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L’Epicerie Moderne est en passe de devenir ma salle de spectacle favorite : après Alela Diane et Isis, c’était au tour de Laetitia Shériff d’être programmée à Feyzin. J’ai malgré tout failli louper ce concert, et c’est in extremis et par hasard que j’ai vu une photo dans un journal gratuit Lyonnais. Cette mauvaise comm explique peut être le public très restreint d’hier soir, à moins que ce ne soit les goûts pitoyables de mes contemporains, en tout cas seulement 100 à 150 personnes étaient venu découvrir sur scène les titres de l’excellent Games Over sorti récemment.  Avantage, arrivé comme d’habitude à la dernière minute, je pouvais me garer tranquillement devant la salle de concert et prendre une petite bière avant d’écouter la première partie, le Vale Phoer Trio que je ne connaissais absolument pas.

 Les trois demoiselles** débarquent sur scène dans l’obscurité, la chanteuse guitariste attaquant une longue intro à la fois calme et menaçante. « Polder », l’un de leur tout meilleur titre, explose soudain dans un déluge de distorsion qui constituera l’essentiel de leur set, mis à part la pause délicate « Respite » permettant au public comme au trio de respirer au milieu du concert. Bien sur, qui dit filles énervées gueulant sur fond de larsen m’évoque directement les L7, mais leur musique se rapproche en fait bien plus du grunge, et le modèle de Vale Poher pourrait bien être Courtney Love. Elle casse d’ailleurs direct une corde sur le premier titre, mais l’ambiance reste détendue, les musiciennes se regardant du coin de l’œil en souriant sur les pains, s’encourageant avant les passages difficiles et se félicitant d’un signe lorsque ceux-ci se déroulent sans accrocs. Si Vale Poher joue depuis un moment en solo, on sent que son trio est récent, mais sa musique fonctionnant à l’énergie et au plaisir ne souffre aucunement des rares imprécisions entendues dans la soirée. Ce que j’ai le plus apprécié, c’est le décalage entre ce trio minimal (la batteuse se contente d’une grosse caisse et d’une caisse claire) et le son énorme qui en ressort sur scène. En témoigne « Berlin », très beau final précédé d’une intro répétitive évoquant Cat Power, qui s’achève comme il se doit dans un torrent de décibels. Les lyonnaises se déchaînent enfin sur un dernier titre plus ancien, rajouté à leur setlist d’origine, prouvant leur plaisir d’être sur scène malgré une assemblée restreinte. A ce stade du concert, le public est d’ailleurs bien remonté, et on ne peut que regretter le choix de l’Epicerie Moderne d’avoir rajouté un deuxième concert avant le passage de Laetitia Shériff.

Le concert suivant n’a pas été désagréable, mais, beaucoup plus tranquille, il a complètement fait retomber l’ambiance. De plus il a prolongé l’attente, et c’est à plus de 23h que la tête d’affiche est montée sur scène, devant un public calme et un peu lassé. Un défaut que nous avions déjà pointé au concert d’Isis, et qui constitue le seul point regrettable de ces soirées à Feyzin. Passons, et évoquons la prestation de Troy Von Balthazar, dont je ne connaissais que le nom, probablement parce qu’il est assez facile à retenir.

Voici donc un grand rouquin qui se présente seul sur scène, accompagné d’un tapis de pédaliers et d’une simple guitare électrique. La scène est bien grande pour lui, et le voilà qui multiplie les poses et les pas de danse « torturés » pour l’occuper. Une attitude qui eu pu être insupportable, mais qui est compensée par un humour ravageur. Il présente ses petites chansons en quelques phrases cyniques facilement compréhensibles et se met le public attentif et amusé dans la poche. Il fera même un numéro absurde de danse de claquettes sur fond enregistré, affublé d’un masque de lapin, chanson bien sur la plus applaudie, et lorsqu’il quittera la scène, tout le monde l’aura trouvé sympathique. Coté musique, le Troy fonctionne en enregistrant des boucles de guitares successives, et en utilisant parfois une boite à rythme, et il appuie sur un tas de pédaliers tout en chantant, ce qui ne doit vraiment pas être évident. Je passe la première partie du concert à observer ce manège, peu intéressé par des ballades qui me semblent à la portée du premier gratteux venu. Au moment où je me lasse de cette observation technique, Troy Von Balthazar propose des mélodies bien plus accrocheuses, et la fin du concert est vraiment belle, ce qui fait qu’au final je ne me suis pas trop emmerdé à écouter ces petits bricolages inachevés, rappelant surtout ceux du groupe américain Fuck, avec quelques accents de Grandaddy par moments.

Après le départ de l’Hawaïen chic, et une nouvelle attente technique, Laetitia Shériff arrive enfin sur scène, accompagnée de ses deux acolytes. « The Story won’t persist in being a closed book » constitue une bonne mise en chauffe, avant le rock plus puissant de « Solitary Play ». Le guitariste Olivier Mellano utilise lui aussi des enregistrement de boucles, avec un son beaucoup moins electro et beaucoup plus brut que sur le disque. Pour quelqu’un de son expérience (il a notamment joué avec Yann Tiersen), il est étonnamment mal à l’aise sur scène, et j’ai surpris de nombreux regards noirs de la chanteuse à son égard. Déception devant le peu de monde présent, heure de concert trop tardive ou problèmes backstage, l’ambiance est en tout cas assez tendue sur scène ce soir. On pense que tout va rentrer dans l’ordre après un excellent « Aquarius », peut être le meilleur titre joué ce soir, mais le guitariste s’emmêle dans ses pédales pour l’intro de « Black Dog », à tel point que le groupe est sur le point d’abandonner le titre. Cela aurait été dommage, car leur version live est vraiment énorme. Quoiqu’il en soit, seul l’irréprochable batteur semble dans son élément, Laetitia Shériff est peu bavarde et le malaise s’installe dans la salle, quelques commentaires forcément un peu lourds et des rires nerveux constituant l’essentiel des réactions du public. A tel point que le traditionnel « Comment ca va ? » lancé par la chanteuse du bout des lèvres ne récolte aucune réponse ! Musicalement, le concert est pourtant dans l’ensemble excellent, avec un duo très intense sur « Baby Man » - prouvant si besoin et malgré ses quelques fautes qu’Olivier Mellano est bien un excellent guitariste, et que ses sons saturés s’accordent à merveille avec la voix splendide de Laetitia Shériff -  les fédérateurs « Hullabaloo » et « Codification » enchaînés, et enfin une version extrêmement noisy et prolongée de « Lockless », final idéal et libéré de ce concert un peu étrange. Laetitia Shériff revient seule sur scène pour le rappel, et tente enfin d’établir une discussion avec le public. Elle décrit la schizophrénie de tout artiste, et déclare qu’elle déconne toujours avant de lancer ses chansons (prétendant même pouvoir raconter une blague de cul), ce qui rend difficile ensuite leur lancement (là je me dis que jusqu’à présent, on l’a pas beaucoup vu déconner…). Enfin bref, cela cache assez mal son trouillomètre à zéro, et elle doit se tourner pour l’intro de « There high », par ailleurs superbement interprété sur quelques notes de guitare. Ses deux collègues reviennent ensuite pour « the Evil Eye », au son vraiment différent de la version studio, très bon mais qui termine un peu en queue de poisson le concert. Un petit signe de la main, et les lumières se rallument : là ou le Vale Poher Trio avait demandé à jouer un titre en plus, Laetitia Shériff laissera tomber les deux titres constituant le deuxième rappel initialement prévu. Comme un signe que, malgré la qualité des compositions et de l’interprétation, quelque chose manquait… sans doute un public…*

 

 Setlist : the story won’t persist in being a closed book – solitary play – roses – aquarius – let’s party – cosmosonic – black dog – baby man – memento, put her in the picture – hullabaloo – codification – lockless / there, high – the evil eye

 

 * je suis d’ailleurs curieux de savoir si cette date était un jour sans, ou si Laetitia Shériff est toujours aussi coincée sur scène.

 

 ** Moi qui ai toujours eu un faible pour les jolies bassistes, j’étais servi ce soir avec Laetitia Shériff et la bassiste du Val Poher Trio. Cette dernière n’a d’ailleurs eu aucune difficulté à me vendre son disque, et alors que nous cherchions longuement mon prétendu numéro favori***, j’ai été pris d’une soudaine et inattendue bienveillance à l’égard des groupies croisées ici ou pour lesquelles je n’éprouve généralement qu’incompréhension et mépris.

 

 ***Oui, Tauten n’étant disponible qu’en édition limitée numérotée faite main, ce qui explique sans doute son prix élevé auquel je n’ai pas prêté grande attention, ayant l’esprit ailleurs. Un bon album, mais qui de manière prévisible est assez timide par rapport à la puissance déployée sur scène.