes spécialités était les transitions entre les chansons, et celles-ci sont effectivement très bien construites sur les 5 premiers titres (malheureusement c’est beaucoup moins le cas par la suite). On passe ainsi d’un romantisme pur culminant sur « Sleep the Clock around » de Belle and Sebastian à un coté plus sombre et triste dont les premiers accents se trouvent sur les couplets d’« Hyperballad » de Bjork,  pour finir la première face par des chansons évoquant mon côté solitaire. En bref pour une Love Tape le début est quand même plus réussi.

 

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Autre point que j’ai remarqué, c’est le côté assez simple et répétitif de bons nombre de ces chansons qui régulièrement tournent en boucle un riff ou une suite d’accords, ce qui m’a souvent plu mais n’a peut-être pas accroché une mélomane comme Mélaine. Tout comme des chants que j’estimais dans la fourchette haute de mes écoutes (Alanis Morissette, Thom Yorke…) mais qui évidemment ne devaient pas faire mouche auprès d’une spécialiste des chœurs baroques.  Impossible pour moi de ne pas citer Mogwai, mais j’essayais d’éviter les brusques explosions de larsen et les chansons de 20 minutes, et proposais en compromis « Yes ! i am a long way from home », qui de toutes manières a toujours été l’un de mes favoris. Pour Eels, plutôt qu’un « PS : You rock My World » attendu, j’avais privilégié « Last Stop : this Town », entre autres parce qu’il y a des parties de clarinette et que c’était l’instrument principal de Mel. Dionysos est particulièrement mis en avant avec trois extraits d’un Haiku qui tournait en boucle chez moi, avec ce côté enfantin et poétique que j’appréciais énormément, tout comme l’aspect lunatique d’un quintet alternant tristesse et rock festif avec égal brio (caractéristique d’ailleurs de beaucoup de mes groupes fétiches  d’alors). « Poissons = Stickers » et « Only Knees » étaient plutôt tristes et révélaient aussi l’énorme manque d’assurance dont je souffrais (pour ceux qui me connaissent, je vous assure que j’ai énormément progressé à ce niveau-là même si c’est parfois dur à croire). Un manque d’assurance qui me vaudra (entre autres raisons) d’échouer 6 fois à l’examen du permis de conduire, malédiction qui prendra fin (coïncidence ? je ne crois pas…) quelques mois après ma rencontre avec Mélaine. D’où le clin d’œil avec le morceau « Coccinelle » de Dionysos et son refrain si adapté à ma situation (je ne sais pas si Mathias Malzieu a fini par passer le permis…)

 

 

Le début de la deuxième face présente un côté un peu plus bizarre, un peu torturé. De manière inattendue, Sixteen Horsepower est l’un des groupes auquel Mélaine a le plus accroché (pas forcément ce « Brimstone Rock », mais elle aime bien « American Wheeze » par exemple). L’accordéon et le banjo devaient lui rappeler certaines formations de la nouvelle scène française qu’elle écoutait pas mal  quand on s’est rencontré. Les Pixies se devaient d’être au menu (évidemment avec « Hey », chanson d’amour aussi superbe que dérangée), tout comme les Who dont le flamboyant « Baba O’ Riley » version live agrémentera notre entrée dans la salle du banquet de mariage, 5 ans plus tard (hé, oui, on a fait tourner les serviettes sur ce morceau). Romantique, Mélancolique, Solitaire, Bizarre, Enthousiaste, Rêveur, Fêtard, Artiste… A prendre ou à laisser, mais finalement : pourquoi pas ?  En filigrane, quand même, cette peur de ne pas être à la hauteur, ces relents de défaitisme voire de lâcheté, ces « I Might be Wrong », « How to Disappear Completly », ces « Not Ready Yet » qui en disaient beaucoup (ici en version live acoustique toute calme, tirée de la tournée Daisies of the Galaxy). Ce truc qui avait dû en faire fuir plus d’une, et qui aurait pu tout faire foirer encore. La plus grosse erreur : « Without You i’m Nothing ». Non pas  la chanson de Placebo, sommet émouvant d’un dernier groupe fétiche à la présence indispensable, mais le titre en lui-même, celui que j’avais choisi pour nommer la cassette. Without You I’m Nothing, après quelques mois, vraiment ? On s’est échangé les cassettes, et en guise de test, on est parti chacun de notre côté pour les grandes vacances. Mes dernières vacances d’été étudiantes. Après, ça serait le classique enchainement, permis, boulot, mariage, enfants, et l’accélération permanente. Peut-être que Mélaine a hésité à mon retour, peut être que ça n’a tenu qu’à un fil, mais ça a tenu. J’ignore si elle regrette le type qui a enregistré cette cassette. Il n’existe plus aujourd’hui. Ou juste en fantomatique présence planquée dans les rayonnages Cds et vinyles de l’appartement.

 

(1)    Plus de 40 cassettes de 90 mn en un an et demi, j’ai passé beaucoup de temps à la médiathèque et à mon bureau dans mon petit studio….

 

 

 

Dans la grande tradition des années  90, cette cassette contient un titre caché. C’est l’enregistrement d’un des groupes que j’avais monté à l’Ecole d’Ingé,  où nous interprétons d’honnête manière « I like Birds » (Eels) devant un public que j’encourage même à participer pour le refrain (ce doit être pour la fête de la musique). Marrant comme ces ultimes minutes présentent un personnage tout autre que le reste de la cassette, une sorte de leader malgré tout. Le petit punk qui dort derrière les épais barreaux de la bienséance dans mon cerveau, mais qui s’évade de temps en temps, par on ne sait quel prodige…

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26 septembre 2019

Yann TIERSEN - Lundi 23 Septembre 2019 - Auditorium - LYON

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Nouvel album, nouvelle tournée et nouvel arrêt à Lyon pour Yann Tiersen, après un passage aux Nuits de Fourvière 2017 qui m’avait laissé un sentiment mitigé. Un avis assez positif sur All, une configuration moins rêche que la fois précédente (où Tiersen était en solo) et surtout un lieu inhabituel et semblant idéal me décidèrent à prendre deux places pour cette date rapidement complète. Ainsi, après avoir confié les lardons à notre baby sitter habituelle fort heureusement disponible, Mélaine et moi nous dirigions vers l’Auditorium d’un bon pas pour un petit quart d’heure de marche en cette soirée d’Automne naissant. Les premiers inconvénients de ce beau lieu le plus souvent dévolu au classique me reviennent en mémoire alors que je renonce à ma traditionnelle binouze d’ouverture (on ne peut pas rentrer dans la salle avec) et que je dois me contenter de saluer de loin les amis Christophe et Valérie sis au balcon surplombant le nôtre.

 

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Pour le reste, nous sommes très bien placés et calés dans nos moelleux fauteuils pour assister à une première partie dont l’intervention va être chronométrée : une demi-heure pour convaincre la frange la plus sage d’un public lyonnais déjà pas très rock à la base, la mission semble impossible, d’autant que la musique de Geysir ne se prête guère à un réchauffage d’ambiance. Le duo joue un gothique 80’s plutôt bien fait mais peu adapté au lieu et très statique. Le chanteur/guitariste et la chanteuse/bassiste se font face au centre de la scène, séparés par  des claviers et machines sur lesquels ils lancent des boucles en y ajoutant quelques notes répétitives de leurs instruments. Pas forcément en décalage avec l’univers récent de Tiersen, mais hormis une jolie voix masculine (1) sous employée, l’ensemble présentait peu d’intérêt live. La dernière note a à peine retenti que je suis déjà devant la porte du balcon, forçant la jeune fille m’ayant réprimandé parce que je prenais une photo à se précipiter pour me l’ouvrir dans les règles. Premier au bar et au casse dalle, c’est pas classe mais efficace ! Nous y sommes rejoints par un couple de bons amis avec lesquels nous devisons joyeusement sur nos marmailles respectives. Ils nous apprennent à cette occasion que le concert de Tiersen, selon l’affichage à l’entrée de l’Auditorium, durera deux heures, ce qui occasionne quelques craintes vu la fatigue accumulée lors d’un week end bien chargé.

 

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 Alors que nous sommes de retour à nos places, les lumières s’éteignent et nous écoutons en guise d’introduction un long texte littéraire sur un massacre de loups et l’équilibre perdu entre l’homme, le loup, les cerfs et la montagne. C’est assez plombant, un peu pompeux voire ridicule, mais qu’importe, voici Yann Tiersen qui vient s’installer derrière son grand piano, dos au public, et qui nous met dans l’ambiance avec une petite série instrumentale conclue par le classique « La Dispute » alternant mélodica et piano. Il présente ensuite rapidement ses musiciens en brodant une histoire assez marrante sur Alex, le magnétophone placé sur l’avant de la scène et qui diffusera tous les enregistrements de la nature qu’on peut entendre sur All. Voici donc les deux musiciens originaires des Feroe (Jens Thomsen, Olavur Jakupsson) et Emilie, l’épouse de Yann, qui viennent le rejoindre et alterneront avec lui sur les différents instruments placés sur scène : de nombreux claviers (pianos, clavecin, toy piano, machines), des percussions, un machin bizarre avec un soufflet horizontal, et ces cloches tubulaires (déjà vues chez Swans) au son pur qui sont pour un bonne partie dans l’ambiance spéciale de la soirée. Le quatuor se lance dans l’interprétation intégrale et dans l’ordre de All. Je suis content de n’avoir pas réécouté le disque depuis un petit moment, le redécouvrir en live est vraiment plaisant, surtout à l’Auditorium. Rien à dire, la salle est parfaite pour ce genre de musique, et même si l’interprétation diffère assez peu de la version studio, la qualité sonore et les jeux de lumière féériques y ajoutent un indéniable surplus d’émotion.  Avant « Usal Road », l’un des nombreux passages au violon seul de la soirée, un Yann Tiersen décidément plus bavard qu’à l’accoutumée nous gratifiera d’une nouvelle anecdote de sa manière maladroite et timide sur la genèse du titre, lors d’un voyage à vélo aux états unis où le couple sera coursé par un puma affamé. Après une nouvelle pause solo au violon et au piano, le quatuor se reforme pour une réinterprétation intéressante d’une série de vieux titres, dont un très beau « Le Compteur ». Nous préfèrerons à l’inévitable « Sur le Fil », morceau toujours le plus applaudit à chaque tournée, l’extrait d’Infinity (« Grønjørð ») qui mettra en valeur les qualités vocales d’Olavur Jakupsson pour une évasion bien loin des soucis quotidiens qui nous encombraient l’esprit il y a quelques heures encore.

 

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 « Le Vieux en veut encore »  (on dirait une dédicace à mon encontre) est suivi de quelques jolies phrases aux claviers puis de la longue version live de « Rue des Cascades », avant que le groupe ne salue une première fois un public qui, bien qu’allégé de nombreux imbéciles pressés, ne ménage pas ses applaudissements. Le rappel sera la seule déception du concert pour ma part, avec en unique extrait de mon cher Dust Lane « Chapter 19 » (soit le seul morceau du disque que je n’aime pas) et un morceau chanté que je ne reconnais pas (probablement un inédit). Pas grave, les deux heures seront finalement passé bien vite, preuve que la magie a parfaitement fonctionné ce soir. Mélaine, malgré de légères critiques sur les tics de composition et certaines parties vocales, est enchantée elle aussi, de même que Valérie qui m’envoie quelques textos enthousiastes. 6eme fois que je vois Yann Tiersen en concert, et chaque date aura été différente : le breton est décidément un musicien hors pair et un professionnel passionné et passionnant, et il n’y a aucune raison pour que cela change… 

 

(1)    Lionel Laquerrière, musicien du groupe Nestorisbianca, qui accompagnait Tiersen sur scène lors de la fabuleuse tournée d’Infinity.  

 

Setlist : Porz Goret – Naval - La dispute – Tempelhof – Koad - Erc'h - Usal road – Pell – Bloavezhioù – Heol – Gwennilied – Aon – Prad - Beure kentañ - Tempelhof  2 - 7:PM - Mouvement Introductif - Comptine d'un autre été : L'Après-midi - Le Compteur - La Valse des monstres – Grønjørð - Sur le Fil - Le Vieux en veut encore - La Jetée - Rue des Cascades // Chapter 19 - Pedennoù diouz an noz

 

 

 

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