Blinking Lights (and other revelations)

11 juin 2018

This Is Not A Love Song Festival (Part 3) - Dimanche 03 Juin 2018 - NIMES

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C’est plein d’enthousiasme que j’attaque cette dernière journée de concerts, avec pour commencer le deuxième et dernier clash du programme. Je serais bien allé voir par curiosité ce que donne Deerhunter sur scène, mais l’écoute de Fading Frontier (et le souvenir du pourtant très coté Halcyon Digest) aura été loin de me convaincre de rater la prestation en son territoire de l’ami HAROLD MARTINEZ. Je le retrouve dans le Patio, toujours souriant malgré la fatigue : le duo en cours de tournée vient en effet de se taper 14h de route depuis la Bretagne. Alors qu’Harold et Fabien s’installent sur la petite scène, la pluie commence à tomber, heureusement assez calme et intermittente pour permettre de profiter du concert sans être complètement trempé. C’est devant un public relativement peu nombreux, quoique croissant, qu’Harold Martinez exécute son folk-blues-rock appuyé, avec l’aisance que permettent l’expérience scénique récente et le fait de jouer à La Paloma, lieu que le duo connait par cœur pour y avoir régulièrement travaillé. Si le concert est moins renversant que lors de leur passage à Lyon il y a quelques semaines, ce n’est pas tant du à la fatigue (le chant est toujours aussi prenant, la batterie toujours aussi puissante) qu’à une durée de set très restreinte, les obligeant à couper court des titres qu’ils avaient intensément prolongé au Kraspek Myzik. Le concert aura cependant assurément suffit à convaincre des spectateurs de passage dont certains manifestèrent leur frustration quant à sa fin prématurée. Il faut dire que le dernier titre joué, « Jim Crow Laws » (appelé à devenir un classique des setlist, comme le déjà ancien « the Killer Crows »), est magistral et donnait vraiment envie d’en avoir plus.

 

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Je file juste à côté pour mon premier concert du week end dans la grande salle, qui accueille CIGARETTES AFTER SEX, déjà à l’œuvre depuis quelques minutes. C’est l’occasion rêvée de découvrir ce groupe dont tout le monde parle et de me faire ma propre idée, même si les descriptions lues depuis quelques mois laissent supposer que je vais m’ennuyer à mourir. Je me cale au bar avec une bière et écoute tranquillement les titres langoureux qui défilent devant un public nombreux et attentif. Rapidement je suis gagné par cette ambiance chaleureuse. Certes le fait de jouer en intérieur (indispensable), la semi pénombre bien étudiée, et l’état dans lequel je suis (légèrement fatigué et alcoolisé) n’y sont pas pour rien, mais le talent du groupe est indéniable. Je comprends tout à fait leur succès (1) en me laissant progressivement envahir par le pouvoir apaisant et vaguement érotique d’une setlist extrêmement monolithique (un ou deux titres m’ont quand même plus particulièrement touché). C’est bien simple, j’ai eu subitement envie de danser un slow, un truc qui ne m’était pas arrivé depuis les Boom ENIM au début des années 2000. Sans surprise, les chanceux couples dans la fosse ne se privent pas, normal c’est absolument irrésistible. Le nom du groupe apparait dès lors plus judicieux que ridicule, tout au plus auraient-ils pu se baptiser Cigarettes Before Sex, leur musique s’adaptant plutôt à de tendres préliminaires. Je m’arrache à regret de ces Barry White indé puisqu’il est temps d’aller se placer du côté de la grande scène extérieure où des légendes 90’s sont annoncées.

 

(1)     Peut-être pas dans de telles proportions. Et ce que je ne comprends pas du tout, c’est le plaisir qu’on les musiciens sur scène. Le bassiste doit horriblement s’emmerder avec sa note à la minute, non ? 

 

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On ne sait jamais à quel point l’histoire a été réécrite lors de la séparation des Pixies, mais c’est comme ça : Frank Black a toujours été le gros con égocentrique, Kim Deal la victime brimée s’envolant vers une légitime émancipation. Tout le monde s’est réjoui lorsque « Cannonball » (une scie pourtant rapidement insupportable) a fait un carton et a propulsé Last Splash a des niveaux de vente que Frank Black n’a jamais approché, malgré un début de carrière génial. Kim Deal est cool, elle est restée cool après un Title TK anecdotique (dont le seul extrait ce soir, « Off You », sera aussi le seul gros raté du concert), et même après un Mountain Battles lamentable (évidemment absent de la setlist). Beaucoup ont apprécié All Nerve, dernier né des Breeders sorti cette année, en assortissant leurs louanges de quelques taquets aux nouveaux Pixies, alors que bon, l’album ennuie sa première moitié passée bien qu’il ne dure qu’une demi-heure… Mais c’est un fait que j’ai constaté par moi-même à Nîmes : Kim Deal est cool. Elle a le sourire jusqu’aux oreilles, charrie sa frangine qui lui répond sur le même ton,  blague avec le public subissant une ondée soutenue, bref tout le monde s’amuse bien mis à part Josephine Wiggs qui fera la gueule tout le concert. the BREEDERS ont beau avoir plus de 25 ans d’existence et des centaines de concerts derrière eux, on dirait un groupe de lycéens découvrant le live : longues minutes de préparation entre les chansons, déplacements maladroits de Kim, concentration extrême de Kelley sur ses solos de deux notes… Forcément, la prestation dans son ensemble ne casse pas des briques, mais l’ambiance générale emporte notre adhésion, d’autant que la setlist est quasi parfaite, mis à part la faible place accordée à l’excellent Pod (représenté par le seul « Glorious »). Les chansons de All Nerve s’intègrent parfaitement (il n’y a pas de hasard, seuls les cinq premiers titres du disque ont été interprétés), pour le reste quel plaisir de savourer la douce énergie de « No Aloha » ou « Divine Hammer », de se prendre un « S.O.S » en pleine poire ou la reprise « Drivin’ on 9 », sans doute ma favorite feel good song. Après un « Cannonball » de bon aloi, je m’extrais à regret de la fosse où j’avais fini par me placer, constatant que cette fois le son y étais parfaitement équilibré. Sachant qu’il y a une jauge à l’entrée de la Paloma, je préfère être bien en avance pour ne pas louper Idles, précaution inutile si j’en juge un public semblant encore moins nombreux que la veille, mais on ne sait jamais… De loin, j’entendrais amusé que Kim Deal n’a pas pu s’empêcher d’intégrer « Gigantic » à la setlist. C’est par une version plus nerveuse de ce titre que les Pixies avaient achevé le concert de leur première reformation aux Eurocks. C’était il y a 15 ans, pourtant Kim Deal semblait paradoxalement bien plus jeune et resplendissante aujourd’hui. Comme si, entre rock et sourire, il fallait choisir…

 

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Cette fois, j’y étais. Non seulement je voulais absolument voir Idles, mais encore avais je le sentiment qu’il fallait les voir maintenant, lors de la tournée pour le premier album, que les choses seraient forcément différentes par la suite. Et encore était-ce un peu tard, dans une salle un peu trop grande, à l’aube d’un second disque à qui la setlist réserverait sans aucun doute plus ou moins de place. Mais j’y étais, et je n’avais absolument aucun doute sur la qualité de ce qui m’attendait. En revanche, lorsqu’on attend un concert avec une telle impatience, le risque est grand d’être déçu. Il n’en a rien été. Les cinq Idles ont surgi, et le rythme de « Heel / Heal », morceau d’ouverture de Brutalism, a tabassé le public et l’a contaminé en 2 secondes. Sur scène : des psychopathes. Le guitariste de gauche, son instrument sous le menton, gambade sur scène avec un grand sourire, on dirait un faune. Son collègue se déplace plié en deux, berçant sa guitare comme un père particulièrement sadique. Plus tard, lorsqu’il aura sauté dans la foule et qu’il se sera longuement fait porter par celle-ci, on se dira en l’observant avec ses piercings et ses longs cheveux trempés que le fait que ce mec soit dentiste est l’une des anecdotes les plus étonnantes que le rock nous ait offert. Le bassiste, un géant chauve et barbu, se balance d’avant en arrière, hilare. Le chanteur se tape la tête comme un dément ou saute à pieds joints comme un gamin capricieux.  Seul le batteur, trop occupé à matraquer ses futs, semble avoir un comportement normal.

 

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Dans la fosse, c’est guère mieux. Je hurle les paroles quand je les reconnais. Je gueule quand je ne les connais pas (ah, ce « Idles Chant », figurant sur leur premier EP que je n’ai jamais écouté, comme il se prête bien au poing tendu en chœur !). Je fais quatre slams (autant qu’en 20 ans de fosse), dont un qui foire lamentablement sous le regard désolé d’un videur, tandis qu’un autre s’interromps rapidement et brutalement par une chute sur le dos (ippon !). Heureusement que JC Menu n’était pas là, il se serait bien marré. Mais il n’aurait pas pu dessiner dans cette tornade informe et suante aux innombrables bras et jambes et bouches hurlantes. L’ambiance reste très bon enfant, on fait gaffe à celui qui tombe, on ramasse le portable du copain, c’est sans doute le groupe qui veut ça. Quand notre ami le Faune, embarqué par la marée humaine, et longuement porté en triomphe dans toutes les positions (même debout) peine à regagner la scène, et qu’un agent de la sécurité mouille la chemise pour l’y ramener, le guitariste s’arrêtera un moment pour le remercier et lui serrer la pince avec un grand sourire avant de retourner avoiner sa guitare et accompagner ses potes criant depuis de longues minutes Dance till the Sun Goes Round ! (« White Privilege »). C’est que Idles ne se trompe pas de cible. Le Motherfucker du titre « Mother » repris à l’unisson est adressé à la politique des conservateurs menant à l’exploitation de toute une catégorie de la population, dont la mère de Joe Talbot faisait partie avant son décès ayant inspiré une grande partie du disque. Idem pour « Faith in the City », charge contre les Evangélistes cupides, « Well Done » contre le modèle consumériste et son allié la télévision, ou « Danny Nedelko », nouveau single pro-migrants. La forme est violente, mais leur slogan reste positif : Long Live to the Open Minded ! Une raison supplémentaire de les adorer, eux qui ont nommé leur second album, à paraitre en Aout, Joy As an Act of Resistance, et qui s’emploient chaque soir sur scène à concrétiser ce sacerdoce.

 

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Une lueur inquiétante dans le regard, les voilà qui entonnent un titre de Mariah Carey a capella, avant de repartir de plus belle dans du punk sauvage : ancien ou nouveau titre, tout est à fond pour le plus grand plaisir du public (1). Pour ma part j’aurai eu droit à ma chanson favorite de l’année dernière, « 1049 Gotho », et ne me serait même pas rendu compte dans l’ambiance de l’absence de deux autres favoris, « Rachel Khoo » et « Benzocaine ». Je sors heureux et complètement rincé de la Grande Salle ; l’heure est passée en un éclair, mais il n’en fallait pas plus…

 

(1)     ils n’ont pas joué l’inédit « Colossus », qui est assez différent

 

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Par curiosité, je boitille jusqu’à la Flamingo où Dead Cross est déjà en place, et observe leur concert de loin. C’est l’occasion de voir pour la première fois deux légendes officiant dans ce super groupe : Mike Patton au chant et Dave Lombardo à la batterie. Devant un immense panneau figurant un squelette aux multiples bras, un Mike Patton au look improbable (genre Bono avec une chemisette à fleurs) s’époumone dans son micro sur des titres très courts portés par le jeu exceptionnel de l’ex batteur de Slayer. Du Trash Metal donc, petite note d’originalité dans la programmation que je trouve bienvenue, même si évidemment je suis surtout fasciné par Lombardo. Si j’ai trouvé le concert sympa (1), je pars avant le rappel, vu que deux heures de routes en solitaire m’attendent pour regagner mon cher logis familial. Je me rends compte toutefois en regagnant ma bétaillère que je n’ai pas raté grand-chose : le concert n’aura duré que 40 minutes au lieu de l’heure prévue (il faut dire que l’album de Dead Cross ne dure qu’une demi-heure…)

 

(1)     C’est dire si je ne suis pas spécialiste du style, puisque toutes les critiques que j’ai lu sur ce live ont été négatives…

 

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Il est temps de quitter ce lieu formidable, où seuls quelques problèmes de son auront été à déplorer. Une fois encore, nous aurons eu notre lot de découvertes, de déceptions, de concerts mythiques. Une fois encore nous auront discuté avec Harold, croisé pogotteman dans la fosse (plus chevelu que les fois précédentes), vu des tenues incroyables (mention spéciale à la veste en jean ornée d’un gigantesque blason représentant l’album the Triumph of Steel de Manowar). Une fois encore l’inimitable Robert Gil se baladant avec son marchepied aura pris un malin plaisir à se mettre devant nous à chaque concert (mais on lui pardonne parce qu’on a plein de belles photos comme ça). Une véritable star d’ailleurs, j’ai vu des nanas le supplier littéralement de les prendre en photo. On leur donne rendez-vous l’année prochaine, avec quelques potes je l’espère, pour un plein de souvenirs et d’énergie positive, qui aide à affronter un quotidien pas souvent rock’n roll : mieux vaut hurler au milieu d’une fosse devant un groupe de punk qu’à la tronche de ses collègues de boulot…

 

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Setlist the Breeders: New Year - Wait in the Car - All Nerve - No Aloha - Divine Hammer – Glorious – Spacewoman - Drivin' on 9 - Nervous Mary - S.O.S. - Off You - I Just Wanna Get Along – Cannonball - MetaGoth - Gigantic - Do You Love Me Now? – Saints

 

Setlist de Idles: Heel / Heal – Faith in the City – the Idles Chant – Mother – Samaritans – 1049 Gotho – Divide and Conquer – Danny Nedelko – White Privilege – Love Song – Date Night – Exeter – Well Done - Rottweiler

 

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PHOTOS: Toutes les Photos sont de Robert Gil ( photoconcerts.com(mais l'une d'elle contient un Moi) sauf la photo de la Paloma prise sur le Facebook du TINALS et les photos de Harold Martinez, Dead Cross de loin et Robert Gil devant Idles qui sont de Moi.

 

 HAROLD MARTINEZ:

 

CIGARETTES AFTER SEX:

 

 the BREEDERS:

 

 IDLES:

 

 DEAD CROSS:

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09 juin 2018

This Is Not A Love Song Festival (Part 2) - Samedi 02 Juin 2018 - NIMES

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Cette journée du samedi est sur le papier la plus faible, il n’y a aucun groupe que j’attende particulièrement à l’affiche, mais je reste ouvert aux potentielles découvertes. Arrivé tranquillement en fin d’après-midi, je fais un passage rapide dans la grande salle intérieure, mais quelques minutes de John Maus suffisent à me convaincre que ce n’est pas du tout mon truc. Je m’installe donc tranquillement dans le Patio en attendant CATHEDRALE, jeune groupe toulousain dont j’avais trouvé l’album plutôt attirant. Revendiquant l’influence du Parquet Courts des débuts, le quatuor délivre un garage rock très efficace, pour un court concert sans temps mort qui aura achevé de me convertir à leur talent. Pas de look travaillé (on les dirait sortis d’une école d’ingé), c’est bien par leur énergie, des compos très carrées, et leur maitrise des pauses / reprises explosives à l’unisson qu’ils s’imposent à un public conquis. Bizarrerie, le guitariste central n’a pas de micro, entouré qu’il est par un bassiste et un leader guitariste tout deux performants en chanteurs hargneux, mais c’est lui qui apportera la nuance par des riffs et des solos travaillés à une setlist assez linéaire.

 

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Après avoir noté mentalement d’acquérir l'album de Cathedrale (Total Rift, 2017), je traverse le site en direction de la scène Mosquito, assez curieux de voir ce que peut donner la prestation de CHOCOLAT, indéfinissable groupe Canadien auteur en 2016 d’un Rencontrer Looloo aussi délirant que son intitulé (et qui s’ouvre par une chanson appelée « On est meilleur que R.E.M », ça pose le truc). Mené par un guitariste élancé à l’improbable veste Alstom, le quintet annonce la couleur avec un style évoquant par petites touches le vieux hard rock des 80’s, entre coupes mulet, casquettes et inévitables moustaches. Contre toute attente, le premier morceau est un monument de rock psychédélique, au final démonstratif qui place la barre très haut : si l’esprit est potache, le niveau technique est impressionnant, notamment le batteur. Par la suite, et jusqu’à un dernier titre qui en remettra plein les oreilles, le groupe exécute fièrement un Hard FM régressif matiné de prog jazzy à la Gong, le tout émaillé d’interventions du leader dans un savoureux Québecquois et de solo de saxophone bien baveux. Mis à part la voix aigüe du chanteur, qu’on entend relativement peu (le volume est timide, et les titres sont majoritairement instrumentaux), le concert est très sympa, surtout dans ce contexte. Le Chocolat est décidément un vrai plaisir coupable…

 

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Changement d’ambiance, FATHER JOHN MISTY vient d’envahir la grande scène. Quand je dis envahir, c’est qu’il est accompagné de 9 autres musiciens, autant dire que pour quelqu’un censé faire du Folk, ça fait beaucoup. Cela dit, même si la plupart du temps ses acolytes semblent fort peu occupés, les passages plus arrangés où trompette, saxophone et autre flute traversière se font entendre sont tout à fait réussis. Pour le reste, FJM n’a besoin de personne pour occuper l’espace : classe, charismatique, et doté d’un charme fou si l’on en croit les nombreuses festivalières nous entourant, le grand barbu planqué derrière ses lunettes noires surjoue le crooner irrésistible et se la pète comme jamais, sans qu’on sache vraiment la part d’auto dérision dans tout cela, mis à part lors de l’apparition sur l’écran géant d’un faux spot de pub caricatural pour son dernier album. Au final, je trouve la plupart des chansons relativement fades sans être désagréables pour autant, et je reste volontiers jusqu’à la fin, n’ayant rien de mieux à écouter. Ce qui me permet d’être  cueilli à l’occasion par un titre plus enthousiasmant, à l’image du très beau « Only Son of the Ladiesman » ou de l’ironique « Mr. Tillman ». 

Il est 22h passées et il y a un gros trou dans la prog, je passe chercher mon casse dalle que je compte savourer en écoutant de loin YELLOW DAYS, groupe de Soul officiant sur la Mosquito. Je me pose tranquillement sous un arbre vers la table de mixage, mais les premières chansons ne sont pas à mon gout : je trouve la voix et la guitare trop aigues et, elles font mauvais ménage avec une fatigue et un léger mal de crane apparu au cours de la soirée. Précisons quand même que Yellow Days a été un coup de cœur pour bon nombre de festivaliers, ce que je ne pourrais commenter, ayant rapidement déménagé dans l’espace doté de coussins moelleux qui me permettra un repos salutaire.

 

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Je suis donc prêt pour un autre concert, mais comme il est hors de question que je me retape une grosse machine commerciale, je zappe Phoenix et tente le coup pour ECCA VANDAL, décrite par mon prospectus comme faisant du punk hip-hop. Pour l’instant, un trio guitare basse batterie, tout de noir vêtu, s’est installé sur la scène et balance un gros son rock, puis Ecca Vandal s’avance, micro en main, salue le public et attaque avec assurance son concert. Quel charisme, je suis bluffé ! La jeune femme, venue d’Australie mais aux origines très diverses, a un look et des attitudes sur scènes plutôt empruntées à la scène pop grand public, mais la musique proposée est un melting pot de hip hop, de metal, de punk et de pop dansante (1), évoquant par moments le Neo Metal des 00’s, mais sans l’esbroufe et la surenchère que j’associe souvent à ce mouvement. Ce doux prénom accolé à un nom de famille brutal reflète à merveille les différentes vagues d’un set dont j’apprécierai chaque moment, avec une préférence toutefois pour les explosions punk sur lesquelles la chanteuse ne ménage pas sa voix, au top dans absolument tous les registres. Tout à la fois extrêmement sérieuse et chaleureuse, cette Riot Girl 2.0 déroule son show avec un aplomb et une maitrise incroyable, dirigeant en quelques coups d’œil et signes appuyés son groupe et ses techniciens et emmenant de son énergie incroyable le public à sa suite (le groupe n’est pas en reste, le bassiste faisant office de bras droit musical de sa leader terminera le concert en nage). Dans les premiers rangs, je ne suis pas le dernier à répondre à ses harangues, sautant ou beuglant à la demande. A la fin du concert, là où le public s’éparpille généralement rapidement pour ne rien manquer, un bon groupe d’irréductibles acclame longuement le quatuor resté sur les lieux pour aider au rangement du matériel. Le bassiste, tout sourire, descend serrer des pinces et remercier les fans, avant que Ecca Vandal elle-même cède à la ferveur et vienne les saluer, se prêtant volontiers à quelques selfies et discussions. Malgré ma tentation de faire la midinette, je laisse les vrais connaisseurs en profiter, reste que l’Australienne sera la plus belle découverte de cette édition et que je ne manquerai pas d’écouter son premier album, sorti l’année dernière.

 

(1)     J’apprendrais après coup qu’Ecca Vandal cite des influences aussi diverses que Bjork, Miles Davis et Deftones, ce qui donne une bonne idée de sa musique. 

 

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A quelques mètres de là, les VIAGRA BOYS viennent d’arriver sur la scène Mosquito. Mené par un chanteur torturé à l’allure laissant supposer un alcoolisme avancé, le torse nu couvert de tatouages (1), le groupe suédois déroule un set dans la plus pure tradition Post Punk, basse ultra présente et gratte saturée intermittente, agrémenté de solos de saxophone éraillés évoquant ceux de Steven Mackay (Stooges). Les titres sont longs, répétitifs, complètement hypnotiques et surtout excellents. Il est dès lors impossible de résister à la tentation de dodeliner, de se trémousser, de sautiller voire de pogoter quand le public décide que la réponse donnée à un tel concert est vraiment trop sage. Ce qui ne fera que s’amplifier jusqu’à un interminable final où les cinq musiciens creuseront inlassablement le même riff tandis que le chanteur manifestera son approbation par des mouvements de tête en rythme et quelques pas de danse hasardeux. Encore une discographie (apparemment très limitée) à creuser… 

(1)     Il a même tatoué sur le front Lös, ce qui selon google trad signifie « en vrac »

 

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Il est donc une heure du matin quand je rejoins la grande scène pour une nouvelle prestation de Ty Segall à Nîmes, la 3eme en 6 éditions. Mes a priori se partagent entre le souvenir du concert raté de 2016 sur cette même scène, et l’agréable surprise procurée par l’écoute de Freedom’s Goblin, cru 2018 du TY SEGALL AND THE FREEDOM BAND. Malgré une longueur indécente, l’album fortement teinté de psychédélisme apporte un renouveau salutaire à une discographie que je croyais définitivement perdue après un Emotional Mugger globalement affreux et un Sans Titre 2017 inintéressant. C’est sur la rythmique lourde de « Wave Goodbye » que le groupe lance le concert. Ty Segall est à droite, de profil, ayant laissé la place centrale à un petit pianiste en chemise blanche au regard apeuré, encerclé qu’il est par la bande de rockers complété par le chevelu batteur Charles Moothart (le seul que j’aie reconnu) derrière lui, puis un bassiste et un guitariste à sa gauche. Disposition étrange, mais qui n’entache en rien la prestation, bien qu’une nouvelle fois la basse soit trop forte et couvre partiellement les solos de guitare de Ty. Au bout d’un petit moment, je décide d’en avoir le cœur net et vais me positionner tout au fond de l’esplanade, juste devant la table de mixage, et là, miracle : le son est excellent. Bon truc à retenir pour le lendemain, mais qui me fait avoir quelques regrets quant à la prestation des Jesus and Mary Chain…

 

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Bref, Ty Segall et son groupe proposent un concert varié et plaisant, entre tubes garage (« Fanny Dog », « Candy Sam »), ambiance plus jazzy (« Every 1's a Winner”), ballade Bolanienne (“My Lady's On Fire”) et même disco (“Despoiler of Cadaver”). Je reconnais peu de morceaux mais cela a peu d’importance, d’autant plus qu’ils sont réadaptés pour le live, avec force solos de chacun des musiciens. Mention spéciale pour la longue version de “Warm Hands” où Charles Moothart fait notamment des merveilles. Pour le final, nous aurons droit à un dantesque “She”, au riff reconnaissable entre mille, évoquant Black Sabbath, avant que le titre ne mute en une demonstration Zeppelinienne mettant à l’honneur les qualités mélodiques et techniques du groupe et de son leader déchainé. Un très bon concert donc, bien que l’heure tardive (bien plus adaptée cependant que les 18h ensoleillées de la dernière fois) et la distance m’aient empeché d’ être totalement immergé dans la musique. 

C’est donc bien fatigué que je terminais cette soirée de concerts s’étant révélée plus enthousiasmante que prévue. Une bonne nuit de sommeil était de mise avant le Dimanche, journée que j’attendais avec le plus d’impatience, et qui ne me laissait entrevoir aucun répit dans l’enchainement des concerts auxquels je voulais assister. 

 

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Setlist Father John Misty (celle du We Love Green festival, probablement très proche): Nancy From Now On - Chateau Lobby #4 (in C for Two Virgins) - Only Son of the Ladiesman - Total Entertainment Forever - Disappointing Diamonds Are the Rarest of Them All - Mr. Tillman - Please Don’t Die - Hangout at the Gallows - Pure Comedy - Hollywood Forever Cemetery Sings - Holy Shit - I Love You, Honeybear

 

Setlist Ty Segall: Wave Goodbye - Fanny Dog – Finger – Squealer - Candy Sam - Every 1's a Winner - Despoiler of Cadaver - Warm Hands (Freedom Returned) - My Lady's On Fire - Cherry Red - Love Fuzz - She

 

PHOTOS: Ty Segall 1 = Facebook du TINALS / Viagra Boys 1 et 2 - Ty Segall 2 et 3 - Ecca Vandal 2 = Robert Gil / Cathedrale - Chocolat - Father John Misty - Ecca Vandal 1 = Moi (mais l'une d'elle contient un Robert Gil)

 

CATHEDRALE:

 

 CHOCOLAT:

 

FATHER JOHN MISTY:

 

ECCA VANDAL:

 

VIAGRA BOYS:

 

TY SEGALL AND THE FREEDOM BAND:

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07 juin 2018

This Is Not A Love Song Festival (Part 1) - Vendredi 01 Juin 2018 - NIMES

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Cette année encore, je guettais avec impatience la programmation du This Is Not A Love Song, TINALS de son petit nom. La frustration avait été grande l’année dernière de ne pas y participer tant ce festival est convivial et agréable, mais la programmation y était vraiment trop inintéressante. La première annonce 2018, quoique très loin des géniales éditions 2015 et 2016 - genre d’affiches dont il faudra, à priori, faire son deuil – contenait quelques noms intéressants qui me tentaient, mais il manquait encore le truc pour me faire craquer. Parallèlement à ça, je cherchais par tous les moyens à voir Idles en concert. Il faut savoir que Brutalism est sans doute le seul album depuis une quinzaine d’années que j’aie véritablement écouté jusqu’à l’écœurement, aussi étais je désespéré de voir que malgré une tournée gigantesque, aucune date ne passait à une distance respectable de Lyon. J’avais envisagé plusieurs voyages, découragé à chaque fois par le cout et l’organisation, et m’étais presque résolu à prendre un billet à Rock en Seine, à la programmation pourtant infecte, lorsque la nouvelle que j’attendais tomba (tardivement) : Idles était annoncé au TINALS ! Je me ruais donc sans réfléchir plus avant sur un Pass 3 Jours. Tant pis pour les têtes d’affiche moyennes, les découvertes pour lequel ce Festival est assez doué compenseraient. Tant pis si personne n’était intéressé pour m’accompagner, le but était aussi de faire un bon break, la solitude étant un luxe rare dans ma vie actuelle.

 

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En ce vendredi soir, je me retrouvais donc  sous un beau soleil en terrain connu à Nîmes, dans cette ambiance à la fois festive et paisible. Toujours ce parc joliment décoré, ces lieux arborés où se poser tranquille, ces coussins moelleux, cet indispensable vestiaire aux toujours souriantes tenancières, ces couronnes de fleurs qui parent bientôt une grosse partie des festivalières donnant au lieu un côté onirique et irréel. Le public est extrêmement hétéroclite, notamment au niveau de l’âge : on croise vraiment des personnes de 7 à 77 ans.  Seul changement apporté, la petite salle intérieure qui n’accueille plus de concerts (certainement pour des raisons de sécurité), et une nouvelle scène de taille moyenne (appelée Bamboo) en extérieur, à proximité de la petite scène déjà existante auparavant (la Mosquito). Le TINALS a appris des précédentes éditions, les légers disfonctionnements qu’on avait regrettés à l’époque ayant tous été corrigé, offrant une organisation sans aucune faille tout au long du week end.

 

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Me voici donc avec une bonne pinte attaquant ce marathon musical devant MUMMY'S GONE, trio local de folk, batterie/guitare/violon. On est dans un registre de chanson délicate, évoquant par moment Sparklehorse, sauf pour le chant qui, loin d’être fragile, a cette chaleur qu’on retrouve par exemple chez Jose Gonzales. Les compositions ne sont pas d’une originalité folle, mais l’ensemble est assuré et plaisant, c’est en tout cas une très belle entrée en matière, histoire de se chauffer doucement les oreilles et de finir de se mettre l’esprit en vacances.

 

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Direction le Patio, la bien nommée petite scène extérieure nichée au cœur du bâtiment de la Paloma,  pour assister au concert du quatuor Japonais  DYGL. Si le guitariste arbore un T Shirt Metallica et le batteur un Portishead, on ne pourrait trouver références plus éloignées de la musique proposée. En réalité, DYGL envoie un rock hésitant entre la pop et le garage, de joyeuses chansons au tempo relevé qui emporteront l’adhésion d’un public assez nombreux et participatif. Les jeunes musiciens semblent aussi surpris que ravis de l’accueil qui leur est fait, en tout cas la bonne humeur est visible tant sur scène que dans la fosse.

 

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Pas grand-chose à suivre, on retourne vers la Mosquito pour WARMDUSCHER, groupe prétendument Punk dont l’écoute portée à l’album Whale City  ne nous avait pas vraiment convaincu. C’est typiquement le groupe qui s’appuie plus sur son look et son charisme que sur ses chansons, d’ailleurs je n’ai déjà plus beaucoup de souvenirs de ce qu’ils ont joué. Entouré par un solide bassiste et un guitariste en costard à la gueule soigneusement enlaidie par une coiffure de junkie, le chanteur arborant chapeau de cow boy, lunettes de soleil et longue gabardine gueule dans son micro et harangue la foule sur fond de saturation parfois un peu facile. Cependant suffisamment intéressant, ou fun, pour que je reste jusqu’à la fin du set.

 

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C’est l’heure d’un des rares choix épineux de la programmation. Sur la grande scène Flamingo, le légendaire BECK, que je connais peu (pour tout dire j’apprécie surtout Sea Change) et dont les derniers disques n’ont pas soulevé l’enthousiasme, mais que je n’ai jamais vu - sur la scène Bamboo les punks de Flat Worms dont l’album éponyme sorti l’année dernière m’avait assez emballé lorsque je l’avais écouté en prévision du festival. Je choisi finalement la légende, je n’aurai peut-être pas d’autre occasion de le voir, et puis les découvertes bruyantes ne manquent pas à l’affiche les prochaines soirées. Me voici donc arrivant juste à temps pour voir un Beck chapeauté entrer sur scène juste après son groupe. Le dispositif est impressionnant, 7 musiciens (dont 4 qui ne servent pas à grand-chose, avec la choriste blonde canon de service prenant la pose avec tout plein d’instruments différents), une scène à deux étages, un affichage numérique gigantesque, bref un concert spectacle qui promet d’en mettre plein la vue. J’ai pas mal de doutes en voyant tout ce cirque, mais je suis rassuré par le « Devils Haircut » inaugural, qui a l’avantage d’être un titre que je connais et apprécie. Je vais pourtant me décomposer au fil des chansons suivantes. S’il y a un moment où je peux apprécier de la pop commerciale, c’est bien dans cette ambiance chaleureuse, entouré de jeunes filles en fleur et avec quelques pintes dans le museau. On peut dauber sur Coldplay, leur coté lisse, gentil, inintéressant : les chansons de Beck ont ceci de pire qu’elles sont vraiment moches, même avec la plus grande ouverture d’esprit possible. J’insiste, ne pouvant pas croire que celui qu’on célèbre comme un génie, qu’on présente souvent comme  le plus grand précurseur des 90’s, en soit réduit à cette prestation que seule une pension alimentaire dithyrambique pourrait excuser.

 

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C’est au bout d’un bon moment d’ennui et d’effarement que je me souviens soudain de FLAT WORMS, et que je bats en retraite.  Si selon le programme il me reste encore une bonne demi-heure de punk à savourer, je n’aurai de manière incompréhensible qu’un seul morceau à me mettre sous la dent. De quoi vraiment alimenter mes regrets car le trio américain termine son set, qu’on imagine intégralement relevé de la sorte, par une tuerie mettant moins de 3 secondes à m’emballer. Grosse déception d’avoir manqué ça, j’espère qu’ils passeront vers Lyon pour une prochaine tournée. Du coup je retourne vers la grande scène et écoute de loin la fin du concert de Beck. J’entends des bribes de « Miss You »  (assez emblématique qu’il ait choisi ce titre putassier parmi les tubes des Stones) et de « Once in a Lifetime », plutôt sympa mais c’est juste un extrait, avant un « One Foot in the Grave » bluesy (harmonica / guitare) démontrant que l’épure sied bien mieux à Beck.

 

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Quelques mètres de côté et me voici de nouveau devant la Mosquito, pour le concert de MOANING, dont j’avais trouvé le premier album sorti cette année sur Sub Pop intéressant mais inégal. C’est un trio très jeune et assez atypique qui investit la scène, les T-Shirts arborés étant cette fois plutôt représentatifs de la musique du groupe. Le bassiste est un métis élancé avec un T-Shirt de Warsaw, pour le côté post punk.  Sur celui du batteur (un gros roux barbu) on peut lire Metz, pour le côté gros rock appuyé. Quant au T-Shirt du guitariste chanteur, il représente Bart Simpson, ce qui va bien à ce gamin plein d’arrogance, sorte de mélange entre le leader de Parquet Courts et Thurston Moore, qu’il évoque par un jeu de guitare noisy, épileptique et maitrisé. Je suis embarqué dès les premières notes de « Does This Work For You », me place direct devant la scène, et prend de plein fouet un exceptionnel « Artificial ». Couplets à la Joy Division, mélange de voix morne et de basse très en avant, refrains explosifs dans un style rock alternatif 90’s, le titre me file le frisson et sera l’un des meilleurs moments du festival.  La suite du concert, quoi que moins intense, reste de très haute volée, abandonnant progressivement le post punk pour de la pop noisy énergique et démonstrative, l’ami Bart Simpson ne ménageant pas sa peine en soubresauts et matraquage de guitare. Un des concerts les plus marquants du TINALS 2018, de quoi me donner envie d’écouter plus attentivement l’album Moaning, joué quasiment en intégralité.

 

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Pas le temps de m’attarder, je file vite vers la Grande Scène où les premières notes des JESUS AND MARY CHAIN se font entendre. Je me demande si le TINALS a vraiment fait recette, car quel que soit le concert il est assez facile de se faufiler dans la fosse pour arriver à proximité de la scène. Les 5 musiciens sont habillés de noir et placés devant un écran géant indiquant simplement le nom du groupe. La sobriété est de mise, tant dans la tenue que dans l’interprétation des morceaux, une sobriété qui flirte avec le jansénisme. Du coup je m’ennuie un peu, surtout que je reconnais peu les titres (à l’exception évidente de « Head On »), ce qui est frustrant dans la mesure où j’ai récemment révisé Jesus au travers des chroniques de mes vieilles cassettes. A ma décharge, le son est terriblement mauvais, on n’entend que la basse et la grosse caisse, ce qui est évidemment très dommage pour un groupe fondé sur la guitare solo de William Reid et le chant nonchalant de son frangin Jim (une voix très faiblarde d’ailleurs, ce qui n’arrange rien). « Between Planets », une chanson que j’aime beaucoup, est ainsi passablement gâchée par le fait que j’entends très peu le terrible riff de guitare du refrain, qui fait une bonne partie de son sel. La fin du set est plus sympathique, par l’enchainement de tubes qu’elle propose, « Some Candy Talking », « Halfway to Crazy » et l’irrésistible « Just like Honey » passant comme une lettre à la poste. Après cette pause sucrée, les Jesus and Mary Chain remettent le potard à fond et terminent sur un déluge de décibels. « I Hate Rock N Roll », clament-ils,  et pour cette soirée on ne mettra pas leur parole en doute.

C’est sur ce concert pas vraiment enthousiasmant que se termine une journée en demi-teinte, dont on retiendra surtout la prestation de Moaning, et où le coté apaisant d’une journée ressemblant à la première d’une longue pause bien méritée et quelques concerts sympas auront rattrapé l’ennui ressenti devant les têtes d’affiche. 

 

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Setlist de Beck (celle du Titanic festival, probablement très proche) : Devils Haircut - Up All Night – Wow - Mixed Bizness – Colors – Debra - Raspberry Beret – Dreams – Girl – Loser - E-Pro - Where It's At - One Foot in the Grave

 

Setlist de Moaning:  Does This Work For You – Artificial – Close – WSU – Tired - For Now – Misheard ? - Don't Go - The Same - Somewhere In There

 

Setlist de Jesus and Mary Chain (celle du Bearded Theory festival, probablement très proche) : Amputation - April Skies - Head On - Blues From a Gun - Black and Blues - Far Gone and Out - Between Planets - Cherry Came Too - All Things Pass - Some Candy Talking - Halfway to Crazy - Just Like Honey - Cracking Up - War on Peace – I Hate Rock N Roll

 

PHOTOS: Bandeau  - Beck 1 = Facebook du TINALS / Mummy's Gone - Flat Worms - Jesus and Mary Chain - Moaning 2 = Robert Gil / Selfie - DYGL - Warmduscher - Beck 2 - Moaning 1 = Moi (mais l'une d'elle contient un Robert Gil)

 

MUMMY's GONE:

 

DYGL:

 

WARMDUSCHER:

 

 BECK:

 

 FLAT WORMS:

 

MOANING:

 

the JESUS AND MARY CHAIN:

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04 juin 2018

# 070 / 221

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Pierre Desproges en cette rubrique, étonnant, non ? Plus étonnant encore, c’est par les scouts que j’ai découvert le célèbre comique. En cette année 1998, après 4 années de bons et loyaux services à faire le clown pour les minots de 8-12 ans (alias les louveteaux), me voilà passé chef pour les pionniers (15-17 ans), avec beaucoup moins de réussite il faut bien l’avouer. Finies les traditionnelles veillées avec jeux et chants préparées tant bien que mal la veille par une maitrise entre deux binouzes au 5eme, c’est maintenant au jeune artiste en herbe auto désigné de gérer la soirée, avec plus ou moins d’habileté. Le rigolo de cette année-là était ma foi assez doué (sa trogne, son cynisme et sa maladresse faisaient la joie de toute la troupe), et il vénérait Pierre Desproges au point d’interpréter très souvent un de ses sketches en veillée, malgré un public pas toujours réceptif et incarnant majoritairement cette description acerbe : des sous-doués végétatifs gorgés d'inculture crasse et de Coca-Cola tiède. Dès le premier week end, j’eus droit à un extrait bien corrosif sur Hitler et les Juifs, manière de choquer assez punk qui me séduisait immédiatement. Cette façon de s’afficher en personnage odieux, quitte à être en privé quelqu’un de cultivé et distingué, était l’exact inverse de l’éducation telle que je la percevais dans mon milieu, d’où mon inévitable attirance. Toujours est-il que j’empruntais à la médiathèque le premier disque de Pierre Desproges sur lequel je tombais, à savoir une partie des Réquisitoires du Tribunal des Flagrants Délires (1), émission radiophonique diffusée sur France Inter entre 1980 et 1983 où Desproges jouait le rôle d’un Procureur plaidant contre l’invité de l’émission.

 

Récemment, on a pas mal parlé de Pierre Desproges, à l’occasion de la commémoration des 30 ans de sa mort. Enfin, je veux dire qu’on en a encore plus parlé que d’habitude, étant donné que le pauvre Desproges est devenu le maitre étalon de la prétendue censure actuelle, déterré alternativement par les grincheux de droite se plaignant qu’on ne peut plus rien dire aujourd’hui comme ceux de gauche déplorant la beaufitude de certains comiques, et globalement par tout un tas de tristes sires conchiés  à longueurs de sketches par l’artiste dont ils osent se réclamer. La réécoute de ces Réquisitoires (enregistrés plus ou moins longuement, suivant le degré comique que je leur trouvais à l’époque), permet de prendre de la distance avec la caricature hagiographique que notre époque en a fait, et de mieux cerner son humour qu’au travers des sempiternels sketchs rabâchés sur Rire et Chansons ou des citations balancées à tort et à travers dans des débats bien sérieux, à mille lieux des pantalonnades qui nous occupent ici. Car oui, un des enseignements de la réécoute de cette cassette aura été de constater qu’une bonne partie de l’humour Desprogien se situe en dessous de la ceinture, les zigounettes et autres bistouquettes fusant comme au collège. Le comble de l’hilarité générale, sentant bon le retour de repas bien arrosé, sera pour le réquisitoire contre Yvan Dautin où il est question d’une Berruyère conquête allègrement comparée à une vache et  qui à mon avis du bien inspirer le jeune Jean-Marie Bigard. Autre rappel, l’usage répété que faisait notre Pierrot national du calembour, du plus navrant au plus génial, les circonvolutions narratives pour parvenir à placer son bon mot étant souvent bien plus marrantes qu’icelui. Je pense notamment au réquisitoire contre François De Closets où, après une virulente charge contre la Science, Desproges se fit fort de prouver l’appartenance de Nantes à la Bretagne grâce à certaines expériences scientifiques sur les chats, car « ils ont les chats poreux, vivent les Bretons… ». Quant au malheureux Gérard Vié, il était évident que son seul nom donna lieu à un festival calembourgeois, ce qui aboutira à mon sens au plus drôle des Réquisitoires présents sur cette cassette.

 

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On ne peut évidemment pas résumer ces Réquisitoires à la gaudriole, et les coups de griffes enrobées de littérature et d’effets comiques abondent, qui félicitant Léon Zitrone pour avoir conservé une si belle langue après avoir léché tant de monde,  ou regrettant l’admission de Jean D’Ormesson, alors relativement jeune, au sein d’Académiciens dont le gâtisme est férocement brocardé.  En ce sens Desproges a dû aussi inspirer tous ces chroniqueurs au vitriol genre Stéphane Guillon, que je déteste pour la plupart d’ailleurs. De Bigard à Guillon, l’écart stylistique est grand, et l’on s’interroge sur l’unanimité dont jouis Desproges, sur son statut de quasi intouchable. Pourquoi lui et pas les comiques actuels, naviguant entre bad buzz et clash, entre applaudissements télévisuels pour quelques gesticulations et condamnation médiatique pour un mot de travers ? Certains diraient l’époque, ou plutôt la bonne époque, mais Desproges lui-même se plaignait déjà du politiquement correct, dans un extrait particulièrement intéressant où il regrette que pour ménager les susceptibilités, nous vivions dans un siècle qui a résolu tous les vrais problèmes humains en appelant un chat un chien  (sans compter la censure dont il fut parfois victime). D’autre diraient le talent, mais ce serait un peu facile. Sans doute faudrait-il évoquer l’intention derrière les sketches des uns et des autres, les fréquentations (rire avec tout le monde ?), et bien sur la forme, tant il est vrai qu’on pardonne beaucoup à quelqu’un de cultivé, et ce d’autant plus que la chose est rare (songez aux politiciens, par exemple). Mais je n’irai pas plus loin dans ces réflexions, j’ai toujours été une tanche en Philosophie.

 

Je préfère évoquer pour finir ces magnifiques tacles à certaines catégories de la population bien choisies et qui sont pour moi les sommets de ces Réquisitoires. Les Sportifs (« un bon sportif est un sportif mort »), avec cette hilarante comparaison entre la danse de joie des footballers après un but et l’accouplement des Autruches. Les coiffeurs qui bavassent, les gens qui comblent le silence en parlant météo. Tour à tour réac, révolutionnaire, érudit, terre à terre, malicieux ou colérique, Pierre Desproges était quelqu’un de complexe, un faux misanthrope qui semblait finalement ne détester que trois types de personnes : les imbéciles, les emmerdeurs et les moralistes. Tout comme moi.

 

(1)    Correspondant au Volumes 0 et 1, dont j’avais retenu des extraits de: Henri Pescarolo -Léon Zitrone  - François De Closets - Yvan Dautin - Alain Gillot-Pétré - Renée Saint Cyr – Georges Jean Arnaud - Gérard Vié - Daniel Cohn-Bendit - Jean D'Ormesson

 

 

 

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C’est probablement Gilles #2 (voir épisode 062 sur Les Shériff) qui m’avait parlé des VRP, ce groupe culte faisant en effet partie de la scène punk festive française au côté de la Mano Negra ou des Wampas par exemple. Avec les Têtes Raides notamment, ils inspirèrent aussi ce qu’on appela plus tard la Nouvelle Scène Française, Ogres de Barback et autres Hurlements d’Leo. Avant de s’appeler les VRP, le noyau dur du groupe avait sorti un disque sous le nom Les Nonnes Troppo, qu’ils reprirent une fois les VRP séparés. Cette Conférence Publique sur le Thème des Saisons est leur dernier album, l’enregistrement d’un de leur spectacle donné en 1995. Sans la détester, je n’ai jamais été un grand fan de cette Nouvelle Scène Française (1),  probablement pour le réalisme un peu larmoyant de la plupart des textes. Si la musique des Nonnes Troppo s’en rapproche indéniablement (mais en plus épuré), on voit bien d’emblée que l’ambiance n’est pas la même : on est quand même en présence de trois gars déguisés en Nonnes entrecoupant leurs chansons de sketches explicatifs d’une voix de fausset provocant l’hilarité des spectateurs. Les Nonnes Troppo ne revendiquent ni ne dénoncent rien, ou à la limite en bouffons du Petit Roi lancent ils quelques piques sur les Hospices ou les Syndicats d’Initiative (qui sont fait pour ceux qui n’en ont pas). Si la formule trio est minimale - une contrebassine (un manche à balai, une bassine, une corde), un guitariste et un percussionniste - on sent que les compères maitrisent redoutablement leurs classiques, entre jazz manouche, Country Folk virant au grunge (« La Grange ») ou musique Tzigane. Quant au drolatique « Quadrille du 3eme âge », il est effectué à une telle vitesse que le public peine à battre la mesure. Mis à part deux intermèdes plus poétiques (« Le chat qui Louche » et « Les Feux de la Seine »), le ton est très badin et quelques jeux de mots pimentent des paroles pleines d’imagination. Un bon moment qui s’achève par « Tu m’as réellement », ou comment une simple traduction littérale ridiculise l’un des plus grands tubes du rock. 

 

(1)    Que je connais relativement bien puisque lorsque je les rencontrais, Mélaine et ses frangines en écoutaient beaucoup.

 

 

 

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28 mai 2018

Valeurs (plus très) Sûres - EELS, YO LA TENGO

 

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EELS - the Deconstruction

 

Avec the Cautionary Tales of Mark Oliver Everett, Mister E livrait le premier album un tant soit peu ambitieux de sa seconde partie de carrière, celle d’habile faiseur musical recyclant jusqu’à plus soif son savoir-faire et ses vieilles idées qui débuta en 2009 avec Hombre Lobo. Non que le dernier album en date de Eels brilla d’originalité, loin s’en faut, mais au moins proposait il autre chose qu’une collection disparate de chansons inégales. Problème, sa cohérence se retournait contre lui, son ambiance unilatéralement morne motivant peu à la réécoute, et surtout venait-il après une indigestion d’albums, 4 en 4 ans, et pas des meilleurs, et plutôt sur une pente déclinante. Si l’inhabituelle pause avant la sortie de the Deconstruction laissait donc souffler un vent d’optimisme chez le fan que je suis, c’est que j’en ignorais la cause : comme tant d’autre avant lui, Mark Oliver s’était mis à procréer. Sachant cela, il n’était donc guère étonnant de constater que le Père E avait repris ses habitudes et pondu un disque d’honnête musicien (1), alternant ballades et rock'n roll classiques avec quelques courtes plages instrumentales pour faire le nombre. 

Le rusé musicien, qui pour un prétendu semi-autiste s’y entend sacrément pour manipuler la gente médiatique qui s’intéresse encore à lui, nous joue pourtant un coup pendable en introduisant son nouvel album par une vraie belle chanson à la production originale, où sa patte reconnaissable entre mille se pare de reflets trip hop, nous laissant espérer un retour marquant. Las, lorsque ces effets seront utilisés par la suite, ils feront plutôt office de cache misère sur des ballades convenues qui étaient déjà des redites à l’époque de Hombre Lobo, à l’exception d’un « Rusty Pipes » joliment mélancolique. Hombre Lobo est d’ailleurs l’album duquel je rapprocherais le plus the Deconstruction (ce qui le place plutôt dans le haut du panier de ces 10 dernières années), avec ses titres bien pêchus nettement plus enthousiasmant que les autres (« Bone Dry », « Today is the Day »). Autre point commun, la marque de fabrique de Kool G Murder qui s’ajoute désormais à celle de son patron, sa basse sautillante (« You are the Shining Light ») étant la base de nombreux (bons) morceaux de Eels depuis le début de leur collaboration.  Le destin des chansons de The Deconstruction, album qui ne déconstruit rien du tout, est donc évident : quelques-unes échapperont à l’oubli à la faveur d’une intégration aux setlists de concerts toujours savoureux, les autres seront balayées par leurs clones à la prochaine parution de Eels. 

 

(1)    La procréation étant un processus qui, contrairement à ce que son nom indique, est un énorme frein à la création, du moins artistique.

 

 

 

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YO LA TENGO - There's a Riot Going On

 

Bonjour à tous, bienvenue à notre séance de Yoga Tengo. Alors, on s’installe tranquillement, on se met dans l’ambiance, voilà, un petit instru bien de chez nous, allez, on respire, on pense un peu aux gentils Belle and Sebastian, c’est bien. Avant de rentrer dans le vif du sujet, un joli morceau de pop mélodique, « For you Too », pour ceux qui ont aimé Yo La Tengo par le passé, avec même un petit larsen final en lointain echo, pour s’encourager à ce qui va suivre. Et maintenant, concentration ! Votre rythme cardiaque ralentit, vous écoutez la douce voix de Georgia, on ralentit encore, il n’y a plus de notion de rythme ni de notes, on s’imagine dans un ascenseur, un restau chic, tout lieu où la musique n’a pas d’importance… Voilà, on a atteint la désincarnation musicale totale, c’est parfait, on essaye d’y rester un bon moment. Un petit jingle pour réveiller ceux qui se sont endormi, on reprend un léger groove, et « Here you are », on se dégourdit un peu le cerveau, et on peut reprendre une activité normale… Attention toutefois à ne pas se jeter sur le premier disque de rock indé venu, ne risquons pas un claquage auditif malvenu. A bientôt ! 

 

 

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21 mai 2018

# 069 / 221

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Après avoir exploré la discographie des Jesus & Mary Chain, je mettais enfin la main sur le disque par lequel j’aurais dû commencer, leur premier donc : Psychocandy. Les bases sont posées (chant nonchalant, batterie minimaliste, mélodie simples), mais avec cette spécificité du son très agressif des guitares me rendant l’écoute plus difficile que ses successeurs. Aimer autant les sucreries et imiter la roulette d’un dentiste sur la moitié des titres, voilà qui est paradoxal ! Pas de quoi m’effrayer cependant puisque j’avais retenu une belle partie de ce trop long disque affichant quelques relents punk (« Never Understand ») ou Post Punk (excellent et étonnant « It’s so hard ») mais à la personnalité déjà très affirmée. Presque tout était déjà écrit sur l’inoubliable « Just Like Honey », et la suite, plus sage, uniquement destinée aux délicats comme moi…

 

 

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Il m’aura fallu 3 ans pour emprunter ce disque à la médiathèque. Le premier album de the President of the United States of America fut en effet l’une des quelques victimes du syndrome du matraquage radiophonique : « Lump » fut tellement diffusée à l’époque de sa sortie que j’en devenais complètement allergique au groupe. Dommage, car celui-ci valait bien mieux que ce que ce single, très efficace mais peu original,  ne le laissait supposer, et que ce patronyme ridicule qui fit fuir plus d’un pote de fac Che Gevariste amateur (1). The President of the United States of America étaient certes des bons déconneurs (leur disque commence quand même par des miaulements de chat), mais ils avaient trouvé une formule et un son personnels redoutables, avec notamment l’utilisation d’instruments bricolés (une basse 2 cordes et une guitare 2 cordes) qui amenaient leurs compos vers une épure très plaisante. Tout ceci fonctionnait par un sens du groove étonnant (« Stranger »), et par un chant / flow dont je réalise à l’écoute combien il était bon. En ajoutant de-ci delà une touche de punk (hommage au MC5), de country ou de rock alternatif (beaucoup de refrains explosifs succédant à des couplets posés), the President of the United States of America signaient un premier album fun et irrésistible, à tel point que je ravalais mon snobisme et l’enregistrait en intégralité. Quel morceau choisir pour illustrer le disque ? Peut-être « Candy », qui enchaine ronde mélodie, refrain pêchu et rock binaire enthousiasmant, ou le single « Peaches » qui y ajoute un thème assez délirant, à l’image du trio. Capables de reprendre aussi bien Plastic Bertrand que the Buggles, et de terminer son premier album par un joyeux « Naked and Famous », avec l’improbable featuring de Kim Thayil, guitariste des très sérieux Soundgarden, les Présidents étaient un groupe atypique qui continuèrent leur route quelques années avant un premier split (suivi de plusieurs reformations, dont une en 2014 pour un disque passé inapercu), mais ne retrouvèrent jamais la fraicheur et le succès de leurs débuts. 

 

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(1)    La première édition du CD figurait d’ailleurs une photo du groupe avec Bill Clinton, qui fut retirée par la suite, l’utilisation commerciale de l’image du président des USA étant semble-t-il interdite par la loi.

 

 

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Que peut dire quelqu’un qui n’y connait rien à Pink Floyd (excepté peut être the Wall) sur un disque aussi célèbre que Dark Side of the Moon, à part des conneries ? Une fois annoncé que ce fut le 3eme album le plus vendu de tous les temps, que sa pochette est aussi réussie que son titre parfait, il faudra bien se lancer dans la chronique musicale, non ? Non. Dark Side of the Moon est très beau, c’est un fait. Les guitares sont aériennes, les solos redoutables, la basse bien présente tombe là où il faut, il y a le bon dosage d’expérimentation, de trouvailles sonores. A moins que le groupe, à force de bien faire, n’en fasse un peu trop, tels ces chœurs sur « Brain Damage / Eclipse » ? L’album, enregistré presque entièrement, ne m’a procuré nulle émotion, plaisante ou déplaisante. La perfection m’ennuie. Je me suis donc respectueusement ennuyé pendant 40 minutes. 

 

 

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15 mai 2018

Harold MARTINEZ - Samedi 12 Mai 2018 - Kraspek Myzik - LYON

 

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La dernière fois que j’ai vu Harold Martinez sur scène, c’était au Marché Gare en 2015. Le duo qu’il forme avec le batteur Fabien Tolosa était alors en pleine ascension, défendant un Dead Man bien rock qui avait confirmé les qualités d’écriture indéniables déployées sur Birdmum, leur premier album endeuillé. Forts d’une nouvelle assurance acquise sur de nombreuses scènes de festivals français, Harold avait les moyens de s’imposer en sortant sur cette lancée son troisième disque, en préparation à l’époque. La Grande Faucheuse en décida autrement, son nouveau sale coup laissant Harold sous le choc, logiquement découragé, comme nous en avions discuté brièvement au TINALS en 2016. D’où son absence depuis, sanctionnée par une remise à zéro des compteurs (le revoilà programmé dans des bars comme à ses débuts, les salles plus importantes semblant accorder plus de crédit à l’actualité qu’au talent d’un artiste). D’où ma joie aussi de le voir reprendre la route pour une jolie tournée d’une vingtaine de dates, passant par Lyon à deux reprises.

C’est dans la montée Saint Sébastien, en face du Kraspek Myzik, que je retrouve Harold, en pleine forme et affable comme à son habitude. Au cours de notre discussion, j’en apprends un peu plus sur le prochain album. En réalité celui qui était en cours d’enregistrement et qui devait succéder à Dead Man, très rock et ayant pour thème l’histoire d’un esclave  noir américain, a été laissé de côté, et Harold s’est consacré à l’écriture d’un autre disque dans la veine de Birdmum, enregistré dans les mêmes conditions lo-fi avec son complice Fabien. La sortie de celui-ci, déjà repoussée pour des raisons de financement, est prévue pour Novembre.

 

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C’est dans un Kraspek bien rempli que la première partie, un trio grenoblois, entame son set. Picky Banshees se compose d’un chanteur-guitariste-percussionniste-harmoniciste, un contrebassiste et une chanteuse-percussioniste, ce qui donne d’emblée une idée du style musical dans lequel ils évoluent. Effectivement, la première moitié de concert sera consacrée à du folk-country bien exécuté, bénéficiant de la qualité primordiale pour ce genre laissant peu de place à l’originalité : une voix irréprochable. Chaleureuse, assurée, charismatique, celle du leader des Picky Banshees, joliment secondé par sa comparse, permet une première moitié de concert fort plaisante. J’ai trouvé le groupe beaucoup moins convainquant dans la partie soul-blues qui suivra (où la demoiselle est en lead vocals), avant qu’il ne poursuive  sur deux chansons rock électrique plus maitrisées, mettant à l’honneur les qualités techniques des musiciens et terminant le concert de manière enthousiasmante. 

 

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C’est au tour d’Harold et Fabien de s’installer dans le petit espace qui fait office de scène, sous des spots qui surchauffent une atmosphère qui n’en avait pas vraiment besoin. Les deux Nîmois, sapés avec leur classe habituelle, tomberont d’ailleurs quelques boutons de leur chemise au fil d’un set très énergique ne leur laissant que peu de répit, pas plus qu’à un public de plus en plus remuant. Je retrouve d’ailleurs aux premières loges Alex, amateur de blues / rock à l’ancienne et habitué des petites salles authentiques. Mise en route assumée ou prise de marques en retenue, « Prison Valley » ouvre le concert presque timidement, avant que « Indian Pain » ne remette les pendules à l’heure, d’une manière d’autant plus remarquable que c’est un titre issu de Birdmum, initialement plus acoustique et mesuré que son successeur. En réalité, le duo a retravaillé au fil des années ces morceaux, si bien qu’ils s‘inscrivent aujourd’hui dans la même veine que ceux de Dead Man, la plupart du temps grâce des finals explosifs et à moitié improvisés. Le concert sera dès lors très monolithique, ce qui pourrait être une critique légitime pour un amateur de passage. En connaisseur je serai pour ma part ravi de ces changements et savourerai une démonstration d’une intensité rare, d’autant plus transporté que les deux musiciens semblent prendre un plaisir immense à rejouer en public. Cerise sur la setlist, elle sera composée pour moitié de morceaux extraits des deux albums inédits. Seuls les textes de « Jim Crow Laws » ou « Animal’s Skin » nous laissent supposer qu’ils figurent sur l’album sur l’Esclave, dont la sortie est hypothétique mais qu’on espère vraiment voir le jour tant la fin du concert fut exceptionnelle. Les autres nouveautés ne sont pas en reste, toujours basées d’un coté sur la voix habitée d’Harold et un riff de guitare percutant, de l’autre sur le groove irrésistible de Fabien Tolosa. Il était d’ailleurs fascinant de l’observer jouer sur sa batterie minimaliste (véritable démonstration de caisse claire, entre autres), tout en délivrant l’une des plus subtiles utilisations du pad électronique que j’aie vue, habillant ainsi le lourd rock d’Harold Martinez de teintes mélodiques variées.

 

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A la sortie du bar, sous un déluge surprise, je fais part de mon enthousiasme à Harold et Fabien à l’idée d’entendre sur disque les nouvelles chansons interprétées ce soir, et leur donne rendez-vous dans moins d’un mois au TINALS, où ils joueront le Dimanche dans le Patio. Une date qui risque d’être épique, puisqu’ils reviendront directement de Bretagne, région qu’ils affectionnent particulièrement et qui leur réservera très certainement l’accueil qu’ils méritent.

  

Setlist : Prison Valley – Indian Pain – Dead Man – the Killers Crow – Devil’s Dog – Outlaws – Call of Blood – Black Beast – O Lord – Toxic Swamp – Jim Crow Laws – Unchained Waters – Animal’s Skin // Acid Rain 

 

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11 mai 2018

TURNSTILE - Effrim Manuel MENUCK - PREOCCUPATIONS

  

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TURNSTILE - Time & Space

 

Dans les lots de disques énervés écoutés cette année, Time & Space du groupe Turnstile, originaire de Baltimore, m’a particulièrement accroché. Partant sur des bases punk / grunge, un peu comme si Nirvana n’avait enregistré que des « Territorial Pissings » (à laquelle le titre « Moon » fait énormément penser), Turnstile se démarque en ajoutant quelques touches inhabituelles à leur deuxième album, et une tonalité plutôt fun. Je pense notamment à ces petits délires Metal qui viennent, par une rythmique bien typique (« Generator ») ou un solo incongru (« Can’t Get Away »), casser la linéarité des morceaux. Pour le reste, c’est du hardcore de très bonne facture, 13 titres pour 25 mn d’énergie brute et de hurlements.

 

 

 

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Efrim Manuel MENUCK - Pissing Stars

 

Avec la sortie l’année dernière de Luciferian Towers, je n’étais pas spécialement en manque des sonorités de Godspeed You Black Emperor, aussi ne voyais je pas bien d’intérêt à cet album solo de leur guitariste et leader officieux Efrim Manuel Menuck, sorti évidemment sur Constellation avec une pochette en noir et blanc laissant envisager une grande proximité avec la musique du groupe (1). En réalité j’ai bien fait de me laisser finalement tenter, car si on reste dans la grande famille du post rock expérimental,  et que des liens sont esquissés (« Hart_Kashoggi »), Pissing Stars reste un disque assez singulier et captivant. A l’exception d’un « A Lamb In The Land Of Payday Loans » qu’on qualifierait presque de pop, en comparaison des morceaux l’entourant, et qui fait office de respiration bienvenue, le Canadien s’affranchit des notions de rythme et de mélodie, ou plutôt il les redéfinit dans un minimalisme lancinant à l’aide de drones, de claviers lointains et erratiques, de couches sonores plus ou moins accessibles. De manière étonnante, la voix est un élément capital, voire remarquable, de Pissing Stars : avec une basse continue et un chant fragile, comme luttant contre des éléments hostiles, Efrim Menuck évoque une psalmodie monacale, et matérialise la spiritualité des désespérés. Pissing Stars est sombre, on y entend l’errance et l’oubli, et on ne s’étonne pas d’y voir citer Calais, ville-symbole si douloureux des injustices de ce monde. Dans cet océan de résignation on pourra peut-être détecter, selon les écoutes, une espérance poindre dans la beauté des enfants ou l’envoutant dernier titre, s’autorisant une guitare et un chant mélodique. Avant que ceux-ci ne se fassent emporter dans une tempête de larsens.

 

(1)          Elle semble tirée de la même série que celle de Asunder, Sweet And Other Distress

 

  

 

 

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PREOCCUPATIONS - New Material

 

Jusqu’à présent, je n’avais pas été assez à l’aise avec les albums de Preoccupations pour les évoquer sur ce blog, même lorsqu’ils s’appelaient encore Viet Cong. Si j’accrochais à une partie de leurs chansons, je trouvais leurs albums bien trop inégaux pour me convaincre complètement, le groupe me perdant dans ses hésitations entre math rock peu efficace et garage bien puissant.  De ce point de vue New Material est une incontestable réussite, un disque cohérent de bout en bout, 8 titres de Post Punk sans fioritures bien produits et joliment illustrés par une pochette impeccable. La batterie, dont le son évoque immédiatement Joy Division, a troqué le démonstratif pour un jeu métronomique efficace, chant et guitare s’inscrivant plutôt dans une ambiance 80’s, jusqu’à évoquer le Bowie de cette période (« Antidote »).

Le problème étant justement que je suis assez peu sensible à cette ambiance Cold Wave, et que je me retrouve une nouvelle fois à apprécier certains titres - le démarrage enthousiasmant sur « Espionage » et le final grandiose, « Doubt » et « Compliance », soit donc les titres les plus proches de Joy Division - sans être touché par le reste. Par exemple « Solace », fort bien troussé mais qui me laisse relativement froid. Si la nouvelle orientation du groupe est sans aucun doute bénéfique, elle m’en aura paradoxalement éloigné un peu plus… C’est donc un autre rendez-vous manqué avec Preoccupations, mais pour celui-ci, je plaide coupable….

 

 

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07 mai 2018

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Alors comme ça, Serge Gainsbourg est l’inventeur de la French Touch. Vous me direz, le mec il enfonce une porte ouverte, il balance un truc que tout le monde sait depuis 20 ans. Mais moi il aura fallu un joli concours de circonstances pour que je fasse le lien. En réalité je connais peu Gainsbourg, et si j’ai à une période enchainé l’ensemble de sa discographie, aucun disque ne m’a particulièrement subjugué, pas plus l’Histoire de Melody Nelson  que les autres. Or je me suis mis à lire récemment un blog ultra prolifique du nom de Rock Fever (1), qui a consacré il y a peu un article à ce disque culte. Il déroule l’histoire du concept album, et fait référence à l’Hôtel particulier dans lequel la chambre 44 occupe une place importante. Exactement à la période où avec mon groupe, nous nous installons en salle 44 de l’Hôtel de la Musique pour nos répétitions. La coïncidence m’amuse fortement, j’écoute « L’Hôtel Particulier » et là, la consanguinité avec la BO de the Virgin Suicides me saute aux oreilles. Je pensais avoir découvert Air avec cet album, qui est dans le peloton de tête de mes favoris, mais je m’aperçois donc avec cette cassette que j’avais écouté comme tout le monde le Moon Safari, sorti en 1997, et que je l’avais (comme tout le monde) bien apprécié, vu qu’il est enregistré quasiment intégralement. L’autre coïncidence est de voir apparaitre le Moon Safari sur ces cassettes juste après avoir appris, via Rock Fever, que le titre « La Femme d’Argent » est une référence au bouchon de radiateur de la Rolls Royce de Gainsbourg décrite dans « Melody », premier titre de l’Histoire de Melody Nelson. 

« La Femme d’Argent » est aussi le premier titre de Moon Safari, et c’est sans doute son meilleur. Il est basé sur un énorme riff de basse (de ceux qui font merveille sur Melody Nelson), et une accélération qui en font un titre particulièrement bien adapté à la scène. Air ne se prive pas d’ailleurs de l’intégrer systématiquement à sa setlist, souvent en final, et quelle que fut la qualité de la prestation ayant précédé ce morceau passe toujours extrêmement bien.  Figurent ensuite les deux tubes, assez irrésistibles, le « Sexy Boy » qu’on ne présente plus et « Kelly Watch the Stars » qui a ma préférence, avec son rythme entrainant et son passage de piano à la Bob Ezrin. La suite de l’album est plus paisible, évoquant des vacances ensoleillées, des slows aux mélodies posées, des cuivres doux (« Ce Matin-là »). Ça fait un peu carte postale touristique, le genre d’image cliché qui représente la France aux yeux des étrangers. Pas étonnant que le disque ait cartonné mondialement. A partir de « New Star in the Sky », la musique se fait encore plus langoureuse, et devient presque chiante. On se croirait dans une BO de film érotique : de quoi évoquer une dernière fois Melody Nelson… 

(1)    Parce qu’il a eu le bon gout de faire une série sur le Alice Cooper Band, comme quoi ça mène à tout…

 

 

 

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Même si j’avais retenu assez peu de titres de l’album Fleetwood Mac, ceux-ci m’avaient suffisamment plu pour que je consacre plus d’une heure de cassette au Fleetwood Mac Live issu d’une gigantesque tournée  effectuée par le groupe entre 1979 et 1980. Et je dois avouer que la réécoute a été assez plaisante. On attaque par le redoutable « Oh Well » et son riff de guitare démoniqaue, assez ressemblante dans sa construction au « Young Man Blues » repris par les Who, ou a certains titres de Led Zeppelin. Du rock de haute volée, pas tout à fait représentatif du disque cependant : il s’agit en effet du seul morceau rescapé du Fleetwood Mac première période, celui de Peter Green. Toutes les autres chansons proviennent des trois albums sortis auparavant par la deuxième mouture du groupe (la paire rythmique initiale renforcés de Lindsey Buckingham, Christine McVie et Stevie Nicks), celle présente sur scène lors de l’enregistrement qui nous occupe. S’ils proposent encore quelques très belles trouvailles rock n roll du genre (« Over My Head », « Don’t Let me Down Again »), les Fleetwood Mac alignent quantité de rocks plus basique, mais non moins efficaces, à quelques exceptions près. Efficacité, c’est le maitre mot, conservée même sur deux accords tout bête (« Not that Funny »,  prolongée sur 9 minutes assez habilement, mis à part la séquence hurlements) ou sur des slows relativement mièvres mais trouvant toujours un truc pour rester émouvants (les guitares en fond de « Over & Over »). Quant aux sobres ballades guitare / voix que sont « Landslide » (dont j’ai déjà beaucoup parlé) et « Never Going Back Again », elles sont tout simplement splendides. De quoi donner envie à la midinette qui est en moi de crier, à l’instar de l’excellent rock n roll clôturant cette cassette : « Don’t Stop » ! Mais c’est bien la dernière fois qu’on croisera le groupe dans cette rubrique, et on ne saura jamais si ce live en forme de Best Of de l’Age d’or de Fleetwood Mac n’oublie pas quelques perles dans leur gigantesque discographie…

 

 

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30 avril 2018

Alela DIANE - Samedi 28 Avril 2018 - Les Subsistances - LYON

 

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En ce samedi soir printanier, le petit Bulletin invitait aux Subsistances Alela Diane, venue présenter son dernier disque, le très apaisé Cusp. Une ambiance aux antipodes de mon précédent concert, le public n’ayant d’ailleurs rien à voir, la seule connaissance croisée étant un Gary méconnaissable (en mode sérieux, derrière le bar). Une soirée sommes toutes idéale pour un moment en amoureux, la suite démontrant que je fus vraiment inspiré d’inviter Mélaine à m’accompagner.

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Pour la magie, il faudra attendre un peu, car il y a une première partie. Lior Shoov attaque son spectacle par des gargarismes, et on se dit qu’il faudrait un miracle pour qu’elle puisse rattraper une telle entrée en matière. Hélas, malgré son charisme et un certain sens de la mélodie, l’Israélienne nous propose un cours d’éveil musical surement rodé dans de nombreuses maternelles françaises, ne nous épargnant rien, depuis les instruments improbables (ouah, quand on tourne un tuyau ça fait du bruit !) jusqu’à la chorale improvisée à laquelle une grosse partie du public, séduit, participe volontiers (Mélaine m’apprend à cette occasion ce qu’est un DUMI). Un moment interminable qui a bien failli doucher notre enthousiasme à être ensemble, tranquilles, dans ce joli lieu que je découvrais.

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Après un changement de plateau pendant lequel un concert surprise est annoncé (les motivés auront droit à quelques morceaux de Heather Woods Broderick au piano dans une salle à rechercher), Alela Diane se présente sur scène avec deux musiciennes, non sans les avoir enlacés auparavant, et se place derrière le piano pour « Albatross », morceau d’ouverture de Cusp et introduction idéale au concert. Heather Woods Broderick et Mirabai Peart sont des multi instrumentistes impressionnantes (cordes, vents, percussions) qui viendront agrémenter subtilement les chansons d’Alela Diane (le plus souvent au centre de la scène avec sa guitare acoustique), et renforcer son chant toujours aussi magnifique de belles secondes voix. La première moitié du concert va être consacrée au dernier album, à l’exception de deux très beaux extraits d’About Farewell, le disque de rupture. Cusp est quant à lui l’album de la maternité, Alela Diane expliquant à quelques reprises les conditions dans lesquelles elle l’a composé et nous faisant part de sa hâte à revoir ses deux petites filles quittées depuis 3 semaines (c’est la dernière date de la tournée).  Une certaine maturité, ou sérénité, se dégage de sa présence, et l’on mesure la décennie passée depuis notre première rencontre à l’Epicerie Moderne, où elle faisait cependant déjà preuve d’une belle assurance sur scène malgré son jeune âge et sa soudaine notoriété. Aujourd’hui le buzz est passé, mais le talent et la personnalité de la songwritteuse se sont affirmés, et l’instant est d’une beauté pure. La salle, remarquée par Alela Diane, y est pour quelque chose, avec sa hauteur de plafond, son bois et sa pierre, et les éclairages feutrés (tout au plus regretterons nous quelques courants d’airs venus jouer les troubles fêtes sur nos nuques frissonnant déjà d’émotion). Et puis entendre « Ether & Wood » dans les bras de sa chérie dans une telle ambiance, quel bonheur !

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« the Rifle », splendide extrait du vénéré  premier album, annonce une partie de concert encore plus remarquable,  avec « White as Diamonds » et « Dry Grass & Shadows », deux titres forts intenses et fort applaudis de To Be Still, et « Emigré », très joli single de Cusp. Deux autres extraits de cet album, dont 9 titres sur 11 seront joués (1), achèvent un set d’une petite heure qui aura passé comme un rêve.  Celui-ci sera prolongé de la plus belle des manières avec un rappel débutant par « Oh ! My Mama », l’un des morceaux les plus simples et les plus touchants écrits par l’Américaine et un « Pirate’s Gospel » en conclusion aussi joyeuse qu’attendue. Après avoir récupéré la traditionnelle setlist, je décide de patienter au merchandising où Alela Diane, charmante et attentionnée, se prête volontiers au jeu de la dédicace. Le vinyle de Cusp étant malheureusement épuisé, je renonce à un quelconque achat et aux piètres phrases admiratives préparées à l’attention de la chanteuse. Cette soirée restera de toutes manières dans nos souvenirs, Mélaine étant emballée à tel point qu’elle fera immédiatement quelques recherches sur la folkeuse Anglaise citée par Alela comme une source d’inspiration et célébrée sur la chanson « Song for Sandy » (2). Espérons qu’à l’instar de Calexico Alela Diane revienne régulièrement sur Lyon et nous fasse revivre d’aussi belles soirées..

 

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(1)    Je ne m’aperçois que maintenant que l’un des écartés fut « Yellow Gold », l’un de mes favoris… 

(2)    Sandy Denny, dont la mort tragique a beaucoup touché Alela Diane.

 

Setlist:  Albatross - Threshold - Never Easy - Ether & Wood - Colorado Blue - About Farewell - Moves Us Blind – Buoyant - The Rifle - White As Diamonds - Dry Grass & Shadows – Émigré - Song for Sandy - Wild Ceaseless Song // Oh! My Mama - Age Old Blue - The Pirate's Gospel

 

Photos: 2-3-4 Le Petit Bulletin / 1-5 BL

 

 

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