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Chaque mercredi soir, c'est au moment de ranger le matériel après une répétition intense qu'un nouveau débat se lance entre les trois protagonistes d'Hello Darkness. Il faut dire que musicalement nous sommes rarement d'accord, ce qui rend les choses plus complexes mais aussi plus intéressantes. Le plus souvent, un deux contre un se dessine, et malheur à moi si je me retrouve isolé contre mes deux érudits collègues et néanmoins amis (d'autant plus qu'ils sont d'une incroyable mauvaise foi). Aussi, dans le but de recevoir l'avis (et le soutient, cela va sans dire) de mes innombrables lecteurs, je transcris sur ce blog la teneur de ces essentielles discussions. Celle de la semaine dernière était particulièrement philosophique :

 

Sujet: faut-il parler de post rock?

Configuration: Yosemite vs Xavier + Damien

 

Tout partit d'une discussion sur l'excellent groupe Gravenhurst, alors que je tentais d'expliquer à Yosemite l'évolution de leur musique du folk vers le rock, avec pour leur album Fires in Distant Buildings un côté post rock. Que n'avais je dis là! Car pour Yosemite, le terme post rock est une aberration, et je ne suis rien qu'un méchant qui met la musique dans des cases comme le premier journaliste venu. Selon lui, il n'existe que trois types de musique: Rock, Classique, Jazz. Si j'avais été taquin ou inspiré, je lui aurai parlé d'Emir Kusturica... Damien renchérit en affirmant qu'il n'y a que deux types de musique: la bonne et la mauvaise. Et bien moi, je fais encore mieux: il n'y a qu'un type de musique, la musique du monde! Emir Kusturica? Musique du monde! Sex Pistols? Musique du monde ! Gravenhurst? Musique du monde, pareil ! Là, on serait sur de pas se planter, mais on serait quand même bien dans la merde  pour discuter  musique. Les cases, ça a quand même du bon. Post Rock, paf, tout le monde voit ce que c'est, il y a une définition précise...

 

Enfin, précise, quand on regarde sur Wikipedia c'est quand même un peu le bordel. Le terme a été utilisé pour la première fois en 1994 par un journaliste pour qualifier la musique de the Wire, mais on a vu que Slint faisait déjà du post rock en 1991 ! En plus, ledit journaliste aurait piqué le concept à un article de 1979 sur Todd Rundgren. Et quand on mate la liste des groupes étiquetés post rock, c'est vraiment n'importe quoi. Pas la peine d'aller plus loin pour se rendre compte que, comme tout terme utilisé pour décrire un style de musique, Post Rock ne veut absolument rien dire. Du coup, nous voilà bien embêtés pour décrire notre Fires in Distant Buildings, qui mélange tout plein de styles qu'on ne peut plus citer parce qu'ils ne veulent rien dire.

 

Yosemite a la solution : il faut être descriptif et fonctionner par analogie. Genre : sur tel titre, il y a des arpèges de guitare folk répétitif à la Smog, puis ça part dans un rythme hypnotique Krautrock de type expérimental allemand des 70's à la manière de Can, et ensuite des explosions de guitares saturées comme le Mogwai des débuts. Inutile de dire qu'il faut environ une heure pour décrire un album un peu complexe, d'autant plus que le gars en face risque d'interrompre la phrase constamment avec des questions du genre : c'est quoi  Smog, c'est qui Mogwai ou (si c'est un chieur) plutôt 1969 ou 1972 le rythme hypnotique, et plutôt Neu  2eme album ou Can période Suzuki ? Bref, on ne s'en sort pas. Autant dire Fires in Distant Buildings a un côté post rock, et si le mec c'est pas un naze il capte. Et si c'est un naze, hop, Musique du Monde !

 

Alors faut-il parler de post rock?

Ca dépend. En particulier :

- Des connaissances musicales de ton interlocuteur.

- De si tu as du temps (et de la bière) devant toi.