Blinking Lights (and other revelations)

14 octobre 2019

Hors Série #06 - Love Tape 2

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Que s’échangent aujourd’hui les jeunes amants, des playlists ? Quelle tristesse ! Les playlists s’envolent, les cassettes restent, et c’est ce qui me permet aujourd’hui, après avoir chroniqué Episode précédent la Love Tape que j’avais donné à Mélaine, de faire un bond dans le passé en réécoutant celle qu’elle m’avait donné en retour. La première constatation, c’est qu’il n’y a absolument rien en commun dans nos cassettes, voire qu’on aurait difficilement pu faire plus différent. Qui ne se ressemble pas s’assemble, c’est un peu une loi biologique, et si avec le temps nous avons bâtis quelques ponts culturels nous explorons habituellement chacun des rives assez éloignées. Pour résumer grossièrement, que ce soit pour le cinéma, la littérature ou la musique, je suis plus attiré par l’imaginaire et la mélancolie, Mélaine par la vie et le réalisme. Et qui dit réalisme dit chanson réaliste, et donc, au moment où l’on s’est rencontré, ce qu’on appelait Nouvelle Scène Française : soit le cauchemar de tout fan de rock indé snobinard. Si évidemment j’ai des préférences parmi les groupes de ce style, je ne suis jamais devenu amateur de l’un d’entre eux, à l’exception notable (mais en fait-il partie ?) de Yann Tiersen que Mélaine m’avait fait découvrir mais qui n’apparait pas sur cette cassette (elle m’avait enregistré Rue des Cascades et Le Phare sur une autre qui a tourné en boucle avant que je n’achète les CDs). Le chant théâtral, les textes militants, la guitare en mode jazz manouche (dont j’admire la technique mais qui me lasse très vite), sont autant de points communs à ces formations qui m’empêchent d’être touché par leur musique. Mais ce qui vaut pour les enregistrements studio ne vaut pas forcément pour la scène, et pour avoir vu beaucoup de ces groupes en live, j’ai souvent passé d’excellentes soirées en leur compagnie. Leur côté festif passe beaucoup mieux entouré de copains, tenant d’une main celle de sa copine et de l’autre une bonne bière, dans cette joyeuse ambiance de chapiteau ou de guinguette que Mélaine aime particulièrement.

 

  

Car s’il y a bien quelque chose qui énerve aujourd’hui ma chérie, c’est de passer pour la sage maman d’un couple dont je serais l’effronté trublion. Rappelons qu’à l’origine, j’étais un être coincé dans une tenue tradi dont je commençais à peine à m’extirper tant bien que mal, et que Mélaine fut le principal catalyseur d’une mue entamée au début de mes études supérieures. Ainsi, involontairement (je crois…), ma nouvelle bonne amie avait particulièrement chargé la mule contre mon milieu d’origine dans sa setlist. Paradoxalement, le plus virulent de ces groupes fut sans doute mon préféré, notamment par l’amusante histoire de son patronyme, mais aussi parce que la voix de son leader passait mieux à mes oreilles que celle de ses comparses. La Tordue bouffait du curé à tous les râteliers, anticléricalisme atteignant son paroxysme sur « INRI », valse à l’hérésie revendiquée. Autre taquet, « Je suis Noble » des Weepers Circus, un tango au texte obscur mais dont les sarcasmes du chant ne laissaient pas trop de doutes quant à l’idée que le groupe se faisait de ses compatriotes particulés (dont je fais partie, pour ceux qui l’ignorent). Les Weepers qui avaient d’ailleurs l’honneur d’ouvrir le bal au joli son de la clarinette de Denis Leonhardt sur une « Sauterie du Serpent » à l’ambiance moyenâgeuse. Mélaine avait assisté à un concert du groupe à Lyon et, partageant le même instrument, s’était lié d’amitié avec Denis puis le reste de la troupe, notamment le guitariste Eric Guerrier, joyeux géant qui se liait d’amitié avec toutes les jolies spectatrices qui croisaient son chemin. Les Weepers Circus furent parmi les premiers potes que Mélaine me présentait (à Metz où ils donnaient un concert le même week end que ma remise de diplôme), et nous les suivrons pendant longtemps. Mélaine est restée en contact avec le très sympathique Denis que nous avons vu régulièrement lors de ses passages à Lyon. Musicalement, les Weepers Circus se sont progressivement orientés vers un son plus pop rock qui me plait assez  - je conseille en tout cas de les voir sur scène, c’est toujours très bon - mais les titres de cette cassette sont extraits des premiers disques de style plutôt folk / médiéval que je goute beaucoup moins.

 

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Petit détour par Bistanclaque, groupe bien connu des Lyonnais qui déplore déjà la gentrification de la ville (phénomène qui n’a fait que s’accélérer depuis) et de sa « Rue St Jean », avec la première apparition d’un accordéon, autre instrument caractéristique de la Nouvelle Scène Française qu’on retrouve chez les Ogres de Barback, groupe assez culte dans ma belle-famille (6 titres sur la cassette tout de même). Si je reconnais encore une fois qu’en concert les Ogres étaient convaincants, je n’ai jamais trop aimé leur mélange de chanson française et de musique folklorique tzigane. J’étais pourtant assez amateur de tout ce qui pouvait rappeler la Roumanie (l’instrumental « Niev Nietch Nievitch »), pays où j’avais vécu moult aventures lors de convois humanitaires avec l’association fondée par un aumônier jésuite de mon Lycée. Détail amusant, ce cher Père Jean apparait dans le DVD de la tournée d’Un Air, Deux Famille (soit l’association des Ogres de Barback et des Hurlement d’Leo), puisqu’il accueillit la troupe lors de leur halte à Satu Mare où il résida de nombreuses années après son départ de Marseille. Comme quoi on peut bouffer du curé mais rester pragmatique. Enfin, Last but not Least, ceux qu’on présente comme les parrains de toute cette scène, les fameux Têtes Raides qui eurent un succès aussi phénoménal qu’étonnant jusqu’au début des années 2000. Dans la liste des chansons présentes sur cette cassette (peut être celles qui ont le moins vieillit), on oscille entre poésie bancale pas franchement enthousiasmante et grands classiques irrésistibles, « Gino » et surtout « L’iditenté » en tête (raide). S’il est un lien entre nos deux univers, c’est bien cette chanson punk enregistrée avec Noir Désir, qui me rappelle immanquablement la tournée montée en hâte lors des élections présidentielles de 2002, lorsque les Têtes Raides,  Noir Désir, Dominique A, Yann Tiersen (on y revient…) et quelques autres s’arrêtèrent place des Terreaux pour un concert gratuit en réaction à la présence de Le Pen au second tour (1). Soirée historique à laquelle je participais grâce à Mélaine, sans malheureusement la prolonger à l’Atmosphère, petit bar de la Croix Rousse qui accueilli après le concert les musiciens et de nombreux chanceux ayant sauté sur l’occasion unique d’une proximité rare avec le fleuron du rock hexagonal  (et dans lequel je jouerais avec mon groupe 9 ans plus tard…). Le joli instrumental « Urgence » clôture la partie Nouvelle Scène Française de la cassette, avant un passage sans transition vers ce qui devenait déjà le principal intérêt musical de Mélaine, la musique Baroque.

 

 

Pour ne pas m’effrayer, Mélaine avait choisi de ne mettre que peu de classique sur cette cassette, les cinq titres présents étant donc pour elle à l’époque la quintessence de la musique, ceux qui la touchaient le plus. La « marche pour la cérémonie des turcs », de Lully, est certainement le morceau le plus connu de cette période précise, dont Mélaine appréciait particulièrement l’un des instruments emblématiques, la Viole de Gambe. Celle-ci est à l’honneur sur les très sobres instrumentaux de Marin Marais, dont on peut supposer que les enregistrements ici présentés sont interprétés par le plus fameux gambiste contemporain, Jordi Savall (2). Les deux derniers titres, « Music for a While » et « Ombre de mon amant »,  sont chantés d’une voix pure et délicate, exprimant avec dignité un de ces chagrins d’amour intemporels. Ainsi, par un savoureux croisement, Mélaine se rapprochait elle avec la musique des châteaux et des églises, là où j’y cherchais le soufre et les mécréants. Cette cassette représente en tout cas un certain basculement, puisqu’elle a cessé assez rapidement d’écouter du rock ou de la chanson française pour intégrer divers chœurs, jusqu’à participer à des enregistrements de très bon niveau. De quoi élargir ma culture musicale, même si j’avoue que ce Baroque d’origine ne trouve pas souvent grâce à mes oreilles (je déteste le clavecin par exemple). De quoi surtout faire connaissance avec de nombreux professionnels du milieu, dont certains sont devenus des amis, et me rendre compte qu’en matière d’anecdotes croustillantes, la musique classique n’a vraiment rien à envier au Rock N’ Roll… 

 

(1)    Petite pensée pour Jacques Chirac et ses 82% obtenus entre autres grâce à ces militants de gauche mobilisés pour appeler au vote pour leur farouche ennemi… 

(2)    L’un des films fétiches de Mélaine est évidemment Tous les Matins du Monde, retraçant la vie de Marin Marais, joué par Depardieu père et fils.

 

 

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07 octobre 2019

Hors Série #05 - Love Tape 1

 

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Pendant mes dernières années étudiantes à Metz, quelque part entre la cassette 095 et la cassette 140 (1), j’ai rencontré Mélaine. Une jolie histoire que cette rencontre d’ailleurs (à Taizé, pour ceux que ça intéresse), au moment même où suite à une énième déception sentimentale j’avais décidé d’arrêter ma quête de l’âme sœur pendant un moment. Il y a eu des trajets en train, quelques week-end ensemble, et beaucoup de lettres. Et puis un échange de cassettes. Bien que la plupart de mes précédentes copines ne m’aient pas laissé le temps d’en confectionner, ce ne devait pas être ma première cassette d’amour. Je ne me rappelle plus qui, combien, quoi, seule cette cassette a survécu car seul cet amour a survécu : je suis avec Mélaine depuis 18 ans, nous sommes mariés depuis 13 ans (tout pile, au moment où j’écris ces lignes). Ecouter cette cassette d’amour, c’est me remémorer le jeune homme que j’étais, avec ses espoirs et surtout ses doutes. C’est aussi un point figé sur mes gouts de l’époque, les artistes qui me tenaient vraiment le plus à cœur, ceux qui me semblaient le mieux me représenter et faire comprendre qui j’étais à ma belle. Cependant, comme toute histoire est modifiée par celui qui l’écrit, il fallait évidemment que cette présentation soit à mon avantage, et montre aussi une compatibilité avec l’élue de mon cœur : un tri avait été effectué parmi les artistes et un choix orienté parmi les chansons. Mais la liste est je crois assez représentative de ce que j’écoutais à ce moment-là, et si aucun groupe de hard, metal où punk n’y figure c’est au moins autant pour ne pas effrayer Mélaine que parce que j’étais alors passé à autre chose, à des groupes exprimant plutôt une forte dose de mélancolie qui imprègne les 90 minutes de cette cassette.

 

 

 

A tout seigneur tout honneur, c’est bien sûr les Smashing Pumpkins qui entament la Love Tape, avec un titre idéal : « to Sheila ». Il m’est difficile de concevoir qu’on ne puisse apprécier la délicatesse et la douceur de ce morceau, même pour ceux qui ont du mal avec la voix spéciale de Billy Corgan, ici doublée dans des refrains bouleversants. Loin des « Bullet with Butterfly Wings » ou « Ava Adore » saturés qui avaient fait leur réputation, c’est avec une autre balade aux mélodies poignantes que j’avais convoqué les Pumpkins en deuxième face : la version live de « Stumbleine » jouée pour la tournée Adore, une merveille. A suivre, un extrait fort judicieux de la BO de l’Etrange Noel de Mr Jack montrait mon gout prononcé pour l’univers de Tim Burton, ses personnages aussi enthousiastes que décalés, le désir de magie et de féérie qui les animaient, toutes choses auxquelles je m’identifiais énormément. « Que vois-je ? » où Jack découvre émerveillé l’ambiance des fêtes de Noel ne pouvait que plaire à Mélaine, qui encore aujourd’hui adore les hivers enneigés. Une de mes spécialités était les transitions entre les chansons, et celles-ci sont effectivement très bien construites sur les 5 premiers titres (malheureusement c’est beaucoup moins le cas par la suite). On passe ainsi d’un romantisme pur culminant sur « Sleep the Clock around » de Belle and Sebastian à un coté plus sombre et triste dont les premiers accents se trouvent sur les couplets d’« Hyperballad » de Bjork,  pour finir la première face par des chansons évoquant mon côté solitaire. En bref pour une Love Tape le début est quand même plus réussi.

 

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Autre point que j’ai remarqué, c’est le côté assez simple et répétitif de bons nombre de ces chansons qui régulièrement tournent en boucle un riff ou une suite d’accords, ce qui m’a souvent plu mais n’a peut-être pas accroché une mélomane comme Mélaine. Tout comme des chants que j’estimais dans la fourchette haute de mes écoutes (Alanis Morissette, Thom Yorke…) mais qui évidemment ne devaient pas faire mouche auprès d’une spécialiste des chœurs baroques.  Impossible pour moi de ne pas citer Mogwai, mais j’essayais d’éviter les brusques explosions de larsen et les chansons de 20 minutes, et proposais en compromis « Yes ! i am a long way from home », qui de toutes manières a toujours été l’un de mes favoris. Pour Eels, plutôt qu’un « PS : You rock My World » attendu, j’avais privilégié « Last Stop : this Town », entre autres parce qu’il y a des parties de clarinette et que c’était l’instrument principal de Mel. Dionysos est particulièrement mis en avant avec trois extraits d’un Haiku qui tournait en boucle chez moi, avec ce côté enfantin et poétique que j’appréciais énormément, tout comme l’aspect lunatique d’un quintet alternant tristesse et rock festif avec égal brio (caractéristique d’ailleurs de beaucoup de mes groupes fétiches  d’alors). « Poissons = Stickers » et « Only Knees » étaient plutôt tristes et révélaient aussi l’énorme manque d’assurance dont je souffrais (pour ceux qui me connaissent, je vous assure que j’ai énormément progressé à ce niveau-là même si c’est parfois dur à croire). Un manque d’assurance qui me vaudra (entre autres raisons) d’échouer 6 fois à l’examen du permis de conduire, malédiction qui prendra fin (coïncidence ? je ne crois pas…) quelques mois après ma rencontre avec Mélaine. D’où le clin d’œil avec le morceau « Coccinelle » de Dionysos et son refrain si adapté à ma situation (je ne sais pas si Mathias Malzieu a fini par passer le permis…)

 

 

Le début de la deuxième face présente un côté un peu plus bizarre, un peu torturé. De manière inattendue, Sixteen Horsepower est l’un des groupes auquel Mélaine a le plus accroché (pas forcément ce « Brimstone Rock », mais elle aime bien « American Wheeze » par exemple). L’accordéon et le banjo devaient lui rappeler certaines formations de la nouvelle scène française qu’elle écoutait pas mal  quand on s’est rencontré. Les Pixies se devaient d’être au menu (évidemment avec « Hey », chanson d’amour aussi superbe que dérangée), tout comme les Who dont le flamboyant « Baba O’ Riley » version live agrémentera notre entrée dans la salle du banquet de mariage, 5 ans plus tard (hé, oui, on a fait tourner les serviettes sur ce morceau). Romantique, Mélancolique, Solitaire, Bizarre, Enthousiaste, Rêveur, Fêtard, Artiste… A prendre ou à laisser, mais finalement : pourquoi pas ?  En filigrane, quand même, cette peur de ne pas être à la hauteur, ces relents de défaitisme voire de lâcheté, ces « I Might be Wrong », « How to Disappear Completly », ces « Not Ready Yet » qui en disaient beaucoup (ici en version live acoustique toute calme, tirée de la tournée Daisies of the Galaxy). Ce truc qui avait dû en faire fuir plus d’une, et qui aurait pu tout faire foirer encore. La plus grosse erreur : « Without You i’m Nothing ». Non pas  la chanson de Placebo, sommet émouvant d’un dernier groupe fétiche à la présence indispensable, mais le titre en lui-même, celui que j’avais choisi pour nommer la cassette. Without You I’m Nothing, après quelques mois, vraiment ? On s’est échangé les cassettes, et en guise de test, on est parti chacun de notre côté pour les grandes vacances. Mes dernières vacances d’été étudiantes. Après, ça serait le classique enchainement, permis, boulot, mariage, enfants, et l’accélération permanente. Peut-être que Mélaine a hésité à mon retour, peut être que ça n’a tenu qu’à un fil, mais ça a tenu. J’ignore si elle regrette le type qui a enregistré cette cassette. Il n’existe plus aujourd’hui. Ou juste en fantomatique présence planquée dans les rayonnages Cds et vinyles de l’appartement.

 

(1)    Plus de 40 cassettes de 90 mn en un an et demi, j’ai passé beaucoup de temps à la médiathèque et à mon bureau dans mon petit studio….

 

 

 

Dans la grande tradition des années  90, cette cassette contient un titre caché. C’est l’enregistrement d’un des groupes que j’avais monté à l’Ecole d’Ingé,  où nous interprétons d’honnête manière « I like Birds » (Eels) devant un public que j’encourage même à participer pour le refrain (ce doit être pour la fête de la musique). Marrant comme ces ultimes minutes présentent un personnage tout autre que le reste de la cassette, une sorte de leader malgré tout. Le petit punk qui dort derrière les épais barreaux de la bienséance dans mon cerveau, mais qui s’évade de temps en temps, par on ne sait quel prodige…

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26 septembre 2019

Yann TIERSEN - Lundi 23 Septembre 2019 - Auditorium - LYON

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Nouvel album, nouvelle tournée et nouvel arrêt à Lyon pour Yann Tiersen, après un passage aux Nuits de Fourvière 2017 qui m’avait laissé un sentiment mitigé. Un avis assez positif sur All, une configuration moins rêche que la fois précédente (où Tiersen était en solo) et surtout un lieu inhabituel et semblant idéal me décidèrent à prendre deux places pour cette date rapidement complète. Ainsi, après avoir confié les lardons à notre baby sitter habituelle fort heureusement disponible, Mélaine et moi nous dirigions vers l’Auditorium d’un bon pas pour un petit quart d’heure de marche en cette soirée d’Automne naissant. Les premiers inconvénients de ce beau lieu le plus souvent dévolu au classique me reviennent en mémoire alors que je renonce à ma traditionnelle binouze d’ouverture (on ne peut pas rentrer dans la salle avec) et que je dois me contenter de saluer de loin les amis Christophe et Valérie sis au balcon surplombant le nôtre.

 

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Pour le reste, nous sommes très bien placés et calés dans nos moelleux fauteuils pour assister à une première partie dont l’intervention va être chronométrée : une demi-heure pour convaincre la frange la plus sage d’un public lyonnais déjà pas très rock à la base, la mission semble impossible, d’autant que la musique de Geysir ne se prête guère à un réchauffage d’ambiance. Le duo joue un gothique 80’s plutôt bien fait mais peu adapté au lieu et très statique. Le chanteur/guitariste et la chanteuse/bassiste se font face au centre de la scène, séparés par  des claviers et machines sur lesquels ils lancent des boucles en y ajoutant quelques notes répétitives de leurs instruments. Pas forcément en décalage avec l’univers récent de Tiersen, mais hormis une jolie voix masculine (1) sous employée, l’ensemble présentait peu d’intérêt live. La dernière note a à peine retenti que je suis déjà devant la porte du balcon, forçant la jeune fille m’ayant réprimandé parce que je prenais une photo à se précipiter pour me l’ouvrir dans les règles. Premier au bar et au casse dalle, c’est pas classe mais efficace ! Nous y sommes rejoints par un couple de bons amis avec lesquels nous devisons joyeusement sur nos marmailles respectives. Ils nous apprennent à cette occasion que le concert de Tiersen, selon l’affichage à l’entrée de l’Auditorium, durera deux heures, ce qui occasionne quelques craintes vu la fatigue accumulée lors d’un week end bien chargé.

 

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 Alors que nous sommes de retour à nos places, les lumières s’éteignent et nous écoutons en guise d’introduction un long texte littéraire sur un massacre de loups et l’équilibre perdu entre l’homme, le loup, les cerfs et la montagne. C’est assez plombant, un peu pompeux voire ridicule, mais qu’importe, voici Yann Tiersen qui vient s’installer derrière son grand piano, dos au public, et qui nous met dans l’ambiance avec une petite série instrumentale conclue par le classique « La Dispute » alternant mélodica et piano. Il présente ensuite rapidement ses musiciens en brodant une histoire assez marrante sur Alex, le magnétophone placé sur l’avant de la scène et qui diffusera tous les enregistrements de la nature qu’on peut entendre sur All. Voici donc les deux musiciens originaires des Feroe (Jens Thomsen, Olavur Jakupsson) et Emilie, l’épouse de Yann, qui viennent le rejoindre et alterneront avec lui sur les différents instruments placés sur scène : de nombreux claviers (pianos, clavecin, toy piano, machines), des percussions, un machin bizarre avec un soufflet horizontal, et ces cloches tubulaires (déjà vues chez Swans) au son pur qui sont pour un bonne partie dans l’ambiance spéciale de la soirée. Le quatuor se lance dans l’interprétation intégrale et dans l’ordre de All. Je suis content de n’avoir pas réécouté le disque depuis un petit moment, le redécouvrir en live est vraiment plaisant, surtout à l’Auditorium. Rien à dire, la salle est parfaite pour ce genre de musique, et même si l’interprétation diffère assez peu de la version studio, la qualité sonore et les jeux de lumière féériques y ajoutent un indéniable surplus d’émotion.  Avant « Usal Road », l’un des nombreux passages au violon seul de la soirée, un Yann Tiersen décidément plus bavard qu’à l’accoutumée nous gratifiera d’une nouvelle anecdote de sa manière maladroite et timide sur la genèse du titre, lors d’un voyage à vélo aux états unis où le couple sera coursé par un puma affamé. Après une nouvelle pause solo au violon et au piano, le quatuor se reforme pour une réinterprétation intéressante d’une série de vieux titres, dont un très beau « Le Compteur ». Nous préfèrerons à l’inévitable « Sur le Fil », morceau toujours le plus applaudit à chaque tournée, l’extrait d’Infinity (« Grønjørð ») qui mettra en valeur les qualités vocales d’Olavur Jakupsson pour une évasion bien loin des soucis quotidiens qui nous encombraient l’esprit il y a quelques heures encore.

 

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 « Le Vieux en veut encore »  (on dirait une dédicace à mon encontre) est suivi de quelques jolies phrases aux claviers puis de la longue version live de « Rue des Cascades », avant que le groupe ne salue une première fois un public qui, bien qu’allégé de nombreux imbéciles pressés, ne ménage pas ses applaudissements. Le rappel sera la seule déception du concert pour ma part, avec en unique extrait de mon cher Dust Lane « Chapter 19 » (soit le seul morceau du disque que je n’aime pas) et un morceau chanté que je ne reconnais pas (probablement un inédit). Pas grave, les deux heures seront finalement passé bien vite, preuve que la magie a parfaitement fonctionné ce soir. Mélaine, malgré de légères critiques sur les tics de composition et certaines parties vocales, est enchantée elle aussi, de même que Valérie qui m’envoie quelques textos enthousiastes. 6eme fois que je vois Yann Tiersen en concert, et chaque date aura été différente : le breton est décidément un musicien hors pair et un professionnel passionné et passionnant, et il n’y a aucune raison pour que cela change… 

 

(1)    Lionel Laquerrière, musicien du groupe Nestorisbianca, qui accompagnait Tiersen sur scène lors de la fabuleuse tournée d’Infinity.  

 

Setlist : Porz Goret – Naval - La dispute – Tempelhof – Koad - Erc'h - Usal road – Pell – Bloavezhioù – Heol – Gwennilied – Aon – Prad - Beure kentañ - Tempelhof  2 - 7:PM - Mouvement Introductif - Comptine d'un autre été : L'Après-midi - Le Compteur - La Valse des monstres – Grønjørð - Sur le Fil - Le Vieux en veut encore - La Jetée - Rue des Cascades // Chapter 19 - Pedennoù diouz an noz

 

 

 

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22 septembre 2019

# 100 / 221

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Dans la catégorie des groupes 90’s oubliés, voici Remy Zero, qui pourtant eu quelques succès à l’époque, certainement pour la même raison qui fit que j’empruntais leur premier album à la médiathèque : Radiohead les avait convié à ouvrir pour eux lors de la tournée de the Bends. Une phrase disant d’ailleurs quasiment tout sur Remy Zero : groupe solide mais plutôt de seconde division, aux trois guitares alternant passages noisy et arpèges, avec ambiance tristoune et textes dépréciatifs de rigueur. Je suis sûr qu’un quarantenaire pourrait trouver l’année de sortie de Remy Zero à la première écoute, tant il s’inscrit dans son époque : 1996. Le disque présente cependant une originalité, certainement voulue par ses concepteurs : il mute d’un shoegaze évoquant My Bloody Valentine (1) à un rock alternatif mettant en valeur les guitares puis s’oriente progressivement vers des power ballades assez efficaces (j’ai pensé à Unbelievable Truth par exemple) en fin d’album. Paradoxalement, si le premier tiers est peut-être le plus personnel, j’ai préféré les deux suivants où l’on retrouve les chansons les plus marquantes, « Gold Star Speaker » et sa classique explosion sur les refrains, un  « Chloroform Days » au riff savoureux, et le final composé de l’intense « Chromosome » et de l’émouvante « Christmas ». Je comprends tout à fait pourquoi j’avais enregistré intégralement Remy Zero à l’époque (en plus la pochette est bien sympa), mais je comprends aussi pourquoi il n’est pas devenu l’un de mes albums fétiches, pas plus qu’il ne sera repêché après cette réécoute. Le temps a fait son œuvre, et il n’épargne pas les disques mineurs, même marqués de quelques fulgurances. 

 

(1)    Excepté un chant plus anonyme, sorte de Chris Cornell pop un peu éraillé

 

 

 

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En cassette 097, j’ai évoqué No Alternative, une compilation des années 90 figurant tout un tas de groupe phares du mouvement alternatif associés pour récolter des fonds contre le sida. Cela m’a donné envie de la réécouter, et a même donné lieu à un amusant blind test avec Damien et Julien sur le chemin de la salle de répète. Je me suis rendu compte que j’avais quasiment tout oublié de ce disque, n’ayant creusé aucun des artistes au menu que je ne connaissais pas déjà. Ainsi je ne découvre qu’aujourd’hui que Mark Eitzel fut le leader d’American Music Club représenté sur No Alternative par la chanson " All Your Jeans were too Tight ". Car si j’empruntais 60 Watt Silver Lining à la médiathèque, c’est pour une toute autre raison, dont j’avais déjà parlé lors d’un Jeu Inter Blogs : je m’étais planté, croyant avoir pris the Doctor Came at Dawn de Smog sorti la même année avec une pochette très similaire, et dont j’avais lu une chronique laudatrice. Je ne sortais pas gagnant de cette erreur, mais ça je ne m’en rendrais compte que bien des années après.

Pour l’instant, je me trouvais en présence d’un disque dont je n’avais enregistré qu’une moitié, et qui ne m’a pas marqué outre mesure, à l’exception du titre « Some Bartenders have the Gift of Pardon », que je trouve très bon. Attention, je parle du titre et non de la chanson, assez symptomatique de la musique de Mark Eitzel, qui sera je crois le tout premier artiste à obtenir le label « c’est beau mais c’est chiant », inventé pour l’occasion. Nous sommes dans une ambiance feutrée, avec contrebasse, trompette, un peu de guitare et une voix chaleureuse qui évoquerait une sorte de Jennifer Charles masculine. Il y a même un feu de bois enregistré en fond sonore sur « When my plane finally goes down ». Une ambiance piano bar qui n’est pas vraiment mon truc, mais qu’on préfère finalement aux deux chansons plus rythmée présentes sur cette cassette (« Sacred Heart », « Southend on sea »), sorte de groovy-pop bluesy qui pour le coup n’a aucun intérêt. De manière assez étonnante, j’insisterais pas mal avec Mark Eitzel, puisqu’on retrouvera trois autres de ses albums dans cette rubrique. Je n’en ai absolument aucun souvenir, ils devaient juste être disponibles en permanence à la médiathèque…

 

 

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Rien de spécial à dire sur ce Live de David Bowie qui, dans sa version réédité sous-titrée David Bowie at the Tower Philadelphia contient deux titres bonus que je me suis empressé d’enregistrer (cassette suivante). Quant à la sélection drastique ici opérée (6 titres sur les 17 figurant sur ce double LP), elle est incompréhensible vu la qualité de la setlist, du son, des interprétations, j’en passe et des meilleures. Quoi qu’il en soit, j’ai bien apprécié le peu que j’ai eu à me mettre sous l’oreille, en particulier la relecture mi-prog mi-rock n’ roll de l’épique « Width of a Circle » et la version bien démonstrative de « Jean Genie », ainsi que les apports inhabituels d’un percussionniste talentueux.

 

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12 septembre 2019

EELS - Mardi 10 Septembre 2019 - Le Radiant - CALUIRE

 

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22 ans que j’attendais ça. Donner une suite à mon tout premier concert, dont je me rendrais compte avec le recul qu’il fut sans doute le meilleur: Eels au Moulin (Marseille) pour la tournée Beautiful Freak. Certes j’avais vu coup sur coup le groupe à Rock en Seine (2010) et à Musilac (2011), mais ces prestations Festivalières aussi courtes que réussies n’avaient fait qu’alimenter ma frustration de constater, tournée après tournée, que Eels ne daignait pas s’arrêter en France autre part qu’à Paris. Quelle joie de voir que the Deconstruction Tour avait privilégié Lyon : je prenais immédiatement deux places, ne m’attendant pas forcément à un show exceptionnel eut égard à une décennie de disques aux mieux inégaux, mais étant sur de passer une bonne soirée avec un groupe aux qualités scéniques rares. C’est pourquoi j’invitais Mélaine, qui après une vingtaine d’années auprès de votre serviteur, connait forcément bien la discographie de mon barbu favori et ne s’en plaint pas trop.

 

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Après quelques soucis pour garer la bétaillère (le concert est complet), nous voici donc à 20h précises au Radiant, qui cette fois sera judicieusement configuré en fosse debout maximale. Après l’apéro de rigueur et un coup d’œil à un merchandising assez peu fourni (c’est l’une des toutes dernières dates de la tournée), nous voici devant Chaos Chaos, duo de jeunes filles qu’on imagine frangines vu leur ressemblance, l’une à la batterie et l’autre aux claviers et chant. Elles proposent une electro pop gentillette forcément un peu cheap (pas mal de boucles lancées tandis que la chanteuse vient avec son seul micro sur le devant de la scène), mais que je trouve dans l’esprit relativement adaptée au public de Eels. Mélaine n’y trouve absolument aucun intérêt, tandis que j’en vois au moins un : la batteuse est douée, et seconde joliment la leadeuse aux vocals. Marrant comme un minois souriant et une silhouette tatouée mise en valeur par une robe moulante relativise mon principe de l’hérésie du batteur/chanteur…

 

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Nous sommes rejoints en milieu de fosse par l’ami La bUze, descendu de ses montagnes pour l’occasion, avec qui nous devisons agréablement avant l’extinction des lumières. Celle-ci se fait au son du thème de Rocky, ce qui me fait sourire tant c’est caractéristique de la megalo ironique de Mister E dont nous aurons encore ce soir quelques doses humoristiques récurrentes. Quel meilleur début de concert pouvais-je envisager que « Out in the Street », reprise du premier morceau du premier album des Who, qui va à merveille au groupe de la soirée ? Eels est en configuration quatuor rock n’roll, lunettes noires, jeans, chemises sombres, Mister E, égal à lui-même, au chant et guitare, s’étant entouré des fidèles Chet à la guitare, Allen Hunter à la basse, et d’un petit nouveau à la batterie. Little Joe aura droit, suite à la présentation par E des musiciens sous forme d’un long sketch, à une mise en valeur particulière au travers d’un joyeux titre inventé pour l’occasion sur lequel il chantera et démontrera l’étendue de ses qualités derrière les futs. Pour bien montrer d’où il vient et où il veut aller, Eels enchaine avec deux autres reprises, dont « Rasperry Beret » de Prince que je ne reconnaîtrais pas plus que le « If i was your Girlfriend » interprété 22 ans auparavant. « Bone Dry », rock pêchu issu du dernier album en date, lance véritablement les hostilités. De the Deconstruction, nous aurons droit sans surprise aux trois extraits les plus efficaces, avec « Today is the day » et l’irrésistible « You Are the Shining Light » où the Chet alternera avec brio percussions et guitare électrique. Même chose pour le très représenté Hombre Lobo et ses habituels tubes de dynamite blues, auquel on peut ajouter « Open my Present » pour un tour d’horizon du savoir-faire entrainant du groupe, chauffant progressivement une sage fosse lyonnaise jusqu’à obtenir une adhésion massive et sonore en fin de concert.

 

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En habile vieux routard rock n’roll, E aurait pu tranquillement enchainer ces énergiques chansons, entrecoupés de pauses de Soft Rock (comme il les appelle dans un demi sourire) toujours un peu moins convaincantes, à la manière de « That Look you Give that Guy » devenu un pilier de setlist, sans doute parce que seuls les français peuvent remarquer sa ressemblance gênante avec l’inénarrable scie variétoche « j’ai encore rêvé d’elle ». C’est oublier qu’il a écrit par le passé parmi les plus déchirantes ballades du rock indé, et  « In the Yard, Behind the Church » viendra me frapper au cœur d’autant plus fortement qu’elle était parfaitement inattendue et que son interprétation fut grandiose. A signaler l’énorme niveau à la guitare de the Chet au niveau son comme interprétation, en solo ou discret soutient, sur les titres les plus endiablés comme les plus calmes, performance qui fera une bonne part de la réussite éclatante de la soirée. Autre caractéristique élevant Eels bien au-dessus de la plupart des groupes de sa génération encore en activité, sa capacité à réinventer ses morceaux les plus connus. 20 ans que « My Beloved Monster » est jouée sur scène pour autant de versions, et il m’a fallu attendre le chant pour la reconnaitre dans cet improbable titre sur lequel E étrennait ses nouvelles castagnettes. « Novocaine for the Soul », tube pop dont la musique sautillante contrastait autrefois avec les sombres paroles, est ici livrée dans une ambiance grungy bien plombante, relecture aussi surprenante qu’enthousiasmante, peut être la meilleure à ce jour. L’aisance et la décontraction bien connue de E sur scène achèvera de rendre ce concert inoubliable, lors de dialogues avec le public ou des diverses interventions pince sans rire auxquelles le trio de musiciens se prêtera sans se faire prier, comme ce passage à tour de rôle sur le devant de la scène à la manière d’un défilé de mode, pendant l’interminable pause saturée du toujours jouissif « Souljacker, Part I » (1). Après un classique « I Like Birds » en version punk, vient le titre que j’attendais le plus, sans savoir s’il serait au menu. J’aime tellement « P.S. You Rock My World », chanson pleine d’espoir clôturant le chef d’œuvre noir Electro-Shock Blues, l’interprétation livrée ce soir était si belle, que j’en ai eu les larmes aux yeux. 

 

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Il reste encore du temps, mais E joue son numéro et invente de prétendues restrictions pour provoquer le public qui lui offrira un deuxième beau rappel après un premier jet constitué de l’unique « Fresh Feeling », autre titre très attendu de mon côté. L’entame fait beaucoup penser à « Won’t Get Fooled Again », c’est en fait un curieux mix de cette chanson avec « Mr. E's Beautiful Blues », version un peu bancale mais qui donnera l’occasion à Little Joe de se défouler avec forces roulements de manière aussi démonstrative que carrée. Le concert s’achève sur un calme medley avant que E ne salue le public et ne laisse le mot de la fin à son groupe. Après the Who en intro, the Rolling Stones au milieu (expéditive version de « She Said Yeah »), l’hommage au trio magique du rock est complété par le fort à propos « the End » des Beatles. Les lumières se rallument, mais j’attends de me faire virer par le personnel du Radiant pour quitter la fosse, Eels ayant jadis eut la coutume de réapparaitre parfois sur scène pour quelques titres acoustiques devant les retardataires et le personnel technique. Pas de bonus musical cette fois mis à part un « BlinkingLights » diffusé en fond sonore (surement en l’honneur de ce blog), mais une très sympathique discussion avec Mélaine et La Buze autour d’une dernière bière. Je fais part de mon enthousiasme, ravi notamment de la setlist et de la durée du concert, une trentaine de titres pour presque deux heures de spectacle. Une durée qui aura un peu pesé pour Mélaine, plus pour la fatigue que pour la musique qu’elle aura globalement apprécié et pas mal identifié, à son grand étonnement. La BuZe aura été agréablement surpris par un artiste dont il ne maitrisait que partiellement l’œuvre ancienne, preuve qu’en indéniable professionnel Eels sait en donner autant au néophyte qu’au fan. En résumé une soirée merveilleuse et un concert mémorable : vivement le prochain !

 

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(1)     Bruit continu de larsen sur lequel un figurant déguisé viendra aussi tout naturellement faire semblant de passer l’aspirateur….

 

Setlist: Out in the Street (The Who cover) - Mississippi Delta (Bobbie Gentry cover) - Raspberry Beret (Prince cover) - Bone Dry – Flyswatter - Dog Faced Boy - I Need Some Sleep - Dirty Girl - That Look you Give that Guy – Prizefighter - She Said Yeah (The Rolling Stones cover) - Tremendous Dynamite - Open My Present - You Are the Shining Light - My Beloved Monster - In the Yard, Behind the Church - I Like the Way This Is Going - Little Joe! - Today Is the Day - Novocaine for the Soul - Souljacker, Part I - I Like Birds - P.S. You Rock My World // Fresh Feeling // Mr. E's Beautiful Blues - Fresh Blood - Love and Mercy / Blinking Lights (For Me) / Wonderful, Glorious - The End (The Beatles cover)

 

Photos: 3,4 et 5 = Claire Desfrancois

 

 

 

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09 septembre 2019

# 099 / 221

 

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J’ai beaucoup écouté Belle and Sebastian à une époque, mais plus du tout aujourd’hui. C’est dommage, car pour peu qu’on soit dans le bon état d’esprit et qu’on choisisse bien l’album, c’est un groupe fabuleux. Par exemple, un dimanche soir, quand on a bataillé ferme avec les gamins pour qu’ils se couchent et qu’on est enfin peinard, « the State I am in » est une chanson idéale. Douce mais pas trop molle, à l’image de Tigermilk, premier album dont on comprend fort bien pourquoi il se vendit comme des petits pains et fit courir le nom du groupe par-delà la Manche et le Multivers. Pop légère, pur rock n’roll, un peu d’electro-dance, les écossais prennent toutes les libertés qu’autorisent l’amateurisme doublé d’une solide culture musicale. C’est naïf mais c’est bon jusqu’à la dernière note. Enfin, j’en sais rien puisque contrairement à ce qui était annoncé, Iggy Pop est venu brailler après « I Could be Dreaming », me spoliant des quatre derniers morceaux…

 

 

 

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Cette compilation regroupe les titres qu’Iggy Pop avait enregistré entre le split des Stooges et le lancement de sa carrière solo par David Bowie, une période noire pour un iguane camé jusqu’à la moelle et devenu à moitié clodo. On commence donc par deux morceaux abrasifs issus du single I Got A Right, où Iggy crache son chant punk sur un tempo à fond les ballons, avant de switcher sur l’album Kill City, sorte de Soul mal produite qui évoque plus la mauvaise période des Rolling Stones que la fureur des Stooges. Même « Johanna », titre poisseux et entêtant figurant sur bien des enregistrements semi-officiels du groupe, est ici dénaturé par un saxo et un piano insupportables. James Williamson, bras droit d’Iggy sur le terrible Raw Power, semble cette fois s’être bien fourvoyé, à moins qu’il n’ait pu gérer l’erratique chanteur ou, pire, ce soit laissé entrainer sur la mauvaise pente…

 

 

 

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Remontant courageusement le temps dans la discographie de Throwing Muses, j’arrivais au second album du groupe, House Tornado, enregistré en 1988. Sans surprise, ce n’est pas vraiment une partie de plaisir mais il m’a fait curieusement meilleur effet que son successeur, le Hunkpapa disséminé sur quelques cassettes aux épisodes précédents. On trouve de bonnes idées dans les compos retenues sur cette cassette, des arpèges bien troussés, des intros dynamiques, mais il faut toujours que la composition se complexifie à un moment, que la rythmique parte dans des chemins tortueux qui larguent l’auditeur. Et, cela me peine un peu de le dire, mais le chant de Kristin Hersh, à moitié hystérique, fini de gâcher les quelques morceaux qui tenaient encore sur la durée. Bref, le chemin est encore long avant les chefs d’œuvre de celle qui deviendra l’une de mes compositrices favorites… 

 

 

Pour finir la cassette, en non crédité, un bon quart d’heure de bruit et une version live dégueulasse (et interminable) d’« Heroin » par le Velvet Underground, pêchée on ne sait où…

 

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02 septembre 2019

New Star / Old Star : YAK, Bill CALLAHAN, CJ RAMONE

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YAK - Pursuit of Momentary Happiness

 

Dommage pour Yak, le monde n’en a plus rien à foutre des rock stars. Ou alors juste celles qui dans un lointain passé l’ont fait bouger, et qui viennent régulièrement remuer la nostalgie de vieux en ressassant un répertoire qui dans le meilleur des cas n’a pas changé d’un iota depuis des décennies (dans le pire, il y a eu quelques nouveaux disques réduisant à néant toute crédibilité artistique). Puisqu’on parle d’Iggy Pop,  on verrait bien Oli Burslem en héritier direct, tant il use du même ton bravache dans les brûlots garage et du même velours dans les slows qui alternent sur ses disques avec égale réussite. On en doutait tant Alas Salvation avait mis la barre haute, mais Yak est parvenu à produire un digne  successeur à son premier opus. Pursuit of Momentary Happiness est un album megalo empli de vociférations, de riffs bien lourds, de cuivres et de chœurs suaves, avec une petite touche psyché bien dans l’air du temps. C’est flamboyant et bien écrit (à l’exception peut-être d’un dernier lent morceau un peu trop long et décalé), contenant quelques titres faisant office de classiques immédiats (« Layin’ it on the Line »), bref, digne de squatter presse et net pendant un bon moment. Hélas, le monde préfère regarder les feux de paille se succéder. Là où Yak devrait forcer l’admiration, il n’est déjà plus qu’un lointain souvenir…

 

 

 

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Bill CALLAHAN - Shepherd in a Sheepskin Vest

 

Après avoir publié avec une régularité métronomique des albums se ressemblant tous sur lesquels figuraient quelques bonnes chansons déjà oubliées, Bill Callahan n’avait plus donné signe de vie depuis 5 ans. Une pause due au mariage et à la procréation du songwritter, promesse d’un bonheur qui n’est jamais bon signe pour un artiste ayant placé toute son œuvre sous le signe de la mélancolie. En réalité, si le fan y a certainement perdu sur le fond (les paroles m’intéressent rarement, mais celles-ci semblent assez pauvres, témoin ce « Writting » incroyable où il avoue être content de chanter à nouveau mais se demande où sont passées les bonnes chansons), la forme ne change guère sur ce Shepherd in a Sheepskin Vest. Bill Callahan compte sur sa voix unique pour charmer l’auditeur tandis qu’il gratouille en roue libre des ballades insaisissables, à l’exception de certains titres un peu plus marquants (« 747 » ou « Circles »). On aurait pu se réjouir des durées inhabituellement courtes des titres (3 mn environ) s’il n’était venu à leur auteur l’idée saugrenue d’en placer 20 sur l’album, soit d’emblée au moins 10 de trop. Le résultat est qu’on peinera comme d’habitude à arriver au bout sans s’endormir, malgré le coté agréablement apaisant de ce folk sans âge et sans relief.

 

 

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CJ RAMONE - the Holy Spell...

 

En 1989, les Ramones sont plus que jamais au bord de la rupture. Le colonel Johnny, qui n’a pas encore mis assez de sous de côté pour se payer le pavillon de ses rêves, vire un Dee Dee devenu décidément trop incontrôlable et organise une audition pour trouver un nouveau bassiste. Qu’importe que Christopher Joseph Ward ne maitrise que très peu son instrument et la discographie des faux frères (dont il est pourtant un grand fan depuis longtemps), c’est un ancien marine et son look comme son métier s’accordent parfaitement avec les idées bien réacs de Johnny : il est engagé dans la galère sous le nom de CJ Ramone. On peut considérer que l’arrivée de CJ, se permettant parfois de chanter à la place de Joey et figurant sur 3 disques assez mal aimés des fans, signe la mort des Ramones, ou bien qu’avec sa jeunesse et son envie il permit au contraire une inespérée prolongation de 7 ans de la vie du groupe moribond (je penche pour la deuxième option, d’autant que j’aime assez cette discographie finale). Qu’importe, en 1996 les Ramones se séparent définitivement et CJ disparait des radars du grand public.

Quelle ne fut donc pas ma surprise de tomber sur la pochette de the Holy Spell… chez mon vendeur favori. Il n’en fallait pas plus pour que je cède à la curiosité. Après tout CJ m’a toujours paru sympathique (1) et sincèrement rock n’roll, et puis je suppute une forte similarité musicale avec son ex-groupe culte. C’est évidemment le cas, the Holy Spell… naviguant la plupart du temps entre punk n’roll mâtiné de Surf rock et simili hardcore imbécile, à l’exception d’une ballade convenue paumée en milieu d’album. La plus grande différence avec les Ramones, hormis évidemment la voix, réside dans un jeu de guitare un peu plus varié, pour le meilleur (notamment quelques solos bienvenus) comme pour le pire (cette mélodie fête à neuneu sur « i’m disappointed » ou ces sonorités skate punk parfois trop marquées). Pour le reste, l’efficacité et les refrains à reprendre en chœur sont bien là, et CJ, désormais chauve et barbu (Johnny disapprove !), donne aux nostalgiques ce qu’ils sont venus chercher, accouchant donc d’un album (le quatrième depuis 2012, première nouvelle !) aussi dispensable que sympathique. Parce qu’une dose de Ramones, même un peu frelatée, c’est toujours bon à prendre de temps en temps. 

 

(1)    Effectivement, CJ a d’abord failli rater son embauche chez les Ramones, emprisonné pour désertion parce qu’il était revenu chez lui pour aider ses parents, alors dans une merde noire. A la fin des Ramones, il préféra refuser la place de remplaçant de Jason Newsted chez Metallica qui lui était promise pour rester auprès de son fils autiste, s’assurant donc 10 ans de boulot de merde mal payé plutôt qu’un confortable statut de rock star millionnaire.

 

 

26 août 2019

# 098 / 221

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Deux ans après Vitalogy, Pearl Jam publie un album en forme de pause. Tout sur No Code est moins bon que sur son illustre prédécesseur, à l’exception notable de la magnifique ballade folk « Off he Goes » qui se paie le luxe de faire jeu égal avec des « Nothingman » ou « Better Man » qu’on croyait insurpassables. Mais cela ne veut bien sûr pas dire que No Code est un mauvais disque, loin de là. Pearl Jam respire un coup et creuse ses tempos lents tout en expérimentant. Cela fonctionne souvent bien (le subtil morceau d’ouverture « Sometimes », ou un « Smile » bluesy plus appuyé), parfois moins (« Who you are »). Pearl Jam n’abandonne pas pour autant le rock pêchu, balançant un tube grunge à la hauteur de ses exploits passés avec l’inévitable « Hail, Hail » et se payant même un réjouissant punk d’une minute, « Lukin ». Comme je l’écrivais à l’épisode 061, le groupe d’Eddie Vedder me séduisait plus par ses ballades sur ses premiers disques, avant d’inverser de manière inhabituelle la donne sur Yield avec des rocks plus marquants. No Code est l’album qui marque cette mue et qui en pâtit un peu sans démériter, comme souvent les albums de transitions. Quoi de mieux pour l’illustrer qu’un « Present Tense » à la construction relativement complexe, très calme mais doté d’une accélération rock, avec des paroles à la maturité évidente représentant bien la tonalité du disque. 

PS : No Code, c’est aussi un artwork mystérieux, que j’ai abordé en priorité dans la rubrique consacrée

 

 

 

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Fin de l’incongrue présence de Pierre Desproges en cette rubrique, avec quelques Réquisitoires du Tribunal des Flagrants Délires où le comique érudit étale sa prétendue misanthropie, entre la tentation de céder aux avances d’une entreprenante particulière (la Mort) et la lecture d’un véritable courrier hallucinant envoyé par un auditeur Pétainiste prétexte à fustiger le racisme décomplexé des Français en présence de Yannick Noah (dommage que la chronique fut gâchée par une blague finale que je croyais imaginée par Michel Leeb, c’est dire le niveau). Pour finir, deux des plus brillants réquisitoires présents sur ces cassettes. Celui contre Inès de la Fressange, où Desproges déplore l’inégalité de la beauté avec force allusions grivoises à sa magnifique invitée. Et celui contre François Romério où il décrit  avec égale drôlerie les supplices qu’il imagine à l’encontre des imbéciles laissant crotter leur chien sur le trottoir et de l’insupportable perroquet d’un de ses amis. En conclusion à l’ensemble des réquisitoires écoutés, si certains passages des sketches peuvent paraitre contestables, l’imagination, l’humour et surtout le sens de la formule de Desproges l’emportent haut la main. Ma préférée, que j’ai tant de fois pensé devant mon facebook ou en soirée sans savoir le dire aussi bien : « En ce qui me concerne, j'ai toujours été fasciné par les détenteurs de vérité qui, débarrassés du doute, peuvent se permettre de se jeter tête baissée dans tous les combats que leur dicte la tranquille assurance de leurs certitudes aveugles. »

 

 

 

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J’aurais du être fan de Pearl Jam, groupe qui remplissait tous les critères chers à mon cœur, notamment celui d’être un très grand groupe de scène, comme on peut l’entrevoir sur cet EP. Le problème fut que, contrairement à l’immense majorité de son public, je considère leurs deux premiers disques multi platinés comme très inégaux. Pour un imparable « Alive », ici livré dans une version épique bardée de solos de guitare, un « Rats » anonyme et oublié. Pour un splendide « Ederly Woman Behind the Counter in a Small Town », très applaudie ballade au tempo légèrement relevé pour la scène, un « Blood » bien bourrin. Pearl Jam envisageait le rock comme un sacerdoce, à l’ancienne, et ne manquait pas d’imagination pour ravir ses fans, un peu collectionneurs sur les bords comme tout fan qui se respecte. C’est ainsi que le single « Dissident » sorti sous une forme originale : accompagné de 6 titres Live, il était vendu dans un boitier dont deux emplacements étaient laissés libres pour les deux singles suivants. Si « Dissident » fut finalement le dernier single de Vs., les deux EP (Dissident #2 et Dissident#3) sortirent bel et bien, composés du coup uniquement de chansons live qui constituaient pour le chanceux ayant réuni le trio le Concert complet du 3 Avril 1994 à Atlanta. Ce trio montre d’ailleurs bien le rapport mitigé que j’entretenais avec le groupe, puisque j’avais acheté la partie 1, enregistré sur cette cassette la partie 3, et que je n’ai jamais écouté la partie 2 (pourtant dotée comme les autres de très bons extraits). Suffisant cependant (malgré un son moyen) pour ce faire une idée des concerts de Pearl Jam, avec ces titres prolongés (un « Porch » de 11 minutes tout de même), ces hommages appuyés aux grands noms du rock ayant inspiré les 5 de Seattle, ces impros et un enchainement qui semble infini de titres aux rythmes alors plus variés que leur style. Ne manquait, pour moi, qu’un disque majeur. Ce fut Vitalogy : un brin trop tard.

 

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19 août 2019

# 097 / 221

 

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Suite du Flow Motion de Can avec  un sympathique rappel du titre d’introduction « I want more » qui se poursuit donc sur un « … and more » de même facture. Pour le reste, rien de plus enthousiasmant que cassette précédente, le long titre « Flow motion » étant du reggae. Alors certes fait par Can c’est toujours mieux que du reggae d’un quelconque imitateur de Bob Marley (pléonasme), mais ce disque ne s’avère intéressant que sur le titre « Smoke (E.F.S. Nr.59)», transe toute en tambours assez efficace. 

 

 

 

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Nous avions assez longuement évoqué Pierre Desproges en cassette 070, pour une compilation d’extraits des Réquisitoires du Tribunal des Flagrants Délires volumes 0 et 1. Je ne pensais pas retomber sur d’autres réquisitoires si longtemps après, mais revoici bien la fameuse verve de l’inimitable humoriste pour les volumes 2 et 3 dont des extraits de réquisitoires figurent sur cette cassette et la suivante. Inutile de me répéter sur le comique, son aura et l’incessante récupération dont il fait l’objet de tous bords aujourd’hui, je noterai simplement que ces réquisitoires marquent un pas de plus dans la provocation, et que Desproges y canarde sans distinction et sans pincettes. Quelques invités en prennent d’ailleurs pour leur grade, entre le chant de Georges Guétary qui ferait tourner le lait en yaourts et Roger Coggio qui est à Molière ce que le pic-bœuf est à l’hippopotame, c’est parfois plus cassant que drôle pour l’intéressé. Outre les flics (avec cet hilarant « festival de la bavure »), les militaires (évidemment) et les communistes (qui prennent quelques tacles bien sentis), les féministes ramassent de jolies charges (l’invitée étant probablement Gisèle Halimi), l’insistance de Desproges à dénoncer la faute de « français, françaises » laissant bien imaginer ce qu’il penserait aujourd’hui de l’écriture inclusive. 

 

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Ainsi Pierre Desproges pourra tour à tour apparaitre comme un anarchiste lettré ou comme un gros réac, selon les réquisitoires et la sensibilité de l’auditeur. Si sa sincérité est convaincante lorsqu’il fustige une nouvelle fois le politiquement correct transformant les aveugles en non-voyants (pudibonderie qu’il dénonce lors du réquisitoire contre le mime Marceau), on est un peu moins en phase sur la prétendue baisse de niveau de l’éducation nationale (réquisitoire de Jean-Marc Roberts), marronnier bien rance qui, comme on le voit, ne date pas d’hier. Fort heureusement, la qualité d’écriture et le charisme de Desproges font glisser comme une lettre à la poste ces énervements politico-misanthropes, d’autant que place est encore bien laissée à la gaudriole et au n’importe quoi, entre la détresse sexuelle de Robinson Crusoe, les délires sur l’inventeur du pain à saucer et les piques incessantes à son confrère Luis Rego jouant l’avocat chargé de défendre l’invité du jour. Une belle tranche de rigolade en même temps qu’un témoignage précieux de la France du début des années 80.

 

 

 

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En 1994, les Smashing Pumpkins sortent une cassette video intitulée Vieuphoria où le fan, entre deux gros délires et trois interview de quidams, pourra visionner une dizaine de chansons enregistrées en live, essentiellement lors d’apparitions à la télévision.  On pourrait s’étendre sur le fait qu’il y avait moyen de faire mille fois plus intéressant avec la période Siamese Dream des SP, mais le sujet n’est pas là. L’une des séquences montre un vieux égaré au merchandising d’un concert, sommé de choisir entre les Smashing Pumpkins et leur première partie alors qu’il ne connait ni l’un ni l’autre. Il finit par se décider pour Red Red Meat qui lui semble « plus saignant » : c’est la première fois que j’entends parler de ce groupe, qui dès lors restera dans un coin de ma tête jusqu’à ce que, des années plus tard, je trouve enfin le Bunny Gets Paid à la médiathèque de Metz. Tout comme pour Fuck (épisode précédent), c’est leur meilleur album et le seul que je trouvais avant d’acheter récemment leurs autres disques sur le net.

 

Si Red Red Meat fait partie de la scène indé de Chicago des années 90’s, et a donc quelques points communs avec les Smashing Pumpkins (1), leur musique, au croisement du Shoegaze, du rock alternatif et du Lo-Fi, ne les évoque que rarement et fait plutôt penser au Mercury Rev des débuts. Le titre d’ouverture « Carpet of Horses », au tempo extrêmement lent, met tout de suite l’auditeur dans l’ambiance neurasthénique de Bunny Gets Paid. La marque de fabrique de cet album, c’est l’utilisation d’une slide guitare au son acoustique qui tranche sur des overdubs de grattes saturées plus habituels, et la voix éraillée très en retrait de Tim Rutili, qu’on pourra ne pas aimer mais que je trouve pour ma part assez émouvante. Si quelques titres sont plus énervés, comme le single « Idiot Son », ils sont finalement, sans être mauvais, moins originaux que ces développements brumeux dont surgissent des refrains superbes et des mélodies entêtantes (« Chain Chain Chain », « Gauze »). Cette ambiance mélancolique est aussi émaillée d’expérimentations sonores (« Sad Cadillac ») qui achèvent de consacrer ce Bunny Gets Paid très personnel et cohérent comme une brillante réussite. Je l’avais déjà beaucoup aimé à l’époque, mais il est devenu l’un de mes disques de chevet lors de sa très pertinente réédition par Sub Pop (2) en 2009, sur laquelle je tombais en occasion bradée. Non seulement l’album n’a pas vieilli, mais il m’est apparu encore meilleur que dans mon souvenir et le disque bonus qui l’accompagne (avec inédits et versions alternatives) prolonge agréablement le plaisir. Un an après, en 1996, Red Red Meat sort un quatrième et dernier album avant de splitter en plusieurs formations. Celle de Tim Rutili s’appelle Califone, et a sorti une dizaine d’albums depuis 2000. Je la découvre aujourd’hui en rédigeant cet article, autant dire que j’ai du retard à rattraper…. 

 

(1)    Le lien le plus évident est le (très joli) titre « Glynis », proposé par les Pumpkins pour la compilation No Alternative où une vingtaine de stars du rock indé sont au menu d’un album destiné à récolter des fonds pour lutter contre le sida. Il s’agit d’un hommage à Glynis Johnson, bassiste et co-fondatrice de Red Red Meat avec son compagnon Tim Rutili. Elle quitta le groupe après le premier album suite à leur rupture avant de décéder du sida l’année suivante.

 

(2)    Red Red Meat fut leur première signature à Chicago.

 

 

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07 août 2019

# 096 / 221

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J’aimais bien cette époque où mes artistes favoris publiaient quantité de magnifiques B-Sides sur des EP indispensables. Radiohead a fait partie de ce club, et si je n’enregistrais qu’un seul titre de ce No Surprises / Running From Demons (destiné à la base au marché japonais) c’est que tous les autres figuraient au menu du Airbag / How am i driving ? que je possédais déjà. « Bishop’s Robes »  est non seulement une très belle chanson, mais c’est aussi une des seules que Radiohead interpréta au Dôme de Marseille en cette fameuse soirée du 21 octobre 1997 que je ne connaissais pas. Si cela ne justifiais pas l’achat de l’EP (fort cher pour un seul titre), je ne manquais donc pas de l’emprunter à la médiathèque dès que j’en eus l’occasion.

 

 

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J’ai assisté à la pire prestation scénique de ma vie en 1998 dès mon 3eme concert, par  un groupe que je ne connaissais pas alors et que j’adorerais par la suite. C’était à Marseille au Poste à Galène (1), une petite salle à la programmation bien pointue, et je m’étais déplacé pour voir Cat Power pour sa tournée Moon Pix. Nous avions dû patienter une bonne demi-heure avant  de pouvoir entrer, car  les artistes n’étaient pas prêts. En réalité, comme je m’en rendrais compte dans la soirée, ils s’étaient copieusement pochetronnés la gueule au vin rouge au lieu de faire leurs balances, et si le Cat Power trio avait pu s’en arranger moyennant un délai supplémentaire et relativement assurer leur set, il n’en fut pas du tout de même pour Fuck. Dans un bordel indescriptible, jusqu’à un gamin qui jouait de la game boy dans un coin de la scène, la troupe hilare avait péniblement tenté d’aligner quelques accords alors que la moindre note de basse faisait trembler tout le bar. Cerise sur le gâteau, l’un des guitaristes s’était excusé avec un large sourire en se trompant de ville (« hey guys, let’s play for the people who pay good monney, come on Montpellier ! ») ce qui n’avait pas augmenté leur cote auprès de Marseillais à la susceptibilité bien connue. Devant un public consterné, Fuck n’avait de mémoire pu aller au bout que d’un seul morceau avant de céder la place à une Chan Marshall titubante et son verre de pinard.

 

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si tu n'as pas trouvé les personnages qui s'enculent sur la pochette, il y a une deuxième chance ici... 

 

A bien y réfléchir, cette manière de saborder ce qui devait être la chance de leur vie (signés sur Matador, le label de Cat Power, ils étaient embarqués dans une tournée mondiale en soutient d’une artiste qui était déjà une star du rock indé) était tout à fait représentative d’un groupe qui s’était employé dès le début à ne surtout pas avoir de succès. S’appeler Fuck pour un groupe Américain, c’était l’assurance de ne jamais passer sur MTV, de ne jamais être cité à la télé, de n’être référencé qu’avec plein d’étoiles à la place des lettres dans toutes les bases de données, et d’être absolument introuvable sur l’internet balbutiant. Que le groupe ait produit un tube et cela n’y aurait rien changé, ils s’étaient tiré une rafale de mitraillette dans le pied avant même de commencer. Bien sûr, c’était parfaitement voulu par Timothy Prudhomme, pièce maitresse du quatuor, excellent songwritter semblant trop effrayé à l’idée d’être pris au sérieux et s’arrangeant, tel un clown triste, pour toujours parsemer ses productions de quelques farces grotesques. C’est le cas de ce Pardon My French, leur meilleur album et leur plus connu (2). Qui pourrait se douter que derrière cette pochette potache (où il faut évidemment chercher les personnages qui s’enculent) se cache une merveille Lo-fi, capable de rivaliser par moments avec les meilleurs du genre, Sparklehorse ou Eels post Beautiful Freak en tête ? Constitué d’une multitude de petites chansons souvent axées folk blues mais aux qualités mélodiques renversantes, Pardon my French donne souvent l’impression d’une œuvre inachevée, sans que l’on sache si les idées inexploitées le furent par j’m’en foutisme ou par pudeur. C’est particulièrement frustrant sur des titres comme « Dirty Brunette », sans doute mon favori, dont on aurait bien vu la tension rare sur ce disque s’éterniser en un final grandiose, mais qui se termine en queue de poisson  avant le seuil des 3 minutes que Fuck ne franchit qu’à quelques reprises (notamment sur les blues « Tether » et « Sometimes » dont la beauté ne fait qu’accentuer l’impression que les autres chansons sont trop courtes). Les petites ballades délicates abondent, et si Timothy Prudhomme marche sur les plates-bandes de Mark Linkous, c’est pour passer précipitamment à autre chose dès que le climax est installé (« One Lb of In », « Am i Losin’ »). 

 

Dans la pure tradition de ce genre d’albums 90’s, la chanson émouvante côtoie l’anecdotique instrumental, la pop guillerette (l’irrésistible single « Fuck Motel ») fréquente l’ambiance glauque (« Compromise »), les arrangements de cuivre ou de xylophone (plutôt rares) sont concurrencés par des réveils matins ou des bruits improbables. Si cette relative hétérogénéité enlève sans doute à Pardon My French toute prétention au statut d’album culte, il n’en reste pas moins une pépite méconnue que j’avais enregistré intégralement dès que je pu tomber dessus à la médiathèque (malgré un a priori forcément négatif), et que j’ai pris grand plaisir à réécouter aujourd’hui. Sur une dernière facétie (un final en iodle sur la charmante « Scribble Dibble »), Fuck disparaitra des radars tant et si bien que leur récent retour sera passé, hélas, complètement inaperçu.  Pas sûr que nos héros underground s’en soucient.

 

(1)    Dont j’apprends avec tristesse en rédigeant l’article qu’il a été repris cette année et qu’il s’appelle maintenant le Makeda, avec une prog qui n’augure rien de bon pour les amateurs de rock alors qu’elle était encore impeccable au moins jusqu’en 2016… 

(2)    Je n’ai jamais trouvé les autres en médiathèque, et les ai tous achetés bien plus tard sur le net. Seul leur 6eme (avant le hiatus de 15 ans) est un peu moins bon, et celui de l’année dernière, the Band, est tout à fait recommandable, comme je vous en avais fait part ici même il y a peu de temps. 

 

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Retour sur la fin d’un bon disque dont la majorité fut écouté et appréciée en épisode 093. Ces trois derniers titres font honneur au souvenir qu’on avait du premier album de Marilyn Manson, Portrait of an American Family. On y retrouve ce hard rock (quel riff de guitare sur « Misery Machine » !) fondu à blanc avec un groove étonnant (il y a même des cuivres sur « My Monkey »). Le chant, la prod malsaine et bien sur la personnalité unique de Manson font le reste….

 

 

 

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Nous avions réécouté, il y a bien longtemps (épisode 016), un excellent double album où de parfaits inconnus prêtaient allégeance à leur manière au grand maitre Alice Cooper. Humanary Stew, c’est un peu   l’inverse : des musiciens connus (enfin, tout est relatif…) reprennent sans la moindre originalité les plus grand standards du groupe. Aucune prise de risque sur le choix des morceaux, et si la reprise est scolaire, comme le « Elected » exécuté par Steve Jones, Duff McKagan et Matt Sorum (1), c’est un moindre mal tant les rares écarts tentés par certains participants font mal aux oreilles. L’improbable association de Mike Inez, Slash (qui vient rendre une fois de plus hommage à l’une de ses principales sources d’inspiration) et Roger Daltrey, bien à la peine, ne fait pas d’étincelles sur « No More Mr Nice Guy », mais ce n’est rien comparé à l’affreuse prestation vocale de Glenn Hughes sur « Only Women Bleed ». Le plus gros tort d’Humanary Stew aura surtout été de convier quantité de guitaristes et musiciens issus du glam rock /metal pour interpréter des titres de la période vieux hard rock d’Alice Cooper, soit un décalage d’au moins 10 ans avec Constrictor, premier disque où notre Grand Guignol favori raccrochera à ce style alors au top de la mode. D’où des branlages de manches et vocalises qui tombent complètement à côté de la plaque, et font de ce Tribute Album un bon gros raté. 

(1)    Le guitariste des Sex Pistols et la paire rythmique des Guns avaient sorti 3 ans auparavant un fort bon album de punk sous le nom de Neurotic Outsiders.

 

 

 

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Il y a bien longtemps que j’avais intégré la bonne période de Can, mais je cherchais toujours à écouter les albums manquants à ma discothèque, moins cultes et donc moins facilement trouvables. Ce Flow Motion sorti en 1976, soit à peine 7 ans après le premier et génial album Monster Movie, signe le passage pour Can au côté obscur. Cela fait certes un moment qu’ils se débrouillent sans chanteur, mais leurs disques avaient jusqu’alors conservé une certaine part d’expérimentation. Flow Motion, c’est la roue libre. Rien n’est désagréable (j’avais d’ailleurs enregistré l’album en entier, et il avait eu un certain succès populaire), mais on passe du funk discoide (« I Want More ») à une ambient désincarnée (« Cascade Waltz »), voire, hérésie, à du reggae ! Bref, chronique d’une mort artistique annoncée qui prendra 3 albums et autant d’années avant de se concrétiser par un split inéluctable. 

 

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