Blinking Lights (and other revelations)

18 avril 2018

PROTOMARTYR + KORTO - Lundi 17 Avril 2018 - Le Marché Gare - LYON

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Excellente nouvelle que la venue de Protomartyr  au Marché Gare, tant les Américains nous régalent depuis 2014 et la sortie de Under Color of Official Right, album qui m’avait d’emblée accroché et qui est resté mon favori, les deux suivants étant cependant fort recommandables et se bonifiant même avec le temps. Aucun morceau à jeter dans leurs parutions, une qualité rare qui sera encore démontrée ce soir avec une setlist équilibrée et forcément attrayante. Je suis loin d’être le seul à me réjouir de ce concert qui, s’il n’est complet, a attiré moult habitués des salles lyonnaises. Je ne vais pas écrire que je connaissais la moitié du public, affirmation quelque peu Marseillaise qui m’aura valu les moqueries de mes compères, mais j’ai certainement salué une bonne vingtaine de personnes. A commencer par Messieurs Fred et labUze, qui avaient pris place dans ma bétaillère aux environs de 20h, de quoi être largement à temps pour la première partie, malgré des discussions à notre arrivée avec plusieurs amis dont Arnaud et Claire, venus en mode découverte totale. 

 

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On ne loupera donc pas une miette de Korto, et c’est tant mieux puisque j’ai été complètement emporté par leur prestation.  S’ils empruntent des sentiers relativement connus, mélangeant Math Rock (les rythmes), Rock Psyche (le chant) et Krautrock (les longues parties instrumentales hypnotiques), quelque part entre King Gizzard et Mars Red Sky,  le jeune trio Savoyard est suffisamment carré, puissant et inspiré pour dérouler un set enthousiasmant de bout en bout, sans temps mort et avec assez peu de redondance.  A leur écoute je me rappelle que cette formule trio a toujours eu ma préférence, avec la batterie pour la frappe sèche et précise, la basse pour donner corps et la guitare qui peut s’appuyer sur cette solide charpente pour faire ce qu’elle veut, des arpèges les plus délicats aux gros délires saturés évoquant parfois le Yo La Tengo de la bonne époque. Après une série de longs morceaux de plus en plus captivants qui m’auront sévèrement agité la nuque, j’ai la certitude d’acquérir leur album, timidement proposé par le chanteur, mais brillamment défendu sur scène.

 

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La pause est évidemment fort animée, avec notamment l’arrivée de l’ami Ben, et il s’en faut de peu pour que je ne loupe le début du concert des Protomartyr, qui sont déjà sur scène quand je me faufile tout devant au travers une fosse remplie mais peu dense. On retrouve donc le batteur concentré (Alex Leonard), le guitariste au regard absent (Greg Ahee), le bassiste balancier (Scott Davidson) et bien sûr Joe Casey aux avants poste, les poches de son imper bourrées de canettes de bière. Si l’interprétation des musiciens est sans faille, fidèle aux versions studio mais avec un bonus de hargne scénique, c’est bien le charisme du chanteur qui donne toute sa supériorité au groupe, avec son air de jeune Frank Black, de David Thomas ou de Mark E Smith selon les affinités. En tout cas un gars sans faux semblant qui se donne entièrement au rock et qui finira probablement assez mal, même si on décèle dans ses rares interventions un brin de timidité (1), disparaissant dès qu’il empoigne son micro et y crache ses longues histoires désabusées. Le concert débute par « My Children », morceau de Relatives in Descent démarrant tranquillement pour mieux s’accélérer progressivement et constituant donc une rampe de lancement parfaite, poursuivie avec l’explosif « I Stare at Floor ». Un bon extrait bien abrasif d’Under Color of Official Right, album qui sera assez bien représenté ce soir pour mon plus grand plaisir. « Don’t Go to Anacita », l’un des titres les plus efficaces du dernier album, en remet une couche, et l’arrivée dans la fosse de Claire, THE Miss Rock N roll, ajoute la touche de folie contagieuse manquante jusqu’à présent dans le public. On pourrait citer chacun des nombreux extraits de Relatives in Descent interprétés, comme « Male Plague » qui termina de me transformer en headbanger zombie. Lorsqu’éclate « the Devil in His Youth », meilleure chanson de the Agent Intellect, apparait subitement derrière moi un petit gars arborant moustache, boucle d’oreille et casquette sur la tête, et surtout son légendaire et immense sourire bienheureux. Gary (vous l’aviez reconnu) dont on commence à se demander s’il ne serait pas le diable en sa jeunesse du titre, puisque son arrivée déclenche immédiatement le premier gentil pogo de la soirée, qui comptera dans ses troupes, comme de bien entendu, Maxime, alias le Tigrou des fosses Lyonnaises.

 

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L’enchainement des titres est remarquablement maitrisé, pas une minute de respiration excepté les quelques pauses que le groupe accorde à Joe pour lui permettre de décapsuler une nouvelle canette et déblatérer dans la barbe qu’il n’a pas quelques discours et remerciements embrumés auxquels je n’ai rien pané. La deuxième partie du concert se teinte de ces moments d’émotion improbables propres à Protomartyr, avec le fabuleux « Clandestine Time » dont je remarque avec satisfaction qu’on est nombreux à chanter le refrain, et « A Private Understanding » et « Half Sister », qui ouvrent et ferment Relatives in Descent sur cette complainte déchirante « she’s just trying to reach you ! », répété en boucle avant que le groupe ne quitte une première fois la scène du Marché Gare.  Le rappel est expéditif mais composé de deux anciens titres redoutables, avec « Scum, Rise ! » en final parfait. Tout transpirant et encore sous le choc de l’excellent moment passé, je me fais un pote qui tente comme moi désespérément de trouver une des setlist ayant mystérieusement disparu de  la scène, avant de renoncer et de filer au marchandising (2) pour quelques achats et discussion avec le batteur de Korto. Des discussions il y en aura beaucoup par la suite, de quoi m’assurer que la plupart de mes connaissances ont adoré le concert, à l’exception notable de labUze, seul escogriffe à s’être emmerdé (bon sang l’air des montagnes a dû lui ravaler les esgourdes pour qu’il affirme que toutes les chansons de Protomartyr se ressemblassent). Pas mal de bières aussi, enfin surtout pour les copains parce que moi j’avais une bétaillère à ramener. Celle-ci est d’ailleurs fort remplie pour un joyeux retour dont je tairais les détails, mais la tentation fut grande de prolonger la fête dans un bar quelconque, par exemple le Look Bar, lieu de perdition fortement conseillé par Fred. Conscients cependant que se miner la gueule la première soirée d’une longue semaine de travail ne serait pas très judicieux, 80 % de la troupe rentrait sagement à la maison dans un état acceptable. 

 

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Setlist: My Children - I Stare at Floors - Don't Go To Anacita - Win, Always - Windsor Hum - Up the Tower - Male Plague - What the Wall Said - The Devil in His Youth - 3 Swallows - Trust Me Billy - A Private Understanding - Here Is The Thing – the Hermit – Clandestine Time - Come & See - Half Sister // Why Does It Shake? - Scum, Rise! 

 

(1)    Confirmée par les fumeurs ayant discuté un moment avec lui 

(2)    Ledit gentil pote viendra m’y retrouver avec une setlist que je pourrais ainsi photographier

 

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10 avril 2018

# 066 / 221

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Un jour, j’ai vu Thelma & Louise. Je ne sais plus pourquoi, à quelle occasion, avec qui, mais je sais que j’ai adoré (comme tout le monde, non ?). Des personnages géniaux (à commencer évidemment par les deux héroïnes) interprétés par des acteurs excellents, un scénario superbe, des images fantastiques, bon nombre de scènes d’anthologie, un festival d’émotions variées et contradictoires pour le spectateur : bref, un chef d’œuvre. Aussi enregistrais-je en sa quasi intégralité la BO de ce film, quand bien même les styles musicaux proposés n’étaient pas du tout dans mes écoutes habituelles et le nom des interprètes m’étaient pour la plupart inconnus. Le ton de l’album est résolument cool et entrainant, si l’on excepte les deux derniers titres, triste « the Ballad of Lucy Jordan » portée par la voix cassée de Marianne Faithfull et « Thunderbirds », blues instrumental plaintif et fascinant, qui viennent in fine nous rappeler que Thelma & Louise est un film dramatique.

Pour le reste, les chansons respirent l’Amérique,  la soul groovy qu’on passe sur l’auto radio de sa décapotable en avalant les kilomètres, la country folk jouée par le groupe transpirant au fond du saloon, le rock n roll craché par la radio du snack quand on prend son café avant de reprendre la route.  Quand on passe ce disque, on se sent des appels au voyage, à l’aventure. C’est la musique de la Liberté, celle qui a le dernier mot dans le film.

 

 

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On avait laissé Iggy Pop il y a fort longtemps avec le best of Nude & Rude, qui ne contient aucun titre de Soldier (emprunté à la volée à la médiathèque probablement par complétisme) ce qui n’est guère étonnant. Songez que même dans le tri drastique opéré (4 titres retenus sur 11), il n’y a pas grand-chose qui soit écoutable. Non seulement les chansons ne sont pas terribles (ca commence par « Loco Mosquito », qui est du… ska), ce qui s’est déjà vu chez l’Iguane et se verra encore, mais en plus la voix est affreuse, ce qui est nettement plus rare. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter « Knockin’ em down (to the city) », titre relativement passable qui a au moins le mérite d’avoir un parfum punk pour nous rappeler que le grand architecte de Soldier est Glen Matlock, ex bassiste des Sex Pistols. Au final on ne sauvera que le surprenant « Mr. Dynamite », post punk menaçant dont la rythmique évoque furieusement Joy Division.

 

 

 

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Ah, voici enfin la suite du live Les 2  Doigts dans la Prise… !! qui nous avait enchanté en cassette 062. C’est reparti pour un exceptionnel enchainement de punk rigolo au tempo ultra rapide, un rouleau compresseur jouissif d’autant plus que les Shériff allient virtuosité technique et sens de la mélodie, dans le chant et dans les parties de guitare. Quel guitariste d’ailleurs, qui balance des solo énormes l’air de rien (« Pile ou Face ») ou des riffs géniaux (celui de « Non ! Non ! Non ! » est tout simplement l’un de mes préférés, tout guitariste confondus…)  Si l’on ajoute l’humour des paroles, voire une auto dérision bienvenue (le loser au lapin de « 3,2,1 zéro »), on atteint là certainement l’un des tout meilleurs disques de punk sorti par des Français (sur le label New Rose, évidemment). En final, les Sheriff payent avec une détonante version de « 1970 »  leur tribut aux Parrains du binaire crétin, comme avant eux les Damned, flamboyants potaches qu’ils évoquent régulièrement.

 

 

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Après une unique incursion dans la discographie de Faith No More en fin de cassette précédente, rebelote cet épisode avec cette fois ci Betty de Helmet, disque dont la gentillette pochette dissimule un nouveau brulot de heavy metal post hardcore, bref un truc aux guitares saturées, à la caisse claire qui claque et aux rythmiques bien lourdes et syncopées.  Cela n’est certainement pas un hasard, j’avais sans doute lu un journal référençant des grand classique de musique bourrine des 90’s et emprunté les disques qui m’avaient semblé les plus intéressants. Faith No More et Helmet ont pas mal de points communs (1), notamment la volonté d’expérimenter plutôt que de rester cantonné à leur style d’origine. Il semblerait cependant que le groupe de Mike Patton soit plus doué pour cela que celui de Page Hamilton, les extraits bizarroïdes de Betty regroupant des tentatives jazzy, groove ou même country (« Beautiful Love », « the Silver Hawaiian », « Sam Hell ») n’étant pas du tout convaincants. Pour ce qui est des morceaux heavy,  ils sont de facture assez classiques mais plutôt bons, le titre « I Know » étant même tout à fait excellent. Comme vous l’avez compris, cela ne m’a cependant pas suffisamment accroché pour que j’ai envie d’en savoir plus, et tant pis pour Meantime, l’album précédent au succès fulgurant.

 

(1)    dont celui d’être revenus aux affaires il y a peu pour des sorties à priori relativement ignorées.

 

 

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03 avril 2018

RANK - Vendredi 30 Mars 2018 - Le Farmer - LYON

 

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Rank, l’un des meilleurs groupes lyonnais en activité, a sorti  en début d’année Fake Memories. S’il était louable que le groupe se renouvelle après avoir atteint un sommet dans le pur Post Punk avec le génial Plan Your Downfall (2015), j’avoue avoir été déstabilisé par l’enregistrement et le son de ce nouvel album, moins tranchant à mon sens que précédemment. L’essentiel demeurait cependant, à savoir des compositions remarquablement construites sous une apparente simplicité, gage d’une efficacité qui ne sera pas démentie en ce vendredi soir, bien au contraire. C’est avec un brin de nostalgie que, sortant du métro, je parcours la rue Imbert Colones, passe devant la Triperie puis l’emplacement de notre ancien local de répétition (fermé depuis quelques années), avant d’arriver au Farmer. Ce bar fut en effet le lieu du tout premier concert d’Hello Darkness, en décembre 2010, alors que nous étions encore en trio (ca ne nous rajeunit pas…). J’ai eu l’occasion d’y retourner par la suite, mais pas depuis qu’un nouveau propriétaire a repris le lieu souvent dédié aux retransmissions télévisées de match de l’OL pour en faire un vrai bar musical, à la programmation pointue et intéressante (pour qui a le temps de faire des découvertes Live). Je suis curieux de voir les changements opérés : la configuration du bar n’a pas trop changée, la scène étant toujours une estrade débarrassée de ses tables et de son babyfoot, en revanche la décoration a été bien modernisée et on sent que le paquet a été mis pour le principal, à savoir l’insonorisation. Bref, un nouveau lieu sympathique pour boire des bières en écoutant du rock, qui semble être une belle réussite vu le public en nombre présent ce soir. Après avoir salué les copains de Rank, bien chauds en attendant leur entrée sur scène assez tardive, je rejoins l’ami Ben qui est arrivé relativement tôt pour être sûr de pouvoir rentrer (cet hurluberlu n’ayant pas Facebook,  il n’a pu réserver sa place). 

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Le quatuor en place quand j’arrive propose une power pop très marquée par les 90’s, que je trouve assez séduisante. Il faut dire que c’est pile dans mon ADN musical, d’ailleurs les membres de Gravity Fails semblent avoir mon âge (ainsi qu’un look qui ne trompe pas). Malgré un chant un peu monocorde et en retrait, j’ai bien aimé les 3-4 chansons entendues, notamment les parties mélodiques de guitare. Vient ensuite le trio bordelais Ulrich, dont Sayba nous avait laissé entendre qu’ils étaient très inspirés par un groupe qu’il nous laissa le soin de deviner. Il faut cependant attendre le troisième titre pour qu’Interpol nous saute aux oreilles. Si le chanteur a de toute évidence un certain mimétisme vocal avec Paul Banks (sans parler de sa tenue noire sobre et classe), Ulrich agrémente son Post Punk d’une bonne dose de saturation, avec des passages limite hardcore qui m’ont bien plu. Une exécution sans faille pour un concert plaisant et bien applaudi. C’est enfin à Rank d’investir la scène et de lancer leur set sans tergiverser par « Tonight », morceau d’ouverture de Plan your Downfall. Habile et bien vu de leur part d’avoir construit une setlist intégrant des titres de toute leur discographie,  ce qui souligne notamment la cohérence de l’ensemble, les morceaux les plus anciens s’enrichissant du passage en quatuor, un clavier étant venu renforcer le trio initial depuis l’année dernière. Si une moitié du concert aura logiquement été consacré à Fake Memories, avec en favoris « Soul Crash » et le redoutable « Sixteen », nous aurons droit à deux extraits particulièrement bien choisis du premier disque (irrésistible « Draw the Line »)  et deux autres de Plan your Downfall, dont mon préféré « Over it », qui leur aura donné un peu de fil à retordre. Arrivé en fin de set, et après un concert à fond de train sous des spots bien chauffants, le batteur frise l’explosion sur ce morceau à la rythmique ultra tendue. Les quelques problèmes rencontrés n’auront pas perturbé Rank outre mesure, avec ce mélange de décontraction dans les pauses et de sérieux dans l’exécution des chansons qui caractérise une certaine expérience scénique. Une fois encore, la complémentarité de chacun des membres du groupe, forts différents tant physiquement que dans le jeu de scène mais unis au service des chansons, m’aura impressionné, avec cette capacité rare de savoir se taire un moment pour mieux exploser par la suite. 

Dans ces conditions, un rappel était inévitable, le tenancier accordant un sursis à Rank pour un dernier titre. Cerise sur le gâteau, ce sera un inédit, encore meilleur que le « Braindead » proposé en début de set. Fort justement intitulé « Awsome », ce morceau final qu’on guettera dorénavant avec impatience prouve qu’une petite dizaine d’années après ses débuts l’inspiration est loin d’être tarie chez les Lyonnais, laissant espérer une suite à la hauteur d’une discographie bien fournie en tubes.  

 

Setlist : Tonight – Braindead – Dirty Poem – Phalenes – Soul Crash – Draw the Line – War is Declared – Sixteen – Over it – Wired // Awsome

 

Rank - "Tonight"

 

Gravity Fails - "Mind Palace"

 

Ulrich - "Ingrid"

 

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31 mars 2018

# 065 / 221

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Au Collège et Lycée, je l’ai déjà évoqué sur ce blog, j’étais dans une école privée Marseillaise qui s’enorgueillissait de ses 100 % de réussite au bac. Bien sûr, ce résultat n’était obtenu qu’en triant très soigneusement les élèves, écartant année après année tout ceux dont on détectait qu’ils puissent potentiellement échouer à l’examen, ce qui en faisait donc en réalité un très mauvais établissement scolaire. C’était une école jésuite, dont les prêtres se contentaient du catéchisme et ne donnaient plus cours comme dans l’ancien temps, cependant le directeur était Jésuite jusqu’à la fin de ma scolarité, et c’était plutôt un bien, car si la Tradition était une valeur importante et parfois lourde, elle comprenait aussi son lot de joyeusetés - notamment le carnaval des terminales qui étaient autorisés à envahir les autres classes déguisés et y foutre le bordel (l’année après mon départ, le directeur fut remplacé par un laïque et cette Boite à Bac perdit progressivement le peu d’âme qui lui restait (1)). 

 

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Une initiative originale que je vécu fut l’organisation par un groupe de profs d’un festival de cinéma durant les derniers jours scolaires restant après le bac de Français. Les élèves devaient se répartir en groupes de 5 à 10, se munir d’un caméscope auprès d’un parent et produire un petit film au cours des 2-3 jours laissés libres à cette intention, avant une projection dans la salle de spectacle et un vote par catégories, comme aux Césars. N’ayant pas de caméscope et très peu d’amis, je ne fus intégré dans un groupe in extremis que grâce à la gentillesse de Laurent, qui m’offrit un vague rôle de figurant dans le scénario qu’il avait imaginé (rappelons qu’il était absolument obligatoire de participer au festival sous peine de sanction, évidemment). Laurent faisait partie de ces rares élèves (n’existant probablement que dans ce genre d’écoles) qui était admiré par beaucoup tout simplement parce qu’il était très brillant, excellant dans toutes les matières mais particulièrement en littérature (gros succès auprès des filles de la section A – et un 20 en oral de français, pour l’anecdote). Son scénario, qu’il avait dû tirer d’une nouvelle de je ne sais quel auteur, s’appelait Un Ver à la Maison, une histoire que je retrouverais à mon grand étonnement bien plus tard dans le film Harry, un ami qui vous veut du bien. J’ai passé les deux jours du tournage à lire des Bds dans la chambre de Laurent pendant que les autres multipliaient les prises, et à écouter les chansons que Laurent avait choisi pour la bande son. Parmi elles figurait une pièce instrumentale au piano de William Sheller que je trouvais absolument géniale, mais dont je ne notais pas l’intitulé (comme un con). C’est donc 5 ans plus tard, en tombant à la médiathèque sur un coffret de Sheller, que je cru pouvoir enfin retrouver ledit titre. Pas de bol, 4 Cds et 61 morceaux, mais pas celui que je recherchais. J’en profitais pour enregistrer un bon quart de ce Carnet de Notes, d’où sa présence incongrue sur cette cassette 065.  

 

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William Sheller, je ne sais vraiment pas comment il est considéré aujourd’hui. Fait-il partie de ces chanteurs français à succès ringardisés tel Jean Jacques Goldman, ou de ces poètes respectés comme Dominique A ? Est-il classé tel un vulgaire Julien Clerc dans la variété (avec un petit v) ou dans les grands messieurs de la Chanson Française (avec un grand C et un grand F, même si elle est souvent Belge) ? J’en sais rien et je m’en fous pas mal, j’y entends un peu de tout, avec en plus ce côté précieux et classique qui sans doute me freina un peu, là où je tombais bien plus tard instantanément fan de Yann Tiersen. Le fait est que Sheller su me séduire avant tout parce que j’adore le piano, et que ce coffret n’est pas avare en superbes mélodies de cet instrument. Outre quelques jolies pièces instrumentales, il y a pas mal de chansons jouées uniquement sur du piano, certainement tirées de l’album live En Solitaire. C’est celles-ci qui ont ma préférence, avec en sommet le tube « Un Homme Heureux », dont la mélancolie m’a toujours accroché, et qui prend d’autres accents encore en ces jours particuliers de mon existence. Il y a de jolis textes (« Genève », « Nicolas »), des arrangements superbes (« les Miroirs dans la boue »), de la musique de chambre, des slows vieillots (« Comme je m’ennuie de toi »), des singles FM 80’s (« Les Filles de l’Aurore »), et des titres tout à la fois touchants et kitsch (« Simplement »). Globalement, c’est très plaisant. Les derniers extraits sont deux compositions jouées par un orchestre que j’ai trouvé très bonnes (« Chamber Music », « Octuor »).

 

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Quant au film Un Ver à la Maison, il récolta un très grands nombre de prix attribués par les Professeurs. Les prix donnés par les élèves allèrent plutôt vers le remake des Bronzés filmé par le groupe des Populaires, dont le bellâtre de la promo en Jean Claude Duss accrochant un nouveau fait de gloire à son palmarès avec son authentique scène du vol du maillot (habillé donc simplement d’une vague poignée d’algues en guise de cache sexe). Comme quoi il y avait encore un peu de place pour la déconne dans ce marasme élitiste.

 

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(1)    Le hasard - ou résonnance, on en reparlera - a fait qu’entre la rédaction et la publication de cet article, j’ai croisé une ancienne élève de cette école qui a tenté d’y inscrire sa fille. Avec ce qu’elle m’a raconté, je m’aperçois que j’étais encore loin du compte….

 

 

 

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Après un court voyage dans les terres désolées de l’album Portishead, dont un magnifique et glacé « Western Eyes », je redécouvre l’album d’un groupe que je connais très peu, et qui ne verra probablement que cette apparition sur mon blog : Faith No More.  Je n’étais pas du tout dans la musique au moment de leur plus grand succès (the Real Thing), à peine lors de la sortie d’Angel Dust (1992), et si la pochette au chien de King for a Day Fool for A Lifetime m’avait marqué j’étais trop occupé ailleurs pour l’écouter. C’est donc avec Album of the Year, apparemment assez bien nommé puisque c’est à force de le voir dans les tops que je l’avais emprunté, que je découvrais Faith No More. Un peu trop tard donc. J’avais plutôt aimé puisque je l’avais enregistré aux deux tiers, et la réécoute a été assez intéressante, mais il est très difficile de juger ce disque sur une seule écoute et sans avoir d’historique ou d’attache avec le groupe. Il y a énormément de styles qui se percutent, depuis le metal violent de « Collision » (paye ta transition avec Portishead), le simili trip hop de « Stripsearch », le hardcore de « Naked in Front of the Computers », les passages de chant pop, le groove fou à la Red Hot (« Home Sick Home »), les claviers à moitié prog… tout ceci est bien dur à appréhender, quoique bien bon dans l’ensemble. On comprend que ces expérimentations et ce talent diversifié fit la gloire de Faith No More, mais qu’il contribua sans doute aussi à perturber un public forcément moins nombreux que pour des formations plus ancrées dans un style particulier. Le rapprochement qui m’est venu le plus souvent à l’écoute est celui avec l’indus produit 90’s style Nine inch Nails ou Marilyn Manson, voire par extension le Outside de David Bowie, mais globalement Album of the Year échappe à toute classification. Un peu trop exigeant pour ma pomme, pas sûr que j’y revienne du coup, surtout qu’Album of the Year fut le dernier du groupe pendant  18 ans, jusqu’à ce que sorte en 2015 un Sol Invictus post-reformation pécuniaire qui n’a semble-t-il pas fait grand bruit.

 

 

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26 mars 2018

CALEXICO - Jeudi 22 Mars 2018 - Epicerie Moderne - FEYZIN

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Calexico semble avoir inscrit l’Epicerie Moderne comme un passage obligé de leurs tournées puisque deux ans après leur passage suite à la sortie d’Edge of the Sun, ils reviennent défendre sur la scène Feyzinoise the Thread that Keeps Us,  disque récemment paru et chroniqué en ce blog. On ne va pas s’en plaindre, et c’est avec beaucoup de joie que Mélaine et moi abandonnions les enfants le temps d’une soirée pour retrouver la bande de Joey et John. Nous étions transportés par un chauffeur de luxe en la personne du sieur La bUze, dont la buzemobile ne payant pas de mine nous assurait cependant une place à proximité de l’Epicerie, avantage indéniable puisque le concert était une nouvelle fois annoncé complet. Après un rapide passage au bar, nous nous dirigeons vers la salle où la première partie, the Mexican Institute of Sound, en est déjà à la moitié de son set.

 

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Nous arrivons au milieu d’une curieuse chanson mêlant cumbia et chant hip hop en espagnol, interprétée avec conviction par un trio composé d’un chanteur / claviériste au chapeau décalé, un bassiste (celui de Calexico si je ne me trompe pas) et un batteur que je n’ai pas bien vu. Pas le temps de se mettre dans l’ambiance que la scène est envahie par tous les membres de Calexico, venus faire un featuring de luxe sur les deux derniers titres du Mexican Institute of Sound, qui m’ont assez plu, surtout avec l’apport des trompettes. Une preuve aussi de l’accessibilité et de la classe du groupe de Tucson,  Joey Burns étant surtout là pour faire les chauffeurs d’ambiance et assurer l’adhésion et la participation du public au spectacle de sa première partie.

 

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Nous nous plaçons au centre de la salle, plutôt dans le fond puisque dans nos souvenirs le niveau sonore du groupe est important, et patientons avant d’être rejoins par Damien, au moment où les membres de Calexico investissent la scène. Ils sont huit, le line up n’ayant pas changé depuis la dernière fois à l’exception d’une nouvelle recrue en la présence du leader chapeauté du MIS, nommé Camilo, qui sera régulièrement apostrophé pendant le concert par la joyeuse petite troupe mexicaine du premier rang. Il y a donc deux guitaristes, deux claviéristes, deux trompettistes, un bassiste et un batteur pour ce qui est de la configuration commune, les musiciens jouant évidemment de plusieurs instruments (accordéon, contrebasse, slide guitare, xylophone, percussions…) qu’ils feront tourner tout au long du set. Le concert débute par « Dead in the Water », titre assez anodin du dernier album à ceci près que le chant est inhabituellement grave (à tel point que sur disque j’ai douté qu’il fut l’œuvre de Joey Burns), peut être ainsi placé en chauffe vocale, enchainé par deux autres extraits de The Thread that Keeps Us. L’album sera interprété quasiment intégralement ce soir, en alternance avec des titres plus anciens, ce qui constituera une setlist agréable, les seuls passages dispensables étant les courtes ballades « the Town & Miss Lorraine » et surtout « Girl in the Forest », qu’on prendra cependant volontiers comme plages de repos pour nos oreilles rudement sollicitées. Si le son sera bon compte tenu de la difficulté que doit représenter la sonorisation de cette troupe mouvante, on trouvera cependant les trompettes un peu fortes et les secondes voix malheureusement terriblement sous mixées. Les morceaux rock tels « Bridge to Nowhere » prendront avantage à l’interprétation live, ainsi que les titres latino dont « Under the Wheels », lançant véritablement le concert, donnant lieu à la première version revisitée (prolongée de plusieurs solos) de la soirée. Pour finir sur the Thread that Keeps Us, ce seront bien ses deux dernières chansons qui réserveront les meilleurs moments, un « Music Box » tout en finesse et surtout mon titre favori, « Thrown to the Wild », donnant lieu ici à une version magistrale, avec un John Convertino exceptionnel. On en ressort chamboulé, dommage que l’explication de Joey Burns sur les paroles (le sujet étant, en gros, la gentrification) ne fusse coupé par un lourdaud réclamant un titre, ce qui lui arrachera un sourire et un commentaire blasé. 

 

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Calexico avait réservé au fan un choix judicieux d’anciens morceaux courant sur l’ensemble de leur discographie, depuis les excellentes surprises que furent la présence au menu de « Stray », « Ballad of Cable Hogue » ou « Across the Wire » (tirés de the Black Light, Hot Rail et Feast of Wire), jusqu’au récent « Cumbia de Donde », prolongée par de multiples interventions des musiciens (dont un sympathique slam de Camilo), enflammant le public et confirmant son statut de grand classique. Des classiques, comme « Minas de Cobre » ou « Crystal Frontier », qui complèteront une setlist variée, et d’autant plus enthousiasmante qu’elle était presque intégralement différente de celle que nous avions eu il y a deux ans (bien joué et merci les gars). Coté scène, si le bal était toujours mené par le charismatique Joey Burns, rarement le terme de collectif n’aura eu autant de sens que pour ce groupe, tant chacun de ses membres est mis en valeur régulièrement tout au long du spectacle, la bonne humeur communicative habituelle de Calexico étant plus que jamais de mise malgré plus de vingt ans d’existence. Du coup coté public, c’était pas mal la fête aussi (à l’échelle de Lyon), et je n’ai pas vu le temps passer, vivant ce concert comme une parenthèse détendue dans une vie souvent trop trépidante.

 

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Je suis curieux de savoir ce que le groupe nous a réservé pour le rappel. Celui-ci démarre en mode festif, avec ce « Another Space » funky assez irrésistible où le discret bassiste vient s’affirmer comme aussi talentueux techniquement que ses comparses. Vient ensuite une chanson pop rock dont je devine rapidement que c’est une reprise, sans toutefois l’identifier (je lui trouve des faux airs de Bonnie Tyler, il s’agit en fait de « Learning to Fly » de Tom Petty, en hommage au guitariste récemment disparu). Le titre suivant, blues déglingué assez marrant, avait aussi des airs de reprises, mais il s’agissait de « Slag », extrait du tout premier album Spoke. Autre originalité, l’interprétation d’un titre de MIS, une cumbia techno décalée mais bien appréciée d’un public surchauffé, et prêt à participer avec enthousiasme au traditionnel « Guero Canelo », prolongé jusqu’à épuisement pour une dernière tournée de solos et une joute guitaro-vocale entre les spectateurs et Jairo Zavela, renard des scènes démonstratif juste ce qu’il faut. 

Après ce concert revigorant, nous prolongeons la soirée agréablement en discutant avec la quantité impressionnante de personnes que nous connaissons dans le public (autant Mélaine que moi d’ailleurs, et si en plus on rajoute les amis d’amis…). Tout le monde a le sourire, à croire que Calexico a annoncé le printemps !  On fait un dernier passage au bar, mais pas au merchandising (j’ai déjà beaucoup de choses, m’étant offert le dernier vinyle en pack limité dédicacé), ce qui n’est pas plus mal, car une belle note de baby sitting nous attend à notre retour. Qu’importe, la soirée valait largement cet investissement. 

 

Setlist: Dead in the Water - Voices in the Field - Under the Wheels - Across the Wire - The Town & Miss Lorraine - Ballad of Cable Hogue - Bridge to Nowhere - End of the World with you - Flores y tamales – Stray - Thrown to the Wild - Girl in the Forest - Minas de cobre (For Better Metal) - Serenata huasteca - Cumbia de donde - Rosco y Pancetta - Music Box - Crystal Frontier //  Another Space - Learning to Fly – Slag – Es toy  - Güero canelo 

 

 "Music Box", filmé quelques jours avant à Linz:

 

Une grosse partie du concert à l'Epicerie Moderne a été filmée par parakeetia. Ici "Another Space", "Cumbia de Donde" et "Mejico" (titre joué en première partie par MIS + Calexico):

 

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20 mars 2018

Les Propositions d'HELLO DARKNESS #35 (Mars 2018)

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CALEXICO - the Thread that Keeps us

 

En écoute: DEEZER

Proposé par Xavier.

Mon avis: 

Après une série de  bons albums marqués par un virage assez pop, dont le splendide Edge of the Sun sorti en 2015, Calexico revient avec the Thread that Keeps Us en essayant difficilement de se renouveler. Difficilement parce que pas mal de titres (que ce soit dans un style pop rock classieux dans lequel ils excellent ou festif latino dont ils sont spécialistes depuis leurs débuts) restent dans l’exacte lignée de leurs dernières productions. Mais aussi parce que toutes leurs tentatives ne sont pas couronnées de succès. Je pense notamment au morceau d’ouverture « End of the World with You »,  évoquant un mélange de célèbres tubes de Bowie et U2 parsemé d’improbables solos de guitare, qui se prend un peu les pieds dans le tapis.

Relativisons, un disque de Calexico, même inégal, reste efficace et exempt de vraie faute de gout, titres classiques (« Voices in the Field »), cumbias relevées (« Under the Wheels ») et petits instrumentaux parsemant l’album (« Shortboard ») s’enchainant agréablement, avec quelques surprises réussies. La guitare Pixiesienne et l’inhabituel rythme lourd de « Eyes Wide Awake » ou le funk rock bien rythmé « Another Space » font partie des essais transformés. On regrettera donc simplement l’absence de souffle épique qui parcourait Algiers et Edge of the Sun et qu’on ne retrouvera ici que sur le superbe « Thrown to the Wild », en écho aux « Vanishing Mind » et autres « Follow the River » qui m’avaient bouleversé les années précédentes. Nous verrons si the Thread that Keeps Us est un album de transition (comme avait pu l’être en son temps le mésestimé Garden Ruin), et vers quoi il amènera nos Arizoniens préférés. 

Pour les fans, the Thread that Keeps Us est proposé dans une version complétée par un CD bonus contenant 7 titres de la même facture  que le reste. On pourrait se demander comment le tri a été effectué, ou juste savourer ces prolongations, comptant entre autres jolis extraits un « End of the Night » au parfum Dire Straits appaisant.

 

 

 

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Alela DIANE - Cusp 

 

En écoute: DEEZER 

Proposé par Xavier. 

Mon avis:  

Après un retour inespéré à une relative sobriété sur le réjouissant About Farewell, Alela Diane revient avec un Cusp du même bois, mais agrémenté en plus d’une bonne partie de pistes au piano. Autant dire que mon instrument fétiche accompagnant les envolées de la voix inimitable et exceptionnelle d’Alela ne pouvaient que me ravir, d’autant que la production reste sage, parsemant les chansons de quelques cordes, cuivres ou rythmique feutrés.

Cusp, débarrassé de toute tension, ne vient pas bouleverser la discographie de l’Américaine (et encore moins les standards du folk), mais y ajoute simplement une jolie pierre bien décorée, proposant quelques superbes extraits tels « Albatross », introduisant l’album, ou le single « Ether & Wood ». Avec les arpèges d’« Emigré », Alela Diane vient même rappeler à notre bon souvenir la country girl qu’elle fut, lorsqu’on la découvrait toute jeune il y a une dizaine d’année sur la scène de l’Epicerie Moderne. De quoi charmer les fans, qui ne manqueront donc pas la prochaine tournée passant par Lyon fin Avril.

 

 

 

 

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QUICKSAND - Interiors 

 

En écoute: DEEZER 

Proposé par Damien. 

Mon avis

A l’écoute de Interiors, tous les noms de bons groupes faisant du rock couillu dans les 90’s vous reviendront en mémoire (1). Votre sensibilité ou non au grunge / post hardcore / rock alternatif (bref, passons) de cette décennie déterminera pour vous l’intérêt de ce disque (le morceau « Hyperion », emblématique d’Interiors, devrait vous permettre de vous faire une idée rapidement). De mon côté, c’est évidemment une véritable fontaine de jouvence, et je suis vraiment surpris que le retour de Quicksand, groupe qualifié de culte (possible, après tout le véritable sens de cet adjectif induit qu’il était  très peu connu à l’époque) n’ait pas fait plus de bruit.

Certains diront que cette renaissance n’a pas d’intérêt aujourd’hui, mais quand on voit les lauriers tressés partout à quantité de vieux groupes revenant aux affaires plus ou moins judicieusement ce serait d’une mauvaise foi incroyable. Slowdive partout, Quicksand nulle part. Ou alors je n’ai pas regardé au bon endroit, genre sur le classement Noise Mag où Interiors est en tête des albums 2017. Heureusement que Damien veillait, et c’est donc dans sa voiture, lors du traditionnel trajet hebdomadaire vers la répète, que je découvrais ce terrible disque (et son créateur par la même occasion). Un album sans baisse de régime (juste des respirations identifiées comme telles), cohérent et tranchant de bout en bout, avec pour relancer la formule sur le dernier quart une teinte plus syncopée (« Normal Love » a quelques accent de Pinback). Une découverte aussi inattendue que réjouissante. 

(1)    Prime à Soundgarden et Faith no More de mon côté, mais je serai prudent car je connais assez peu ces deux groupes.

 

 

 

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Le REVEIL DES TROPIQUES - Big Bang 

 

En écoute: DEEZER 

Proposé par Julien. 

Mon avis

Du fond du cosmos nous parvient une musique pulsatoire, alternant frénésie krautrock et ambiant vaporeux sur quatre morceaux d’une dizaine de minutes chacun. On se laisse embarquer pour un voyage hypnotique et distordu, entre courses en boucles appuyées (qui ont ma préférence) et inquiétants espaces résonnant de cris monstrueux étouffés. Un disque aussi fascinant et perturbant que sa pochette le laisse présager.

 

 

13 mars 2018

# 064 / 221

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Les retrouvailles  avec the Colour and the Shape des Foo Fighters à l’épisode précédent m’avaient laissé quelques craintes, et « Up in Arms » qui introduit cette cassette me perturbera un peu aussi. Ballade hyper calme, ou rock à fond les manettes ?  Les deux mon capitaine, et ce en un timing expéditif de 2mn15. Le groupe de Dave Grohl, exceptionnel à la batterie, mais aussi au chant qu’il sait rendre émouvant même dans les titres les plus énergiques (« Everlong »), mais aussi à la guitare tant qu’à faire, le groupe de cet enfoiré de Dave Grohl disais-je, souffle ainsi le chaud et le froid dans un disque qu’on pourrait qualifier aussi bien d’alternatif que de dispersé.  Il y a des slows (joli « Walking after you ») dont on ne sait jamais s’ils ne vont pas exploser d’un coup,  des tueries grunge (« Enough Space »), et même un espèce de swing jazzy marrant (« See You »). Tout n’est pas à la hauteur de l’exceptionnel « My Hero », tube à la fois mélodique et énergique qui avait servi d’étalon à l’album dans ma mémoire, mais rien n’est mauvais. En conclusion et en résumé de choc, « New Way Home » s’annonce comme une pop rock pêchue assez basique, puis prend une respiration avant de s’enflammer en final accéléré et répétitif qui donne la furieuse envie de se repasser le disque dans la foulée. Un album riche, pas exempt de défauts, mais suffisamment surprenant et fourni en titres accrocheurs pour figurer dans la liste des occases à guetter.

 

 

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Bon, j’ai beau chercher dans ma mémoire, je n’ai aucune idée de la raison pour laquelle ce live de Peter Frampton figure dans cette cassette. En plus, alors que je m’attendais à redécouvrir le multi platiné Comes Alive de 1976, je m’aperçois que j’avais emprunté  le retour (comme au cinéma, Frompton Comes Alive II), alias je tente désespérément 20 ans après de m’en remettre plein les fouilles en faisant le remake de mon top succès passé (ca n’a évidemment pas marché). Ce qui veut dire que je n’ai jamais écouté le célèbre album original, mais bon, c’est pas trop grave car dans mon souvenir l’unique intérêt de ce truc c’était d’épater mes copains fans de guitare (voir épisode Jimmy Hendrix) en leur faisant écouter un mec qui faisait carrément parler sa guitare !

Quel ne fut pas ma surprise en constatant que les trois premiers titres, achevant la face A de la cassette, étaient très agréables. « Day in the Sun » est un rock bluesy avec de la slide guitare, un truc très Stonien qui m’a évoqué les albums solo d’Izzy Stradlin.  « For Now » m’a fait penser au Who, avec cette grosse basse et cette guitare acoustique soutenant des refrains plus marqués et un solo virtuose, et un chant assez similaire à celui de Roger Daltrey. Et « Hang on to a Dream » est une charmante ballade guitare / piano.

La deuxième partie est nettement plus douloureuse. Ça commence avec  un slow aux claviers et guitares sirupeuses à la Phil Collins et s’enchaine avec un blues très basique qui voit apparaitre la fameuse Talk Box, pédale de guitare équipé d’un tube en plastique accroché près du micro, qui permet au chanteur de moduler avec sa bouche les sons sortant de son instrument, et simuler ainsi une guitare parlante. Peter Frampton ne se prive pas de dialoguer ainsi avec le public pour le plus grand plaisir de ce dernier, et il renouvellera abondamment le truc sur son tube « Do you Feel like we do ? », ici présenté dans une version insupportable de 19 mn, qui ne nous épargne rien, entre présentations des musiciens, solos de chacun d’entre eux (celui de claviers est horrible), Talk Box à gogo bref, on est content quand ça se termine. Dommage car le début m’aurait presque fait investir dans le live de 1976 qu’on trouve à foison pour quelques euros dans toute bonne solderie vinylistique qui se respecte.

 

 

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N’ayant que fort peu gouté au légendaire Dummy, je ne sais pourquoi je poursuivais avec son successeur, récemment sorti à l’époque de cette cassette. Portishead m’avait à peine plus accroché, une petite moitié de l’album se trouvant partagé sur cette cassette et la suivante. Si à la faveur de la renaissance du groupe dix ans après avec l’exceptionnel Third j’avais réévalué ce disque au point de l’acheter, la réécoute des trois extraits ici présentés a été un peu dure. En cause non la qualité des titres, mais leur coté ultra plombant dont je n’avais guère besoin en cette période hivernale et tristoune. Portishead, c’est la bande son de la scène classique des films où le/la protagoniste voit partir l’élu(e )de son cœur au bras de son/sa rival(e) et qu’un vieux crachin tout froid lui tombe subitement sur la tête sans qu’il/elle n’ait la force de s’en protéger…

 

 

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05 mars 2018

KING GIZZARD and the WIZARD LIZARD - Vendredi 02 Mars 2018 - Transbordeur - LYON

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Après une semaine difficile ponctuée par un entretien professionnel annuel décevant (euphémisme), la motivation pour une soirée complète de concert me manquait quelque peu. Heureusement, figurait au menu King Gizzard and the Wizard Lizard, l’un des groupes les plus intéressants apparus récemment sur le devant de la scène, que je n’avais encore jamais eu l’occasion de voir en live. Je n’avais pas d’énergie pour m’intéresser aux autres groupes programmés (dont certains, tel  Zombie Zombie, eussent pu me plaire), et comme Denis qui m’accompagnait était à peu près dans le même état nous décidions de nous concentrer sur l’unique spectacle des Australiens fous, espérant un moment à la hauteur de la multitude d’albums qu’ils avaient produit depuis un lustre, dont cinq pour la seule année 2017. Je m’étais d’ailleurs mis à jour de cette imposante discographie afin de ne pas être trop à la rue : s’il était établi que le très bon album avec lequel je les avais découverts (I’m in Your Mind Fuzz, 2014) était déjà trop ancien pour figurer en masse dans la setlist, si je connaissais bien les non moins excellents Nonagon Infinity (2016) et Flying Microtonal Banana (l’un de mes disques préférés de l’année dernière), j’ingurgitais dans la semaine trois autres albums, ne laissant de côté que l’ultime Gumboot Soup, présenté par beaucoup comme une simple collection de chutes des autres disques. Au final, ni Murder of the Universe (un peu lourdingue), ni Sketches of Brunswick East (très jazzy, donc pas vraiment mon truc), ni Polygondwanaland (sympathique album en libre accès) ne venaient bouleverser mon trio de favoris.

 

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Arrivés tardivement au Transbordeur, et donc galérant un moment pour trouver où se garer, nous optons d’emblée pour un réconfort houblonné avant d’écouter brièvement le groupe qui s’est mis en place sur la scène du Transbo Club. Il s’agit de the KVB, un jeune duo composé d’un chanteur guitariste et de sa comparse aux machines qui propose du post punk assez classique. Si j’ai un doute sur l’intérêt de leur musique sur disque, il n’y en a clairement aucun en live. Denis craque avant moi, et nous nous dirigeons vers la grande salle où un groupe de ses amis patiente devant les barrières en attendant la tête d’affiche de la soirée. Le temps passe vite entre sympathiques discussions et un redoutable aller-retour au bar, la soirée étant complète et la salle bien bondée lorsque les 7 membres du groupe entrent en scène. Mis à part le claviériste à l’extrême gauche, le groupe est en formation triangle, avec les trois guitaristes devant (Stu MacKenzie à gauche, Joey Walker au centre), les deux batteurs face à face en deuxième ligne et le bassiste au fond. La soirée débute idéalement par « Rattlesnake », métronomique ouverture du Flying Microtonal Banana, album qui occupera une large part du premier quart du concert. Si en première approche on pourrait croire que the King Gizzard joue sensiblement toujours le même rock psychédélique pied au plancher, le groupe met en fait un soin particulier à réserver à chaque album une ambiance particulière (souvent portée par un concept original), ce qui justifie un découpage assez tranché dans la setlist.

 

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Après le passage Flying Microtonal Banana, celui que j’ai préféré, vient une partie consacrée à Murder of the Universe. Bien que la musique reste de qualité, j’ai moins accroché à ce deuxième quart, le plaisir ressenti dans le public étant directement proportionnel à l’attrait qu’on a pour la chanson interprétée. En clair, peu de spectacle sur scène, ça joue bien mais sans effusion particulière. C’est plutôt dans la fosse qu’il faudra chercher l’animation : compressé et chahuté, je transpire à mort, vêtu comme un con d’un T-Shirt manche longues recouvert d’un gros pull recouvert d’un blouson de cuir. On croise un Maxime en folie malgré le vol de sa casquette par un slamer indélicat, et évidemment un Gary hilare, tout zen dans la cohue, ce qui n’est pas donné à tout le monde. L’ambiance s’électrise en effet, deux blaireaux viennent se frotter assez longuement à notre groupe, gâchant un peu la fête, mais se font repérer après la castagne de trop à la fois par le service de sécurité et Joey Walker, qui leur intime de se calmer entre deux chansons. Nous ne les verrons plus de la soirée, qui sera dès lors plus sympathique. King Gizzard relance d’ailleurs le concert par une excellente partie consacrée au Nonagon Infinity introduite par le tubesque « Robot Stop », enchainé avec les deux titres suivants sur le disque. En final, les Australiens calment le jeu pour deux extraits de Quarters !, le jazzy « the River » (que je reconnais car je lui trouve des airs de « Take Five ») et le slow « God Is in the Rhythm », sans doute le titre le moins bon de la soirée, en tout cas un choix très discutable pour un final qu’on aurait aimé plus explosif.

 

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En conclusion, les King Gizzard and the Wizard Lizard ne m’auront changé les idées qu’épisodiquement, assurant certes le principal en interprétant avec énergie des chansons pour la plupart très bonnes, mais n’apportant pas le supplément d’âme ou de  folie qui font les concerts d’anthologie.  Un peu la même impression que lorsque j’avais vu Thee Oh Sees, dont je me suis rendu compte d’ailleurs cette semaine que les King Gizzard s’étaient largement inspiré, tout en expérimentant dans tous les sens et bien plus loin que ce que le groupe de John Dwyer a pu le faire ces dernières années.  Autre similitude, ces batteurs jumeaux qui semblent n’être qu’un artifice scénique,  ou une sorte de garde-fou si l’un venait à perdre le fil, ce qui à priori ne doit jamais arriver tant ils maitrisent leur sujet avec une décontraction presque blasée (1). 

 

(1)    Différence que j’ai pu noter cette soirée, c’est que là où les deux batteurs de Thee Oh Sees jouent exactement la même chose tout le concert, il y a chez les King Gizzard un préposé aux roulements frénétiques à droite alors que celui de gauche reste souvent  sur le rythme de base.

 

Setlist (à peu de choses près): Rattlesnake - Greenhouse Heat Death - Doom City – Anoxia - All Is Known - Sleep Drifter - Welcome to an Altered Future - Digital Black - Han-Tyumi the Confused Cyborg - The Lord of Lightning - Crumbling Castle - Robot Stop - Big Fig Wasp - Gamma Knife - The River - God Is in the Rhythm

 

 

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27 février 2018

# 063 / 221

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Après la bouleversante rencontre avec Cat Power, j’avais eu la chance de la voir en concert pour la tournée Moon Pix. Je découvrais donc les morceaux sur scène, avec une pointe de déception (surtout due à la frustration de n’entendre qu’un seul titre de mon album fétiche). Il me fallut quelques mois supplémentaires pour avoir accès au disque à la médiathèque, que je m’empressais d’enregistrer dans son intégralité. En réalité, j’ai toujours considéré Moon Pix comme un peu moins bon que les deux monuments qui l’encadrent (What Would the Community Think et You Are Free). La tristesse est toujours là, mais la tension est moindre que sur son prédécesseur, et certains titres sont vraiment trop longs. On reste malgré tout sur du folk dépouillé de premier ordre, notamment au cœur de l’album avec quelques classiques indémodables - « No Sense », « Say », « Back of your Head », le très mélancolique « Colors and the Kids » au piano - et le chef d’œuvre « Metal Heart », l’un de mes titres favoris, l’un des plus joués sur scène aussi. Je me souviens avoir beaucoup écouté cette cassette, tout en rechignant à acquérir le CD. Je me souviens aussi avoir cru pendant longtemps que Cat Power était Australienne, parce que Moon Pix était sous-titré « 11 Songs Australia 1998 » (ce qui indiquait simplement son lieu et sa date d’enregistrement…)

 

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Grand mélange sur la deuxième face de cette cassette, qui commence par deux titres rescapés de Clumsy des Our Lady Peace, avec lesquels je n’avais pas été tendre au dernier épisode. Ces morceaux de rock alternatif post grunge ne sont pas si mal, mais la voix est toujours un peu pénible.  On enchaine avec deux extraits de Rock N’Roll Animal, un live de Lou Reed dont je me demande bien ce qu’il fout là. Le  père Lou y interprète essentiellement des compos issues des albums du Velvet Underground, excepté « Lady Day », sorte de cabaret rock déjanté qui m’a fortement rappelé le Alice Cooper Band. La comparaison est loin d’être foireuse, puisque je me suis rendu compte après coup que les guitaristes officiant sur ce live ne sont autres que Dick Wagner et Steve Hunter, fers de lance du début d’Alice Cooper en solo (le fameux Welcome to my Nightmare), aidés en cela par le génial producteur Bob Ezrin. Qu’on retrouve avec les deux guitaristes sus nommés au menu de Berlin, album de Lou Reed dont est extrait ce « Lady Day », sur lequel il faut donc que je me penche de toute urgence (et Dieu sait qu’on me l’a conseillé celui-ci…). Et sinon il y a aussi une version de 10 mn de « Rock N’ Roll » avec branlage de manche, solo de basse, épisode funky bref, du grand n’importe quoi avec un son pas génial en plus…. 

 

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Bon, je me plaignais du son précédemment, et bien ici c’est sûr qu’on a du gros son, de la belle production bien rutilante,  bref voici un court épisode de rock progressif comme il y en a bien peu dans ces cassettes.  Cet album a d’ailleurs une histoire assez rocambolesque comme seuls les groupes de ce style peuvent en fournir. Après l’immense succès 90125 (1) et un album moins connu,  les membres de Yes s’éparpillèrent pour fonder d’autres groupes ou faire une carrière solo. Petit à petit, ils se regroupent en deux formations différentes ayant en commun le chanteur Jon Anderson et le nom de Yes (ce qui occasionna des procès pour savoir qui était le vrai Yes). Après s’être bien bouffé le nez, ils eurent la brillante idée d’enregistrer  un disque en commun, avec l’ensemble des membres originaux ainsi que les autres musiciens ayant enrichi les deux formations concurrentes. Le disque fut ainsi nommé Union, ce qui est assez trompeur puisque chacun des deux Yes enregistra ses chansons de son côté avec Jon Anderson, et évidemment personne ne fut satisfait du résultat final.

Le premier titre (« Masquerade ») est assez étonnant, puisqu’au lieu de la choucrouterie à 8 attendue, il s’agit d’une jolie pièce de guitare acoustique interprétée par le seul Steve Howe. Ensuite, les claviers reprennent leur droit, pour un « Lift me Up » bien chargé, en mode hymne de stade, mais avec une mélodie de guitare sympa.  On dirait du Who mauvaise période, bref, j’aime assez…  Le troisième extrait, « Saving my Heart », est un imbittable mélange de reggae et de gospel qu’à mon grand désarroi je n’ai pas détesté non plus. Heureusement, l’honneur est sauf, je n’ai pas du tout aimé « Take the Water to the Mountain » qui clôture ce bref aperçu d’Union (4 titres retenus sur 14, ça passe encore). 

(1)    Au menu de l’épisode 157 pour un dernier salut au groupe….

 

 

 

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Pour finir cette cassette dispersée, les trois premiers titres de the Colour and the Shape, l’album des Foo Fighters qui avait la dure tâche de succéder au fabuleux premier disque, et qui dans mon souvenir était tout à fait excellent (je l’avais d’ailleurs enregistré quasiment intégralement, la suite se trouvant sur la prochaine cassette). Il fallait être assez courageux pour introduire le successeur tant attendu de l’ultra pêchu Foo Fighters par une très calme ballade d’une minute (« Doll »), mais cela fait son petit effet. « Hey, Johnny Park ! », qui lance les hostilités à sa suite, est en revanche bien décevante : c’est un hard bluesy un peu poussif, doté d’une grosse prod à mille lieux du son brut qui faisait une partie du charme de Foo Fighters, enregistré par le seul Dave Grohl. Le très efficace « My Poor Brain » qui suit est beaucoup plus conforme à ce que j’attendais de the Colour and the Shape. Je n’en demeure pas moins légèrement  inquiet à la perspective d’être déçu par la suite d’un disque que je n’ai plus écouté depuis cette époque…

 

 

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20 février 2018

The LIMIÑANAS - Shadow People

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The Limiñanas, un nom que je vois trainer régulièrement en couverture de journaux que je ne lis pas. Un duo venu de nulle part (le mari aux guitares, la femme à la batterie, line up d’escrocs popularisé par les White Stripes) excitant des journalistes propre sur eux prompt à annoncer la nouvelle sensation rock  pour attirer le chaland. De quoi alimenter la hype, et voir revenir la pochette de Shadow People  sur le tapis virtuel à de trop nombreuses reprises. Fallait-il qu’il n’y ait vraiment pas grand-chose à se mettre sous la dent en ce mois de Janvier pour que je daigne m’y intéresser… C’est décidé, j’allais leur rendre visite pour tirer sur la fausse barbe du gars et gratter les tatouages décalcomanie de la gonzesse. 

Lionel Limiñana était venu m’accueillir. Du moins était-il sorti du mobil home en entendant les chiens aboyer et s’était-il planté sur l’allée poussiéreuse les bras croisés, attendant que je parcoure la centaine de mètres sous un soleil de plomb en me dévisageant derrière ses lunettes noires.  Arrivé devant lui, je n’avais déjà plus du tout envie de lui tirer sur la barbe, et je luttais pour ne pas baisser les yeux, certain que ce serait pour lui le signal de me renvoyer chez moi avec un coup de pied au cul ; J’ai tenu, on s’est regardé un moment, comme lorsque la musique d’Ennio Morricone annonce une scène de duel dans les vieux Western. Finalement Marie est sortie du Mobil Home, une bouteille bizarre à la main, qu’elle m’a tendu sans un mot. On aurait dit une bouteille de Tequila, avec beaucoup de couleurs. J’ai bu une gorgée d’un liquide fort et un peu épais. Lionel m’a lancé « je ne serais plus la tête de turc de qui que ce soit », puis, sans que je sache trop comment, la musique a commencé. Les Limiñanas semblaient avoir convoqué tous les gros branleurs du rock. Leurs titres étaient composés de quelques accords et on entendait plus le tambourin que la batterie, autant dire que j’ai tout de suite pensé aux Dandy Warhols. Le genre de plans qui, sans la morgue et la décontraction orgueilleuse du groupe de Courtney Taylor-Taylor, rendrait n’importe qui ridicule. Les Limiñanas avaient largement assez de classe pour assurer sur ce terrain-là, d’ailleurs  ils allèrent encore plus loin en jouant la chanson que les frères Reid n’avaient pas réussi à composer depuis le prétendu grand retour des Jesus and Mary Chains (avec l’aide de Peter Hook, apparemment). 

Ma tête commençait sérieusement à tourner, j’avais repris quelques verres de l’étrange breuvage alors qu’un gars psalmodiait une improbable histoire sur une copine Suzie ou Vicky je sais plus, sur une musique hypnotique et interminable, bref : irrésistible. Le local, encombré de pièces de Harley et de canapés défoncés, semblait s’agrandir au fil des titres et accueillir de plus en plus de monde. Dans les brumes et les basses envahissantes j’ai cru apercevoir Iggy, puis les Beatles venus tranquille faire des chœurs, avant que Gainsbourg ne se pointe avec quelques filles aussi bien roulées que son indispensable et éphémère amie nicotinée.  A ce moment-là j’avais oublié les raisons de ma venue, il me semblait connaitre cet improbable lieu depuis des années bien qu’à ma montre une demi-heure à peine s’était écoulée. Quand je me réveillais, tout avait disparu, j’étais allongé à poil sur le sable. Dans ma main, un disque rouge, dédicacé : de la part des copains. Il ne me restait plus qu’à rentrer chez moi, un étrange sourire aux lèvres.

 

 

Posté par Hello-Darkness à 21:48 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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