Blinking Lights (and other revelations)

21 mars 2017

Erwan PINARD - Samedi 18 Mars 2017 - De l'Autre Coté du Pont - LYON

 

L’occasion, trop rare, s’est présentée : proposer à Mélaine de m’accompagner à un concert. Etait-il bien raisonnable pour cette soirée en amoureux de choisir le chanteur français qui a su le mieux ces dernières années décrire la décrépitude du couple et la douleur de la séparation ? Textes forts, palette sonore large et surtout humour décapant, Erwan Pinard avait cependant tous les atouts pour nous faire passer une bonne soirée ensemble, malgré nos gouts musicaux rarement raccords. Devenu grand fan du lyonnais depuis que je l’avais découvert en 2012 en première partie des Weepers Circus au Marché Gare (1), j’étais assez frustré de n’avoir pu le voir que brièvement l’année dernière. Chose réparée De L’Autre Côté du Pont, de manière un peu poussée : deux heures pour ce genre de concert, c’est presque trop et en même temps,  que retirer d’une setlist aussi enthousiasmante, contenant l’essentiel du superbe Obsolescence Programmée et la meilleure moitié de son prédécesseur (Sauvez les Meubles), plus quelques nouveautés aussi savoureuses ?

 

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Erwan Pinard  lance le concert avec l’un de ses titres les plus rock (paradoxalement appelé « Tranquille »), toujours assisté par les sauvages frères Aubernon. Le leader s’occupe de la rythmique avec sa guitare folk (Erwan a d’ailleurs une maitrise technique que j’aurai spécialement remarqué ce soir) tandis que Jérôme apporte les nuances avec ses guitares électriques (arpèges, accords violents et pas mal de slide bien contrôlée), banjo, violon ou  thérémine, ainsi qu’une bonne vingtaine de pédales d’effets.  Lionel quant à lui s’occupe de la batterie, avec un jeu très varié et tendu entre percussions et punk, mais aussi du clavier pour les morceaux les plus calmes. La soirée alternera ainsi passages de pure noise et chanson française, rock n roll et ballades épurées, humour sombre et poésie, parfois dans une même chanson. La première moitié du concert fait la part belle à Obsolescence Programmée, avec une partie bien relevée suivie, de manière plus surprenante, par les titres les plus calmes de l’album : la mélancolie de « Fleur d’Oranger », la noirceur de « J’élabore », et une « Eau de Vie » magnifiquement agrémentée du jeu de trompette d’Erwan constitueront une pause agréable dans l’agitation générale dont notre chanteur ruisselant de sueur était un témoin indéniable (d’autant que, manque de bol, son crane était à quelques centimètres d’un spot de lumière bien calorifère).  Si jusqu’alors le trio s’était concentré principalement sur la musique, laissant le public rire aux seuls textes des chansons ou brèves interventions pour les introduire, il se transformera progressivement en véritable showmen à partir de « Je ne dirai plus », fameux titre dénonçant brillamment les artifices de langage de notre époque, comme une mise en garde, « spécialement en cette période électorale ».

 

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A mi-chemin entre le sketch et la chanson, l’inédit suivant expose les contorsions sémantiques dont doivent faire preuve les profs au moment de rédiger le bulletin scolaire de leurs élèves. Erwan Pinard, qui est aussi prof de musique, sait de quoi il parle, et il semble lâcher sur scène ce qu’il ne peut faire dans le civil - bref, il pète les plombs avec un naturel forçant le respect. Son charisme lui permettra de tenir en haleine un public de plus en plus remuant et hilare tout au long du set, que ce soit sur un « Centre-Ville » dont les montagnes russes décibelliques font toujours leur effet, ou avec un monologue grinçant sur la solitude entrecoupé d’une jolie reprise de Purcell, l’un des compositeurs favoris de Mélaine (les autres artistes convoqués au détour d’un refrain seront Francis Cabrel et Jean Jacques Goldman).  Etre temps je serai passé des larmes au rire (2) sur le plus beau texte jamais écrit sur l’usure amoureuse (« s’il ne reste », où les couples sont invités à danser un slow) et aurait savouré une version complètement remaniée d’une de mes chansons favorites, « J’entends des voix », dont les brusques soubresauts saturés sont ici remplacés par un refrain americana en slide guitare et roulements de toms du plus bel effet. Le concert se termine par une longue version de « Colère » qui reprendra toute l’étendue du talent du groupe pour mon plus grand plaisir.

 

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Inutile de dire que le rappel est non feint, et si l’émouvante « Qu’as-tu été capable de faire par amour ? » était sans doute placée trop tard dans la setlist pour être appréciée à sa juste valeur, le « Coaching bien être » aura apporté la touche comique, absurde et survoltée finale attendue. Pas trop le temps de nous attarder pour discuter, car le compteur babysitting tourne, je me contente donc de brève félicitations aux membres du groupe qui fument tranquillement avec leurs potes devant le bar. Je les reverrai certainement  à d’autres occasions, en attendant (avec impatience) un prochain album. Quant à Mélaine, c’est bien la première fois que je la vois apprécier autant un Pinard, de quoi nous donne envie d’augmenter un peu la fréquence de nos sorties en couple. Comme quoi le malheur de l’un fait souvent le bonheur des autres… 

 

(1)     Amusant d’ailleurs, c’était un concert où j’accompagnais Mélaine…

 

(2)     Vraiment, et ça ne doit pas arriver si souvent dans une vie 

 

Setlist : Tranquille  - Laisse-moi  - Compte à rebours – Fleur d’Oranger – J’ai l’amour – J’élabore – Eau de Vie – Je ne dirai plus – Profs – Centre-Ville – S’il ne reste – J’entends des Voix – Que ta Volonté – Thèse/Antithèse – O Solitude – A quoi Bon – Colère  // Qu’as-tu été capable de faire par amour ? – Coaching bien être 

 

 

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19 mars 2017

JAPANDROIDS - Near to the Wild Heart of Life "Vs" CLOUD NOTHINGS - Life without Sound

 

Dans la critique d’un album, se mélange souvent l’avis qu’on a sur sa qualité intrinsèque, et celui sur sa qualité vis-à-vis de ce qu’on connait déjà de l’artiste, en particulier les albums qui lui ont précédé. Suivant notre vécu avec le groupe, notre habitude, notre humeur, on va privilégier tel ou tel angle, comme j’en discutais brièvement avec PapasFritas au sujet du dernier Shannon Wright (qui m’a beaucoup déçu). Il préfère essayer de chroniquer chaque disque sans penser à ce que l’artiste a fait auparavant, l’inconvénient selon moi étant qu’on a tendance à tout trouver bien, sans nuances ; de mon côté je compare beaucoup à ce qui s’est fait avant, ou à côté, avec le risque au contraire de terminer vieux con en mode « c’est moins bon que le premier album ». S’il n’y a parfois aucun souci à envisager les choses d’une manière ou d’une autre, je suis confronté depuis des mois à ce problème récurrent de trouver des albums bons, voire très bons, mais de déplorer qu’ils n’apportent rien de  plus que leurs prédécesseurs. Le fait de n’avoir plus le temps aujourd’hui d’user des disques à force de les écouter est surement une des causes de cet état, ou alors je suis blasé, ou alors tout simplement peu de disques de 2016/2017 sont renversants, difficile de faire la part des choses…

Une réflexion qui revient sur le tapis une fois de plus suite à la sortie concomitante des albums de Japandroids et Cloud Nothings, deux groupes découverts à la même époque, évoluant dans des registres relativement proches et à la carrière parallèle. Ces disques ont été assez commentés en début d’année, souvent en même temps et de manière plutôt mesurée, chacun exprimant sa préférence pour l’un ou l’autre. A mon tour de suivre, un peu tardivement,  le mouvement, avec ces quelques lignes.

 

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JAPANDROIDS - Near to the Wild Heart of Life

 

Avec l’excellent et bien nommé Celebration Rock, Japandroids inventait (1) une sorte de garage rock de stade réjouissant, épaississant le duo guitare/batterie initial par quantité d’effets, de roulements, de refrains à reprendre en cœur. Une densité obligeant à produire un disque court sous peine de prise de tête de l’auditeur,  un paramètre pris à nouveau en compte sur Near to the Wild Heart of Life, 8 titres et une grosse demi-heure au compteur. On reprend donc les choses là où on les avait laissées 5 ans auparavant, avec un groupe toujours aussi démonstratif et énergique sur « Near to the Wild Heart of Life », morceau d’ouverture parfait. Confirmation avec le morceau suivant, « North East South West », sorte d’hymne à la Bruce Springsteen qu’on s’imagine reprendre en cœur au sein d’un public immense et enthousiaste, et qui nous laisse présager un nouvel album mémorable.

Mais le problème avec ce style, c’est qu’il supporte mal le ralentissement de tempo, ce que le groupe s’était bien gardé de faire sur Celebration Rock. « True Love and a Free Life of Free will » amorce un freinage qui ne deviendra pénalisant que sur le très long « Arc of Bar ». Bon, ce n’est pas un fan des Who période Who’s Next qui va subitement être horrifié par ce rythme un peu pachydermique, ces nappes de claviers en boucle soutenues par de gros accords baveux et ses « yeawoh yeawoh » vocaux en refrain, mais ce n’est pas vraiment ce qui était recherché chez Japandroids. Surtout, le duo peine à faire redécoller la machine, malgré deux derniers titres plutôt bons. En grillant ses meilleures cartouches en début  d’album et en mordant un peu trop par la suite sur la limite  du bon gout avec laquelle ils se plaisent à flirter tels des équilibristes, Japandroids accouchent d’un album loin d’être mauvais, mais un peu décevant au regard de son prédécesseur. 

(1)    A moins que ce ne fus déjà le cas sur Post-Nothing, premier disque que je n’ai toujours pas écouté.

 

 

 

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CLOUD NOTHINGS - Life Without Sound

 

Attack on Memory avait été l’un des albums les plus marquants de mon année 2012, dans un registre rock indé brut et tendu qui reste depuis toujours l‘un de mes préférés. Tellement marquant qu’il en a éclipsé dans ma mémoire la plus grande partie de son successeur, Here and Nowhere Else, pourtant dans sa parfaite continuité. Aussi fus je saisi d’un gros doute aux premières écoutes de Life Without Sound, dont l’introductif « Up to the Surface » annonçait un sensible ralentissement de tempo et une production plus léchée. Un virage plus accessible explosant sur quelques passages du disque flirtant avec le skate punk californien, par exemple sur « Internal World » et surtout « Modern Act ». Quelques rotations et un peu de recul plus tard, il convient de relativiser cette surprise initiale. Tout d’abord je ne suis pas un ayatollah de la prod abrupte à la Steve Albini, ne reprochant avant tout généralement aux groupes de skate punk que leur manque flagrant de personnalité. Or Cloud Nothings, en particulier par le chant de son leader Dylan Baldi, a gardé toute son identité et réserve sur chacune des compositions de son dernier album des moments de tension évoquant ses brulots passés. Et si la rage initiale s’est un peu diluée au fil des années, il en reste largement assez pour me contenter, du proto punk « Darkened Rings » jusqu’à une fin d’album éclatante de fureur (les trois derniers titres), en passant par des refrains appuyés relevant les compositions les moins pertinentes (« Enter Entirely »). Bref, on pourrait toujours regretter l’aspect sans concessions de ses débuts, mais on préfèrera apprécier que le groupe tienne son rang et donne encore l’envie tenace de les voir œuvrer sur scène.

 

 

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13 mars 2017

MAGMA - Samedi 11 Mars 2017 - Transbordeur - LYON

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Quand j’ai commencé à m’intéresser à la musique, un peu tout azimuts, il y a quelques noms qui revenaient très régulièrement dans les discussions d’amateurs voulant m’apprendre la vie : Beatles, Pink Floyd, tout un tas de grands classiques et… Magma (chauvinisme oblige). Outre qu’il était apparenté au Rock Progressif, le groupe était connu pour avoir un leader batteur et avoir inventé son propre langage pour ses chansons, deux incongruités rédhibitoires qui me firent me promettre de n’en jamais écouter une seule note (en plus du fait que la plupart desdits amateurs me conseillant Magma étaient des gros losers avec une tête de con). Une promesse tenue pendant plus de  20 ans, jusqu’à ce sms envoyé il y a quelques semaines par un pote. Genre un bon pote, genre un très bon pote que je pourrais difficilement abandonner à un concert en solitaire alors qu’il m’a déjà accompagné moultes fois (y compris pour Hello Darkness) et que je suis sûr de passer une bonne soirée quelle que soit la musique qui va passer. Genre le parrain de ma fille, Fred.

 

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Voilà pourquoi, après un apero chez moi histoire que « Fwed » puisse faire risette à Soline, nous nous dirigions vers le transbordeur en ce samedi soir, en tramway (plus prudent vu comment s’était terminé la dernière soirée que nous avions passé ensemble). Timing parfait, le temps de commander une binouze et nous pénétrons dans la salle au moment où le groupe, déjà sur scène, termine ses (à priori) sympathiques bonjours au public et attaque son set (il n’y avait pas de première partie). Nous nous plaçons sur la première marche des gradins, avec une fort bonne vue sur la scène, pile à l’hémistiche entre les vieux (assis derrière nous) et les moins vieux, debout dans la fosse. Car, à notre grand étonnement, le public est beaucoup plus hétéroclite que prévu, sexe, âge et looks étant beaucoup plus variés que les seuls Geeks Soixantenaires en T-Shirt floqués au nom du groupe attendus. Ce n’était pas le seul à priori qui allait tomber ce soir… 

 

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Il y a 8 personnes sur la scène, avec de gauche à droite dans une symétrie parfaite un xylophoniste, un guitariste, le fameux batteur Christian Vander, un bassiste et un claviériste. Sur le devant, un chanteur et deux chanteuses, les seules à être de l’âge du batteur : on sent que l’effectif du groupe a bien tourné, les générations se mélangeant autant sur scène que dans le public. Les premières minutes, une sorte de jazz déstructuré accompagné d’envolées lyriques du trio  de chanteurs, sont assez inquiétantes – je m’attends au pire mais ce sera finalement l’un des seuls moments faibles (limite ridicule) du concert. Les titres proposés sont très longs, sans que je sache s’il s‘agit des compositions originales, s’il y a une part d’impro, si des morceaux sont enchainés ou mélangés- ce qui était le cas si j’en juge par les applaudissements du publics à certains moments.  A ce niveau-là, il devait être vraiment intéressant de maitriser la discographie du groupe (pas si longue, une quinzaine de disques pour 40 ans d’existence). Certains passages sont plutôt orientés jazz, d’autres krautrock (j’ai particulièrement apprécié un long passage répétitif en deuxième moitié de set), d’autres Rock Progressif style Yes, mais sans les solos démonstratifs. Quasiment tous le set se faisait sur un tempo très soutenu, avec des passages ultra techniques pour chacun des musiciens, mais sans que cela ne soit mis spécialement en avant, comme partie intégrante de la construction du morceau, excepté à la toute fin du set où il y aura une mise en lumière particulière sur le xylophoniste, le claviériste et le guitariste. Cela donnait l’impression d’une grande cohésion dans le groupe, plutôt qu’une association  d’egos, et j’ai vraiment apprécié ce concept finalement assez rare dans les groupes de ce style. 

 

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C’est aussi cela qui rendait acceptable le concept de batteur leader (1), il n’était pas question de solo (ou alors un solo permanent ?) ou de performance où les musiciens lui serviraient uniquement de faire valoir, mais bien de compositions s’appuyant principalement sur une batterie dirigeant les changements de rythme, de mouvements, de nuances. Le set de Christian Vander est d’ailleurs plutôt modeste (surtout en comparaison des usines à gaz habituelles dans le rock Prog), mis à part la forêt de cymbales qui l’entoure. Il se servira principalement de sa caisse claire, de deux ride et deux crash, pour un jeu à la fois exceptionnel et original. J’ai évidemment observé et écouté avec grande attention les différents marquages de temps forts, contretemps, changements de rythmes complexes, nuances fines sur les cymbales et autres coups de baguettes en soutien aux autres partitions, le tout sur un tempo on l’a dit le plus souvent très rapide. Les autres musiciens sont bien sur tout aussi impressionnants, et voir l’un ou l’autre se mettre en synergie avec la batterie sur des rythmes alambiqués laissait imaginer le travail effectué en amont par le groupe. C’était particulièrement frappant pour le chant, même s’il a été en règle générale ce que j’ai le moins apprécié. Le côté langage inventé vite oublié (après tout cela aurait pu être du croate ou du breton), j’eus plus de mal à apprécier l’aspect lyrique du chant du tenor et des sopranos. Il y eu cependant d’excellents moments dans des parties plus rythmiques, où les chanteurs se répondaient sur des syllabes répétitives dans une progression chorale envoutante.

 

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Même le xylophone, instrument regardé avec suspicion par tout amateur de rock se respectant, n’était pas gênant, s’intégrant la plupart du temps sans dommages aux chansons au même titre que ses collègues. Si l’on tient compte que je ne savais rien du groupe, que je ne suis ni connaisseur ni amateur du style, et que l’ambiance sonore resta assez constante tout au long du set, j’ai plutôt passé un bon moment. Si je n’ai pas été transporté ou ému, j’en suis ressorti malgré tout très impressionné. Les rares interventions du groupe à l’égard du public étaient cordiales et détendues, cassant l’effet assez sérieux de la musique (2). Le Transbordeur, bien plein pour l’occasion, a même eu droit à deux rappels, dont un calme morceau final sans batterie, où Christian Vander viendra chanter sur le devant de la scène avec ses trois acolytes. 

 

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Concert de vieux sans première partie oblige, il n’est que 22h30 quand les lumières se rallument. Trop tard malheureusement pour trouver à bouffer dans notre quartier de la Guillotière, nous abandonnons après 5 ou 6 demandes infructueuses dans les bars du coin. Ce n’est que partie remise, gageons que Fred saura me sortir du chapeau d’autres improbables concerts, pour me sortir un peu de ma zone de confort musicale habituelle. Sur ce coup là, il a quand même fait très fort…  

 

(1)    Avec le fait que Christian Vander, quoi que prenant le chant lead de temps en temps, avec une belle voix d’ailleurs, ne le faisait qu’en ayant abandonné sa batterie.

 

(2)    un truc qui me fait toujours un peu fuir, et qui explique que, dans le même registre, je sois assez fan de ces déconneurs de Gong.

 

Setlist :  Ëmëhntëhtt-Ré (inclus Hhaï / Zombies) -  Theusz Hamtaahk // Kobaïa // Ehn Deiss

 

presque toutes les photos sont de Pirlouiiiit, prises sur concert and co.

 

extrait du concert de samedi:

 

deuxième titre joué, en intégralité (merci Maxime): 

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07 mars 2017

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Il est fort à propos que cette cassette débute par un titre des Smashing Pumpkins (en l’occurrence « Once in a While »,  ballade désolée au piano/chant, face B du single « Ava Adore »), tant sa première face est marquée par la recherche des influences de mon groupe favori d’alors.  Nous sommes en 1998, et en pleine gueule de bois pour le groupe de Billy Corgan, usé par la starification suite au succès phénoménal du Mellon Collie et par la gigantesque tournée qui a suivi. Une tournée qui a vu le renvoi d’un membre historique, et non des moindres (l’immense batteur Jimmy Chamberlin) pour une sombre histoire de drogue. Sombre, l’adjectif est lâché. Séparation, Deuil, et absence de batteur : sur le grandiose double album les Pumpkins gonflaient les pectoraux, multipliaient les guitares et les roulements Keith Mooniens, sur Adore Billy Corgan désosse ses compos, laisse dépasser des claviers dépouillés et simplifie sa rythmique. Bref, pour caricaturer, il passe de Led Zep à the Cure.   

 

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Une Caricature dans laquelle vont s’engouffrer tous les journalistes musicaux citant « «Pug » à tire larigot au grand dam d’un Corgan surtout désolé que cette influence soit unique et ne sorte que pour le 4eme album de son groupe. Des journaleux sans doute aiguillés par la collection de reprises associées au single « Bullet with Butterfly Wings », parmi lesquelles figure « A Night Like This », sans doute l’un des pires morceaux jamais enregistrés par les Smashing Pumpkins, qui avaient pourtant sublimé quelques chansons de groupes pas forcément recommandables.  Et voilà pourquoi je me retrouvais à emprunter the Head on the Door pour attaquer la discographie de the Cure, alors que c’est déjà leur 6eme album. C’est sans doute pour cela que je n’y retrouve pas du tout le son New Wave attendu, qui doit être bien plus significatif aux débuts du groupe, à l’exception du titre « Screw » caractéristique du style, grosse basse en avant et batterie minimaliste. Pour le reste, the Head on the Door est un album plutôt pop avec ses claviers guillerets (« Six Different Ways ») qui se chargent de quasiment toutes les mélodies. Voilà bien une des raisons pour lesquelles je n’ai jamais eu vraiment d’affinités avec the Cure, alors même que c’est un groupe essentiel pour la plupart des passionnés de musique de mon âge. J’étais beaucoup trop attaché à la guitare à l’époque pour la voir ainsi jouer les seconds rôles, et si j’ai depuis beaucoup relativisé, je dois avouer que mon titre préféré reste… « A Night Like This », le seul qui soit un peu plus rock (même le solo de saxo y est supportable !). Le son riquiqui de la batterie, ainsi que la voix de Robert Smith (élément fondamental, mais qui ne me fait ni chaud ni froid), sont d’autres pistes pour expliquer mon indifférence. 

Paradoxalement, toutes ces caractéristiques explosent sur « Close to Me » (au chant incroyable, incarnant la frustration comme jamais), qui est pourtant l’un de mes titres préférés des Cure. Autre paradoxe, j’avais enregistré the Head on the Door aux trois quart, et la réécoute en a été fort agréable. Mais pas suffisamment passionnante : je laisserai de côté le groupe pendant longtemps, et on ne le retrouvera pour une brève sélection qu’en toute fin de rubrique (si j’arrive jusque-là…)

 

 

 

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Autre groupe à avoir fortement influencé les Smashing Pumpkins (notamment l’album Siamese Dreams, truffé d’overdubs de guitares)  sans qu’ils osent à ma connaissance les reprendre (pas plus mal dirons-nous), My Bloody Valentine fait son apparition dans cette rubrique avec Loveless, deuxième album du groupe et qui en restera le dernier pendant plus de 20 ans. Voilà un groupe auquel je me frotte continuellement depuis des années, eut égard à son inventivité, son coté historique pour le rock et l’influence majeure qu’il a exercé sur énormément d’albums de ma discothèque (en tant qu’inventeur du shoegaze), mais sans jamais réussir à apprécier ses compositions plus que son cran (un peu comme pour le Velvet Underground). C’est presque l’inverse des Cure, que je considère comme un groupe à singles (pour le peu que je le connaisse) : sur Loveless, aucun titre (à l’exception notable de « Sometimes »)  ne vient surnager de ce maelstrom de guitares fondues survolé par un  chant onirique. Il fallait oser l’association d’une batterie épileptique (et irritante), de perceuses à 6 cordes et d’un doux chant venant te bisouiller là où ça fait mal.  Peut-être fallait-il se prendre en pleine figure ce disque à l’époque de sa sortie (1991) pour en apprécier les longs morceaux aussi flous que les photos illustrant la pochette, aussi mous et roses que du chamallow sonore, et non sept ans plus tard. En tout cas, « to Here Knows When » n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd : on sait où Billy Corgan a pompé la boucle constituant l’essentiel de la curieuse « Cupid de Locke » figurant au menu du Mellon Collie and the Infinite Sadness….

 

 

 

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Après avoir tâté du poing dans la gueule avec the Downward Spiral, j’avais eu envie de découvrir son prédécesseur.  Venu de nulle part, Trent Reznor sortait en 1989 un premier disque majeur intitulé Pretty Hate Machine, nom illustrant fort bien la musique proposée. C’est un album que je ne possède pas, et dont j’écoute essentiellement les titres les plus connus (dommage, ce sont les mêmes que j’avais retenu sur cette cassette) sur des Live assez violents datant de quelques années après la sortie du disque. Ce qui m’a étonné, c’est de redécouvrir le côté incroyablement groovy des chansons. Les claviers de « Head like a hole », la basse irrésistible de « Sanctified », les percus un peu partout, cet album est avant tout rythmique. Un peu évident quand on se nomme  Machine et qu’on est étiqueté Indus, mais Nine Inch Nails évoquait surtout le Hate pour moi, et les guitares bien saturées de l’album suivant. Bon, faut pas déconner, il y a la dose de paroles violentes et de refrains rageurs, et c’est d’ailleurs le mélange de tout ça (avec une bonne part d’electro) qui fait toute la richesse et l’originalité de la musique de Reznor.  Pretty Hate Machine a quand même un peu moins bien vieilli que les autres, et a un côté plus répétitif aussi. Mais rien que pour l’extraordinaire slow crépusculaire « Something i can never Have » troquant l’électricité pour un piano splendide, ce disque est indispensable.

 

 

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Après the Cure et My Bloody Valentine, il nous manquait le dernier larron du trio le plus influent sur les jeunes groupes sans imagination de la décennie actuelle : voici the Jesus and Mary Chain dont j’empruntais à la suite de Honey’s Dead (voir épisode précédent) le deuxième album, Darklands, dans mon souvenir mon préféré. Et ça commence plutôt bien avec un « Darklands » alliant guitares mélodiques et chant nonchalant (du Jesus, quoi…)  et lorgnant sans vergogne sur le « Heroes » de Bowie.

 

 

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02 mars 2017

L'Effondras + Avec Le Soleil Sortant De Sa Bouche - Mardi 28 Février 2017 - Marché Gare - LYON

 

Me voilà doublement en quarantaine. Vieux et malade. Pas les meilleures conditions pour aller à un concert, d’autant qu’en comptant mes connaissances et leurs connaissances, je vais devoir expliquer à la moitié du Public du Marché Gare pourquoi je ne veux pas shaker ou biser. Mais bon, je ne voulais pas louper cette affiche prometteuse, surtout en l’excellente compagnie de Denis et LabUze. Au programme et dans l’ordre Institut (connais pas) + L’Effondras (je connais et c’est excellent) + Avec Le Soleil Sortant De Sa Bouche (je connais pas mais tout le monde m’en a dit du bien). Arrivée tranquille dans ma bétaillère, puis bon moment pour prendre une binouze et discuter avec des copains, notamment un Maxime ultra motivé par la tête d’affiche. Nous passons quelques minutes devant la première première partie qui s’apparente à une grosse blague pas drôle, donc retour au bar jusqu’à l’entrée en scène de L’Effondras.

 

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Damien a beau avoir un peu décroché de l’actualité musicale, il est un domaine où il est resté, de par sa profession, très pointu : les groupes régionaux. L’Effondras, venant de Bourg en Bresse et faisant du post rock (mouvement dont nous sommes fans tous les deux), ne pouvait qu’attirer son attention. Je les découvrais donc à sa suite en 2015, lors de la sortie de leur très bon premier disque, mais n’avais pas eu l’occasion de les voir sur scène jusqu’alors. Le trio propose un post rock hargneux qui s’embarrasse peu des longues montées en  puissance entendues chez nombre de ses collègues du genre mais assène plutôt des coups de boutoir réguliers dont la coordination souligne la maitrise technique des musiciens. En ce sens ils m’ont plus évoqué Isis - sans le chant, il n’y a aucun micro sur scène - que Mogwai ou GY!BE, mais l’une de leur plus grande qualité est d’être parvenu à  avoir une personnalité assez marquée dans un style où c’est extrêmement difficile d’être original. Leur configuration y est pour beaucoup : plutôt que découper leurs longues compositions en parties mélodiques ou saturées, les deux guitaristes ont un rôle défini qu’ils tiennent la plupart du temps, en s’en affranchissant évidemment de temps en temps histoire de varier les ambiances. Celui de droite joue le plus souvent en arpèges clairs et plutôt aigus, là où celui de gauche prend les lignes de basse (il n’y a pas de vrai bassiste) ou les accords saturés. Le batteur joue sur un set simplifié, grosse caisse/caisse claire/ tom basse/ cuivres divers, dans un registre tribal ou hard rock, voire aux accents metal pour les passages les plus virulents. Les compositions sont prenantes, il y a une belle énergie et aucune esbroufe, le son est parfait et un jeu de lumière étudié vient accentuer les nuances des chansons. En clair, tout ce que j’aime dans la musique : un concert énorme et un groupe à conseiller sans retenue.

 

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Les avis sont unanimes quant à la qualité musicale de l’heure qui vient de s’écouler, tous les potes croisés lors de la pause binouze ayant pris une bonne baffe, notamment Christophe qui se fait une petite soirée peinard en célibataire. Curieux, je me place assez près de la scène dès que j’entends Avec Le Soleil Sortant De Sa Bouche s’installer. Le quatuor est composé de deux guitaristes encadrant le bassiste chanteur, et un batteur placé au fond de la scène devant un écran géant diffusant des fonds d’écran mouvants ultra colorés. Les musiciens, moins jeunes que je l’imaginais,  sont détendus et attaquent avec un grand sourire un premier morceau festif. Plutôt que le Krautrock attendu, le style est clairement à chercher du côté des musiques africaines, avec un rythme chaloupé et un chant en chœurs sans trop de paroles assez caractéristique. Le problème est que cela s’accompagne d’une espèce de gimmick de guitare claire répété en boucle (bien caractéristique aussi), effet que j’ai toujours eu le plus grand mal à supporter (1). La compo est longue et très répétitive, l’objectif étant clairement de faire danser (ou entrer en transe pour les plus motivés), avec comme originalité quelques courtes coupures de gros bourrinage libérateur. Je prends mon mal en patience, mais la deuxième chanson ressemblant en tout point à la première, je me place en fond de salle avant d’aller fureter du côté du merchandising de l’Effondras, le concert étant extrêmement linéaire : de près ou en fond sonore, tous les titres m’ont semblé identiques, à quelques nuances près pour le morceau final un peu plus varié. Grosse déception donc pour un groupe à priori irréprochable (2) mais qui n’était absolument  pas fait pour moi.

Les autres ont plutôt apprécié, ils discutent d’ailleurs un moment après le concert avec les sympathiques Canadiens pendant que je regarde avec LabUze la superbe exposition de Bertrand Bouchardeau, artiste dans la lignée d’un Jean-Luc Navette (ou Mezzo, Charles Burns etc) mais avec des thèmes qui me sont plus proches. Dernière discussion musicale autour d’une bière, qui aurait pu se prolonger indéfiniment si nous n’avions été mis à la porte par le staff du Marché Gare. C’est donc à une heure relativement tardive qu’un trajet de retour en bétaillère conclue cette fort agréable soirée.

  

(1)    Sauf peut-être chez Akron / Family, mais leurs albums sont tellement variés qu’ils ne sont pas trop comparables à ALSSDSB ;

 

(2)    Pas tout à fait : le bassiste avait une basse 5 cordes, confirmant le caractère éliminatoire dudit objet.

 

 

  

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24 février 2017

the Rolling Stones - Binge Stoning Part III

Suite et fin de ce Challenge Rolling Stones, avec toujours la petite lettre en notation:

A – Excellent

B – Bien

C – Pas Mal

D – Passable

E - Nul

 

18

 

Dirty Work – je pense que ma mère a, dans sa jeunesse, bien aimé les Rolling Stones. Je n’étais pas là pour le voir (puisqu’à la maison elle n’écoutait jamais de musique), mais il y a eu un indice indéniable : lorsque la médiathèque marseillaise où nous allions s’est débarrassé de son stock de cassettes, elle est revenue avec quelques achats, dont le Dirty Work (elle avait dû passer tardivement, après que tous les classiques fussent partis). Une cassette qui n’a pas beaucoup tourné, et qui surtout fut planquée du mieux possible, eut égard à une pochette dont l’intérieur présentait une Bd gribouillée aux accents SM qui aurait pu susciter des questions gênantes de ma part. Cela ne m’empêcha pas d’emprunter discrètement ladite cassette que ma mère fini par me filer de guerre lasse, voyant que je ne comprenais rien à la Bd et que je m’intéressais surtout à la musique. Toute cette intro pour dire que Dirty Work fut un des premiers albums que j’écoutais, ce qui ne manquera pas forcément d’influencer ma critique.

Ceci dit, je trouve le hard rock constituant l’essentiel du disque bien plus écoutable que la soupe ayant précédé, malgré des sonorités très 80’s évidemment. La haine que se portaient Jagger et Richards à l’époque se traduit par une agressivité bienvenue, tant dans le chant que dans les guitares évoquant parfois AC DC. La tension est palpable sur un début d’album tonitruant (et clairement évoquée, les titres s’appellent « One Hit (to the Body) » et « Fight »), et le retour des riffs inspirés fait un bien fou (« Hold Back », « Dirty Work »). L’aspect Rock de Stade (style Who de l’époque, ou Van Halen) des titres tels que « Winning Ugly » est plus discutable, cela ne me dérangeant pas forcément (après tout je suis un enfant des Guns). Même la ballade finale,  débarrassée du saxo et remplaçant enfin les claviers hideux par du piano, passe sans problème. Ne reste qu’un reggae, un « Back to Zero » dans la grande tradition du funk de merde et une pochette ahurissante pour justifier le titre d’un disque que je réécouterai bien plus volontiers que ceux des dix années précédentes. C

 

19

 

Steel Wheels – « Papa, c’est quoi du Rock FM ? » « tu es trop jeune, mon fils. Le temps venu, tu écouteras Steel Wheels. Pour te souvenir de ce que le musicien a été capable de faire, et que plus jamais ça ne se reproduise. »  . D/E

 

20

 

Voodoo Lounge – les 80’s sont finies ! (et bien finies, les Stones ont mis 5 ans pour publier leur disque). Soupir de soulagement, on retrouve une prod acceptable, excepté quelques fioritures pas très heureuses (violon, clavecin, accordéon…). Mais 15 titres, les salauds ! l’aurait fallu virer toutes les ballades. Ok, ça fait 75 % du disque, mais on a qu’à conserver « Out of Tears ».  Oui, j’ai honte mais j’aime bien « Out of Tears ». D

 

21

 

Bridges to Babylon – les Stones proposent un disque inhabituellement hétérogène, où leur personnalité est assez diluée. C’est un peu perturbant, certaines chansons, hors contexte, pouvant difficilement être associées au groupe, mais c’est finalement plutôt bénéfique sur un album assez long et après une carrière sans trop d’écarts stylistiques, d’autant que l’ensemble des compositions passe relativement bien. Reggae orné de trompettes (« You don’t have to mean it »), hard rock énergiques (« Low Down») ou fatigués (« Gunface »), ballades (« Always Suffering»), blues, gospel, nombreux pop rock rappelant U2 et même un bon morceau d’ouverture typiquement Stonien, rien d’exceptionnel mais rien de vraiment raté, à l’exception notable d’une tentative douloureuse de RnB (« Anybody Seen my Baby ? »). C’est un des rares albums qui nécessiterait plusieurs écoutes pour en avoir le cœur net, mais en comparaison des productions précédentes, il convient d’être tolérant… C/D

 

22

 

A Bigger Bang – constat inverse de l’album précédent : A Bigger Bang est un disque extrêmement homogène  sur lequel les Rolling Stones viennent dérouler leur savoir-faire, sans génie mais avec une belle énergie quand même pour des papis. Au niveau inspiration en revanche, on peine à détecter les 40 ans de carrière, ou au contraire on ne les détecte que trop, bref, un « Sweet Neo Con », tant au niveau des paroles que de la musique, ça ne vole pas bien haut. Une poignée de morceaux moins fades (« She saw me Coming », « Infamy ») justifient un album bien trop long pour donner envie d’une quelconque réécoute… C/D

 

23

 

Blue & Lonesome – « hé Keith, j’ai bouffé toute ma thune du Bigger Bang Tour, on referait pas un album ? » « bah, j’suis pas contre Mick, mais t’as des chansons toi ? » « non, mais c’est pas grave, on a encore des fans…. » . Ainsi la boucle est bouclée, comme la grande vieillesse est étrangement similaire à la petite enfance, Blue & Lonesome, constitué uniquement de reprises de vieux standards de blues, rappelle le premier album des Rolling Stones, sorti 50 ans auparavant. Y a comme une odeur de sapin dans l’air… D

 

On en termine ainsi avec ce marathon discographique, qui n’aura pas fondamentalement fait évoluer mes a priori, mais les aura tout de même bien nuancés. Et puis j’aurai au moins les idées plus claires pour évoquer Stones, et répondre notamment à la fameuse question « êtes-vous plutôt Beatles ou Rolling Stones ? ».  Habituellement je réponds « plutôt Who », mais en guise de conclusion je essayer de jouer le jeu, pour le fun.

 

Rolling Stones vs Beatles

AlbumsC’est sans doute là que réside pour moi le plus grand écart entre les deux groupes. Si le début de carrière est plutôt en faveur des Stones, ceux-ci ne cesseront par la suite de courir après les Fab Four, autrement plus visionnaires. Résultat, je pense que je préfère encore le Sgt Pepper (4eme rang Beatles pour moi) à Let it Bleed, mon Rolling Stones favori. 

ChansonsLes Beatles ont bien plus de chansons marquantes que les Stones, mais aussi bien plus de trucs nazes. Si je me fixe sur une sélection très restreinte de mes titres favoris, les Beatles l’emportent. Par exemple, je suis plus touché par « A Day in the Life » que « Ruby Tuesday », « I’ve just seen a Face » que « Mother’s Litte Helper » ou « Tomorrow never Knows » que « Midnight Rambler ». Cependant si on élargit la sélection, en comparant par exemple les Best of, ce n’est plus la même chose. Le Hot Rocks me semble meilleur que le Number 1, et il faut procéder à un tri dans le double rouge/bleu pour arriver à sa hauteur. A mon avis, si on demande aux simples amateurs de sélectionner ses 20 chansons préférées des Beatles on aurait des Best Of personnels assez différents, là où pour les Rolling Stones se dessinerait une forte base commune, relativement proche du Hot Rocks. Ce best of représente quasiment le nécessaire et le suffisant des Rolling Stones, c’est d’ailleurs une de mes frustrations lors de ce challenge discographique : vu leur immense discographie, le nombre d’excellents morceaux confidentiels que j’ai découvert est famélique…. 

LiveBon là j’y connais rien, et de toutes manières c’est les Who les meilleurs. Mais je pense qu’on peut déclarer les Stones vainqueurs par abandon….

Batterie : Ringo Starr avait à gérer des compositions de plus en plus complexes, avec multiples changements de rythme, sur lesquelles je ne suis pas sûr que Charlie Watts ait pu être aussi carré. Bon Ringo Starr n’aurait peut-être pas été au top sur certaines chansons des Stones, mais il avait au moins un jeu personnel, qui a pu me faire réagir de temps en temps, ce qui n’est pas le cas de son confrère. Je vote Ringo.

Basse : choix extrêmement difficile, tant les deux bassistes sont brillants. Bill Wyman me semble cependant avoir un groove plus naturel, éclairant même les périodes les plus foireuses des Stones, là où Mc Cartney est plus réfléchi, plus bosseur. Va pour Bill.

Guitare : non pas que je considère John Lennon et George Harrison comme médiocres, mais bon, Keith Richards quoi….

Chant : impossible de départager, tant les registres sont radicalement différents. D’abord les Beatles ont trois chanteurs, ou n’en ont pas, suivant le point de vue. Ils sont tous trois très bons, et se distinguent par des harmonies magnifiques et très travaillées. Les Rolling Stones ont à leur disposition le modèle ultime du chanteur rock (star) charismatique et sexy. Dans les deux genres, on n’a jamais fait mieux depuis. 

Il va sans dire que l’attirance pour un groupe de rock va au-delà de toutes ces réflexions, il y est question de charisme, d’attitude, d’histoire, de convergences ou divergences personnelles, de rencontres, de souvenirs… Je peux tout à fait comprendre que les personnes ayant vécu la grande époque de la rivalité entre les deux groupes aient pu considérer les Beatles comme une bande de têtes à claques ou de rigolos et les Rolling Stones comme la personnification du Rock sur terre. J’ai un peu plus de mal à l’admettre venant de personnes qui, comme moi, ont découvert tardivement les deux discographies. Bref, restons en-là et finissons sur un dernier jeu futile et subjectif : le classement des albums des Rolling Stones par ordre de préférence.

 

01 - Let it Bleed

02 - Sticky Fingers

03 - Beggars Banquet

04 - Exile on Main St.

05 - Between the Buttons (americain)

06 - Their Satanic Majesties Request

07 - Aftermath (english)

08 - Out of our Heads (american)

09 - N°2

10 - Dirty Work

11 - Bridges to Babylon

12 - A Bigger Bang

13 - Tattoo You

14 - Some Girls

15 - Blue & Lonesome

16 - The Rolling Stones

17 - It’s Only Rock N Roll

18 - Voodoo Lounge

19 - Goats Head Soup

20 - Emotional Rescue

21 - Steel Wheels

22 - Black and Blue

23 - Undercover

 

A bientôt pour l’exploration d’une nouvelle discographie, à la suite de la chronique mensuelle de Denis. 

 

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22 février 2017

the Rolling Stones - Binge Stoning Part II

La suite des aventures discographiques des Rolling Stones, avec un barème utilisé de A à E. Pour rappel:

A – Excellent

B – Bien

C – Pas Mal

D – Passable

E - Nul

 

09

 

Sticky Fingers – Rien ne semble pouvoir arrêter les Stones qui alignent avec une déconcertante facilité les tueries en un incroyable résumé de leur déjà longue carrière. Keith Richards (et Mick Taylor ?) y est particulièrement flamboyant, entre riffs démoniaques (« Brown Sugar », « Bitch »), solos bluffant de maitrise et délicatesse quand il le faut (harmoniques de « Wild Horses »). Une cohorte d’apprentis guitaristes s’affutent les doigts, qui iront par la suite former le gros des troupes du hard rock et autre glam metal des 80’s. Orchestrations, rocks efficaces, blues à l’ancienne, ballades, passages instrumentaux (quel titre que ce « Can’t you Hear me Knocking » !), absolument tout est réussi. Aussi pardonnera t on facilement les quelques solos de saxophone et les moments où le groupe, sur sa lancée, en fait un peu trop. A 

 

10

 

Exile on Main St. – quand on s’attaque à un groupe à la discographie aussi fournie que celle des Stones, il y a toujours un moment où l’on doit se faner un double album. Et il y a deux sortes de doubles albums : ceux qui sont très variés et qui auraient gagné à être amputés de leurs titres les moins  efficaces, et ceux qui sont très homogènes et qui auraient gagné à être amputés de leurs titres redondants. Exile on Main St. fait plutôt partie de la seconde catégorie, même s’il faut évidemment relativiser : le disque ne dure qu’une heure, et il n’y a quasiment que du très bon dessus, mis à part « Rocks off » un peu limite et « Shine a Light » et « Soul Survivor » un peu poussifs (dommage d’ailleurs de débuter et clôturer un tel album sur les morceaux les moins bons). Pour le reste, c’est une Bible du Rock N Roll que propose un groupe en état de grâce, le blues diabolique de Robert Johnson en Ancien Testament, modernisé par le couple Jagger/Richards en prophètes qui clament des paraboles enfiévrés se référant au nouveau commandement : Sex, Drugs and Rock N Roll. Le piano, en sus des toujours excellents guitares/basse/batterie, est bien sûr de la partie, mais j’ai apprécié grandement l’invitation aux chœurs gospel et surtout les cuivres qui subliment à de multiples reprises des titres aux bases fort classiques et évitent, sur la longueur, une trop grande monotonie. La Face C de l’album est particulièrement brillante, enchainant rock N roll, passages hypnotiques, gospel et une superbe ballade peu connue, « Let it Loose ». Dès lors la suite ressemble un peu au quart de trop, mais toute Bible comporte son lot de répétitions. A celle-ci de très nombreux groupes, toutes époques confondues, tenteront en vain de se mesurer.   A/B

 

11

 

Goats Head Soup – l’espace d’un titre, « Dancing with Mr.D », les Stones entretiennent l’illusion. Mais ils ont visiblement tout donné sur le disque précédent, et remettre le couvert un an après un disque aussi conséquent qu’Exile on Main St. était apparemment un peu trop ambitieux. Ils enchainent en roue libre des titres sans saveur (une soupe bien fade, donc), sauvant le disque du naufrage complet grâce au sympathique tube « Doo Doo Doo Doo Doo (Heartbreaker) ». Toujours en avance, ils préfigurent les 80’s en faisant d’un slow bien pourri (l’insupportable « Angie ») l’un de leurs plus grands succès, et, pas avares, accompagnent cette première véritable horreur de leur discographie par deux autres bouses, « Winter » et « Can you Hear the Music ? ». D/E

 

12

 

It’s Only Rock N Roll – La carrière des Stones résumée en un titre. Et toute la cohorte de leurs admirateurs d’être soudain à la hauteur sur le plus quelconques de leurs disques (encore que la plupart n’auraient pas osé des guimauveries aussi nazes que « Till the Next Goodbye » ou « If you Really want to be my Friend »). It’s Only Rock N Roll prouve aussi qu’un groupe de Rock techniquement irréprochable qui s’emmerde finit toujours par faire du funk (« Fingerprint File ») : ca fait au moins un os à ronger pour Bill Wyman. Mais les grands groupes, même dans leurs pires errances, sont capables de pondre un tube, c’est à ça qu’on les reconnait. « Dance Little Sister » ? N’enterrons pas trop vite le fabuleux quintet. D

 

13

 

Black and Blue – après le double album, voici un autre passage obligé des longues carrières, le terrible virage des années 80 (qui commence donc pour les Rolling Stones en 1976). Ils ont écrit la bible du Rock N roll avec Exile on Main St. ? Ils pondent le parfait manuel de la decennium horribilis. Tout y est : funk dégueulasse, ballades foireuses (domaine dans lequel ils commencent à avoir une sacrée expérience), et même du reggae ! Chaque chanson semble durer un quart d’heure : une vraie purge. E

 

14

 

Some Girls – un disque honnête qui, s’il ne brille pas par son originalité, ne contient pas de titres immondes, à l’exception bien sûr de la caution boule à facettes « Miss You ». Il faudra bien trois rocks relevés (« When the Whip Comes Down », « Lies » et « Respectable ») pour laver l’affront. D

 

15

 

Emotional Rescue – un peu de tout dans cet album : un titre à chier (« Emotional Rescue », première chanson des Stones où la voix de Jagger est horrible), des funkouilles à oublier, un blues larmoyant (le tout arrosé d’un saxo bien moche), mais aussi quelque rocks sympas et un bon morceau, « Let me Go ». Les Stones semblent avoir définitivement perdu leur modjo pour les ballades... D/E

 

16

 

Tattoo You – phénomène étrange qui voit ce groupe en perdition depuis pas mal d’albums redresser la barre de manière inexplicable. Tout d’abord avec « Start Me Up », premier vrai bon tube depuis un lustre au moins, puis avec une première face rock n roll débarrassée des tares handicapant les prédécesseurs de Tattoo You, et donc plutôt agréable. Dommage que les morceaux de la deuxième face, ralentissant le tempo, soient assez kitsch. En comparaison avec les productions des grands artistes de l’époque,  cet album est cependant assez honorable. D

  

17

  

Undercover – les Stones retombent dans les pires errements de leur carrière, s’escrimant à faire durer des chansons sans inspiration et à la production cataclysmique pour atteindre les 45 mn réglementaires. C’est au mieux d’un ennui mortel.  E

 

 

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20 février 2017

the Rolling Stones - Binge Stoning Part I

 

Denis a pris comme bonne résolution en début d’année de me convertir à l’electro. Je ne sais pas si il va y parvenir, mais il a d’ores et déjà relevé un défi au moins aussi difficile : me faire écouter l’intégrale des Rolling Stones, groupe qui ne m’a jamais intéressé au-delà des tubes les plus connus. Les Rolling Stones, c’était avant tout pour moi un groupe à singles, à la discographie très homogène, essentiellement basée sur du blues ou du rock n roll à l’ancienne. Il me fallait pourtant avoir une idée plus précise de leur carrière pour pouvoir apprécier à sa juste valeur l’article de Denis paru sur Pichenettes. Voici donc mon avis sur chacun des albums du célèbre groupe britannique, sanctionné pour la forme par une note dont voici le barème : 

 

A – Excellent

B – Bien

C – Pas Mal

D – Passable

E - Nul

 

01

 

The Rolling Stones – un début de carrière placé sous le signe de reprises très classiques (j’en connais plein), avec une interprétation parfois encore maladroite. Les meilleurs titres sont plutôt en début de disque, et la seule compo n’est pas seulement la chanson la plus longue, c’est aussi la plus mauvaise. Sympathique « Walking the Dog » en clôture, mais qui ne vaut pas la version d’Aerosmith. D

 

02

 

N°2 – Encore énormément de reprises sur ce disque, mais beaux progrès dans l’interprétation (« Time is on my side »), même si la version de « Suzie Q » est loin de celle des Creedence. Les compositions comme « What a Shame » ou « Off the Hook » sont cette fois à la hauteur des autres morceaux. C

 

03

 

Out of our Heads (v americaine) – inaugure une période de gros bordel discographique, entre les versions anglaises et américaines aux tracklisting sensiblement différents. Va pour l’américaine, sur laquelle figure le tube « (I can’t get No) Satisfaction », qui annonce le basculement attendu : les compos sont cette fois meilleures que les reprises. Il faut dire que ces dernières semblent un peu moins bien choisies que sur l’album précédent, mais le groupe a tellement gagné en assurance que ça n’a pas trop d’importance : Mick Jagger, qui a achevé sa mutation en chanteur de classe mondiale, est capable de rendre intéressante la ballade quelconque « That’s how my Strong Love is ». Les influences sont parfaitement digérées, le bluesy « the Spider and the Fly » pourrait être une reprise, et le magnifique « Play with Fire » une compo. Out of our Heads aurait pu être le premier disque majeur des Stones, si toutes leurs chansons avaient été réunies sur une unique version : « i’m Free », « Heart of Stone », la jolie découverte (pour moi) « One More Try », « the Last Time », qui sont autant d’excellents morceaux… B/C

 

04

 

Aftermath (v anglaise) – l’album précédent le laissait espérer, les Stones (en l’occurrence le couple Jagger/Richards) signent l’ensemble des titres d’Aftermath. Parallèlement, le groupe en confiance désire se démarquer de son traditionnel style blues rock et tente l’utilisation d’instruments et de formats inhabituels, avec plus ou moins de réussite. On admire le Xylophone de « Under my Thumb » et le son de guitare de « Mother’s Little Helper », on est plus sceptique sur le Dulcimer ou sur les 11 minutes de « Goin’ Home » qui en constituent la seule originalité. Aftermath se distingue aussi par le jeu remarquable de Bill Wyman à la basse. J’y décèle une grande source d’influence pour pas mal de mes groupes fétiches, notamment le punk New Yorkais (Johnny Thunders ou Ramones,  qu’on entend par exemple sur « Out of Time »). Il y a cependant un grand déséquilibre entre les tubes très connus du disque (auxquels il faut ajouter « Paint it Black » datant des mêmes sessions) ou l’excellent niveau de la première moitié de la Face B et les chansons moins marquantes (sur la fin de l’album notamment) : Aftermath est plus inégal que parfait. B

 

06

 

Between the Buttons (v americaine) – Version américaine obligatoire, il n’était pas question de me priver de « Let’s Spend the Night Together » et « Ruby Tuesday », qui sont peut-être mes chansons favorites des Stones. Un morceau plutôt rock et une ballade, voilà qui illustre deux facettes du groupe exploitées avec savoir-faire et alternativement sur Between the Buttons, bien que l’écart soit encore grand entre les deux tubes mentionnés et les autres chansons. On sent l’album récréatif, les Stones semblant ne pas trop forcer leur talent, à l’exception de la construction un peu plus complexe de « Cool, Calm and Collected » lorgnant vers les Beatles, ou du brass band sur « Something Happened to me Yesterday », paradoxalement deux chansons parmi les plus barrées de l’album. Ceci dit, Between the Buttons est à mon gout largement à la hauteur de ses prédécesseurs : il y a pas mal de piano, et l’aspect foutraque de l’ensemble m’a un peu évoqué les Who, or il n‘y a pas grand-chose que j’apprécie plus dans le rock que le piano et les Who. Et puis il n’y a aucun passage médiocre dans ce disque, les chansons les plus anecdotiques étant très courtes, ce qui évite tout temps mort. Un bon album donc, mais on est loin du chef d’œuvre….  B

 

05

 

Their Satanic Majesties Request – Envie de se mesurer aux Beatles et leur Sergent Pepper, de le moquer, découverte de nouvelles drogues, carte blanche donnée à des stars assurées de cartonner quelle que soit leur production ? Je l’ignore, mais en tout cas la promesse faite par cette pochette psychédélique (avec photo lenticulaire en relief, que je cherche donc désespérément à acquérir en vinyle) est entièrement tenue : démarrant sur une « Sing this Together » brinquebalante, avec des grelots, des chœurs béats et un piano expérimental, l’album propose un voyage au pays des rêves embrumés à coup de percussions et cordes tibétaines, de chant vaporeux, de cris et dialogues divers, alternant improvisations sans filet et refrains inspirés, dont celui de « She’s a rainbow », incrusté à vie dans la tête des téléspectateurs par un publicitaire malin ; Voilà qui a surement influencé tous les groupes auxquels on a accolé l’adjectif psyche, depuis le folk délirant de Gong quelques années après jusqu’au garage déjanté des Thee Oh Sees en porte étendards modernes. Dans le genre, que j’affectionne assez, c’est plutôt réussi, Their Satanic Majesties Request étant même le premier album véritablement homogène des Rolling Stones. Mais on y perd les tubes, principale force de frappe du groupe jusqu’alors. Et un classique sans tube, c’est comme une soirée sans gonzesses : sympa, mais frustrant. .  B

 

07

 

Beggars Banquet – on a demandé un disque homogène, avec des tubes ? et bien le voici ! La barre est placée haut d’emblée avec « Sympathy for the Devil », tout simplement parfait : percus magistrales, basse au top, solo de guitare génial, piano idéal, chant inimitable, avec une montée en puissance progressive, on tient sans doute le sommet de la carrière des Stones. Si je ne suis pas très fan de « Street Fighting Man » qui manque de mélodie à mon gout (chant du refrain sur deux notes), je le remplace aisément par le très efficace « Stray Cat Blues », sans compter l’incroyable ballade de clôture « Salt of the Earth », belle à pleurer. Dans un registre folk blues ou brillent guitares acoustiques et slide, les Rolling Stones sont éclatants de maitrise et tiennent enfin leur disque majeur, tant quasiment rien n’est à jeter sur Beggars Banquet (« Dear Doctor », peut être ?). En contrepartie, si le disque précédent partait un peu dans tous les sens, on regrette ici une trop grande sagesse. Etonnant que cet album souvent mou du genou ait été l’influence principale du plus virulent des groupes des 80’s (surnommé d’ailleurs les Rolling Stones des 80’s) : mes chers Guns N’Roses. .  A/B

 

08

 

Let it Bleed – cette fois, on y est : les Stones ont gardé toutes les qualités de l’album précédent, en y injectant une bonne dose d’énergie, batterie et guitare électrique s’en donnant à cœur joie sur un Let it Bleed rejoignant le club fermé des disques qu’on pourrait quasiment mettre intégralement dans un Best of. Débutant sur la meilleure intro de tous les temps - celle de « Gimme Shelter », titre génial, je ne vous apprends rien - il déroule des standards blues rock qu’on ne présente plus, au rang desquels l’ultra groovy « Midnight Rambler » et ses magnifiques changements de tempo, avant de nous achever sur « You can’t always get what you want », ses chœurs féériques et son orchestration grandiose. Le chant de Mick Jagger y est plus intense que jamais, les arrangements mieux dosés qu’auparavant (la mandoline de « Love in Vain ») et je me paye même une jolie découverte avec le blues rock de caractère « Monkey Man ». Seuls regrets, la version country de « Honky Tonk Women » (le violon y est crispant) au lieu de la bonne vieille version rock, et le morceau donnant son nom à l’album, qui par son coté trop classique en devient le moins bon extrait. On frôle donc la perfection, mais ne faisons pas la fine bouche : ce serait dommage s’agissant des Stones. A

 

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17 février 2017

the DANDY WARHOLS - Mardi 14 Février 2017 - Epicerie Moderne - FEYZIN

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Je suis assez chanceux que ma femme n’accorde pas d’importance à la St Valentin, et qu’elle n’ait donc pas été contrariée que je la passe avec la BuZe plutôt qu’avec elle… Nous voici arrivés à l’Epicerie Moderne où nous garons la Buzemobile à un emplacement secret tout proche, ce qui est bien pratique car le concert affiche complet et nous sommes un peu en retard.  La première partie, le groupe Telegram dont je n’ai jamais entendu parler,  a d’ailleurs déjà commencé quand nous rentrons dans la salle.

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Sur la photo noir et blanc qui illustre l’intérieur de leur premier album, on croirait voir la réunion improbable de John Entwistle, John Bonham, Iggy pop et Michael Bruce. Il y a un peu de tout ça dans leur garage retro et bien puissant, batterie sévèrement avoinée et surtout une excellente basse très en avant. Les compos sont vraiment bonnes et efficaces, à part un dernier morceau à moitié prog un peu bizarre, et je suis conquis par ce jeune quatuor Londonien que j’aurai bien écouté quelques minutes supplémentaires.

 

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Après le rafraichissement de rigueur, nous ne tardons pas à regagner la salle pour avoir une place pas trop mauvaise, et nous voici bien au centre pour l’entrée en scène des Dandy Warhols, qui attaquent leur concert par le vieux et très bon titre « Be-In », précédé d’une intro atmosphérique  pour nous mettre dans l’ambiance. J’ai découvert le groupe comme beaucoup avec Thirteen Tales from Urban Bohemia (un de mes albums fétiches), apprécié les deux précédents, ai suivi avec de moins en moins d’intérêt la suite de leur carrière jusqu’à décrocher complètement il y a une dizaine d’années (je n’ai même pas écouté les deux derniers albums). Je les avais aperçu il y a 15 ans en première partie de Bowie pour un bon concert au gout de trop peu, aussi avais-je très envie de les voir dans un lieu approprié, certain d’avoir droit à une setlist best of. La bUze découvrais quant à lui le groupe à l’occasion de cette soirée, ce qui n’était pas forcément, on le verra, un bon calcul. Chose rare et agréable, les quatre musiciens jouent en ligne, tous sur le devant de la scène. Il y a, de droite à gauche, le discret guitariste Peter Holmstrom, ressemblant vaguement à un être elfique avec ses longs cheveux et son chapeau orné de plumes,  le chanteur guitariste à la moue j’m’en foutiste Courtney Taylor Taylor, le batteur Brent deBoer dont les rythmiques sont si simples qu’il peut assurer à la perfection toutes les secondes voix, et enfin Zia McCabe aux claviers, tambourin et basse. Ah, Zia, sa coupe carrée plongeant et ses bretelles, le simple fait de la voir se trémousser avec un grand sourire aura déjà fait ma soirée.

 

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Les Dandy Warhols vont tranquillement dérouler une setlist composée essentiellement de leurs deux chansons (celle mid tempo avec quatre accords et un chant embrumé, et celle plus lente avec deux accords et un développement psychédélique) et parsemée de tubes vaguement Stoniens qui raviront un public conquis d’avance, moi compris.  Quelques originalités, comme le super passage quasi electro prolongeant « I Love You » ou le cours moment du leader en solo acoustique, viendront briser la linéarité du concert, sans empêcher l’attention de baisser à quelques reprises. Les Dandy Warhols réserveront leurs meilleures cartouches pour un final enchainant quatre vieux tubes, et se barreront avec un salut nonchalant sans faire de rappel. Comme prévu,  le concert n’aura pas été transcendant mais terriblement cool, attendu que les Dandy Warhols sont le groupe le plus cool du monde.  La bUze, désabUzé, dénonce une escroquerie. Autant se plaindre que les Swans sont trop bruyants ou que Mogwai ne chante pas assez…

 

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Fin de soirée au bar et petit détour au merchandising où les quatre membres de Telegram, visiblement ravis de leur date Lyonnaise, sont tout heureux de me dédicacer Operator, leur premier album (un deuxième est en cours de préparation). Il ne me reste plus qu’à rentrer pour voir si j’ai réussi à faire une photo potable de Zia avec mon portable démodé. 

 

Setlist : Be In - Crack Cocaine Rager - Get Off - Not If You Were the Last Junkie on Earth - STYGGO - I Love You - Catcher in the Rye - Plan A - Holding Me Up - Every Day Should Be a Holiday (solo acoustique) - Welcome to the Monkey House (solo acoustique) - Good Morning - Everyone Is Totally Insane - You Are Killing Me - We Used to Be Friends - Bohemian Like You - Godless - Pete International Airport / Boys Better

 

  

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12 février 2017

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Comme les plus belles rencontres, celle avec Kristin Hersh se fit par hasard. Une compilation nommée Anakin (dont j’ai déjà parlé), que j’achetais parce que c’était celle du label des Pixies (4AD) et parce qu’elle était quasiment donnée par l’un de mes habituels bouquinistes Marseillais. Dessus (entre autres), le magnifique titre « Gazebo Tree » pour présenter le second disque de Kristin Hersh, Strange Angels, sur le point de sortir (on est donc en 1998). Puis l’emprunt à la médiathèque, pour voir, de ce premier album, Hips and Makers : coup de foudre immédiat, enregistrement intégral sur une face de cassette et écoute en boucle. 

Hips and Makers est sans doute l’un de mes dix disques favoris. Encore aujourd’hui, à la réécoute, je ne lui trouve aucun défaut. Un album lunatique, comme le dit cette chanson (« A Loon ») qui fait succéder à la violence d’accords martelés l’apaisement d’arpèges, la voix à l’avenant. Il y a des tripes et des larmes, il y a l’attente insupportable et la rage soudaine, il y a l’alcool et la poésie, un peu de blues et un peu de folie, en un mot : de la passion. Il y a une guitare folk magique, des accords simples en boucle et des arpèges impossibles, parfois un peu de violoncelle en guise de caresse. Il y a le chant inimitable et captivant de Kristin Hersh qui ne sait raconter que ce qu’elle est. Il y a ce single, « Your Ghost », le premier et le plus connu de la songwritter, par la présence en seconde voix de Michael Stipe, juste sur les refrains, dans l’ombre et pourtant lumineux, l’un des plus beaux et judicieux featuring que j’aie entendu. Par la suite Kristin Hersh sortira de nombreux disques, plus ou moins produits, plus ou moins dépouillés, quasiment tous superbes (1), mais n’égalant jamais cet éclatant chef d’œuvre. 

(1)    Comme le plus souvent avec mes artistes fétiches, on ne les retrouvera pas sur ces cassettes, puisque je les achèterai en CD au fur et à mesure de leurs sorties

  

 

 

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Je suppose que je me suis intéressé aux Jesus and Mary Chain à la suite des Pixies qui reprenaient « Head on » sur Trompe le Monde et les citaient comme leur principale référence. Lorsque je regarde mon fichier,  je m’aperçois que j’ai emprunté très vite l’ensemble de la discographie du groupe, la plupart du temps avec une bonne part de l’album retenu. Et pourtant, bizarrement, je ne suis jamais devenu un fan du groupe, je n’ai acheté les CD que très récemment (à la faveur d’une intégrale rééditée à bas prix), et je les sors très rarement. Cela fait partie des groupes que j’ai écoutés plus pour ma culture que par gout. En cause un univers un peu obscur, ou tout du moins qui n’accrochait pas l’ado que j’étais (manque de féérie…), et puis sans doute n’avais-je pas le recul nécessaire pour apprécier à la fois l’apport du groupe écossais à la musique des 90’s et la synthèse remarquable de différents courants du rock passé dans leurs compositions. Inspirés clairement par le Velvet Underground, les Jesus and Mary Chain couplaient du rock bien lourd, voir un petit côté indus par moments, avec une pop entrainante et un chant plein de morgue pour un cocktail appelé dorénavant Noisy Pop. Ajoutons à cela le cliché des frères ennemis se bouffant le pif quand ils n’étaient pas occupés à mépriser de toutes leur force un public conquis, et la légende était lancée.

Celle-ci est déjà écrite, voire déclinante, quand sort en 1992 leur 4eme album Honey’s Dead (clin d’œil à leur premier single ?), dont j’avais retenu une grosse moitié. Commençant avec le très appuyé et inspiré « Teenage Lust », tout en rythmique lourde et saturée, la cassette se poursuit sur des morceaux se teintant progressivement de pop, « Tumbledown » ou « I can’t get enough » nous rappelant furieusement la myriade de groupes qui les ont plagiés sans vergogne ces dernières années, the Pains of Being Pure at Heart en tête. Preuve que leur influence, bien que diluée par les années, est loin d’avoir disparu. 

 

 

On repère aussi dans ce « I can’t get enough » une touche de Mercury Rev première période, ce qui fait une transition toute trouvée avec  « Pink Floyd Poster », ultime titre du Hot Saki & Bed Time Stories chroniqué cassette précédente. Catherine a beau être un groupe mineur (de noisy pop, donc), il produit ici un très beau morceau mélodique à mi-chemin entre les rêveries du groupe de Jonathan Donahue et le rock alternatif des Pumpkins.

  

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Je n’ai jamais eu une grande culture cinématographique, et je m’en remettais à l’époque de cette cassette aux gouts de mes ainés qui fréquentaient les cinémas bien plus que moi (ce n’était pas difficile).  J’ai parlé de Gadjo Dilo, découvert lors de mes convois humanitaires en Roumanie, et c’est ce même groupe d’amis qui me fit m’intéresser à Apocalypse Now.  Lionel, l’un des ainés de l’association, qui était pour moi une sorte de grand frère idéal, était un passionné d’histoire, surtout des guerres modernes (2eme guerre mondiale, Viet nam, Guerre froide). Il avait une grande fascination pour les militaires (d’ailleurs il avait adoré son service), et ne manquait pas de projeter cet imaginaire dans nos longs trajets en convoi au travers de l’Europe, rejouant ou citant en permanence des  scènes ou dialogues de ses films favoris, notamment Apocalypse Now.

Un film que j’avais apprécié autant que je m’en souvienne, c’est-à-dire assez peu mis à part quelques scènes cultes (Apocalypse Now n’est pas devenu un de mes films fétiches, je crois d’ailleurs que je n’en avais pas compris toute la portée symbolique). Du cours extrait de la BO ici présent, figurent quelques instrumentaux  tout en tension assez évocateurs, la fameuse « Ride of the Valkyries » qu’on a du mal aujourd’hui à ne pas associer à une armada d’hélicoptères, et « Suzie Q » mais à priori dans sa version originale, pas celle de Creedence (maintenant que j’y pense j’attendais plutôt « Green River », mais en fait c’est dans Forrest Gump que cette chanson de Creedence est associée à une scène d’hélicoptère pendant la guerre du Viet Nam). Et puis bien sur l’inévitable « the End » des Doors (mon titre favori d’un groupe dont je suis peu friand), ici recouvert par moments par des bruits de pales ou de jungle, avec un effet assez saisissant. Ces quelques minutes de Bande Originale auront suffi à faire remonter à ma mémoire pas mal d’images du film, ainsi que sa moite et glauque ambiance générale : une réussite incontestable donc. 

 

 

Pour finir sur une note plus douce, une B-Side des Smashing Pumpkins période Adore, du temps révolu où quasiment tout ce que faisait Corgan était bon. « Czarina » est donc une jolie ballade, quoique moins indispensable que « Once in a While » qu’on retrouvera en début de cassette suivante.

 

Posté par Hello-Darkness à 13:15 - - Commentaires [3] - Permalien [#]