Blinking Lights (and other revelations)

07 août 2019

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J’aimais bien cette époque où mes artistes favoris publiaient quantité de magnifiques B-Sides sur des EP indispensables. Radiohead a fait partie de ce club, et si je n’enregistrais qu’un seul titre de ce No Surprises / Running From Demons (destiné à la base au marché japonais) c’est que tous les autres figuraient au menu du Airbag / How am i driving ? que je possédais déjà. « Bishop’s Robes »  est non seulement une très belle chanson, mais c’est aussi une des seules que Radiohead interpréta au Dôme de Marseille en cette fameuse soirée du 21 octobre 1997 que je ne connaissais pas. Si cela ne justifiais pas l’achat de l’EP (fort cher pour un seul titre), je ne manquais donc pas de l’emprunter à la médiathèque dès que j’en eus l’occasion.

 

 

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J’ai assisté à la pire prestation scénique de ma vie en 1998 dès mon 3eme concert, par  un groupe que je ne connaissais pas alors et que j’adorerais par la suite. C’était à Marseille au Poste à Galène (1), une petite salle à la programmation bien pointue, et je m’étais déplacé pour voir Cat Power pour sa tournée Moon Pix. Nous avions dû patienter une bonne demi-heure avant  de pouvoir entrer, car  les artistes n’étaient pas prêts. En réalité, comme je m’en rendrais compte dans la soirée, ils s’étaient copieusement pochetronnés la gueule au vin rouge au lieu de faire leurs balances, et si le Cat Power trio avait pu s’en arranger moyennant un délai supplémentaire et relativement assurer leur set, il n’en fut pas du tout de même pour Fuck. Dans un bordel indescriptible, jusqu’à un gamin qui jouait de la game boy dans un coin de la scène, la troupe hilare avait péniblement tenté d’aligner quelques accords alors que la moindre note de basse faisait trembler tout le bar. Cerise sur le gâteau, l’un des guitaristes s’était excusé avec un large sourire en se trompant de ville (« hey guys, let’s play for the people who pay good monney, come on Montpellier ! ») ce qui n’avait pas augmenté leur cote auprès de Marseillais à la susceptibilité bien connue. Devant un public consterné, Fuck n’avait de mémoire pu aller au bout que d’un seul morceau avant de céder la place à une Chan Marshall titubante et son verre de pinard.

 

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si tu n'as pas trouvé les personnages qui s'enculent sur la pochette, il y a une deuxième chance ici... 

 

A bien y réfléchir, cette manière de saborder ce qui devait être la chance de leur vie (signés sur Matador, le label de Cat Power, ils étaient embarqués dans une tournée mondiale en soutient d’une artiste qui était déjà une star du rock indé) était tout à fait représentative d’un groupe qui s’était employé dès le début à ne surtout pas avoir de succès. S’appeler Fuck pour un groupe Américain, c’était l’assurance de ne jamais passer sur MTV, de ne jamais être cité à la télé, de n’être référencé qu’avec plein d’étoiles à la place des lettres dans toutes les bases de données, et d’être absolument introuvable sur l’internet balbutiant. Que le groupe ait produit un tube et cela n’y aurait rien changé, ils s’étaient tiré une rafale de mitraillette dans le pied avant même de commencer. Bien sûr, c’était parfaitement voulu par Timothy Prudhomme, pièce maitresse du quatuor, excellent songwritter semblant trop effrayé à l’idée d’être pris au sérieux et s’arrangeant, tel un clown triste, pour toujours parsemer ses productions de quelques farces grotesques. C’est le cas de ce Pardon My French, leur meilleur album et leur plus connu (2). Qui pourrait se douter que derrière cette pochette potache (où il faut évidemment chercher les personnages qui s’enculent) se cache une merveille Lo-fi, capable de rivaliser par moments avec les meilleurs du genre, Sparklehorse ou Eels post Beautiful Freak en tête ? Constitué d’une multitude de petites chansons souvent axées folk blues mais aux qualités mélodiques renversantes, Pardon my French donne souvent l’impression d’une œuvre inachevée, sans que l’on sache si les idées inexploitées le furent par j’m’en foutisme ou par pudeur. C’est particulièrement frustrant sur des titres comme « Dirty Brunette », sans doute mon favori, dont on aurait bien vu la tension rare sur ce disque s’éterniser en un final grandiose, mais qui se termine en queue de poisson  avant le seuil des 3 minutes que Fuck ne franchit qu’à quelques reprises (notamment sur les blues « Tether » et « Sometimes » dont la beauté ne fait qu’accentuer l’impression que les autres chansons sont trop courtes). Les petites ballades délicates abondent, et si Timothy Prudhomme marche sur les plates-bandes de Mark Linkous, c’est pour passer précipitamment à autre chose dès que le climax est installé (« One Lb of In », « Am i Losin’ »). 

 

Dans la pure tradition de ce genre d’albums 90’s, la chanson émouvante côtoie l’anecdotique instrumental, la pop guillerette (l’irrésistible single « Fuck Motel ») fréquente l’ambiance glauque (« Compromise »), les arrangements de cuivre ou de xylophone (plutôt rares) sont concurrencés par des réveils matins ou des bruits improbables. Si cette relative hétérogénéité enlève sans doute à Pardon My French toute prétention au statut d’album culte, il n’en reste pas moins une pépite méconnue que j’avais enregistré intégralement dès que je pu tomber dessus à la médiathèque (malgré un a priori forcément négatif), et que j’ai pris grand plaisir à réécouter aujourd’hui. Sur une dernière facétie (un final en iodle sur la charmante « Scribble Dibble »), Fuck disparaitra des radars tant et si bien que leur récent retour sera passé, hélas, complètement inaperçu.  Pas sûr que nos héros underground s’en soucient.

 

(1)    Dont j’apprends avec tristesse en rédigeant l’article qu’il a été repris cette année et qu’il s’appelle maintenant le Makeda, avec une prog qui n’augure rien de bon pour les amateurs de rock alors qu’elle était encore impeccable au moins jusqu’en 2016… 

(2)    Je n’ai jamais trouvé les autres en médiathèque, et les ai tous achetés bien plus tard sur le net. Seul leur 6eme (avant le hiatus de 15 ans) est un peu moins bon, et celui de l’année dernière, the Band, est tout à fait recommandable, comme je vous en avais fait part ici même il y a peu de temps. 

 

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Retour sur la fin d’un bon disque dont la majorité fut écouté et appréciée en épisode 093. Ces trois derniers titres font honneur au souvenir qu’on avait du premier album de Marilyn Manson, Portrait of an American Family. On y retrouve ce hard rock (quel riff de guitare sur « Misery Machine » !) fondu à blanc avec un groove étonnant (il y a même des cuivres sur « My Monkey »). Le chant, la prod malsaine et bien sur la personnalité unique de Manson font le reste….

 

 

 

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Nous avions réécouté, il y a bien longtemps (épisode 016), un excellent double album où de parfaits inconnus prêtaient allégeance à leur manière au grand maitre Alice Cooper. Humanary Stew, c’est un peu   l’inverse : des musiciens connus (enfin, tout est relatif…) reprennent sans la moindre originalité les plus grand standards du groupe. Aucune prise de risque sur le choix des morceaux, et si la reprise est scolaire, comme le « Elected » exécuté par Steve Jones, Duff McKagan et Matt Sorum (1), c’est un moindre mal tant les rares écarts tentés par certains participants font mal aux oreilles. L’improbable association de Mike Inez, Slash (qui vient rendre une fois de plus hommage à l’une de ses principales sources d’inspiration) et Roger Daltrey, bien à la peine, ne fait pas d’étincelles sur « No More Mr Nice Guy », mais ce n’est rien comparé à l’affreuse prestation vocale de Glenn Hughes sur « Only Women Bleed ». Le plus gros tort d’Humanary Stew aura surtout été de convier quantité de guitaristes et musiciens issus du glam rock /metal pour interpréter des titres de la période vieux hard rock d’Alice Cooper, soit un décalage d’au moins 10 ans avec Constrictor, premier disque où notre Grand Guignol favori raccrochera à ce style alors au top de la mode. D’où des branlages de manches et vocalises qui tombent complètement à côté de la plaque, et font de ce Tribute Album un bon gros raté. 

(1)    Le guitariste des Sex Pistols et la paire rythmique des Guns avaient sorti 3 ans auparavant un fort bon album de punk sous le nom de Neurotic Outsiders.

 

 

 

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Il y a bien longtemps que j’avais intégré la bonne période de Can, mais je cherchais toujours à écouter les albums manquants à ma discothèque, moins cultes et donc moins facilement trouvables. Ce Flow Motion sorti en 1976, soit à peine 7 ans après le premier et génial album Monster Movie, signe le passage pour Can au côté obscur. Cela fait certes un moment qu’ils se débrouillent sans chanteur, mais leurs disques avaient jusqu’alors conservé une certaine part d’expérimentation. Flow Motion, c’est la roue libre. Rien n’est désagréable (j’avais d’ailleurs enregistré l’album en entier, et il avait eu un certain succès populaire), mais on passe du funk discoide (« I Want More ») à une ambient désincarnée (« Cascade Waltz »), voire, hérésie, à du reggae ! Bref, chronique d’une mort artistique annoncée qui prendra 3 albums et autant d’années avant de se concrétiser par un split inéluctable. 

 

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18 juillet 2019

# 095 / 221

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Cette fois, j’y étais. J’avais découvert, émerveillé, la Fac. J’avais déchanté, failli me perdre. J’avais saisi ma chance et buché comme un fou, ou du moins au maximum de mes capacités, et ça avait fonctionné : mon dossier avait été sélectionné par une école, à Metz. Pas forcément la ville rêvée pour un Marseillais, mais pour moi c’était bien, parce que c’était loin. Après un détour de 6 mois en stage à Annecy au bon gout de liberté, cette fois, j’y étais vraiment : mon chez moi. 18 m2, un lit, un bureau, une salle de bain-WC et une petite cuisine dans l’entrée, dans une résidence étudiante sympa et moderne avec ordis et machines à laver en libre accès. Un refuge pendant un an et demi. J’ai rarement été aussi heureux que pendant cette période. La pression scolaire était minime (les premières années sont les plus dures en Ecole d’Ingénieur, et je les avais brillamment évitées), j’avais plein de nouveaux potes, il y avait des fêtes sans discontinuer et j’avais un peu d’argent donné par mes parents chaque mois. J’étais à fond dans la musique, et il est assez symbolique que c’est à cette période que je croisais la route de Mogwai, qui deviendrait vite mon groupe favori. La première fois que j’avais entendu les Ecossais, c’était avec « Christmas Steps », l’un des titres les plus emblématiques du Post Rock d’origine, qui figurait sur la bien nommée compilation Everything is Nice, sortie pour les 10 ans du label Matador. J’avais emprunté le Young Team à la médiathèque de Metz, qui était bien pourvue mais moins prise d’assaut que celle de Marseille (j’y avais notamment trouvé le Sweet Relief 2 de l’épisode 092, cherché en vain jusqu’alors), et j’étais devenu fan instantanément du groupe. Le Young Team n’apparait pas sur ces cassettes (1), car je l’avais fait graver par un pote. Pour d’obscures raisons, il avait enregistré les chansons dans l’ordre décroissant des durées, ce qui fait que j’ai longtemps confondu « Yes ! i am a long way from home » (premier véritable titre du disque) avec « Mogwai Fear Satan » (premier titre de mon disque gravé) et longtemps cru que « Mogwai Fear Satan » était la chanson la plus courte de Young Team.

 

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Le fait que quantité d’artistes, dont beaucoup de pointures, se soient rués sur les morceaux du Young Team pour en faire des remixes suffit à prouver l’importance que le disque a pu avoir. Je ne sais pas s’il y a beaucoup d’exemples de premier album remixé de la sorte, mais en 1997, Mogwai est rentré quasi instantanément dans la cour des grands. Vu la vénération que je portais au disque, j’ai évidemment emprunté très rapidement Kicking A Dead Pig - Mogwai Songs Remixed, très curieux de voir comment avaient été transformés mes chansons fétiches. Sans surprise la matière sonore de Young Team est du pain béni pour les remixers de tout poil, et les titres de Kicking A Dead Pig sont réussis (je les avais tous retenus sauf deux). La plupart ont laissé tomber les explosions coupant brusquement les passages calmes qui caractérisaient la musique du groupe pour se concentrer sur le côté répétitif et hypnotique des morceaux, en leur donnant plus ou moins de reflets electro. On oscille entre des relectures soft comme la très belle version de « Tracy » par Kid loco ou un « Like Herod » par Hood qui préfigure presque le Mogwai actuel, de la techno déstructurée (« Summer » par Klute’s Weird Winter), le drone bien sombre élaboré par Third Eye Foundation pour « A Cheery Wave from stranded Youngsters » ou la transe très agressive de µ Ziq sur un « Mogwai Fear Satan » méconnaissable. Pas mal d’expérimentations intéressantes nous font tendre l’oreille à la recherche des mélodies d’origine, comme sur le « Helicon 2 » de Max Toundra qui enchaine différentes ambiances assez différentes ou le brillant « Gwai on 45 » des copains d’Arab Strap, morceau mélangeant de nombreux titres du Young Team dans une composition onirique au rythme electro où l’on reconnait le style du duo mais qui peut évoquer aussi Yann Tiersen. Tandis que DJ q réussi l’exploit de transformer le titre le plus plombant du groupe, «  R U still into it ? », en un electro club dansant bien agréable, le mot de la fin est donné aux célèbres My Bloody Valentine qui s’attaquent eux aussi à « Mogwai Fear Satan » (il s’agit d’un disque bonus de 4 remixes de cette chanson, dont un par Mogwai eux même). Un défi relevé haut la main, puisque malgré sa longueur (16mn, tout comme l’originale), ce remix est le meilleur de Kicking A Dead Pig. En gardant le riff de batterie d’origine associé à des claviers inédits, My Bloody Valentine respecte la version de Mogwai tout en y insufflant sa propre personnalité, notamment au travers d’une longue interruption médiane faite des multiples couches de guitares saturées qui ont fait leur légende. 

En s’appuyant sur les mélodies originales mais en faisant preuve d’une imagination et d’une diversité bienvenue, Kicking A Dead Pig est un très bel exercice du genre qui ne pourra que séduire les fans d’un groupe qui n’a jamais cherché à rester sur ses acquis, et s’est employé à explorer divers horizons tout en conservant son identité musicale. Celle qui m’a tant fait rêver, ce mystère que  Kicking A Dead Pig garde intact.

 

(1)    En fait c’est la seule fois où Mogwai figure sur cette rubrique, puisque j’ai par la suite directement acheté tous leurs disques

 

 

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Dur d’évaluer à sa juste valeur un Evol ainsi dispersé sur plusieurs cassettes. Après avoir fortement apprécié « Expressway to yr. Skull » en épisode 093, voici donc la première moitié du disque qui lance Sonic Youth dans la formation qu’ils garderont jusqu’à leur séparation, avec Steve Shelley à la batterie. Si « Tom Violence » ne tient pas toutes les promesses de son intitulé, la suite sera plus accrocheuse, notamment ce « Shadow of a Doubt » fascinant qui alterne passages en harmoniques et voix chuchotée de Kim Gordon avec des explosions saturés qui deviendront habituelles chez le combo New Yorkais. Un parallèle intéressant avec la musique de Mogwai écoutée juste avant que ce titre évoque partiellement, peut être une piste pour les origines multiples du post rock. Autre lien, bien plus identifié, avec le rock alternatif qu’on peut déjà entendre sur « Starpower », excellent morceau comprenant un passage avec une base rythmique répétitive sur laquelle viennent couiner des guitares expérimentales, procédé qu’on retrouvera par la suite sur quantité d’albums des 90’s. Quand « Death to our Friends » présente le côté plus dissonant et punk de Sonic Youth, « Green Light », avec son développement basé sur deux accords répétitifs, préfigure le Washing Machine qui sortira dix ans plus tard. Une décennie de recherches soniques tout azimut avant de construire des albums plus cohérents, et peut être plus sages, et dont Evol peut être vu comme un coup d’envoi séminal. 

 

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11 juillet 2019

CAT POWER + Bertrand BELIN + GIANT SAND - Vendredi 05 Juillet 2019 - Théâtre Antique de Fourvière - LYON

 

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Une soirée à trois groupes, ce n’est pas forcément une bonne idée, mais là les Nuits de Fourvière avaient fait très fort : Giant Sand, Bertrand Belin et Cat Power, une affiche à la fois cohérente, variée et intéressante de bout en bout. A tel point que je décidais d’inviter Madame, gageant que l’une ou l’autre des prestations pourraient la surprendre, et qu’aucune ne risquait vraiment de la faire fuir.  C’est donc assez tôt, vers 19h (bonjour le prix du baby sitting) que nous nous retrouvions en bonne place dans les gradins, afin de ne pas manquer l’arrivée de Howe Gelb et son groupe sur la scène du théâtre antique.  Mélaine s’étant portée volontaire pour la corvée de bouffe et boissons en sera quitte cependant pour rater quelques chansons. 

 

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C’est la troisième fois que je vois Giant Sand sur scène. J’avais beaucoup aimé le concert du Tinals en 2015, mais celui du Trabendo avec Jason Lytle en 2016 fut vraiment magique. Le bougre de leader avait d’ailleurs annoncé à cette occasion que c’était sa dernière tournée, mais quelques spectateurs avertis n’en furent pas dupe, et à raison puisque revoilà ce vieux renard de Howe Gelb devant moi, avec son improbable look (une casquette vert flashy par-dessus un chapeau de paille). Il est accompagné pour l’occasion de vieux briscards à la basse et la batterie (sans doute ses potes danois), et d’une jolie demoiselle à la guitare et au chant (j’ai pensé un moment que c’était sa fille, qu’il avait fait chanter à Paris, mais il s’agit d’une certaine Annie Dolan). Deux constats s’imposent assez vite : le père Howe est encore plus à l’arrache que d’habitude, franchissant régulièrement la ligne rouge séparant la sympathique branlattitude du j’m’en foutisme total. Et le son dans les gradins est catastrophique, la basse surpassant tout le reste et noyant les chansons dans un magma incompréhensible. A la moitié du set, je décide donc d’aller en fosse, j’en profite pour saluer le couple le plus sympa de Lyon que j’avais vu arriver d’en haut et m’installer à côté d’eux. Le son est un peu meilleur, seule la guitariste est très peu audible, mais cela me permettra notamment d’être aux premières loges pour me prendre une inattendue reprise de « You can’t put your arms around a memory » de Johnny Thunders, l’une de mes chansons favorites. Howe Gelb tente même de faire participer le public, et vu que quasiment personne ne connait je me sens obligé de beugler le refrain. C’est le seul titre que je reconnais, j’avais pourtant bien apprécié et écouté le dernier disque en date du groupe, Returns to Valley of Rain, réenregistrement du tout premier album Valley of Rain (1985). Manque de bol cette année va sortir Recounting the Ballads of Thin Line Men, soit donc la relecture du deuxième album du groupe qui composera la quasi-totalité de la setlist ce soir. Un concert qui fut donc sympathique mais loin d’être mémorable. 

 

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Le temps de discuter avec Christophe et Valérie et de gueuler quelques conneries histoire de signaler ma présence à La bUze (1), que j’ai aperçu non loin au premier rang de la fosse, et je remonte dans les gradins pour passer quand même un peu de temps avec Mélaine. Ce sera pour le concert de Bertrand Belin, que je connais surtout de nom (2) mais dont j’avais adoré le featuring sur la chanson « Dimanche » des Liminanas. Le voici qui entre au centre de la scène, entouré par un guitariste, un claviériste, une batteuse et son bras droit qui alternera entre basse et claviers. Je ne sais pas trop à quoi m’attendre, bien que Julien m’ait raconté quelques extraits de son dernier passage à Lyon, en Mars. Le concert débute par « Bec »,  premier titre du dernier album Persona (qui constituera l’essentiel de la setlist), chanson calme parfaite pour se mettre dans l’ambiance et prendre la mesure de cette voix grave à la diction spéciale, que nous associons instantanément avec Mélaine à celle d’Alain Bashung (à priori c’est un lieu commun que de lier les deux artistes). 

 

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« Bronze » et sa très belle mélodie me converti à la musique du groupe, tandis que « Glissé Redressé » m’ouvre à la poésie spéciale du chanteur, du genre que j’admire particulièrement. Cette simple phrase par exemple : « la dernière fois qu’on nage, on ne le sait pas » (« Peggy »), est à la fois d’une grande simplicité et d’une grande profondeur, et il me semble que c’est à ce genre de chose qu’on reconnait un artiste de talent. De même que la litanie de chaussures sur « Grand-Duc » nous met à la place d’un sans-abri à ras du sol, ignoré de tous et à moitié fou. Musicalement, on est aussi dans la simplicité belle, titres lents ou quasi disco (« Sur le Cul ») sont basés sur des boucles répétitives joliment décorées par le groupe, sans démonstration excessive. Pour casser la très relative linéarité du concert, Bertrand Belin assure le spectacle, imitant à la perfection un discours politicien au sens absurde réduit au silence par le groupe balançant à l’improviste l’intro d’une chanson, ou serrant la pince d’un spectateur intronisé d’un ridicule titre présidentiel à rallonge. L’air de rien, Belin distille un discours politique désabusé sur ses chansons, sur l’exceptionnel duo slammé à l’unisson avec la batteuse (« En Rang (Euclide) ») ou un cruel « j’ai travaillé à travailler pour un travail » qui me renvoie à ma triste condition (« Camarade »). Bref, j’ai beaucoup aimé le concert, et je vais très rapidement me pencher sur la discographie du breton. Seule déception : j’attendais avec impatience « Dimanche » en rappel, mais ce sera « Hypernuit » (jolie chanson cela dit). 

 

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C’est l’heure de la tête d’affiche, et je me précipite dans la fosse, le pouvoir d’attraction de Cat Power étant d’autant plus puissant qu’on est proche d’elle. Mélaine préfère rester assise, je retourne donc emmerder mes vieux potes qui radotent sur la bonne époque du Pezner. C’est la quatrième fois que je vois la Californienne, et j’attends toujours sans trop y croire le concert qui me mettrait une aussi grosse mandale que les disques. J’ai eu jusqu’à présent de très beaux moments noyé dans des sets bien dépouillés mais trop alcoolisés (Marseille 1998), bien maitrisés mais sans âme (Nuits de Fourvière 2008), voire les deux ensembles (Route du Rock 2006). Cette fois je suis assez confiant, le Wanderer de l’année dernière étant son plus beau disque depuis le fabuleux You are Free (2003), mais j’avais oublié la marotte de Chan, qui s’évertue à jouer quantité de reprises ou à planquer ses compos dans d’improbables medleys. Que c’est frustrant d’attendre en vain ses chansons favorites, de vaguement reconnaitre quelques passages alors qu’on a écouté en boucle la discographie complète de l’artiste ! Quand ce n’est pas des revisites malheureuses qui  rendent méconnaissables jusqu’à ses plus beaux classiques (« Metal Heart »). La formation aura été cependant la meilleure que j’ai pu voir jusqu’à présent : une batteuse carrée et discrète, ajoutant juste ce qu’il faut de tension à certains passages. Une guitariste appliquée au joli son clair, et un multi instrumentiste concentré pour enjoliver le tout. 

 

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Chan Marshall a encore changé physiquement, un peu vieillie mais assez classe dans sa robe noire et ses bottes, elle semble beaucoup moins assurée que lors de son dernier passage à Lyon. C’est aussi cette fragilité qu’on aime, cette voix à la limite de la rupture, mais la première partie du concert est difficile : le regard de la chanteuse est quasi paniqué, on la sent presque lutter contre l’envie de tout plaquer et elle demande constamment des changements de réglage par d’innombrables gestes. Cela ne l’empêche pas de déambuler à divers endroits de la scène,  ni de nous délivrer une superbe interprétation de « Robbin Hood » et de « These Days » (dont je ne sais toujours pas si c’est une reprise). Le double extrait de Wanderer « Me Voy » / « In your Face », interprétés de façon classique mais assez réussie, semble enfin débloquer Chan  qui abandonnera progressivement ses regards angoissés et ses signes à la table de mixage. Entre autres bons moments le medley « Cross Bones Style / Nude as the News » nous ramènera aux temps anciens où nous découvrions Cat Power, tandis que « Hate », hélas seul extrait de the Greatest de la soirée, sera réinterprété cette fois de superbe manière. Pas le temps de savourer des titres qui restent la plupart du temps très courts, on profite des beaux éclairages tandis que les chansons s’enchainent, plaisantes mais moins bouleversantes qu’on ne l’aurait souhaité. Les absences sont légion, citer les titres qu’on eut aimé entendre serait trop long (ça me fait penser qu’elle n’a même pas joué l’excellent single de Wanderer, « Woman »).  Mais alors que Cat Power quitte la scène, on se dit que si la soirée a été copieuse, nous aurions bien pris 5 minutes de rappel pour aller jusqu’à minuit. La magnifique chanson « the Moon », clôturant pas mal de set récents, aurait fait une si belle conclusion…

 

(1) Le compte rendu du sieur La bUze est à lire sur son excellent blog, ICI

(2) Alors en fait j'ai déjà vu Belin en concert ici même, en première partie de Nick Cave, et c'est même chroniqué sur ce blog. Mais comme on le voit, cela ne m'avait pas laissé grand souvenir...

 

Setlist Giant Sand : ? - Barrio - Thin Line Man - ? - A Hard Man to get to know - Who Am I ? - Graveyard - the Chill Outside - Desperate Man - You can’t put your arms around a memory - Body of Water

Setlist Bertrand Belin : Bec - Bronze - Glissé redressé - Sur le cul - Choses nouvelles - L'Opéra - En rang (Euclide) - Grand duc - Peggy - Folle Folle Folle - Camarade - De corps et d'esprit //  Hypernuit

Setlist Cat Power : He Turns Down - Into My Arms / Dark End of the Street / Horizon - Robbin Hood - These Days / Song to Bobby - Me Voy - In Your Face - Great Waves - Metal Heart - Cross Bones Style / Nude as the News - Manhattan - Hate - Pa Pa Power - Good Woman - Wanderer - ? - He Was a Friend of Mine / Shivers

Photos: Bertrand Belin 2 = Ludtz / Cat Power 3 = Loic Warin / autres photos = moi

 

CAT POWER:

 

Bertrand BELIN:

 

GIANT SAND (pas un live et pas un titre joué mais bon, ils sont à l'arrache moi aussi):

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06 juillet 2019

KING CRIMSON + MAGMA - Mardi 02 Juillet 2019 - Théâtre Antique de Fourvière - LYON

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Franchement, si j’étais au Théâtre Antique c’était surtout pour passer une soirée avec Fred. N’empêche, la dernière fois que je l’avais suivi en aveugle à un concert, c’était pour Magma au Transbordeur il y a deux ans, et j’avais vraiment trouvé ça sympa. Pas de raison que ce soit différent cette fois ci, et je pourrais de la même manière apprécier la tête d’affiche, King Crimson, bien que je ne sois pas allé plus loin que leur premier album par le passé, n’ayant pas trop accroché à ce disque pourtant culte. Pas trop de pression donc malgré notre arrivée tardive, d’autant que Fred annonce qu’il est « bien content d’être arrivé à l’heure » alors que Magma a déjà entamé son set lorsque nous passons au bar. Il faut dire qu’il vient directement du boulot et qu’il s’est changé dans le taxi (son costard doit être roulé en boule dans son sac), mais cette réflexion m’amuse car elle souligne notre différence de caractère (habituellement je me bouffe les doigts si je ne suis pas une demi-heure en avance à un concert). Seul inconvénient, il n’y a plus de places assises, sans doute squattées par des spectateurs aussi vieux que les groupes du soir (1), nous nous dirigeons donc vers la fosse et accédons assez facilement au centre de celle-ci. 

 

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Le groupe est composé des mêmes 8 musiciens qu’il y a deux ans, bassiste, guitariste, claviériste, xylophoniste, un chanteur et deux chanteuses entourant la batterie de Christian Vander hérissée de cymbales gigantesques. Ils seront plus tard rejoints par un quartet de cuivres renforçant assez discrètement les longues compositions alambiquées de Magma. J’ai l’impression de reconnaitre énormément de passages du dernier concert, mais il est assez difficile d’en avoir le cœur net. Si on s’en réfère strictement à la setlist, les morceaux sont différents, mais en creusant on se rend compte par exemple que « Mekanïk Destruktïw Kommandöh » est le troisième mouvement de « Theusz Hamtaakh » donc c’est tout à fait possible. De toutes manières l’essentiel n’est pas de reconnaitre des titres surement transformés pour la scène et à moitié improvisés mais de savourer la performance, en particulier celle du batteur en chef qui semble diriger la troupe à coup de signes et de mimiques. Deux froncements de sourcils pour le changement de tempo et une moue de la bouche pour une fausse note ? D’ailleurs il n’y a pas que le batteur qui grimace, ils sont tous à fond et même le xylophoniste se fend de tronches pas possibles lorsqu’il doit suivre les rythmiques tordues et souvent très rapides des morceaux. Comme la fois précédente, le début du concert est difficile d’accès - peut-être que les compos sont moins bonnes ou qu’il faut juste un temps d’adaptation. On oscille alors entre fascination et ridicule, notamment pour le chant assez démonstratif du Pavarotti grisonnant sur le devant de la scène, et l’on a souvent l’impression d’être devant un opera rock, pour le meilleur et pour le pire. Dans les passages les plus déstructurés, on pourrait presque penser que les breaks sont faits complètement au hasard, sauf que le clavier et la batterie, ou le xylophone et le chant, sont parfaitement à l’unisson, ce qui démontre une maitrise technique redoutable. Progressivement le concert va plus s’orienter vers des passages répétitifs évoquant le Kraut Rock, ce qui me convient mieux, la dernière partie du concert (avant la classique ballade « Ehnn Deiss » finale) étant vraiment excellente. 

 

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C’est à proximité d’un distributeur de binouze humain que nous retrouvons Maxime, qui m’avait averti de sa présence par texto, mais aussi Denis et Juliet, ce qui me surprend plus car je ne les savais pas amateurs de rock Progressif. En réalité ce sont de grands fans de King Crimson, ce que je vérifierai le reste de la soirée puisque nous passerons le concert ensemble dans la fosse (finalement pas plus mal de ne pas s’être avachis dans les gradins). J’avais un peu bachoté avant de venir, ayant écouté 4 albums en début de semaine : le fameux In the Court of the Crimson King, Lizard, Red et Lark’s Tongues in Aspic qui aura ma préférence (surtout parce qu’il n’y a pas de saxo). Bonne pioche, puisque j’aurai ainsi eu un aperçu de l’immense majorité de la setlist jouée ce soir. C’est d’ailleurs l’un des morceaux que j’avais le plus apprécié, « Larks' Tongues In Aspic, Part One », qui entame de belle manière le concert, si l’on excepte le solo de flute traversière (bon sang c’est vrai qu’il y a un truc pire que le saxophone dans le rock). La première chose qu’on remarque c’est qu’il y a trois batteurs positionnés en ligne sur le devant de la scène. Cela ressemble à de l’esbroufe (j’ai vu pas mal de groupes de garage dont la paire de batteurs n’était là clairement que pour le spectacle), mais ce sera en réalité l’un des gros plus du concert, la diversité des percussions, roulements et jeux de scène du trio justifiant largement leur présence. En arrière-plan, nous trouvons de gauche à droite le saxophoniste/flutiste derrière sa vitre, le très classieux bassiste qui jouera aussi beaucoup du Chapman Stick (2), le chanteur guitariste (dont l’instrument s’orne du visage marquant de la pochette du premier album) et enfin Robert Fripp, assis avec sa guitare devant un clavier. On se rendra rapidement compte que la Frippouille se contente du service minimum et laisse son groupe jouer en balançant sporadiquement quelques accords ou un solo erratique. Juste une caution pour dire qu’on a vu le vrai King Crimson, en même temps qu’un certain charisme expliquant que personne n’a osé enfreindre la règle annoncée en début de concert interdisant la moindre photo avant le signal du maître (il faut dire que la rumeur court que Mr Fripp est très haut dans l’échelle des connards et qu’il peut interrompre un concert à la moindre contrariété).

 

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Après « Epitaph », dans la tradition des slows 70’s jolis mais un peu chiants, a lieu le sommet du concert, à savoir une joute entre les trois batteurs sur une introduction de « Indiscipline » prolongée à l’extrême. A la manière d’une Battle amicale chacun va provoquer l’autre à grand renforts de roulements ou de coups à contre temps, ou au contraire en faire une imitation parfaite, le tout s’enchainant sans pause sur fond de quelques accords répétitifs. Du grand art ! Retour à l’ambiance plus posée du In the Court of the Crimson King, connaissant « Moonchild » j’estime le moment idéal pour faire un aller-retour aux toilettes, mais quand je reviens le titre a laissé place (un medley ?) à « The Court of the Crimson King », copieusement humhumé par le public qui semble composé pour majorité de bons connaisseurs plutôt que de curieux. Un titre assez emblématique qui semble avoir inspiré quantité de groupes (pas mal de noms bien ringards viennent en tête, quelques très bons aussi). Retour à un titre plus dynamique que mes potes identifient comme étant « Red » mais qui est noté « Radical Action II / Level Five » sur la setlist (j’avais pourtant cru aussi reconnaitre la mise en tension instaurée par la note montante de la guitare, peut-être est-ce une adaptation live du morceau ?). C’est je crois le moment où nous avons eu droit à un exceptionnel solo de batterie du plus jeune de la bande (Gavin Harrison, du groupe Porcupine Tree), mettant un point d’honneur à utiliser la moindre percussion et cymbalette de son set, en même temps qu’une véritable démonstration à la double pédale. Puis, pour le plus grand plaisir de Fred qui attendait ce titre en particulier, c’est « Starless » qui achève le set. Tony Levin a pour l’occasion saisi une basse (5 cordes, l’honneur est sauf…) qui marque d’un son rond et précis les parties lentes du morceau.

 

Moment tendu lors du traditionnel lancé de coussins (moins fourni que d’habitude, cependant), la crainte que Robert Fripp s’en prenne un au coin de la figure et que le concert en reste là est grande. Mis à part quelques instruments rangés précipitamment, il n’en est rien et le groupe revient pour conclure sur « 21st Century Schizoid Man ». Comme le dit Denis, 50 ans de carrière pour n’avoir comme seul tube que sa toute première chanson, c’est un peu la lose, mais bon il faut reconnaitre que c’est vraiment un morceau terrible. Finalement si je n’ai pas tout aimé (classique dans le Prog Rock où je n’apprécie souvent que des passages particuliers dans les longs développements des groupes), j’ai quand même pris plaisir sur une grande partie du concert, en particulier le dernier tiers. Et puis comme il y avait du spectacle sur scène et que j’étais avec des amis, je ne me suis pas du tout ennuyé. Je prolonge la soirée avec Fred au bar de Fourvière, avant qu’on ne nous en déloge et que nous rentrions à pied dans nos pénates respectifs.

  

(1) Le public est beaucoup moins hétéroclite qu’au Transbo, les jeunes sont rares… 

(2) Curieux instrument à 12 cordes joué en tapping des deux mains dont je mettrai longtemps à comprendre qu’il est à l’origine des sons de basse sur les premiers morceaux.

 

Setlist Magma : Köhntarkösz - Mekanïk destruktïw kommandöh - Ehn deiss 

Setlist King Crimson : Larks' Tongues in Aspic, Part One – Neurotica – Epitaph - Easy Money – Indiscipline – Moonchild - The Court of the Crimson King - Radical Action II - Level Five – Starless // 21st Century Schizoid Man

 

MAGMA:

 

KING CRIMSON:

 

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30 juin 2019

Duff McKAGAN - Tenderness

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Il n’est un secret pour aucun lecteur de ce blog que le premier groupe dont je devins fan fut les Guns N’Roses, alors que j’étais adolescent. Cela me valut, et me vaut encore, pas mal de moqueries, le plus souvent d’ailleurs de la part de personnes qui connaissent très peu le groupe. J’ai pu en être énervé ou attristé, mais je préfère aujourd’hui laisser courir, et ne pas regarder en arrière. Inutile d’essayer d’expliquer au pote narquois que si je n’avais pas, suite à cette rencontre, tourné le dos aux modèles qu’on me proposait, ce n’est pas le même homme qui se tiendrait devant lui (qui ne se tiendrait pas devant lui pour être plus exact, car nous n’aurions eu alors que peu de chance de nous croiser, encore moins d’être amis). Ainsi donc, en tant que fils ainé d’une bonne famille, m’inventais-je des grands frères rock n’ roll, dans mes connaissances comme virtuellement. Parmi ces derniers, celui que j’admirais le plus : le bassiste des Guns, Duff McKagan. Duff, non content de faire partie de la bande d’allumés qui allaient illuminer mon morne quotidien par ses frasques et ses excès, non content d’être un excellent musicien sachant jouer du sacro-saint trio rock (basse-guitare-batterie) dans des styles assez divers, était aussi un mec avec un cœur en or se tenant aussi loin que possible des polémiques et autres concours de kikis foisonnant dans le milieu du hard rock de stade. Issu de la scène underground de Seattle, il est resté proche de pas mal de musiciens qui seront plus tard étiquetés grunge, tandis que ses années pré-guns l’auront lié à toute la scène punk et glam metal de Los Angeles ; Duff est le bon pote par excellence, et le nombre de ses featuring et des groupes auquel il a participé est dithyrambique, qu’ils fussent très bon (l’unique album des Neurotic Outsiders avec Steve Jones) ou plus dispensables (the Taking, dernier album en date de son projet Loaded). 

 

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25 ans après son premier album solo (que j’avais, cela va sans dire, adoré), Duff revient donc dans un registre inattendu, mais assez logique : la folk, et plus exactement la country-folk. C’est qu’il s’en est passé des choses pendant ces 25 années : des hauts (le succès de Velvet Revolver, la récente tournée triomphale des Guns), des bas (la lutte contre ses addictions, la perte d’être chers) et surtout le mariage avec Susan Holmes (auquel il rend un vibrant hommage sur « Wasted Heart ») et la naissance de ses deux filles, aujourd’hui jeunes adultes. C’est tout ceci qui imprègne cet album principalement acoustique et posé, avec des thématiques et un recul qui parlent forcément au papa que je suis moi aussi devenu. Convoquant pedal steel et violon, Duff McKagan rend à l’Amérique le blues rock que les Rolling Stones lui avait brillamment emprunté, comme le fit avant lui le principal fournisseur de tubes des GNR, Izzy Stradlin’. Cela donne quelques passages caricaturaux (« Breaking Rocks »), mais surtout une authenticité d’autant plus réjouissante que Duff se place instantanément du bon côté de la barrière. L’amour de sa famille (loin d’être une pose pour qui suit son fb depuis des années) lui sert de pilier pour regarder le monde d’un autre œil, thème d’un album dont la tonalité est dévoilée d’emblée par le piano de la chanson éponyme. Avec la tendresse comme arme, Duff invite ses contemporains à décrocher de la télé et des fake news (« It’s not too late ») pour aller à la rencontre des gens comme il le fit pour des mineurs drogués (« Falling Down ») ou des sans-abris (« Cold Outside »). 

 

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25 ans séparent ces albums... et ces pochettes

 

S’il s’en défend, Duff signe donc avec Tenderness un manifeste anti Trump, à l’image de « Chip Away », l’un des rares extraits dynamique de l’album où les W.A.S.P en prennent pour leur grade. Et c’est indirectement qu’il enfonce le clou avec les deux titres les plus émouvants du disque : d’abord « Last September » où il apporte sa pierre au mouvement #metoo avec une histoire d’agression sexuelle dévoilant de belles qualité d’écriture sur un sujet difficile, ensuite avec le splendide « Parkland », sombre ballade sur les multiples tueries dans les écoles américaines. Si l’on ajoute « Feel », autre déchirante chanson en souvenirs de nombreux proches ayant perdu leur combat contre la dope, Tenderness n’est pas le naïf vœu pieux d’une star déconnectée des réalités du monde. Duff veut simplement délivrer un message d’espérance, lui qui a flirté avec la mort, en invitant à aller de l’avant malgré les épreuves, finissant l’album comme il l’avait commencé sur une note optimiste (« Don’t look behind you »). Sans fanfaronnade, il se livre avec une sincérité touchante et courageuse pour qui a été il y a longtemps le porte étendard d’une certaine attitude, suggérant, par l’exemple plutôt que par de vains discours, Comment Devenir un Homme. Tel un Grand Frère dont on serait toujours fier. 

 

      

 

 

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24 juin 2019

3 Rocks et un Coussin: KING GIZZARD, AMYL and the SNIFFERS, SHOW ME the BODY, Kevin MORBY

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Kevin MORBY - Oh My God

 

Kevin Morby, avachi sur son lit, le torse nu et l’œil blasé, ça tente quelqu’un ? Oh My God ! Pianotant nonchalamment quelques mélodies faciles sur des percussions minimalistes, Kevin nous invite à une sieste langoureuse (adjectif suffisant à décrire l’ensemble du disque), forçant le trait d’une ambiance déjà un peu trop développée sur son précédent disque City Music. Dans le genre c’est plutôt bien foutu, mais que celui qui réussira à ne pas piquer du nez à l’écoute de ces chansons farcies de chœurs féminins suaves et de saxophone larmoyant (l’instrument maudit par excellence) me jette la première couette. L’emballement relatif de quelques titres (« OMG Rock N Roll », « Hail Mary ») est vite calmé afin de ne pas troubler le sommeil réparateur de l’auditeur. Qui du coup aura la chance d’échapper à la redoutable intro de « Ballad of Faye ». Oh My Bed !

 

 

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KING GIZZARD and the LIZARD WIZARD - Fishing for Fishies

 

Après 5 ans de publications ininterrompues ponctués par une orgie de 5 disques sortis en 2017, King Gizzard and the Lizard Wizard avait pris une année de pause en 2018. Les voici de retour avec Fishing for Fishies, un disque qui n’était pas forcément attendu de mon côté compte tenu de leur discographie déjà imposante. C’était sans compter la qualité du combo Australien qui réussit la prouesse de me convaincre alors même qu’une certaine lassitude du garage rock psyche et autre post punk absorbé à haute dose cette décennie m’a progressivement envahi. C’est que le groupe mené par Stu MacKenzie est beaucoup moins linéaire qu’il n’en parait au premier coup d’oreille, et qu’il s’amuse à explorer différents styles au fil de ses enregistrements. Sur Fishing for Fishies, c’est essentiellement le boogie blues qu’ils honorent, alliant science du riff et maitrise technique ahurissante. Ressuscitant Canned Heat à coup d’harmonica (« This Thing ») et rythmique enlevée, swinguant sur un ultra mélodique « Fishing for Fishies » qui évoque les meilleures heures de… Phish, ou s’autorisant quelques écarts avec de la pop ensoleillée (« Real’s not Real ») ou des sons plus electro (« Cyboogie »), King Gizzard and the Lizard Wizard balance un album qui fout la patate et donne l’irrésistible envie de taper du pied pendant 45 minutes. Rare et salutaire.

 

 

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AMYL and the SNIFFERS - Amyl and the Sniffers

 

Pour son premier véritable album, Amyl & the Sniffers conserve l’inspiration et l’énergie qui nous avait d’emblée séduits sur l’excellent Big Attraction & Giddy up de l’année dernière. 11 titres pour une demi-heure de punk sauvage s’orientant parfois vers un hard rock braillard style Motorhead quand le guitariste se fend de quelques soli expéditifs mais joliment exécutés (« Monsoon Rock »). Rythmique carrée, riffs percutants et bien sûr charisme de la bruyante meneuse assurent une efficacité sans faille à un groupe qui titille une fois de plus notre nostalgie rock n’ roll et le folklore qui va avec, entre bagarres éthyliques et nanas rentre dedans, pour le meilleur et pour le pire. Si Amyl se la joue amoureuse délaissée (« Angel ») ou enthousiaste (le tube « Got You »), on la préfère en punk haineuse sur l’expéditif et explicite « GFY » (pour Go Fuck Yourself). Qui s’y frotte s’y pique, et la frontière semble mince entre le chanceux qui se fera secouer toute la nuit (« Shake Ya ») et la future cible qui aura à en découdre avec la furie blonde à la prochaine beuverie (« Punisha »). En tout cas, personne ne lui fera fermer sa gueule, comme elle le clame sur « Some Mutts (can’t be muzzled) », autre hymne en puissance qui clôture le disque. Et c’est tant mieux.

 

 

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SHOW ME THE BODY - Dog Whistle 

 

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Si ce simple schéma n’est pas suffisamment clair, disons que mis à part une intro trompeuse, un excellent titre quasi pop au regard du reste (« Arcanum ») et quelques passages lents qui se contentent d’être dissonants et désespérés, Dog Whistle est un album pour ceux qui trouvent que Shellac est un trio de joyeux boy scouts et que la prod de Steve Albini est luxuriante. Bref ça usine les oreilles.

 

18 juin 2019

HELLO DARKNESS + RADIOACTIVE PONIES - Samedi 08 Juin 2019 - La Triperie - LYON

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La saison a été difficile au niveau des répétitions à cause des multiples occupations des uns et des autres, mais nous tenions absolument à notre traditionnel concert annuel, alors que nous fêtons les 10 ans d’existence du groupe (si l’on prend comme point de départ le recrutement de Julien et le début de nos répètes en trio à la Croix Rousse). N’ayant eu que très peu de temps pour m’occuper de ce concert pour cause de déménagement, l’organisation se fit un peu à l’arrache, en comptant donc sur les amis : François qui nous ouvrait une fois de plus les portes de La Triperie, et Stéphane, ex-collègue de boulot, fidèle spectateur d’Hello Darkness et batteur au sein des Radioactive Ponies, qui rameutait son groupe comme première partie. Une fois l’objectif fixé, Hello Darkness se mit au boulot avec sérieux, et nous réussissions même à finaliser trois nouveaux titres (un record) pour récompenser un public composé essentiellement de potes qui viennent nous voir depuis une dizaine d’années donc.

 

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Le Jour J, la routine se mettait en place facilement, Damien et moi chargeant le matos à l’Hôtel de la musique et revenant pour 17h30 à la Triperie, rejoints par Seb et Julien tout juste sorti du travail, ainsi que les Radioactive Ponies venus à pied (il était convenu qu’ils joueraient sur notre matériel, toujours plus pratique dans un lieu où l’espace pour entreposer des instruments est réduit). Fait exceptionnel, aucun tracas ne viendra amener de stress supplémentaire et nous enchainons montage et balances sous l’oreille attentive de François, en scrupuleux gardien des décibels.

 

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C’est 20h, les Radioactive Ponies attaquent leur set constitué à part égales de reprises et de compositions. Le groupe mené par Guillaume, chanteur haut en couleurs responsable de l’affiche licornesque du concert, est aussi composé de Pierre-Alexandre,  guitariste précis, Florent, bassiste assez technique, et Stéphane, dont j’ai pu mesurer tous les progrès à la batterie depuis l’unique fois où l’on avait joué ensemble. Le répertoire est plutôt rock teinté de blues, en témoignent les reprises des Pixies, Yeah Yeah Yeah ou Black Keys ce qui est bien dans mes gouts et assez raccord avec l’ambiance d’Hello Darkness. Les compos sont à l’avenant et bien travaillées, et je suis content de pouvoir enfin assister à un concert de Stéphane. Mon passage préféré sera la reprise de « Dress » de PJ Harvey, chanson assez piégeuse dont les Radioactive Ponies se tirent avec honneur, en particulier Guillaume pour une partie de chant vraiment pas évidente. Après une heure de rock, « Helter Skelter » fait une belle conclusion à un concert qui s’est déroulé sans encombre.

 

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C’est relativement détendus que nous attaquons notre concert, devant un public de fidèles de la première heure, mais aussi quelques personnes qui ne nous ont jamais vus, dont Constance, ce qui fait bien plaisir. Le nombre modeste de spectateurs est compensé par les encouragements nourris, avec Ninie en meneuse enthousiaste et Mélaine en indéfectible soutien personnel. Le démarrage sur « Our Anthem » lance le set sur de bons rails, je retrouve mes marques facilement, jouant sur ma batterie à des réglages qui me sont familiers (à l’exception d’une crash en limite de scène bouffant un peu trop mon tom médian, et que je taperai donc de temps en temps inopinément lors de roulements rapides). Comme d’habitude à La Triperie j’entends très peu les guitares, ce qui ne m’a gêné que sur « Steam Roller », dont le tempo est ultra rapide et les enchainements assez difficiles, et qui en a donc été rendu un peu imprécis par moments. Mis à part ce titre, une première partie de « Stasis » trop rapide et deux ou trois breaks non tentés, je n’ai pas fait trop d’erreurs et j’ai trouvé que nous avions bien joué (1). Les trois nouveaux titres sont bien passés, ce qui n’était pas gagné d’avance. Si « Year of the Dog », morceau post punk bien tendu enchainé après « Beating Heart », était maitrisé depuis un moment, ce n’était pas le cas des deux suivants qui d’ailleurs figuraient en queue de setlist uniquement parce qu’on n’était pas sur jusqu’au dernier moment de pouvoir les interpréter à ce concert. « Le Veilleur » a une rythmique particulièrement difficile, tandis que pour « Journey », au tempo voulu très lent, c’est le chant bien dense qui est piégeux (Julien demandait d’ailleurs à Malo de venir lui servir de pupitre pour les textes, sans doute autant pour pouvoir se concentrer sur l’interprétation que pour des questions de mémoire).

 

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Les deux blagueurs d’Hello Darkness, Julien et Seb, avaient décidé de jouer l’éventuel rappel au chi fou mi, et ils étaient tellement contents de leur truc qu’il n’était pas question de quitter la scène sans le réaliser. Seb gagnant la partie, on lançait « Zembria » sur  les chapeaux de roues mais finalement terminions quand même sur la deuxième option, « Or Sleeping », suite à un timing favorable et quelques encouragements du public. Nos deux plus vieux titres, abandonnés depuis quelques temps et récupérés le mois dernier en vue du concert, passèrent mieux sur scène qu’aux dernières répétitions.

 

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Je suis donc satisfait, Seb plutôt content malgré je cite « un nombre de pains digne d’un boulanger », Damien n’a pris plaisir que sur la deuxième moitié du concert, quant à Julien il a selon ses dires tout raté (ce n’est pas vraiment ce que j’entends sur l’enregistrement de Ben mais bon, chacun son ressenti). Le public, qu’il nous connaisse bien ou pas, est positif. Arnaud et Ben, qui ont vu presque tous nos concerts, ont encore remarqué de beaux progrès et nous ont trouvé bien carrés. Quoi qu’il en soit, nous nous sommes bien amusés, il ne me reste donc plus qu’à remercier les excellents et sympathiques Radioactive Ponies, François -  l’indispensable tenancier de La Triperie, et tous ceux qui sont venu en ce samedi écouter nos chansons sur lesquelles nous travaillons durs tous les Mercredi Soirs, ou presque… A bientôt ! 

 

(1)    L’ami Ben ayant eu la riche idée d’enregistrer l’intégralité du concert, j’ai pu me faire une idée plus précise de notre prestation en la réécoutant. J’ai noté quelques errements guitaristiques sur « Endless Rain », un peu d’appréhension sur le chant de « Pluie de Flèches » et, surtout, le classique « tempo  trop relevé de concert » sur quasiment toutes les chansons, qui explique les pains de chacun d’entre nous ici ou là. Mais globalement c’est quand même réussi.

 

Setlist : Our Anthem - Steam Roller – Katrina Ghost – Endless Rain – Pluie de Flèches – Stasis – the Long Road – the Beat - Beating Heart – Year of the Dog – Le Veilleur – Journey  //  Zembria - Or Sleeping

 

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10 juin 2019

This Is Not A Love Song Festival (Part 3) - Samedi 01 Juin 2019 - NIMES

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La journée débute comme la précédente, mis à part que nous sommes un peu plus en forme et que nous profitons enfin de la piscine (sauf Constance, qui est encore plus frileuse que moi). Nouvelle partie de Shazam, nouvel apero, c’est le farniente absolu et il faut se faire violence pour nous diriger vers le Tinals où les SHONEN KNIFE sont programmées à 17h45 (nous n’avons même pas tenté les dédicaces Bds malgré la présence de mon cher Fabcaro). D’ailleurs nous sommes en retard et le groupe est déjà sur la grande scène extérieure quand nous arrivons.

 

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Présentées comme une des sources d’inspiration de Kurt Cobain (ce qui ne nous apprend pas grand-chose mais doit surement être vendeur), les SHONEN KNIFE sont un trio pétillant de dames d’un certain âge : il est cependant difficile de deviner leurs presque  40 années de carrière sur des visages éclairés en permanence par un immense sourire. Musicalement, on ne va pas tourner autour du pot : c’est du punk plagié sur les Ramones (1), avec quelques incursions dans un hardcore festif. Non seulement j’aime bien leurs chansons, mais le concert est hyper fun et délirant, entre les diverses chorégraphies, les figures imposées style rocks stars et les interventions joyeuses des deux frangines qui se partagent le micro. J’apprends ainsi qu’un album live est sorti récemment, et je ne résisterai certainement pas à la tentation de l’acquérir.

 

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Après cette introduction punchy de nos Manga Ramones, nous profitons d’un trou dans la prog pour nous poser avec de bonnes bières au Barrio, où l’inévitable et délirant Sound-Truck est pour l’instant en pause. Une bonne heure de discussions et de selfies plus tard, nous retrouvons le gang des lyonnais et nous positionnons devant la petite scène pour le très attendu concert de FONTAINES DC, auteurs pour l’instant de mon album préféré cette année. La hype a d’ailleurs contaminé le site, puisque lors des balances c’est une foule compacte qui se presse et s’interroge : pourquoi le chanteur n’est pas là, pourquoi on n’entend pas le guitariste qui le remplace sur « Hurricane Laughter » ? Mais ouf, alors que le véritable concert commence, voilà notre tête à claques de Grian Chatten qui apparait et commence à tourner comme un lion en cage sur l’intro de « Hurricane Laughter » lancé par ses acolytes dans une configuration identique à celle du Sonic, où on les avait découvert (ils sont juste moins bourrés et mieux coiffés).

 

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Dommage d’ailleurs de griller en début de set leur meilleure cartouche, d’autant que le titre suivant, le mollasson « the Lotts », fait direct retomber la sauce. Le groupe enchaine par la suite tous ses irrésistibles tubes, depuis mon favori « Too Real » jusqu’au hit « Boys in the Better Land », devant un parterre remuant conquis d’avance. Finir par le titre le plus court et le plus radical de Dogrel, le manifeste « Big », est une excellente idée, une conclusion à l’image d’un set expéditif, sans fioritures mais sans surprises.  Le quintet se barre sans un mot un quart d’heure avant l’horaire prévu, un gigantesque bras d’honneur qui a du bien faire chier ceux qui étaient venu spécialement pour eux. Maxime est révolté, ce que je comprends moins : j’essaye de lui faire prendre conscience que ce départ anticipé est à peu près la seule chose qu’on puisse qualifier de punk dans leur prestation, mais peine perdue. Pour ma part j’ai bien aimé la concision du set (les 3 morceaux non joués de l’album n’auraient fait que l’alourdir) et n’en demandais pas plus au groupe, mais le concert n’aura fait qu’alimenter mes doutes sur son futur : à un moment l’attitude ne suffira plus, et il faudra réécrire des chansons.

 

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Rien ne me tente dans ce qui est programmé l’heure suivante, il est temps d’aller chercher le casse-croute préparé à l’avance et posé à la consigne, d’autant que la suite va être intense. On mange sur un pouf en écoutant de loin les DIRTY PROJECTORS, un groupe que Denis a adoré par le passé mais qui l’a déçu sur ses derniers disques.  Des réserves s’imposent vu le degré d’attention que j’ai porté au concert, mais je n’ai pas du tout aimé ce que j’ai entendu, le groupe me semblant entrer dans le style de pop ultra produite à la Animal Collective que j’avais surnommé le Rock de Laboratoire. La suite, c’est encore sur la petite scène extérieure avec RENDEZ-VOUS, groupe français que nous attendions de voir avec impatience tous les trois. Si j’ai apprécié et pas mal écouté Superior State, leur album sorti l’année dernière, je ne lui ai pas cependant réservé l’accueil qu’il méritait, le problème étant qu’il vient après une énorme vague de Post Punk similaire dont je commençais à être un peu fatigué (je pense notamment aux albums de Frustration). Pour le moment, RENDEZ-VOUS attaque son concert avec deux morceaux que je ne connais pas un peu éloignés de ce style, plutôt dans une surprenante veine Indus-Gothique. Par la suite, les parisiens reviennent à des sonorités plus attendues, en l’occurrence les trois premiers morceaux de Superior State, mais avec un son nettement plus brutal que sur disque. Le claviériste, le guitariste, l’ex batteur des Quetzal Snakes et le sombre bassiste/chanteur raide comme un i entourent un leader agité alternant claviers, guitares ou beuglements et motivant un public nombreux qui ne lésine pas sur le pogo et les slams. Denis et Constance désirant s’avancer un peu, je joue des coudes mais me retrouve seul comme un con au moment d’affronter les mêmes imbéciles qu’à It It Anita. J’ai subitement la moitié du crâne douché de bière, et vu le nuage de poussière dans lequel on évolue je me retrouve bien vite avec une tête de troll. Après ce coup-là, on va moucher marron pendant un bon moment…. Le groupe n’en a cure, et déroule son set avec un sérieux à la limite de la suffisance, enchainant les titres où les solides lignes de basse ne s’arrêtent jamais. Une belle performance, peut-être un peu trop linéaire pour me laisser à terme un souvenir plus précis qu’une intense tranche de rock empoussiérée.

 

low - yoann galiotto

 

Se profile maintenant l’un des clash les plus cornéliens du Tinals. SHAME et LOW sont pourtant aux antipodes l’un de l’autre mais tous deux ont excellente réputation sur scène, et tant notre trio que de nombreux festivaliers sur facebook regrettaient vivement le fait de les avoir mis en concurrence. Pouvoir assister à un concert de LOW en festival et en intérieur est une chance à ne pas manquer, car je n’aurais pas payé pour les voir spécifiquement (et d’ailleurs je ne l’ai pas fait lors de leur récent passage à l’Epicerie Moderne). Je ne suis en effet pas un très grand fan du groupe, ayant picoré leur discographie et, bien qu’il y ait toujours eu une part de superbes morceaux  dans les disques que j’ai écouté, n’ayant finalement eu comme coup de cœur que le très vieux the Long Division. Quant à leur dernier disque, le clivant Double Negative, je ne l’ai tout simplement pas compris, considérant l’ubuesque production expérimentale comme un véritable gâchis. Je suis très curieux d’entendre comment tout ceci va être retranscris sur scène, et puis ça me changera un peu du gros son entendu jusqu’à présent ce week end (et dans le pire des cas si je m’emmerde je retournerai voir SHAME). Constance et Denis ont le même raisonnement, nous voilà dans la grande salle au milieu d’une fosse ayant récupéré semble-t-il tous les cheveux gris du festival.

 

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LOW attaque son concert dans la pénombre, éclairé en contre-jour par trois rideaux de néons-écrans du plus bel effet (mais j’imagine un cauchemar pour les photographes). Sereins, élégants et souriants, les trois membres du groupe posent une ambiance captivante par des boucles lancinantes sur lesquelles les voix d’Alan Sparhawk et Mimi Parker viennent saisir l’auditeur. La cohérence du set est évidente, les chansons de Double Negative (une moitié de la setlist), débarrassées de la plupart  des bidouillages de studio, se mêlent parfaitement à une sélection précise de vieux titres courant du premier album (1994) au Ones and Sixes de 2015. Cette diversité, et l’enchainement de chansons moins longues que je ne l’imaginais (mis à part « Do you Know How to Waltz » et son drone saturé post rock final) donnent un relief inattendu à un concert qu’on n’a pas songé une seconde à quitter, même en ne reconnaissant que deux titres à tout casser (« No Comprende » et « Monkey », titre le plus rock sur la dizaine interprétée).  Une heure de musique intense que j’ai beaucoup aimée, malgré une fin un petit peu abrupte. Denis et Constance sont eux carrément bouleversés, LOW a vaincu nos doutes respectifs : c’est ce qu’on appelle le talent.

 

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Il n’est donc pas évident de se remotiver et de bouger à l’autre bout du site pour le concert de PRETTIEST EYES, où nous retrouvons le gang des Lyonnais, pour la plupart enchantés du tabassage en règle opéré par SHAME sur la grande scène. De toutes manières nous n’avons pas le choix, il est impossible d’accéder à l’intérieur de la Paloma à cause d’un second concert de FONTAINES DC que les organisateurs ont eu l’idée improbable de programmer dans un Patio très largement sous-dimensionné (et tant pis pour ceux qui voudraient juste récupérer leur sac ou se placer en avance au Club pour le concert de SCARLXRD). PRETTIEST EYES est un trio claviers/basse/batterie qui balance un garage blues hyper entrainant, nonobstant quelques petits défauts (toujours sceptique sur le concept de batteur/chanteur, et puis l’effet d’écho à la Jane’s Addiction sur la voix est assez irritant). On aurait pu se laisser entrainer à l’image d’un public assez fourni, mais j’ai un peu l’esprit ailleurs, tout à mon inquiétude de rater le concert censé terminer sur un coup d’éclat ce week-end génial : SCARLXRD.

 

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Si SCARLXRD (prononcer Scarlord, le guss remplaçant tous les o par des x dans les titres de chansons) évolue dans un style qui m’est étranger, le hip hop, sa musique de rage et de fureur, entre hurlements et gros son quasi industriel, me parle assez (j’avais d’ailleurs apprécié l’année dernière le concert de Ecca Vandal dans un créneau similaire). Bref j’ai bien aimé son album 0000.Infinity, et me voyais déjà me défouler une dernière fois sur cet ultime concert original. Hélas, c’était sans compter cette maudite jauge qui nous interdisait tout accès au Club. Après 10 minutes de queue où j’entrevois juste le bond d’une silhouette musclée au travers de la porte, nous renonçons et décidons de partir après un bref salut aux potes. Très déçu par ce final avorté et voyant que les au-revoir s’éternisent, je retente ma chance un quart d’heure après et finit par pénétrer dans un Club chaud bouillant mais largement assez aéré pour accueillir un bon nombre de spectateurs supplémentaires. J’aurais donc finalement droit à une petite moitié de set de SCARLXRD, qui tient plus de la performance que du concert à proprement parler. Le jeune rapper anglais ne chante que sporadiquement sur des boucles balancé par un acolyte aussi remuant que lui. L’idée est plutôt d’entrainer le public à coup de harangues, de sauts et de danses sportives ininterrompues. Cela fonctionne plutôt bien, même si je serais curieux d’avoir l’avis de vrais spécialistes de hip hop sur ce genre de show en quasi playback (2).

 

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 Le trio le plus Rock de cette Edition 2019 !

 

Il est temps de faire un petit bilan de cette édition 2019 du TINALS. L’ambiance est toujours aussi géniale, le site, les bénévoles, les petits à coté qui facilitent la vie du public en font le festival le plus agréable que je connaisse. Avec Denis et Constance, un logement confortable et le soleil en prime, le week end fut merveilleux. Coté musical, il faut quand même pousser un coup de gueule : c’est inacceptable de ne pas pouvoir assister aux concerts souhaités en ayant payé son billet. On espère que l’organisation reverra sa copie quant à la programmation des groupes  suivant l’heure et la taille des salles, car non seulement les blocages sont inadmissibles mais la peur de louper un concert favorise l’immobilisme au détriment du papillonnage propice aux découvertes. Le résultat de ce line-up est que, malgré les nombreuses jolies trouvailles dont le Tinals a le secret qui émaillaient la programmation sur le papier, je n’ai fait que très peu de découvertes cette année: vraiment dommage. Pour le reste la plupart des groupes attendus ont tenu leur rang, le son était bon et j’ai pu voir pour la première fois quelques artistes cultes ou jeunes combos prometteurs : Top ! En regagnant la Calexicomobile de Papa, nous croisons le groupe de Maxime qui fait une photo souvenir sur l’esplanade : en voilà d’autres qui n’ont pas passé un morne week-end. Nous avions choisi de dormir une nuit supplémentaire et de partir le lendemain vers Lyon. Sage décision que nous avons payée en embouteillage bien lourdingue. Manière comme une autre de réaliser que la fête était finie, et qu’il nous faudrait péniblement revenir à notre quotidien. Jusqu’à l’année prochaine. 

 

(1)    D’ailleurs j’apprends sans réelle surprise en rédigeant cet article qu’elles ont sorti un tribute album appelé Osaka Ramones. 

(2)    Denis m’a bien parlé de la ridicule performance de Rico Nasty, mais c’était aussi musicalement très pauvre apparemment.

  

Setlist de Fontaines DC: Hurricane Laughter - The Lotts - Chequeless Reckless - Too Real - Sha Sha Sha - Liberty Belle - Boys in the Better Land – Big 

Setlist de Rendez-Vous: Intro – Euroshima – Double Zero – Paralysed – Sentimental Animal – Exuviae – Workout – Distance – Last Stop 

Setlist de Low: Quorum - Dancing and Blood - Always Up - No Comprende – Monkey - Do You Know How to Waltz? – Lazy - Always Trying to Work It Out - Especially Me – Fly - Disarray

 

PHOTOS: Shonen Knife = abc / Piscine = Constance / Fontaines DC 1 + Low 2 + Scarlxrd  + photo bonus = Moi / Fontaines DC 2 + Rendez-Vous 1 + Prettiest Eyes = Robert Gil (photosconcerts.com) / Rendez-Vous 2 = Lolito de Palermo / Low 1 = Yoann Galiotto / Rock Trio = un gentil festivalier

 

SHONEN KNIFE: 

FONTAINES DC: 

RENDEZ-VOUS: 

LOW: 

PRETTIEST EYES: 

SCARLXRD: 

 

BONUS! on est pas bien, là, au TINALS, décontracté des oreilles....

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07 juin 2019

This Is Not A Love Song Festival (Part 2) - Vendredi 31 Mai 2019 - NIMES

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Le programme de cette journée du Vendredi est clair : glander. Aussi après avoir fait un effort ultime en allant faire les courses au Super U du coin, nous décidions de renoncer à toute sollicitation extérieure et de remettre notre baignade à la piscine au lendemain. Oui, parce que notre logement qualifié de bourgeois par certains jaloux, confortablement  situé au milieu d’une calme et arborée propriété fermée (curieusement installée dans une ancienne carrière romaine), était de surcroit doté d’une grande piscine. Le lieu parfait donc, mis à part la colocation avec quelques très gros spécimens d’insectes et d’arachnides qui nous valurent notamment l’une des scènes les plus poilantes du week-end : voir Constance jaillir dans un hurlement des toilettes où elle venait d’entrer,  telle une diablesse débraillée de sa boite à ressort. Elle venait de faire connaissance avec une énorme blatte, dès lors affublée du surnom de Régine. Inutile de dire que la détestation des petites bêtes associée au véganisme chez notre camarade fut une bonne source de taquineries pour Denis et moi. L’après-midi se passait entre bouffe, discussions animées, consultation silencieuses de nos portables et une sympathique partie de Shazam. C’est un jeu de questions et de blind test sur différentes catégories musicales qui se joue à plusieurs et à la fin c’est Denis qui gagne. Bref, on est tellement bien qu’il devient difficile de s’arracher à notre jardinet et que nous arrivons tout juste à l’heure pour BIG THIEF, programmé à 18h40 sur la petite scène extérieure.

 

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Auteurs d’un charmant album cette année (U.F.O.F), BIG THIEF pouvait tout aussi bien me barber que m’émouvoir sur scène. Je ne pensais pas autant apprécier leur prestation, mais elle s’est avérée idéale pour ce début de soirée. La musique délivrée est une pop rock mainstream mais souvent agrémentée de passages bien tendus, qui m’évoque un peu les débuts des Cranberries. Le fait que le leader soit une frêle jeune femme lumineuse entourée de trois gars (guitare, basse, batterie) attentifs à ses moindres gestes n’y est peut-être pas étranger. Adrianne Lenker a les cheveux ras laissant entrevoir ce qui semble être une cicatrice au crane, un beau sourire malgré une dent manquante, son corps et son attitude racontent la même histoire qu’un chant qui m’embarque. Une histoire qui semble contenir son lot de blessures, dans des éclats saturés d’une guitare rageusement maltraitée interrompant parfois des mélodies simples et efficaces. Et pourtant quel bonheur de jouer montré par le quatuor, dont l’amateurisme relatif est très largement compensé par la sincérité ! Que cela fait du bien de voir un concert vivant, loin des shows formatés de bien des dates de festivals, surtout après la journée d’hier ! Le dernier titre, un « Cattails » beau à pleurer, finit de me convaincre de creuser un peu plus la discographie de BIG THIEF  (trois albums à leur actif).

 

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Avant de retourner dans la grande salle de la Paloma, nous déposons nos sacs à la consigne. Si les demoiselles des éditions précédentes ne sont plus au comptoir, l’accueil est toujours aussi souriant et sympathique, un bonus non négligeable à ce gros point fort du TINALS (quiconque a déjà pogoté avec un sac à dos sait de quoi je parle). Voici donc DTSQ, curiosité venue de Séoul qu’un coup d’œil à la pochette de leur disque Neon-Coloured Milky Way (2018) que j’avais bien apprécié suffit à catégoriser : du rock psyche. Le morceau d’introduction, « Stay Puft Marshmallow Man is Coming », est d’ailleurs parfaitement caractéristique du genre et lance idéalement le concert. Sur une base dont l’ADN est à chercher du côté des grands groupe de hard rock ou psyché des 70’s, DTSQ vient s’inspirer de sonorités plus modernes popularisées par Thee Oh Sees ou King Gizzard, auxquels ils font penser sur les tempos les plus rapides (« Mind Game »). A la manière des prolifiques australiens, le quatuor de séoul sait nuancer son propos, entre rythmique plus ambient évoquant Air (passages un peu moins convaincants que le reste) ou Krautrock étiré en développement répétitifs irrésistibles (« the Brain Song »). Le public est conquis d’autant plus que le groupe semble aussi ravi que surpris de jouer devant une telle affluence. Le souriant frontman, casquette vissé sur la tête, aura mis tout le monde dans sa poche en début de set lorsqu’il aura diffusé à l’aide de son portable quelques phrases enregistrées et traduites en français. Une attention à l’image d’un bon concert où la technique (excellente paire rythmique) n’aura jamais pris le pas sur le fun.

 

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Constance et Denis ont bien aimé aussi et sont restés comme moi jusqu’à la dernière minute. Nous marchons donc d’un bon pas vers la grande scène extérieure ou Courtney BARNETT vient d’attaquer son set. Si j’avais vraiment aimé son premier disque, j’ai trouvé assez chiant celui en duo avec Kurt Vile et le Tell me how you Really Feel  de l’année dernière, ce n’était donc pas gagné d’avance pour ce concert. Disons-le clairement, la seule originalité de Courtney BARNETT, c’est qu’elle est gauchère et qu’elle arbore une improbable coupe mulet qui n’arrive cependant enlaidir son joli minois souriant. Musicalement, on oscille entre un folk-rock stonien mid-tempo à la Liz Phair et un grunge bien énergique qui a ma préférence. Je ne m’attendais cependant pas à une telle présence, Courtney BARNETT bougeant sur scène dès qu’elle en a l’occasion (quand elle ne chante pas donc), levant haut sa guitare lors de soli exécutés à l’arrache mais sans faux pas ou haranguant le public d’un ton dynamique. La formule trio fonctionne parfaitement, les musiciens sont excellents et semblent s’entendre à merveille, je passe donc un bon moment même sur les morceaux un peu basiques. La setlist est d’ailleurs habilement construite de telle manière que le titre joué est souvent meilleur que le précédent, un crescendo finissant en apothéose sur deux tubes bien appuyés pour le plus grand bonheur d’un public enthousiaste. Je ne regrette donc nullement d’être resté jusqu’à la fin, pas plus que Denis et Constance ne regretterons de s’être rapidement enfuis pour assister à la performance de LIZZO, artiste hip-hop déjantée ayant enflammé la grande salle (La bUze a fortement apprécié aussi).

 

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Me voici donc solitaire, et, échaudé par les différents blocages de la journée précédente, je mange rapidement pour me placer bien en avance dans la grande salle ou Stephen MALKMUS est programmé. Précaution inutile, puisque Denis et Constance m’y rejoindront plus tard, mais on ne sait jamais, c’est bien ça qui est pénible avec cette affaire. Cela me permet néanmoins de me retrouver parmi un bon groupe de fans ultimes de Pavement qui causent tandis que MALKMUS fait tranquillement ses balances à deux mètres de nous. Détendu, il fait même un signe de la main à un gars qui l’interpelle, et montre fièrement le T-Shirt qu’il arbore sous une chemise à carreaux ouverte, sur lequel on croit lire Pavement. Le gars en question explique ensuite à une copine qu’à une époque il faisait partie d’un tribute band nommé Lavement (d’où la poire sur le T-Shirt, je m’en rends compte maintenant), qu’il en a offert un T-Shirt à MALKMUS et que ce dernier l’a mis ! (1) C’est dire la coolitude du gars, le genre de mec qui n’a tellement plus rien à prouver qu’il peut tout se permettre. Son groupe est tout aussi détendu, la bassiste affiche un sourire goguenard aux pitreries de son leader et du claviériste/guitariste rigolo, tandis que le batteur avoine son instrument avec un large sourire et un ventilateur dans la gueule qui fait flotter sa tignasse.

 

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Les JICKS ne sont pas forcément meilleurs musiciens que Built to Spill, leurs compositions ne volent pas à des kilomètres au-dessus, mais les deux concerts n’ont absolument rien à voir. Stephen MALKMUS and the JICKS déroulent une setlist essentiellement composée de titres de Sparkle Hard (album que j’avais assez aimé, à l’inverse du disque solo de cette année), qui prennent une ampleur supplémentaire sur scène. J’aime le jeu de MALKMUS, dans ses arpèges les plus mélodiques (ceux de « No one is » qui introduisent le concert par exemple), dans ses solos improbables et surtout dans la manière qu’il a de diriger des chansons vers des contrées inattendues, pics de décibels et de roulements alternant avec passages feutrés, comme sur le final exceptionnel de « Kite ». Certains titres évoquent furieusement Pavement (« Shiggy », « Middle America »), d’autres lorgnent vers le rock progressif (« Future Suite »), quasiment tous m’ont plu, notamment un « Cast Off » confirmant que MALKMUS est le seul artiste à pouvoir chanter aussi faux avec classe. Ninie est à fond tout du long, des étoiles dans les yeux et le sourire au bec en fixant son idole, c’est émouvant à voir. On regrettera simplement que le concert ne se soit pas achevé sur un titre aussi intense que « Baltimore » plutôt que sur la bancale ballade « Freeze the Saints » et le banal « Difficulties/Let them eat Vowels » finissant dans une queue de poisson qui arrache un rire au groupe et  un commentaire acerbe à Denis, revenu avec Constance d’un James BLAKE que je ne serais allé voir pour rien au monde.

 

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Mine de rien, IT IT ANITA est peut-être le concert que j’attends le plus du festival. Je ne les ai jamais vus et leur album Laurent, qui n’a fait qu’une brève apparition dans mon top 2018 pour cause d’écoute tardive, n’a cessé de tourner chez moi au premier trimestre de cette année. C’est pour cette raison, et vu le bordel autour de chaque concert programmé au club (la petite salle intérieure), que je m’installe avec presque une heure d’avance devant la scène, zappant le blues créole de DELGRES que je serais bien allé écouter par curiosité. Quasiment tous les copains ont fait le même pari gagnant, notamment Maxime et son groupe de potes, déjà croisé à plusieurs reprises pendant le festival. IT IT ANITA  s’échauffe rapidement avec un instrumental bien abrasif, « Tanker 2 (part 1) ». Je définirais leur musique comme du Shellac avec une touche improbable de Girls in Hawaii et de Sonic Youth. Un mélange qui fonctionne bien même si en live la part la plus large est réservée à la noise, avec pour seule respiration pop « Denial », interrompue par un instant chorale où les 4 membres du groupe s’aligneront devant la scène pour diriger un public très connaisseur. Il y a deux chanteurs guitaristes qui se font face, un jeune moustachu et un leader casquetté au look de présentateur sportif. Derrière, un solide bassiste et un batteur torse nu à la musculature imposante et au regard n’exprimant que deux mots (taper et batterie), eux aussi installés latéralement au public.  

 

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L’un des points forts du groupe, outre des compos explosives mais dont l’agressivité ne masque pas des refrains assez mélodiques pour bien rester en tête (« Say No », grand moment de beuglements collectif), c’est la complémentarité des chanteurs qui se répondent souvent pour une efficacité décuplée (le bassiste participe aussi, et il n’est pas en reste question volume sonore). Meilleur exemple, « User Guide », qui remet un coup de tension à la fosse. Heureusement d’ailleurs que le concert est de haute volée, car il faut supporter les débiles qui confondent pogo et match de rugby et qui monopolisent une partie de mon attention (pour résister à la tentation de les latter un bon coup). IT IT ANITA  enchaine les tueries, dont beaucoup extraites de Laurent, jusqu’à « Another Canceled Mission », qui va prendre une tournure aussi inattendue qu’incroyable. Alors que ses camarades continuent à jouer, le batteur commence tranquillement à ramener une partie de son instrument au milieu de la fosse. Grosse caisse, caisse claire, charley, cymbale, tabouret flottent de la scène jusqu’à mes pieds et à ceux de Maxime qui, déjà émoustillé par le physique de la bête (je sais maintenant à quoi ressemble un acteur porno gay), manque de défaillir et filme la scène avec force zooms. Ce n’est que le début d’un bordel général qui va se finir avec l’ensemble du groupe au milieu du public, un deuxième déménagement de batterie un peu plus loin, et un titre s’étirant jusqu’à un dernier baroud d’honneur ultra explosif. Moi qui avais retiré mes protections auditives pour cause de son un peu faiblard (seul défaut du concert avec les cons de la fosse), me voilà avec les oreilles en feu suite à ce débarquement de percussion surprise. 

La performance donne lieu à des discussions enflammées au sein de notre groupe, j’ai pris une bonne baffe et ne manquerais pas de revoir IT IT ANITA  sur scène si par chance ils passent du coté de Lyon. Un concert en point d'orgue d'une journée vraiment bonne, faite de découvertes, de confirmations et surtout de beaucoup de bonheur. On en espère autant pour le lendemain, il est grand temps d’aller rejoindre Régine… 

 

(1)    Certains y ont même vu un clin d’œil à la reformation du groupe pour quelques concerts annoncée ce week-end. On les comprend, vu que la première lettre du nom du groupe était cachée par un pan de la chemise.

 

Setlist de Big Thief : Real Love – Not – Capacity - Shark Smile - Forgotten Eyes - Those Girls – Masterpiece – Contact – Mary - Cattails  

Setlist de Courtney Barnett: Avant Gardener - City Looks Pretty - Small Talk - Need a Little Time - Nameless, Faceless - I'm Not Your Mother, I'm Not Your Bitch - Crippling Self Doubt and a General Lack of Self Confidence - Small Poppies – Depreston - Elevator Operator - Everybody Here Hates You - Nobody Really Cares If You Don't Go to the Party - Pedestrian at Best 

Setlist de Stephen Malkmus and the Jicks: No One Is (As I Are Be) - Bike Lane - Future Suite – Shiggy - Solid Silk – Lariat – Kite - Cast Off – Rattler - Middle America – Baltimore - Freeze the Saints - Difficulties / Let Them Eat Vowels 

Setlist de It It Anita: Tanker 2 (part 1) – 25 – User Guide – GOD – Templier – Say No – Denial – NPR – 11 – Another Canceled Mission (Setlist fournie par le groupe à la demande de Constance !!!)

 

PHOTOS: Big Thief 2 + DTSQ + Stephen Malkmus 1 + It It Anita 1 = Robert Gil (photosconcerts.com) / Courtney Barnett = Nina Fractal / Farniente + Big Thief 1 + Stephen Malkmus 2 + It It Anita 2 = Moi

 

BIG THIEF:

DTSQ:

 Courtney BARNETT:

 Stephen MALKMUS and the JICKS:

  

 IT IT ANITA:

05 juin 2019

This Is Not A Love Song Festival (Part 1) - Jeudi 30 Mai 2019 - NIMES

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Marasme professionnel, marathon d’un changement d’appartement touchant à sa fin, vie familiale intense, plus que jamais le traditionnel break printanier du This Is Not A Love Song festival à Nîmes me semblait salutaire. Une perspective d’autant plus réjouissante que je ne passerais pas les 3 jours en solitaire comme l’année dernière, mais avec deux amis bien branchés musique : Denis, alias l’ex-voisin du 5eme, plume sur pichenettes.org et critique musical aux convictions tranchantes sur Facebook.  Et Constance, squatteuse de fosse lyonnaise underground, reconnue par tous fan de groupe obscur ayant fréquenté le Sonic. Coté affiche, aucun nom indispensable mais une programmation à la qualité générale indéniable qui m’avait décidée assez tôt à venir (l’inverse de l’édition précédente, donc). L’organisation avait annoncé d’emblée son désir d’abandonner les grosses têtes d’affiche au profit d’une programmation pointue et/ou novatrice, intention louable qui s’accompagnait hélas du retour des concerts à jauge très limitée à La Paloma, gros point noir d’un festival par ailleurs toujours aussi sympathique.

 

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En ce jour de l’Ascension, la route vers le Paradis débutait métro Garibaldi où notre trio se voyait renforcé par Ninie, de retour au TINALS par amour pour Stephen Malkmus après 4 ans d’absence, et Claire, la fille discrète qui se transforme en redoutable punkette après quelques bières. Ma Calexicomobile embarquait tout ce beau monde pour un trajet sans encombre, LCD Soundsystem faisant consensus sur l’autoradio même si, étant un homme de tradition (1), je sortais pour son tour de piste annuel le How to Stop your Brain in an Accident de Future of the Left. Nous passons devant le site de la Paloma mais il faut d’abord poser les filles, prendre possession de notre location bien agréable mais relativement éloignée, s’équiper de notre tenue du parfait petit festivalier, avant de reprendre la bagnole pour se garer sur la piste de l’aérodrome aménagée en fort pratique parking.

 

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Il est donc 19h30 quand nous entrons enfin sur le site, intéressés avant tout par une bonne bière fraiche. Premier concert et premier clash, le line-up de cette édition étant particulièrement incompréhensible, avec un embouteillage de groupes programmés entre 20h et minuit et des groupes de même style souvent mis en concurrence. A l’écoute de leurs disques respectifs, j’avais privilégié Aldous HARDING à BLACK MIDI, jeune combo de Math Rock dont je trouvais la musique trop cérébrale et complexe. C’est donc par un concert calme et délicat que j’entamais mon festival, et si j’eus préféré me défouler avec du son plus bourrin, l’heure passée en compagnie de la jeune néo-zélandaise a été agréable à défaut d’être bouleversante. La très belle voix d’Aldous HARDING survole des compositions folk subtilement rehaussés par les notes précises d’un quatuor aux ordres (claviers, guitare, basse et batterie/trombone). Je pense à Essie Jain qui dans un même registre m’avais cependant beaucoup plus marqué lorsque je la découvris il y a 10 ans en première partie d’Emily Jain White. Je reconnais quelques extraits de Designer, frôle l’ennui par moment mais décide de profiter jusqu’au bout de ces chansons mignonnes malgré les grimaces surjouées de leur compositrice, attitude irritante et complètement inutile. Constance prend la même option à l’inverse de Denis qui aura rapidement fuit pour assister à la fin d’un concert de BLACK MIDI parait-il fantastique.

 

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Petit grain de sable dans notre organisation, nous n’avons pu faire les courses pour cause de jour férié : me voilà donc à faire la queue pour une maigre pitance bien chère payée, diner passé en compagnie de Constance posés sur les poufs toujours accueillants mis à disposition pas loin de la grande scène extérieure. J’entends donc le début du set d’INSPECTOR CLUZO, leur musique semblant tout à fait à l’image du hot dog / frites que je suis en train d’avaler : grasse et lourdingue. Mais vite, c’est l’heure du tant attendu concert de SHELLAC, ceux-là même qui m’avaient mis une de mes plus grosses baffes live dans cette même salle de la Paloma, il y a deux ans. Nous rejoignons Denis pour nous placer dans la fosse, mais je ne verrais pas mes copains bien longtemps, happé par le pogo dès le début des hostilités lancées par le trio de Seattle à leur entrée sur scène. La configuration est identique à la dernière fois : Steve Albini avec sa guitare ceinture et le bassiste Bob Weston encadrant l’exceptionnel Todd Trainer dont le jeu de batterie ne cesse de me fasciner. L’équité rare entre les 3 instruments, qui se répondent, se concurrencent ou s’effacent au sein de chaque morceau, est une des particularités qui m’attire spécialement chez SHELLAC, en plus évidemment de leur son abrasif et de la radicalité de leurs compositions.

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Si j’ai depuis rattrapé mon retard et acheté l’ensemble des albums, le dernier en date reste mon préféré et le seul que je maitrise vraiment. Je serais gâté, entre « Compliant » en tout début de set, le formidable final sur « Dude Incredible » et l’indispensable « Riding Bikes » dont le refrain ne peut que se hurler. J’avoue avoir eu du mal à identifier le reste, et je reconnaitrais les brûlots plus par le souvenir du concert de 2016 que par les écoutes des albums studio. Une bonne part des deux setlist fut en effet commune, mais la prestation du jour est plus efficace, débarrassée des bavardages et digressions qui avaient quelque peu fait retomber la pression en fin de set précédent. Steve Albini ne prendra la parole que pour l’improbable histoire du gars qui se prend pour un avion après un bad trip, et le trio ne tergiversera pas trop  dans le choix des chansons, même si Bob Weston aura quelques mouvements d’humeur à ce sujet. L’effet de surprise manquait (ils ont refait le coup du guitariste et du bassiste qui quittent la scène brutalement tout en continuant à jouer planqués backstage) et la fosse était plus timide que la dernière fois, ce concert aura donc été logiquement moins marquant pour moi. Mais il était paradoxalement meilleur (voire parfait) et les commentaires des potes étaient unanimes. Ce cher La buZe, croisé au même titre qu’un nombre incalculable de copains de fosses lyonnais, l’aura largement préféré à celui de la veille à l’Epicerie Moderne.

 

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Après ce grand moment, c’est pas moins de trois groupes potentiellement intéressant qui jouaient en même temps. J’avais éliminé auparavant à regrets The MESSTHETICS, comptant en son sein la paire rythmique des légendaires Fugazi, auteurs cette année d’un album de rock indé agressif que j’ai trouvé inégal, et dont la formule instrumentale me laissait quelques doutes pour un live. J’avais aussi choisi de zapper Kurt VILE and the VIOLATORS, l’un des noms qui m’avait pourtant décidé à venir en souvenir de l’excellent B’lieve i’m going down sorti en 2015. Le paresseux Bottle it in de 2018 et surtout les avis mitigés sur sa prestation à l’Epicerie Moderne (l’ami Julien ayant trouvé son concert très chiant, chose assez rare pour m’alerter) m’avaient fait opter pour BUILT TO SPILL, groupe culte 90’s que je ne connaissais pas mais dont on m’avait dit grand bien. Avant le début du concert de ces derniers, nous allions nous placer devant la grande scène pour le début de Kurt VILE, les trois chansons entendues, bien qu’aussi nonchalantes que prévues, me semblant tout à fait sympathiques. Hélas, atteint d’une KurtoVilophobie grave, Denis commençait à baver et saigner des oreilles, il fallait donc battre en retraite jusqu’à la grande salle Paloma.

 

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Sur le papier, BUILT TO SPILL avait tout pour me plaire. Présenté comme un groupe majeur de la scène indie US des 90’s, ils m’ont évoqué un Grandaddy qui aurait fait du rock alternatif : pile ma came. Sauf qu’en réalité, le concert n’a jamais vraiment décollé, faute à un manque de charisme incroyable et au déroulement en roue libre d’un concert plan-plan que rien ne viendra bousculer, pas même les nombreux solo de guitare noise d’un leader assez doué sur l’instrument, mais incapable de nuances. Le batteur exécute de très jolis riffs, mais sans la moindre conviction, comme s’il était en train d’éplucher des légumes dans sa cuisine. Rien n’est vraiment mauvais, et à quelques occasions je suis sorti de ma torpeur par quelques moments plus accrocheurs (j’ai bien aimé le titre « Bad Light » par exemple). Je laisse sa chance au groupe jusqu’à la fin, autant par peur de louper une fin de concert potentiellement plus intense que par flemme de bouger, mais rien ne se passe. Mis à part les quelques fans ultimes et plus tout jeunes du premier rang qui ont manifesté leur enthousiasme tout du long, je ne recueille aucun avis positif sur cette prestation, même le bon connaisseur Juju n’était pas plus convaincu que cela. J’ai appris par la suite que BUILT TO SPILL avait joué en intégralité l’un de ses albums, ce qui est rarement une bonne idée. Il s’agissait du 4eme, Keep it like a Secret. On ne saurait mieux conclure.

 

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La fatigue se fait sentir, et le groupe d’amis s’est un peu éparpillé. Je reste pour FAT WHITE FAMILY, apparemment la sensation du moment puisque la grande salle est rapidement prise d’assaut et que certaines personnes ne peuvent y accéder. Les  FAT WHITE FAMILY sont très nombreux sur scène (7 musiciens), ce qui m’attire rarement, et je n’aime pas trop leur look non plus. Musicalement, ils sont durs à situer, on dirait une sorte de rock festif glauque, comme si la Mano Negra s’était mis à faire de l’indus. Si un troisième morceau assez rock m’accroche un peu plus et me montre le potentiel du groupe, j’ai du mal à rentrer dans le concert et décide de sortir de la salle à la recherche de mes potes. Après quelques tergiversations, je retourne au concert avec Denis et Constance, cette fois sur le grand balcon dominant la fosse et la scène. Vu de haut, le spectacle est sympa, le pogo est immense et les slams s’enchainent. Et comme la musique, sans avoir spécialement retenu mon attention, est entrainante et que le groupe donne tout, on passe un bon moment. C’est le point final d’une journée vraiment cool pour l’ambiance et les potes, mais bien décevante musicalement, hormis pour les irréprochables SHELLAC. J’espère vivement du mieux pour les jours à venir. Dans notre chambre commune, Denis s’est endormi avant que sa tête ne touche l’oreiller… 

 

(1)    Plus que je ne le pensais, puisque Ninie me fit remarquer que je portais le même T-Shirt que lors de mon premier TINALS, que j’avais fait en sa compagnie.

  

Potentielle Setlist d’Aldous Harding à partir de dates de sa tournée : Designer - Zoo Eyes – Treasure – the  Barrel – Damn – Weight of the Planets - Heaven is Empty – Blend  - Elation – Old Peel 

Setlist de Shellac (démerdez-vous !): 

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Jouées ? : My Black Ass – Compliant- Squirrel Song - Riding Bikes - You Came in Me - Steady as She Goes - All the Surveyors - Be prepared – Scrappers - Spoke- Dude Incredible 

Setlist de Built to Spill : Time Trap - You Were Right - Center of the Universe - Bad Light – Temporarily Blind - The Plan – Sidewalk - Else - Broken Chairs - Carry the Zero 

Setlist  de Fat White Family : When I Leave - Tinfoil Deathstar - I Am Mark E. Smith - Fringe Runner - Bobby's Boyfriend - Hits Hits Hits – Feet - Touch the Leather - Whitest Boy on the Beach - Cream of the Young - Is It Raining In Your Mouth?

 

PHOTOS: Aldous Harding 1 et 2 + Shellac 1,2 et 3 + Fat White Family = Robert Gil (photosconcerts.com) / Kurt Vile = Le Monde / Trajet = Denis / Built to Spill = Moi

 

Aldous HARDING:

 

SHELLAC:

  

BUILT TO SPILL:

 FAT WHITE FAMILY:

Posté par Hello-Darkness à 12:22 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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