Blinking Lights (and other revelations)

10 février 2019

FONTAINES D.C. + RANK - Samedi 09 Février 2019 - Le Sonic - LYON

.

Ce Samedi soir, me voici en un lieu où je ne fous habituellement jamais les pieds : les Galeries Lafayette du Centre Commercial de la Part Dieu. Aucun rapport avec ce qui va suivre, certes, mais le grand écart avec le concert de Post Punk au Sonic qui m’attend est assez symptomatique de ma schizophrénie quotidienne, et puis cela explique aussi pourquoi j’arrivais sur la célèbre péniche Lyonnaise bien plus tard que prévu, quelques minutes avant le début officiel de la première partie. Première partie dont je salue en arrivant certains des éminents membres, puisqu’il s’agit des amis  Rank qui en tauliers régionaux ont été appelés une fois de plus par le Sonic pour assurer cette date Sold Out depuis un moment. Je connais pas mal de monde dans le public, entre les potes de Denis, Maxime qui s’est trouvé une place in extremis et Damien, exceptionnellement libre de toute contrainte familiale : de quoi passer un bon moment avant le début du concert, alors que la salle se remplit doucement pour finalement atteindre sa jauge maximale et conférer au lieu des allures de sauna rock’n roll (venu en métro, j’en suis quitte pour garder pull et blouson au milieu d’une fosse aussi dense qu’agitée).

 

00

 

C’est des Rank motivés et en confiance, après leur concert remarqué en Belgique, qui montent sur scène et entament sans tergiverser leur set par « Stained », excellent morceau d’ouverture bien tendu de leur dernier album Fake Memories, bizarrement écarté lors des dernières dates où je les avais vu (1). Comme à son habitude, Rank aura mélangé des titres anciens (dont mon favori, « Over It », toujours aussi efficace), des extraits de leur dernier disque avec un « Phalenes » prolongé particulièrement intense et des nouveautés. Outre « Brain Dead » et « Awesome » déjà bien rodés, j’aurai le plaisir de découvrir « Vorace », inédit en français qui s’affirme déjà comme l’un des sommets d’une setlist pouvant même se permettre de se passer du tube « Sixteen » pour être parfaite. C’est avec un « Wired » qui gagne en intensité ce qu’il perd en tempo  que Rank achève un concert assez court mais d’autant plus marquant, le groupe ultra carré n’ayant laissé passer aucune des imprécisions entendues occasionnellement lors de quelques prestations passées. Seul bémol, le son du clavier qui, souvent trop faible, parfois un peu trop en avant, nécessiterait quelques réglages afin de mieux profiter des trouvailles qui nous sont parvenues sur certains titres.

 

DSC_4213

 

La présence de Rank en première partie était un joli bonus puisque j’avais de toute manière prévu de me rendre au Sonic pour voir Fontaines D.C., groupe dont je n’avais pourtant pas entendu la moindre note ; En réalité, c’est un nom que j’ai vu continuellement associé à celui d’Idles, depuis qu’en grand fan du Brutalism je m’étais inscrit au groupe AF Gang sur facebook. Les dithyrambes étaient telles que je prenais ma place d’emblée, guère surpris de voir le concert afficher complet. Comme me le firent remarquer plus tard mes camarades, ce n’était pas si évident dans la mesure où Fontaines D.C. n’a pas encore sorti de disque, à peine une poignée de chansons sur quelques EP confidentiels. Mais leur réputation avait bel et bien traversé les frontières, et je décidais d’attendre cette soirée pour en avoir le cœur net. Premier constat, les cinq Irlandais ont la gueule de l’emploi et respectent les fondamentaux : ils sont très jeunes, ont fait un concours de défonce (le bassiste a gagné) et le chanteur a une belle tête de connard.

C’est les yeux dans le vague qu’ils entament leur set sur le rythme martial de « Big », punk expéditif annonçant au monde entier qu’ils veulent être des Grands du rock. Un coté Clash renforcé par le rythme chaloupé du morceau suivant, « Sha Sha Sha », plaisant mais assez éloigné de ce à quoi je m’attendais. C’est « Too Real », magnifique punk mélodique et mon morceau favori de la soirée, qui lancera les hostilités et me confirmera que je suis au bon endroit. Les Fontaines D.C. jouent juste et bien, et si Damien les trouvera un tantinet brouillons, je pense que c’est le moins qu’on puisse attendre d’un combo de gamins élevés à la Guiness et à the Fall. Par la suite, le groupe alternera des brulots saturés et des chansons au tempo plus lents qui, si elles semblent moins percutantes en live, laissent deviner des mélodies et des textes qu’il sera intéressant de creuser lorsque le disque sera sorti. A partir d’une inspiration Rock N Roll très classique, les Fontaines D.C. auront su proposer des compositions assez variées, entre hymnes expéditifs et boucles plus répétitives, et la petite heure de concert sera passé extrêmement vite (ils ont dû jouer la totalité des morceaux qu’ils avaient en magasin). C’est sur un traditionnel Irlandais, « Dublin City Sky », qu’ils concluront joliment leur set, appuyant une subtilité entrevue lors de cette soirée qu’on ne leur aurait pas forcément prêté au premier coup d’œil. 

Les copains semblent avoir autant apprécié que moi la bouillante prestation des Irlandais. Nous nous interrogeons sur leur avenir qui, passé un premier album certainement imminent et réussi, pourrait aussi bien les confirmer comme des piliers de la nouvelle scène post punk (à l’image de Protomartyr, Parquet Courts ou Idles) ou les voir s’écraser le pif dans un caniveau Dublinois. Voici en tout cas une belle soirée pour picoler, mais c’est la sagesse qui l’emporte de mon côté : s’agirait pas que j’aie la gueule de bois un dimanche complet où je suis seul avec les trois gosses. Putain de schizophrénie.

 

(1)    Au Farmer en Mars 2018, puis à La Triperie en Juin lors de notre date commune. 

 

Setlist Rank : Stained – Brain Dead – Draw the Line – Phalenes – Vorace – War is Declared – Awesome – Over it – Wired 

Setlist Fontaines DC : Big – Sha Sha Sha – Too Real – TV Screens – Hurricane Laughter – Roy’s Tune  – the Lotts – Chequeless Reckless – Liberty Belle – Boys in the Better Land  – Dublin City Sky 

 

 

 

Posté par Hello-Darkness à 23:28 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags : , , ,


04 février 2019

# 085 / 221

085

 

R-367442-1306610922

 

Ils avaient tout donné lors de leur dernière Charge, un Load déjà ralenti mais encore bien fourni en bons morceaux, comme la cassette 028 nous l’avait rappelé il y a fort longtemps. C’est des Metallica au bout d’un rouleau autrefois compresseur qui tentent de tirer un deuxième coup d’affilé, oubliant que l’âge empêche souvent ce genre de prouesses. Si l’expérience permet quelques brefs éclats, comme ce « Fuel » introductif assez efficace, elle masque mal un manque d’inspiration tellement criant qu’il est même avoué en single (« the Unforgiven II »). Les producteurs ont beau brainstormer comme des malades pour savoir que faire de ce Reload,  les quelques effets de chant ou habillages sonores ne peuvent rien contre le coté poussif de ces longues compos bluesy et ramollies (l’ironiquement nommé « Where the Wild Things are » ressemble à du mauvais Silverchair). La meilleure trouvaille de cet album des ex gloires du thrash (1) metal ? Une mélodie de vielle à roue ! (« Low Man’s Lyric »).  Pas étonnant que Reload soit le point de départ d’une crise qui failli être fatale au groupe, crise retranscrite sur l’excellent documentaire Some Kind of Monster et qui prendra fin lors de la sortie 6 ans plus tard de St. Anger avec un nouveau bassiste. Mais ce sera sans moi, ayant définitivement abandonné le quatuor à l’aube des années 2000.

 

(1)    Avec deux h bordel de merde !! (merci Maitre CapellNfurter)

 

 

 

R-884515-1407153164-4104    R-884515-1407153159-1388

 

PJ Harvey, je l’avais rencontrée sur To Bring You My Love. Allongée dans l’eau, mais maquillée. Un peu chiqué ? La Sirène ne m’avait pas convaincu, je l’avais loupée. Et puis elle avait les yeux fermés. Là, c’est Dry. Elle te regarde, presque tendrement, un joli sourire sur les lèvres. On hésite. Si on s’approche, on voit cette bouche, en gros plan sur la pochette. Va-t-elle embrasser, va-t-elle mordre ? Cette voix grave qui s’envole en cris, maîtrise ou hystérie ? C’est les tripes. J’ai enregistré tout l’album sur cette cassette, mais je n’ai jamais acheté le CD. Brut. Un trio bien rêche, rock, ou grunge, même quand il groove il est sec comme un coup de trique. Elle supplie, elle prie parfois, mais si tu t’approches au détour d’un refrain tout peut t’exploser à la gueule. Les Pixies n’étaient pas sexy, c’était plus facile. Là tu hésites. Les robes comme le désir, chaines ou arme ? Tu étais tenté par la caresse des plantes aquatiques, et soudain tout se dérègle, ça crisse. Tout le monde voudra être Billy, mais qui veut être Joe ? Trop tard, tu as de l’eau jusqu’aux chevilles, tu as de l’eau jusqu’aux genoux. Elle va te bouffer le cœur, et le reste. Tu vois, les os. Secs.

 

 

Posté par Hello-Darkness à 22:07 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

28 janvier 2019

# 084 / 221

084

 

R-456030-1435373857-6420

 

Suite de ce Kettle Whistle en unique représentant sur ce blog de Jane’s Addiction, ce qui reste assez bizarre. Sans doute qu’attaquer une discographie par une compilation faite pour les fans regroupant titres live, demos et outtakes n’était pas la meilleure manière d’accrocher au groupe, quand bien même les chansons retenues m’ont bien plu à la réécoute. Le contraire eut été étonnant, tant Jane’s Addiction se situe à la croisée des groupes alternatifs des 90’s qui avaient ma préférence, sorte de chainon manquant entre les Red Hot Chili Peppers (Flea officie d’ailleurs à la basse sur les titres les plus groovy), Pearl Jam et surtout les Smashing Pumpkins période Gish, avec ces accents psychédéliques et ces longs instrus émaillés de solo de guitare metal sur un lit de basse bien solide. On retrouve toutes les saveurs du genre sur cet album hétéroclite, longues impros sur scène, titre acoustique ou rock bordélique, avec cette marque de fabrique qu’est le chant perché et bourré d’echos de Perry Farrell. Intéressant, mais sans doute trop tard pour que je m’y mette sérieusement….

 

 

R-421601-1433874680-8461

 

Bon je vous l’ai peut-être racontée celle-là, je sais plus…. Bref, toujours est-il qu’en 1994 j’intégrais pour mon plus grand bonheur un groupe de TD de 15 bonhommes en Deug MIAS à la Fac Saint-Charles, une immersion dans la vie réelle qui me ferait le plus grand bien après 7 ans de Lycée Privée Catho, malgré quelques baffes dues à mon extrême naïveté. Parmi mes nouveaux collègues se trouvait deux rebelles (du moins l’étaient-ils à mes yeux) aux cheveux longs arborant vestes en jean floqués d’écussons de groupe de hard rock et puant du bec comme seuls les fumeurs amateurs de café peuvent le faire. L’un était fan de Pink Floyd et l’autre s’appelait Jean-Charles, ce qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille sur leur rebellitude, mais ils avaient fondé un groupe (avec un nom tout naze qui se croit malin du genre Sharon Stones Pussy) et j’étais fort impressionnable à l’époque. Les deux acolytes se foutaient de ma gueule car j’étais alors en plein dans ma période Guns N’Roses, des gros ringards uniquement capables de faire des reprises selon eux, pas comme leurs bien aimés Metallica, les vrais Hardos de la mort qui tue. Il est vrai que les Guns venaient de sortir « the Spaghetti Incident ? », chant du cygne éraillé composé de 12 reprises, là où Metallica était encore au sommet, surfant sur une incroyable série d’albums multi-platinés dont leur dernier opus, le Black Album, avait conquis la planète en ne subissant que quelques dommages collatéraux du côté des vieux fans de trash allergiques à la prod grand public. Dommage que ma culture défaillante ne me permit de leur cracher au pif que Metallica (comme la plupart des groupes d’ailleurs) avaient commencé par jouer des setlist de reprises dans des bars en faisant croire à des compos, 5 d’entre elles finissant  par être  publiées sur l’EP Garage Days Re-Revisited. Qu’importe, Jean-Charles perdit toute crédibilité après avoir offert le jour de la Saint Valentin une rose devant tous l’amphi à une jeune fille bien propre sur elle et con comme un balai (à mon avis il s’est rapidement acheté une nouvelle coupe de cheveu et une hygiène dentaire). Quant à Metallica, de Load en Reload, ils finirent eux aussi par faire comme tous les groupes en crise : sortir un album de reprises.

 

R-421601-1484568135-3057

 l'autodérision c'est très bien, mais parfois ca rattrape pas tout quand même...

 

La crise devait être quand même sacrément sévère,  car « the Spaghetti Incident ? » est un véritable chef d’œuvre comparé à ce Garage Inc. composé d’un disque de nouvelles reprises et d’un autre ratissant toutes celles enregistrées depuis 1987. Sur la partie 1998, si l’on retire les reprises inutiles, les trucs lourdingues (nombreux) et les chansons carrément ratées, ne subsiste que le « Tuesday’s Gone » acoustique, et l’on ne s’étonnera pas que ce soit justement le titre qui soit le plus éloigné du son de Metallica (on dirait d’ailleurs un bœuf de James Hetfield qui s’éclate avec plein de potes). Les punks du deuxième disque leur vont beaucoup mieux, même s’il est dur d’entendre les excellents « Last Caress », « Stone Cold Crazy » et surtout « So What » à un tempo bien inférieur à ce que les bootlegs live de nos four horsemen nous avaient habitué. Reste la redécouverte d’un « Killing Time » aussi énergique que bon pour nous éviter in extremis d’avoir complètement perdu notre temps… 

 

 

Posté par Hello-Darkness à 22:01 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

21 janvier 2019

# 083 / 221

083

 

R-4756950-1502516809-8965

 

Dans l’Ancien Testament, celui qui veut se repentir de ses péchés s’habille de sacs en toile et se couvre la tête de cendres en signe de soumission à Dieu. Ou c’est le prophète qui, agissant ainsi, tente de sensibiliser la population à un châtiment prochain et l’inciter à la conversion. David Eugene Edwards en prophète donc, et son chant clamé comme assourdi par une tempête de sable. La guitare slide pour la menace qui pèse, la batterie pour la marche du temps, la basse bien lourde pour l’orage qui s’annonce. Tel est le bien nommé Sackloth ‘N’ Ashes, premier album de Sixteen Horsepower que j’avais enfin déniché, assez longtemps après l’uppercut Low Estate. Enregistré intégralement, avec le titre inédit paru sur la version européenne (l’américaine, sorti un an auparavant a une pochette figurant un paysan assis, une poule perchée sur un genou).

L’atmosphère est pesante, jusque dans les country rock au banjo sautillant, dans les bals et les accordéons plaintifs, dans les bordels et les remords tardifs : le prophète est là, et au-dessus Dieu note les faux pas.  Pas de respiration dans ces trois quart d’heure (1) de prêche, c’est la réussite d’un groupe qui a trouvé son style si particulier, mais aussi le (moindre) défaut d’un album parfois un peu répétitif. Tous les titres n’ont pas de riff de guitare aussi marquant que celui de « Heel on the Shovel », toutes les rythmes ne sont pas aussi hypnotisant que celui de « Harm’s Way » où le déjà expérimenté Jean-Yves Tola fait des merveilles à la batterie. Par la suite, Sixteen Horsepower ne cessera d’affiner son talent, mais déjà il y a ce titre introduisant si merveilleusement les concerts, ce violon comme une alarme, cette basse comme un glas : « American Wheeze », cette course perdue d’avance contre la mort et l’heure des comptes.

 

(1) Allez, il y en a une, le « Red Neck Heel » de saloon…

 

 

 

R-1602671-1295992128 

 

On avait quitté Liz Phair en dilettante torse nu sur la pochette d’Exile in Guyville, endossant à l’instinct et sans trop d’arrière-pensée le rôle de la fille moderne assumant une sexualité libre et sans contraintes. Après avoir enchainé avec un Whip-Smart qui dans mon souvenir jouait sur le même terrain (on en aura le cœur net très prochainement), Liz Phair souhaita légitimement passer à autre chose (en jeune mariée et nouvelle maman), comme en témoigne une pochette sage et sobre. Whitechocolatespaceegg est donc le fameux album de la maturité, un mot qui évidemment n’allait pas du tout avec l’image qu’avait construite l’artiste et toute l’industrie du disque derrière elle. Dans un monde où l’on met facilement en case, surtout les filles, se distinguer de la masse peut se révéler un piège à terme : voici comment Whitechocolatespaceegg fit un bide. De manière logique un petit peu, certaines chansons d’Exile in Guyville, une fois les textes provocateurs retirés, n’ayant plus grand intérêt. De manière injuste surtout, tant les morceaux proposés sur ce troisième disque soutiennent la comparaison avec leurs illustres prédécesseurs, que ce soit dans la folk où l’on retrouve la voix grave si particulière de la chanteuse (« Perfect World ») ou dans la pop rock tubesque de ce « Polyester Bride » assez fun.

L’album est souvent plus léger que ce que l’artwork ne le laissait supposer, (amusante « Girl’s Room » que l’on aurait aimé fréquenter), et, beaucoup moins dépouillé qu’Exile in Guyville, propose des sonorités plus variées, guitares à effets (« Whitechocolatespaceegg » évoquant Belly) côtoyant sons funky (« Love is nothing ») et claviers plus new wave (« Headache »). Whitechocolatespaceegg, loin d’être indispensable, ne méritait certainement pas d’être boudé tant par les critiques que le label. Il  ne fait décidément pas bon vieillir pour une fille qui a montré ses seins dans sa jeunesse, et Liz Phair se plantera en beauté par la suite, tentant de rattraper le coup en donnant aux producteurs ce qu’ils attendaient d’elle, devenant ainsi la caricature de ce qu’elle avait justement fait voler en éclat avec son premier album surprise. Mais nous verrons cela dans les derniers épisodes de cette rubrique, si l’on y arrive…

 

 

R-456030-1435373857-6420

 

Pas très commode d’évoquer un groupe aussi connu et novateur que Jane’s Addiction au travers d’une compilation de raretés posthume, surtout si c’est le seul album qu’on ait jamais entendu d’eux. Bizarre d’ailleurs que je n’ai pas cherché à aller plus loin, le « Kettle Whistle » introductif, sorte d’easy grunge flottant au chant embrumé émaillé d’incidents rock, étant tout à fait dans mes gouts. Loi des disques du genre, Kettle Whistle s’éparpille déjà sur les trois titres ici présents entre rock évoquant Pearl Jam, voire Jimmy Hendrix, et funk jazzy à la caisse claire affolante. Tout ceci est très bon, et l’on a hâte de redécouvrir un album assez largement retenu sur la cassette suivante.

 

 

Posté par Hello-Darkness à 22:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

14 janvier 2019

# 082 / 221

 

082

 

R-1696466-1237571947

 

Franchement,  en réécoutant University, je me suis demandé pourquoi j’avais gardé en mémoire que Throwing Muses avait horriblement mal vieilli. Etait-ce les bribes restantes d’un Real Ramona de 1991, vinyle que je possédais depuis des lustres et qui n’est jamais ressorti de sa pochette ? Car après avoir été agréablement surpris par Red Heaven (cassettes 046 et 047), voilà que je prenais grand plaisir avec  son successeur, enregistré deux ans après en 1994. J’aurais dû m’en douter, car s’il est vrai qu’une moitié seulement de l’album avait été retenue (le début et la fin, il doit y avoir un bon ventre mou entre les deux), University est le seul disque des Muses que j’ai racheté en CD depuis. 

On y retrouve ces arpèges de guitares irrésistibles et énergiques fort bien soutenus par une paire rythmique sobre et professionnelle, le tout avec un son bien mieux produit que je le craignais. Plus que jamais la formule trio met en valeur le songwritting et le chant de Kristin Hersh, entre mid tempo teinté de grunge et titres plus lents s’étalant en vagues obsédantes (le « Fever Few » final). Les titres retenus ont fort bien résisté à l’usure du temps, Kristin Hersh ajoutant quelques nouvelles perles bien rock (« Shimmer », « Flood ») à son indispensable collier discographique. De quoi se demander pourquoi je n’ai jamais emprunté (ni écouté jusqu’à présent) le successeur d’University, Limbo (1996), ultime disque des Throwing Muses avant la récente réactivation – à cause de l’hideuse pochette, peut-être ? Pour les prochaines retrouvailles sur ces cassettes, nous explorerons plutôt le début de carrière du groupe, période 80’s où Tanya Donelly officiait encore à la guitare, dans l’ombre de sa charismatique demi-sœur.

 

 

 

R-387600-1193765565 

 

Il y a quelques mois est sorti Girly-Sound to Guyville,  luxueuse réédition pour fêter les 25 ans de Exile in Guyville dans laquelle on trouve quantité de demos ayant précédé l’enregistrement de ce disque culte. Le mot est lâché, et il est loin d’être galvaudé, tant le culte en question semble avoir aujourd’hui complétement pris le dessus sur la vingtaine de chansons composant cet album. Et cela avait d’ailleurs commencé dès 1993, lorsque Liz Phair en fit habilement, par le seul rapprochement des titres, la réponse d’une nana au Exile in Mainstreet  des Rolling Stones, alors que musicalement seuls quelques accords sur les refrains des chansons les plus rock’n roll (« 6’1 », « Mesmerizing ») peuvent éventuellement rappeler la bande à Jagger (comme 50 % des albums de rock des 90’s, quoi…). 

Cette réécoute tombait donc à pic, pour voir notamment s’il convenait d’investir dans ce coffret 3 CDs, l’album original étant bien entendu en ma possession depuis des lustres. La réponse se dessinait quand même assez vite, dans la mesure où je n’avais retenu à l’époque qu’une grosse moitié du disque, et que la plupart de ces chansons finalisées sont bien Lo-Fi, c’est-à-dire qu’elles ressemblent déjà furieusement à des demos. Planquées derrière les quelques tubes évidents de l’album (comme l’immédiat « Never Said »), il y a en effet quantité de  petits folks ou chansons tristes dont beaucoup font penser à Lisa Germano (la superbe et délicate « Canary »). Mais, partant peut être des mêmes fêlures, si Lisa Germano  semble une victime brisée, Liz Phair se rebiffe pour garder le contrôle. C’est flagrant sur « Girls ! Girls ! Girls !» (1), où la chanteuse balance tristement « i get full advantage of every man i meet ».  Ainsi, là où les quelques filles du grunge s’affirment en combattantes hargneuses de la domination mâle (L7, pour citer un exemple que je connais bien), Liz Phair préfère se mettre à hauteur d’homme et prendre naturellement et en douceur ce qui lui convient, c’est-à-dire très souvent (et pour parler aussi crûment qu’elle dans ses chansons) une bonne baise sans lendemain. Et d’assumer son « Fuck and Run » (2), sport très masculin à l’époque, ou de s’amuser à nommer joliment « Flower » une paillarde dont le texte, assez facilement traduisible (magnifique « i want to be your blowjob queen »),  me faisait rougir jusqu’aux oreilles (il faut dire que je n’ai jamais pratiqué le Fuck and Run et que je n’avais affaire qu’à des filles bien sages qui n’auraient certainement pas osé dire « every time i see your face i get all wet between my legs ») 

Sans doute parce qu’elle était à la fois plus explicite et accessible que ses consœurs (PJ Harvey sortait Rid of Me la même année), Liz Phair fut donc investie du costume de première féministe moderne du rock indé, un costume bien encombrant pour celle dont le disque parlait tout autant d’amour, de blessures, de sentiments et d’humour que de sexualité décomplexée.  Un décalage qui explique en partie pourquoi, de déception en ratage, on a fini par ne parler de Liz Phair que lors des rééditions (2008, et 2018 donc) d’Exile in Guyville. Un peu à la manière d’Alanis Morissette et son Jagged Little Pill. 

 

(1)    Une réponse à ces queutards de Motley Crue et leur album de 1987 ? 

(2)    Pas retenu à l’époque, mes sélections sont parfois assez inexplicables….

 

 

R-890907-1523173577-1733

 

Certains évoquent un tournant dans la carrière de Sonic Youth, un moment où ils ont basculé du noisy punk au rock indé expérimental intello. On entend quelquefois les vieux fans parler de Dirty pour ce passage, ou alors de ce Washing Machine, mais peut être que la transition s’est faite progressivement, sur une décennie, ou peut-être qu’elle n’a simplement jamais existé et que Sonic Youth a toujours été un groupe inclassable, naviguant entre les styles et se moquant des modes. Difficile d’en juger, car je ne fais pas partie de ces fans de la première heure, et mes emprunts à la médiathèque se sont étalés entre la cassette 9 et la 212, complètement dans le désordre et avec pas mal de manques (ce qui signifie que les albums de Sonic Youth étaient très populaires et souvent empruntés). Ce qui est sûr, c’est que l’étincelle qui mis vraiment le feu aux poudres pour moi fut le « Wildflower » trouvé sur le Tibetan Freedom Concert, et que le baril de poudre en question fut ce Washing Machine emprunté peu après. C’est à partir de ce moment que j’ai raccroché à la discographie du groupe (que je maitrise donc beaucoup mieux dans sa deuxième moitié, l’année 1995 étant pile son hémistiche), et je cite toujours cet album comme mon favori. Ceci mériterai quand même une vérification aujourd’hui  en me retapant les 18 albums dans l’ordre (d’autant que je ne avais pas retenu celui-ci complètement, zappant notamment les 20 minutes de « the Diamond Sea », peut être pour des raisons d’économie de bande), mais en tout cas la réécoute de cette cassette n’a pas infirmé mon impression. 

Les interrogations de mon introduction sont assez représentées par les deux premiers morceaux : « Becuz » et son rythme lent, son chant chuchoté, ses mélodies métalliques, s’oppose à un « Junkie’s Promise » bien crade, plein de dissonances, mutant en un long final Krautrock instrumental. Par la suite, Sonic Youth s’emploiera à mélanger tout ça avec une maitrise incroyable. Mais pour moi, cet album est avant tout celui où Kim Gordon fait tout pour s’imprimer définitivement dans les fantasmes d’adolescents qui voyaient déjà en elle l’une des rares gonzesses du circuit à allier classe,  attitude rock n’roll et physique avenant. Imaginer Kim, agressive, prendre les devants et s’envoyer en l’air sur une machine à laver que ses comparses guitaristes s’emploient à imiter sur le final du fantastique morceau éponyme n’a d’égal que de l’entendre ahaner sur « Panty Lies » dont le titre est une porte ouverte sur tout un tas de rêves interdits (à vrai dire, si je ne doute guère du sujet de ces chansons, les paroles en sont assez obscures, et j’espère bien qu’elles évoquent une situation plaisante plutôt que glauque).  Musicalement, on atteint le sublime fréquemment, notamment sur ce « No Queen Blues » qui commence en transe hypnotique sur laquelle viennent se greffer des guitares aux soli tout à la fois mélodiques et biscornus, avant que le refrain n’explose en chant bien punk et que le titre tourne en final apocalyptique. Vraiment, Washing Machine me semble le sommet de la carrière de Sonic Youth, entre les aspérités parfois trop abrasives des débuts et la routine un peu trop contrôlée de la fin.

 

Edit : j’ai réécouté ce disque après la rédaction de l’article, et concernant les manques : « Saucer-Like » est nulle, « Little Trouble Girl » dispensable, « Skip Tracer » plutôt bonne et « the Diamond Sea » assez bonne, mais dure 10 minutes de trop. Il y a donc moyen que je trouve mieux que Washing Machine, même si certaines chansons retenues sur cette cassette font indéniablement partie de mes toutes favorites de Sonic Youth.

 

 

Posté par Hello-Darkness à 22:34 - - Commentaires [4] - Permalien [#]


07 janvier 2019

# 081 / 221

081

 

R-667853-1189535733

 

Tigermilk, premier album de Belle and Sebastian, sort en 1996 en  tirage extrêmement limité. Aussi seuls quelques chanceux au Royaume Uni auront pu découvrir le groupe de Stuart Murdoch avec lui, et les Européens devront attendre quelques mois supplémentaires et la sortie de If you’re Feeling Sinister pour enfin se faire une idée sur ce groupe dont on parle tant. C’est sans doute pour cela que ce deuxième album reste le favori de beaucoup de fans. Pour ma part, comme on l’a vu en épisode 074, c’est avec le suivant que je fis leur connaissance, et the Boy with the Arab Strap reste de très loin mon préféré. A tel point que je n’ai jamais considéré If you’re Feeling Sinister comme un album indispensable.

A l’écoute de « the Stars of Track and Field », titre introductif dont je ne me souvenais guère, je me demandais si je n’avais pas fait là une grossière erreur. Une construction magnifique, avec des arrangements très variés (tous les instruments y passent) qui apparaissent progressivement, des intensifications qui se relâchent soudainement et un chant splendide, un grand morceau qui laisse augurer du meilleur. Bien rythmé, « Seeing other People » et son piano confirment, avant un « Me and the Major » au tempo ultra soutenu qui révèle les premières failles, avec un chant un peu approximatif. Par la suite, il y aura toujours quelques pistes pour nous rappeler que Stuart Murdoch et sa bande de gentils puceaux ne s’étaient lancés dans la musique qu’assez récemment. Ce mélange d’amateurisme et de pureté aura fait tout le charme de Belle and Sebastian à l’époque, et l’on comprend l’enthousiasme général sans toutefois y souscrire complètement. Si « If you’re Feeling Sinister » et surtout « May Fly »  emballent, les titres plus lents comme « Fox in the Snow » ou « the Boy done wrong again » semblent assez laborieux.

Une réécoute mitigée donc,  qui aura surtout mis en relief les progrès immenses réalisés par le groupe en 2 ans. Soyons cependant honnêtes, n’importe quel groupe de pop rêverait d’accoucher  d’un album aussi marquant, véritable lancement d’une carrière certes en dents de scie selon moi, mais qui n’aura rapidement plus rien d’amateur.

 

 

 

R-798735-1523160545-3089 

 

J’étais très curieux de réécouter ce premier album solo de Jerry Cantrell sorti en 1998, alors que Layne Staley avait passé le point de non-retour, ne fréquentant plus que son dealer, et que l’avenir d’Alice in Chains était donc officieusement compromis. Je n’avais plus aucun souvenir de Boggy Depot, mis à part qu’il m’avait bien plu, d’ailleurs je l’avais enregistré quasiment intégralement. L’introductif « Dickeye » me filait quand même un coup de flip : si Alice in Chains puisait son ADN dans le metal, ce morceau flirtait vraiment trop avec le Hard lourdaud et je craignais soudain de me trouver en présence d’un album passablement ringard.  La suite me rassurait sans pour autant me convaincre complètement. Les morceaux les plus réussis musicalement, lents blues  grungy à l’ambiance poisseuse (« Breaks my Back »), évoquent tant le meilleur d’Alice in Chains que la lugubre voix de Staley y manque cruellement, alors même que Jerry Cantrell est indéniablement un bon chanteur. Les chansons plus rapides, comme « Keep the Light On », lui vont d’ailleurs particulièrement bien mais elles manquent un brin d’originalité. 

C’est finalement en fin d’album, lorsqu’il s’éloigne le plus du style de son ancien groupe, que Jerry Cantrell parvient à me séduire, notamment sur la ballade alternative « Hurt a Long Time ». « Between », aux accents Springsteeniens, et le très long « Cold Piece » final, morceau à tiroirs qui aurait mérité plusieurs écoutes,   surprennent sans toutefois amener l’étincelle attendue. On l’aura compris, Boggy Depot, loin d’être un mauvais disque, n’aura pas été la redécouverte que j’espérais, et retombera donc probablement rapidement dans la masse anonyme de ma mémoire défaillante.

 

 

 

Posté par Hello-Darkness à 23:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

31 décembre 2018

Rétrospective 2018

 Groupe de l'Année 

 JEK7V

 

Il semblerait que la Nature musicale ait horreur du vide. A peine avions nous eut le temps de regretter la disparition de l’éminent CDB que Stéphane Lemarchand, connu autrefois sur le net sous le sobriquet de Coolbeans, lançait un groupe Facebook au nom improbable de  J’ECOUTE UNE K7 DE LA VEDETTE. Certains essayèrent bien de le concurrencer mais peine perdue, c’était bien Stéphane qui avait la plus longue (je parle de sa capacité d’écoute bien sûr). Reprenant à peu de choses près le principe qui avait fait le succès du Classement Des Blogueurs (des sorties récentes proposées quotidiennement à une communauté, avec notes, discussions, mauvaise foi, railleries et comique de répétition) en y enlevant le superflu (le Classement et les Blogueurs) et avec l’aide de la fonctionnalité de Facebook, le JEKV me devint vite un indispensable support pour découvrir des nouveautés ou simplement  suivre l’actualité musicale. Avec l’éternel dilemme, n’épargnant pas le Grand Maitre lui-même, d’écouter un maximum de choses au risque d’être trop superficiel, ou de creuser un nombre restreints de disques au risque de louper des chefs d’œuvre. Quoiqu’il en soit, J’écoute une K7 de la Vedette méritait bien d’introduire ce Récapitulatif 2018, émaillé de nombreuses « Lemarchandises », comme je surnomme les découvertes faites via ce groupe de joyeux lurons. 

 

This is Hardcore 

Hot Snakes - Jericho Sirens     Quicksand - Interiors     Nu Sensae - Sundowning

 

J’avais déjà commencé en 2017, mais cette année fut encore plus noisy. Damien avait ressorti de ces étagères des CDs prenant la poussière depuis la fin des 90’s, me faisant découvrir des tas de groupes énervés qui avaient forgé sa culture musicale. Et le passé s’harmonisant (comme dirait Stephen King, voir plus bas), la plupart de ses groupes se sont reformés récemment. Je pense à HOT SNAKES, dont la discographie entrentendue semble tout à fait enthousiasmante et qui nous a gratifiés cette année d’un très bon Jericho Sirens, ou QUICKSAND dont j’ai découvert avec délice le Interiors sorti l’année dernière. Pas encore de reformation pour les Punks de Nü SENSAE emmenés par la furieuse chanteuse bassiste Andrea Lukic, il faut dire que c’est un groupe beaucoup plus récent dont le dernier album que j’ai énormément aimé, Sundowning, date de 2012.

 

 

time-space-1519834177-640x640    a2325820898_10    R-11787858-1522397085-2529    R-12584132-1538120115-5250  

Parmi les albums bruyants sortis cette année, dont je présente ci-dessus un échantillon recommandable, mon préféré aura été sans conteste le Time & Space de TURNSTILE, du Hardcore avec juste ce qu’il faut de vaseline pour pas faire trop mal.

 

 

Oh, Sweet 90’s !  

Mastersystem_-_Dance_Music     bill-ryder-jones-yawn     a3074753628_16

 

En 2018, j’ai comme d’habitude porté une oreille attentive aux harmoniques de ma décennie favorite, avec plus de succès que les années précédentes, les échos du grunge ayant semble-t-il pris le dessus sur le revival shoegaze qui s’éternisait  de manière indécente.  En condensé parfait des 90’s, le Dance Music des inconnus de MASTER SYSTEM est une Lemarchandise pouvant prétendre à figurer dans mon Top 10 si j’en avais établi un, de même que le splendide Yawn de Bill RYDER-JONES, découvert trop tardivement pour en parler plus que ces quelques lignes (pas sûr que j’eusse trouvé les mots pour décrire cette pop indé mélancolique oscillant entre Sparklehorse et Red House Painters). Pour compléter le chapitre, encore une découverte de l’année pour moi avec DEAF WISH et un Lithium Zion qui devrait consoler les amateurs endeuillés de Sonic Youth.

  

 

 Disques Marquants 

The-Liminanas-Istanbul-is-Sleepy     e32af120-f89a-0135-0d0e-2a6d12cd2975-1024x1024     00Daniel_Blumberg_-_Minus     Idles - Joy as an act of resistance

 

Si mes disques de l’année apparaissent au fil des différentes rubriques de cet article, certains méritaient sans doute d’être un peu plus mis à l’honneur par leur insistance à squatter pendant des semaines l’autoradio de ma bétaillère, lieu privilégié des écoutes répétées d’albums ayant franchi la terrible sélection de l’achat matériel. Les LIMINANAS réussissaient à vaincre un a priori venu d’on ne sait où avec l’entêtant Shadow People sorti en tout début d’année, tandis qu’Aidan MOFFAT trouvait en RM HUBBERT le complice parfait pour enfin me séduire, Here Lies the Body étant ce qui se rapprocherait le plus d’un Number One 2018 pour moi. Autre inconnu au bataillon, Daniel BLUMBERG venait perturber les pronostics avec son surprenant Minus, devançant  IDLES qui revenaient avec le manifeste Joy As An Act Of Resistance, certes moins traumatisant que leur album de l’année dernière, mais tellement bourré de titres imparables qu’il eut été impossible de ne pas le citer dans ce récapitulatif.

  

 

Découvertes de l’Année  

amyl - korto

On l’a vu, j’ai découvert énormément de groupes cette année, notamment par l’entremise du JEKV, et beaucoup de mes albums favoris proviennent d’artistes que je ne connaissais pas du tout (2018 est donc un très bon cru musical pour moi). En groupes tout neufs, je citerai AMYL & The SNIFFERS, avec Big Attraction & Giddy Up, compilation de deux EP de punk retro réjouissante qui sera suivie je l’espère de grand formats tout aussi bons.  Et les français de KORTO dont l’album éponyme aura été tout à fait à la hauteur de mes attentes après leur très bon concert en première partie de Protomartyr. 

 

Concerts de l’Année 

carousel-tinals-2018-fin-edition 

 

Puisqu’on parle de Concerts, 2018 aura été là encore une année particulièrement bonne, ce qui m’oblige à m’étaler un peu plus que lors des récapitulatifs précédents.  A tout seigneurs tout honneur, commençons par la prestation aussi flamboyante que prévue d’IDLES au TINALS (un festival qui aura été une fois de plus riche en émotions scéniques, pourvu que ça dure !). Presqu’aussi attendus, les géniaux PROTOMARTYR  auront offert au public du Marché Gare un concert d’autant plus savoureux que j’y étais accompagné d’une bande de potes bien rock n’roll. J’ai aussi une tendresse particulière pour la parenthèse magique qu’Alela DIANE nous offrit avec Mélaine aux Subsistances, et pour la découverte en solitaire d’ACID MOTHER TEMPLES sur la scène du Sonic.

 

 

 

Titres de l’Année 

Trois chansons se détachent assez facilement dans le classement annuel, je complète avec une petite  playlist de quelques autres titres me revenant en mémoire.

MOANING - Artificial

Aidan MOFFAT & RM HUBBERT - Everything Goes

Daniel BLUMBERG - Used to be Older

 

 

 

Disque surcoté de l’Année  

 

71aEoZRKi7L     low_double negative 

 

Beaucoup de monde s’est emballé pour le Double Negative de LOW, un disque que j’ai détesté mais surtout que je n’ai absolument pas compris. Impossible donc de le trouver surcoté, d’autant que je n’ai jamais été un grand fan du groupe, et encore moins de ses travaux récents. Cette année, le seul album dont l’accueil général me semble incroyablement dithyrambique est le All Nerve des BREEDERS. Certes les fans l’attendaient depuis 10 ans, certes il est bien meilleur que les deux précédents (pas bien difficile…), de là à consacrer comme une incroyable réussite un disque qui contient 15 minutes de bonne musique (sa première moitié en gros), il y a un immense pas que ne peuvent franchir que ceux qui confondent la personnalité attachante de Kim Deal et son art.  

 

Déceptions de l’Année  

yo la tengo - damned - viagra boys

 

Enchainons avec les déceptions de l’année, peu nombreuses, les groupes dont je n’attendais plus grand-chose n’étant par définition pas concernés par cette rubrique. N’eut été l’excellent Fade de 2013, je n’aurais rien espéré de YO LA TENGO, mais leur There’s A Riot Going On s’est révélé encore plus insipide que je ne le craignais.  Déception encore plus importante pour le successeur du très bon So,Who’s Paranoid ?  attendu depuis 10 ans.  The DAMNED sortent avec Evil Spirits leur premier disque sage et lisse depuis sans doute le début de leur existence, il y a 40 ans. Le cas de VIAGRA BOYS est plus complexe. Auteurs d’un titre fabuleux que je n’ai pas résisté à inclure à ma playlist (mais il date de 2016), en bonne place dans les concerts et découverte de l’année suite à leur prestation au TINALS, ils n’ont de manière surprenante pas concrétisé les espoirs que j’avais mis en eux sur leur premier album, Street Worms, dont la seconde face eut fait un 3eme excellent EP, mais qui, trop long et trop répétitif, me laisse à penser qu’il s’agit surtout d’un groupe à voir en live.

 

Bonnes Surprises de l’Année  

Ty-Segall-Freedoms-Goblin     spiritualized-and-nothing-hurt-white-vinyl 

 

A contrario, il y a eu cette année deux très bonnes surprises, disques que j’ai écoutés un peu par hasard et qui m’ont vraiment plu. Le beaucoup trop prolifique TY SEGALL,  dont je laisse passer énormément de choses et dont l’Emotional Mugger de 2015 m’avait fait dire qu’il était un peu cramé, nous a pondu avec Freedom’s Goblin un improbable double album de rock psyche qui, bien qu’évidemment un peu long, regorge d’excellents titres et mérite ma foi sans rougir de figurer au menu de ce récapitulatif. Et il y a ce magnifique album de SPIRITUALIZED, un groupe lâché depuis bien des années, et pour cause : ses disques cultes ne m’ont pas marqué (si j’aime assez Lazer Guided Melodies, Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space m’emmerde) et  je n’ai plus aucun souvenir de Let it Come Down et Amazing Grace (on se remettra ça en mémoire dans quelques années si j’atteints le numéro 163 dans ma tape story). And Nothing Hurt est une vraie merveille du début à la fin, qui fait feu de tout bois et remplace par exemple brillamment le dernier opus raté de Mercury Rev. De quoi me donner envie d’écouter les deux disques précédents passés à la trappe…

 

Vieilleries de l’Année  

     

wire

 

Depuis 2015 et la sortie de l’album Wire, je me suis attaché à découvrir l’immense discographie de WIRE. Cette année a été celle de la réédition de leurs trois premiers albums, que j’ai réussi à trouver d’occasion. Ils sont d’une immense richesse et je n’ai pas fini d’en faire le tour, mais au moins ai-je déjà vaincu la malédiction de Pink Flag, album culte sur lequel je m’étais maintes fois cassé les dents et que j’ai  enfin pris plaisir à écouter. Je lui préfère cependant largement les deux suivants, Chairs Missing et 154, en particulier ce dernier qui est donc mon favori de la trilogie. 

 

nick cave - dead can dance

 

Avec le voyage temporel que constitue l’écoute de mes vieilles cassettes, qui ont tout pile 20 ans ce qui engendre quelques amusantes harmoniques, il est deux explorations discographiques dans lesquelles me voilà replongé. Tout d’abord celle, passionnante,  de Nick CAVE and the BAD SEEDS, qui m’aura remis en mémoire le terrible the Firstborn is Dead. Dans un registre complètement différent, celle de DEAD CAN DANCE m’aura surtout permis de réévaluer le très éclectique live Toward the Within.

 

Artwork de l’Année 

Oh-Sees-1-Davcom 

On en aura vu des vertes et des pas mures sur JEKV, Stéphane s’étant fait une spécialité de présenter des albums aux redoutables « Mochettes », mais sachant aussi mettre à l’honneur quelques « Pochouettes ». Selon les gouts, on classera dans l’une ou l’autre catégorie la pochette de Smote Reverser, pour ma part je la trouve vraiment sympa. C’est aussi l’occasion de signaler que THEE OH SEES viennent de signer là l’un de leurs tout meilleurs disques, qui a énormément tourné chez moi même si je n’ai absolument rien trouvé à dire dessus pour un article. 

 

500x500     R-12110709-1528521189-5003     The-Deconstruction-Coffret 

En complément, signalons le très bel artwork de Zwischen Demut Und Disco, album electro ambient des Allemands de SANKT OTTEN, et la simplicité de celui de the Deconstruction, énième sortie dispensable de EELS.

 

Jeu Video 

maxresdefault-35

 

2018 aura été  l’année d’un abandon (peut être définitif ?) des jeux sur PC au profit de ma Super Nintendo Mini, en particulier du génial the Legend of Zelda : A Link to the Past sur lequel j’ai passé quelques mois avec l’assistance occasionnelle mais très précieuse (des indices, pas des soluces) de la Golbline, tenue de main de Maitre par Thom via sa nouvelle rubrique sur les Jeux Videos. 

 

 Livres 

C’est encore une fois le passé qui retoque à ma porte : Stephen KING revient en force avec la sortie du film Ca l’année dernière et celle du remake de Simetierre prévue pour l’année prochaine. Entre temps, j’ai  rédigé une chronique cet été sur les trois cassettes de ma mise en musique de Ca qui m’a donné envie de le relire, et discuté avec Juliet, fan de littérature (et donc de Stephen King) qui m’a prêté Rage et 22/11/63, soit l’un de ses plus anciens et l’un de ses plus récents romans (34 ans séparent les deux livres).

 

bm_5856_aj_m_1887

 

Unité d’action, de temps et de lieu, Rage est un coup de poing lu en trois jours, qui ne s’embarrasse pas de théorie ni de decorum. Il décrit pourtant magnifiquement la société américaine et ses travers par l’histoire esquissée de quelques familles d’Américains moyens. On sent que Stephen King n’est pas allé chercher bien loin son inspiration, et qu’il puise dans ses propres souvenirs pour tendre ce miroir déformant d’une jeunesse malsaine. Malgré ou grâce à sa concision, Rage est un livre beaucoup plus marquant que 22/11/63. 

22-11-63-de-stephen-king-1002351134_L 

Celui-ci est  en effet une fresque épique d’environ 1000 pages, et on y retrouve quelques travers des productions récentes du proclamé Maitre de l’Epouvante. King digresse énormément, s’attache trop à ses personnages, tente de placer l’étendue énorme de ses recherches historiques sur l’assassinat de Kennedy et la période des 60’s, et nous refait le coup de l’autocitation (quoique plus subtilement que dans La Tour Sombre). 22/11/63 reste un très bon livre cependant, et il permet de retrouver longuement, soir après soir, un univers fort bien retranscrit qu’on prend plaisir à parcourir. On y apprend aussi pas mal de choses, en plus de la conviction de Stephen King que l’assassinat de Kennedy fut bien perpétré par Oswald seul, de sa propre initiative  (j’en étais resté, pour ma part, aux tireurs multiples et à la quasi impossibilité de la théorie officielle de « la balle folle »).

 

BDs de l'Année 

J’ai failli ne rien avoir à proposer comme BD cette année, mais le hasard a fait que je suis tombé In Extremis à Noel sur deux BDs marquantes portant sur le même sujet : la guerre en Syrie (en fait c’est pas le hasard, c’est mes belles sœurs qui sont très impliquées sur le sujet des migrants). 

 

l odyssee D hakim

 

L’Odyssée d’Hakim (premier volume sur 3 prévus), de Fabien TOULMé, raconte la réussite d’un jeune Syrien qui devient propriétaire d’une jardinerie, puis les évènements qui  amènent à la guerre et à sa fuite de pays en pays à mesure que la région s’embrase. C’est un reportage au scénario aussi clair que les dessins sont simples, avec pas mal de passages pédagogiques. Rien de mieux pour présenter les migrants pour ce qu’ils sont : des gens comme nous victimes d’évènements extérieurs et qui ont quasiment tout perdu du jour au lendemain. Je crains malheureusement que ce genre de livre ne prêche qu’aux convaincus… 

 

Amour-minuscule

 

Un Amour Minuscule, one shot de Teresa RADICE et Stefano TURCONI, aborde le même thème, mais l’histoire est beaucoup plus dense et éparpillée, avec un scénario et une construction complexe et émaillée de textes et de poésies (c’est parfois limite confus, mais je l’ai aussi lu beaucoup trop vite). On y suit, au travers de multiples flashbacks et ellipses temporelles, l’histoire d’amour entre une Italienne et un Syrien, mais aussi leurs histoires familiales. On y croise donc la dictature en Argentine, l’extrême gauche Italienne, la politique Syrienne, cependant qu’on suit l’épopée d’Ismail, coincé en Syrie et contraint de suivre la route des migrants pour regagner l’Italie où l’attend Iris, enceinte et sans nouvelles de lui. Si je n’ai pas été sensible aux nombreux textes sur la grossesse insérés dans l’histoire (l’Amour Minuscule en question), j’y ai trouvé de splendides réflexions sur la croyance et la religion. Pour ça, pour la description terrible et instructive du trajet d’Ismail jusqu’à Lampedusa, et pour plein d’autres évènements, dessins et personnages, Un Amour Minuscule est une BD que je conseille à tous mes amis ouverts d’esprit. 

Ces histoires devraient permettre à nos contemporains de relativiser leurs soucis (même si j’avoue franchement que personnellement je n’y arrive pas trop) et la prétendue dérive anti démocratique de la France. S’y retrouvent la description d’un pays idyllique, la Syrie, où tout semble rouler naturellement en apparence mais où les limites à la Liberté individuelle conduisent à des comportements sociaux très codifiés et à une frustration généralisée qui exploseront, avec l’aide de catalyseurs extérieurs redoutables, pour mener à la situation actuelle. De quoi faire réfléchir puisque nous avons, de notre côté, encore les cartes en main. 

 

m 

Je souhaite donc à tous mes lecteurs une Excellente année 2019 faite de Liberté, de Fraternité et d’Amour.

 

Posté par Hello-Darkness à 16:25 - - Commentaires [12] - Permalien [#]

22 décembre 2018

Stop ou Encore ? - SMASHING PUMPKINS, CLOUD NOTHINGS, CAT POWER, DEAD CAN DANCE, Malcolm MIDDLETON

Faut-il inlassablement courir après la nouveauté, faut-il rester fidèle à ses vieux compagnons ? Faut-il tolérer le confort, faut-il jetter le bébé avec l'eau du bain ? Faut-il bruler ses idoles, sont elles usées d'avoir trop donné, où c'est juste nous qui sommes devenus vieux ? Remise à Zéro des compteurs ou Nouvelle Pierre à l'Edifice ? Redite ou Trahison ? Stop ou Encore ?

 

smashing-pumpkins-shiny-and-oh-so-bright-review-1542315413-640x640

SMASHING PUMPKINS - Shiny and Oh So Bright - Vol.1/LP - No Past, No Future, No Sun

 

On le sait depuis longtemps maintenant, Billy Corgan a l’art de tout gâcher. Devait-on alors s’étonner qu’après un très bel album solo, dans un genre dépouillé sur lequel plus aucun fan n’osait miser, le gros melon des citrouilles fasse dans l’artillerie lourde ? Convocation ultra médiatisée des anciens membres des Smashing Pumpkins assortie d’une humiliation publique de d’Arcy (bassiste originale qui sera contactée puis finalement non), teasing indécent et tournée mondiale pour accoucher d’un album d’une demi-heure, pas génial, pas dégueu, même pas mauvais, juste d’une banalité sans nom. 

Il m’a fallu 10 secondes pour savoir que je ne pourrais pas aimer Shiny and Oh So Bright. Dès l’introduction, tout est horrible sur « Knights of Malta » : les chœurs, la guitare, les arrangements. Commencer l’album sur ce qui est sans doute la pire bouse pondue par le groupe était vraiment suicidaire et c’est dommage, la majorité des autres titres opposant à leur manque d’originalité une efficacité et une relative simplicité bienvenues, que ce soit dans la pop joyeuse de « Silvery Sometimes (Ghost) » ou sur les deux titres bien rock en écho au singles d’antan (« Solara » et « Marchin’ On », seuls extraits ou quelques éclairs nous confirment que c’est bien  Jimmy Chamberlin à la batterie et non un quelconque pigiste de studio). Il ne reste plus qu’à espérer qu’après quelques disques et tournées du genre, Billy Corgan ait les poches suffisamment pleines pour se poser et donner une digne suite à Ogilala. 

 

 

 

a0146488465_10

CLOUD NOTHINGS - Last Building Burning

 

Un groupe doit savoir se laisser désirer. Cloud Nothings, avec une régularité métronomique, sort tous les deux ans un album, et malgré leur qualité il faut bien dire que l’intérêt s’émousse. Avec son démarrage tonitruant, Last Building Burning semble pourtant remettre les choses aux poings, retrouvant le dynamisme du Here and Nowhere Else de 2014 un peu en retrait sur le finalement dispensable Life without Sound, dernier album en date dont il conserve cependant la précision mélodique. Las, le hardcore parfait de « On an Edge » n’est que l’arbre acéré cachant une forêt sous tension maintes fois arpentée, aussi malgré le plaisir de l’écoute on ne s’avancera pas trop sur la durée de vie de ce Last Building Burning. Et l’on conseillera à Cloud Nothings de parcourir longuement l’Europe (en passant par Lyon par exemple) plutôt que de se précipiter à lui inventer un successeur.

 

 

a3774011339_10 

CAT POWER - Wanderer

 

Six ans ont passé depuis la sortie du dernier disque de Cat Power, en voici une qu’on ne peut accuser de surproduction. Sun fut un album plus encourageant qu’enthousiasmant, en ce sens que, plein de surprises, il indiquait une inspiration retrouvée après un lustre en roue libre et laissait envisager un futur à la hauteur des classiques 90’s de la belle, malgré pas mal de passages laborieux et une production souvent assez moche. Avec Wanderer, nous y voilà. Le retour tant espéré par les fans au dépouillement et aux chansons crève-cœur. Des traces expérimentales du passé on ne trouvera guère que la construction plus ambitieuse du sympathique « Woman », le vocoder for bien utilisé sur « Horizon » ou peut être l’ambiance hispanisante de « Me Voy ». Pour le reste, Wanderer, introduit par un petit gospel délicat, est un agréable vagabondage dans la discographie de Cat Power, ses chansons aux quatre accords de guitare en boucle, au piano lunaire et surtout au chant reconnaissable entre mille, bien que doté d’une assurance nouvelle dissimulée sous la mélancolie de l’ensemble. Cela touche autant au sublime (« Robbin Hood », pour ne citer qu’un seul exemple) qu’à la redite, le disque ressemblant assez souvent à un reboot de You are Free (le fantôme de  « Werewolf » revient régulièrement). Et Dieu sait que j’ai usé ce chef d’œuvre de 2003…

 

 

R-12575688-1539302724-9152

 

DEAD CAN DANCE - Dionysus

 

Dead Can Dance n’est pas un groupe qui m’avait spécialement manqué, et j’avais accueilli leur retour dans les bacs après 15 ans d’absence par une relative indifférence (je n’ai d’ailleurs toujours pas écouté Anastasis). Est-ce d’avoir réécouté sur mes vieilles cassettes des anciens albums (notamment le très bon live Toward the Within) ou d’avoir lu des commentaires enthousiastes sur le groupe Facebook de M Lemarchand, toujours est-il que je me suis laissé tenter par ce Dionysus et, ma foi, chaque écoute de ses 7 morceaux séparés en deux pistes de 15 mn a été agréable. S’appuyant sur son savoir-faire, le duo ne force pas son talent et propose une évasion peinarde en terres orientales, entre rythmes tribaux, mélodies arabisantes et bande son de jungle luxuriante. Soit une copie conforme de leur période 90’s. Reste que les chants si caractéristiques n’ont pas bougé, et que Dionysus est à la hauteur du statut du groupe, ce qui n’est finalement pas si courant. De quoi pardonner largement l’absence de prise de risque.

 

 

 

R-12637911-1539097503-3104 

Malcolm MIDDLETON - Bananas

 

C’est un peu une complainte récurrente sur ce blog, et cet article en est encore l’illustration, il est très difficile pour un artiste à la discographie conséquente d’éviter la redite ou la trahison. Lassé d’une formule indie rock sur laquelle il avait régulièrement brillé jusqu’à atteindre une sorte de perfection, Malcolm Middleton avait joliment bifurqué sur de l’electo pop minimaliste  avec son projet Human Don’t Be Angry avant de décider que, 7 ans après son superbe Waxing Gibbous, il était temps de revenir aux affaires. Démarche artistique réfléchie, lâcher prise complet ou vaste blague selon les interprétations et les interviews récentes, la production de Summer of ‘13 aujourd’hui difficilement assumée par Middleton avait en tout cas mis quasiment tout le monde d’accord : un véritable gâchis et une tache irrémédiable dans la discographie de notre songwritter écossais. On n’en menait donc pas large au moment de poser les oreilles sur Bananas, d’autant que le titre et la pochette laissaient envisager une nouvelle pitrerie mal contrôlée. 

Les deux premiers titres nous rassurent d’emblée : « Gut Feeling »  est de ces titres pop rapides qui ont fait l’éclat de A Brighter Beat ou Waxing Gibbous, tandis que « Love is a Momentary Lapse in Self-Loathing » est une ballade aux paroles cyniques typiques de Middleton, comme son titre le laissait entendre (osant carrément un « fuck off with your happiness ! »). Si Bananas n’est pas exempt de longueurs ou de maladresses (les enchainements bizarres du trop long « Buzz Lightyear Helmet »), on y retrouve tout ce qui a fait notre attachement indéfectible pour le guitariste d’Arab Strap, en particulier l’art de la mélodie (piano et guitare), mais aussi son chant désabusé et ses alternances de titres dynamiques et tristounets. Une beau retour sur une carrière bien remplie, jusqu’au clin d’œil à la prod 80’s de Summer of ’13 sur « Man up Man down » qui, plus justement dosée, passe cette fois beaucoup mieux. Un disque mineur contenant quelques extraits de haut rang (« Twilight Zone »), qui aura au moins le mérite de rassurer voire ravir les fans à défaut de replacer Malcolm Middleton dans les artistes incontournables de l’année. 

 

 

16 décembre 2018

# 080 / 221

080

 

 

R-378677-1467632433-4635

 

Je ne sais plus quand j’ai entendu parler de Jeff Buckley la première fois.  Ce qui est sûr, c’est que j’ai refusé catégoriquement de faire partie des fans. Jeff Buckley était extrêmement énervant, car les quelques filles qui aimaient le rock alternatif dans mon entourage étaient toutes amoureuses de lui. Un fils à papa avec une gueule d’ange et un talent immense, c’en était trop : aussi ridicule que cela puisse paraitre, je le snobais principalement par jalousie. Plus tard, je ferais tourner en boucle le Live Mystery White Boy, ce qui me décidera finalement à revenir aux versions originales. Grace est évidemment un bon album, mais il n’est jamais rentré dans la liste de mes favoris, contrairement à celles d’une foule d’amateurs de rock de mon âge.  Je pense qu’il y a une certaine perfection dans ces morceaux, et comme je l’ai souvent dit sur ce blog, la perfection m’emmerde un peu. Je préfère les enregistrements live, avec leurs excès, de longueur ou de saturation. 

Mais revenons un peu en arrière, au moment de la sortie de Sketches for my Sweetheart the Drunk, que j’empruntais assez vite à la médiathèque (je suppose que j’avais cessé d’être jaloux d’un pauvre gars qui s’était noyé à 30 ans). Album posthume donc, dont on ignore s’il eut été proche ou radicalement différent s’il était sorti du vivant de son auteur (a priori Jeff Buckley n’était pas du tout satisfait des sessions d’enregistrements qu’il avait entamées). Quoi qu’il en soit je ne risquais pas d’être dérangé par la perfection de ce double album gavé de demos et d’enregistrements erratiques, dont je n’avais déjà retenu qu’une petite moitié et dont la réécoute s’est révélée fort perturbante. S’il me semble que Grace a un côté assez intemporel  (on vérifiera ca cassette 104), Sketches for my Sweetheart the Drunk est tellement ancré dans les 90’s qu’on dirait une compilation de la décennie, d’autant que Jeff Buckley semble sacrément tâtonner dans la direction qu’il veut faire prendre à son nouvel album.  Limite Hard Rock par moments (et pas toujours du meilleur gout), assez délicates à d’autres, régulièrement anecdotiques, les compositions évoquent souvent le Radiohead des débuts dans la forme, mais malheureusement pas sur le fond. « Yard of Blonde Girls » est même une chanson power pop typique de l’époque qui aurait pu être écrite par n’importe quel groupe de seconde division. Au final, on aura retenu « the Sky is a Landfill », sorte de Led Zeppelin relifté au son alternatif qui évoque l’album précédent, auquel il faut ajouter le très beau « Morning Theft » où l’on retrouve le chant aérien inimitable du Californien. De quoi consoler d’une fin d’album assez redoutable, dont les expérimentations quasi prog rock (« Murder Suicide Meteor Slave »)  auraient dû rester enfouies à tout jamais. Il y a même un titre où l’on peut entendre Jeff Buckley chanter faux  (« I Know we could be so happy baby »).  Bref, si sa mort est évidemment une tragédie, elle permit sans doute de conserver à Jeff Buckley un statut d’artiste culte, sur lequel pu surfer quelques parasites qui exploitèrent sa mémoire avec une indécence rarement égalée dans l’histoire du rock en sortant tout un tas d’albums posthumes, filon inauguré par ce Sketches for my Sweetheart the Drunk qui, lui, a au moins le mérite d’être intéressant.

 

 

R-3169445-1489613546-4922 

 

Un an après le carton de leur premier album, the Presidents of the United States of America sortent son successeur sobrement intitulé II. Malheureusement, la récidive n’aura pas lieu, et l’on sent bien à l’écoute de la petite moitié d’album retenue que si le groupe ne démérite pas, il a simplement fait la même chose… en moins bien (c’est flagrant sur le sympathique « L.I.P », par exemple). Ce qui pardonne d’autant moins qu’une bonne partie de leur succès était dû à l’effet de surprise de leur formule originale, sur laquelle ils ne peuvent forcément plus compter.  Mis à part un « Froggie » bondissant assez marrant, l’album proposera surtout le très bon « Lunatic to Love », aussi alternatif que son titre le suppose, et qui condense les talents des POTUSOA, entre couplets punk festifs et refrain mélodique au chant toujours aussi précis.  Pas de quoi me motiver à m’intéresser à la suite des aventures du groupe, dont je n’ai dès lors plus écouté la moindre note.

 

 

 

R-400126-1243787248

 

Après trois albums solo remarquables, Frank Black stabilisait son backing band en lui donnant un nom. Je ne sais pourquoi j’avais loupé le premier album de Frank Black and the Catholics, mais je me rattrapais en empruntant dès sa sortie ce Pistolero. Si j’ai régulièrement réévalué les disques de cette période (sans doute aussi parce que je savais ce qui allait suivre), Pistolero fut ma première déception : c’était le début d’une série d’albums inégaux, où d’excellents titres pouvaient se planquer  au milieu d’une montagne de trucs sans intérêt. En 1999, il y avait encore une moitié de galette savoureuse, et celle conservée sur cette cassette contient son lot de tubes. Les Catholics étaient vraiment de redoutables musiciens, la seule écoute du punkoide  « I want Rock N’ Roll » suffit à le prouver. Frank Black n’est pas en reste, sortant régulièrement de sa musette quelques riffs de guitare imparables (l’entêtant « So Bay ») et prétendant toujours au titre de meilleur ciseleur d’intro en activité (« I Love your Brain »). Au milieu de ce déchainement de rock brutal très maitrisé,  on trouve même l’une des plus jolies ballades de la carrière post Pixies de Francis, « 85 Weeks ».  Une carrière que j’allais dorénavant suivre scrupuleusement, enregistrant une part de plus en plus maigre de titres flamboyants, jusqu’à l’inévitable reformation des Pixies.

 

Posté par Hello-Darkness à 22:58 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

10 décembre 2018

Daniel BLUMBERG, Raoul VIGNAL, Kurt VILE

 

Daniel-Blumberg-Minus

 Daniel BLUMBERG - Minus

 

Belle surprise de ce début d’année, Minus n’a cessé de tourner chez moi, avec une efficacité grandissante. Il faut dire que sa formule basée sur du piano et un chant mélancolique mettait toutes les chances de son côté pour me séduire. Pour balancer ce qui aurait pu n’être qu’une litanie de ballades larmoyantes, Daniel Blumberg et son groupe introduisent tout un tas de dissonances, harmonica sournois ou violon grinçant, avec la batterie du vieux routier Jim White en support. Il y a parfois un petit côté Arty-ficiel à ces ajouts, comme pour le final noisy de « Madder », mais cela fonctionne très bien la plupart du temps, à l’image d’une guitare électrique erratique sur « the Fuse ». Blumberg réussi à garder une ambiance très cohérente tout en variant les formats, entre les douze minutes en montagnes russes de « Madder », la valse dégingandée « Permanent » ou un très beau « Stacked » bluesy à la seconde voix féminine bienvenue (1), Minus évoquant des artistes aussi différents qu’Archive ou Damien Rice et son splendide album O. Jusqu’au titre final obsédant au magnifique intitulé répété ad lib, « Used to be Older », ce genre de chansons intenses qui me font monter les larmes aux yeux et m’invitent sans cesse à repasser un disque. Celui-ci, assurément, figurera en bonne place dans mon top 2018.

 

(1) non créditée, me laissant finalement penser que c'est celle de Blumberg lui-meme, ce qui serait bluffant...

 

 

 

Raoul-Vignal-Oak-Leaf

Raoul VIGNAL - Oak Leaf

 

Un an à peine après son superbe premier album, Raoul Vignal revient avec Oak Leaf, assez différent sur la forme. On n’en aurait pas voulu au compositeur Lyonnais de récidiver dans sa folk rêche aux arpèges techniques bluffants,  mais il a choisi d’habiller ses chansons d’arrangements plus complets en s’entourant notamment d’un groupe omniprésent (contrebasse et batterie), et de ralentir globalement le tempo. Le résultat est au moins aussi bon, et on se demande même si Oak Leaf ne tiendra pas plus dans la durée que son prédécesseur tant on y revient avec plaisir. Il faut dire que l’ambiance feutrée travaillée sur ces  morceaux se marie particulièrement bien avec la voix chaleureuse de Raoul Vignal, et que l’ensemble dégage une impression apaisante à laquelle je suis particulièrement sensible lorsqu’elle est aussi bien amenée. Quand les arpèges sont aussi relevés que sur the Silver Veil, le groupe vient rétablir l’équilibre avec justesse (« Blue Raven »), tandis qu’il se fait plus discret sur les passages plus lents et mélodiques (magnifique « I Might »). Un enchantement opérant depuis la douceur de « Pepa’s Eyes » jusqu’à « the Valve », sorte de « Street Sirit (fade out) » épicé de dissonances, en passant par « the Waves », voyage de 6 mn absolument merveilleux. Vignal fait rimer régional avec génial, on aurait donc tort de se priver….

 

 

 

kurt-vile-bottle-it-in

Kurt VILE - Bottle it in

 

Kurt Vile est un compositeur et guitariste aussi doué que nonchalant, et si sur ses précédents disques c’est son talent qui ressortait principalement, l’écoute de Bottle it In met plutôt en avant son côté branleur. Miné par des tics de composition pour qui prête attention aux riffs de guitare et usant d’une formule répétitive de manière parfois indécentes (certains titres atteignent les 10 minutes), Kurt Vile fini par perdre un auditeur pourtant sensible à l’ambiance détendue de l’album et la qualité d’interprétation du chevelu leader et de ses Violators. Dommage, car dilués au sein de cet interminable disque se cachent quelques pépites comme « Mutinies » ou « Check Baby », victimes collatérales d’une production globalement ennuyeuse. 

 

 

Posté par Hello-Darkness à 00:13 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,