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La Carrière de David Pajo est difficile à suivre, et surtout difficile à appréhender. Tour à tour précurseur du Post Rock avec Slint, auteur d’un chef d’œuvre purement folk (l’album Whatever Mortal) ou recrue de luxe pour le surprenant succès de Tortoise, mais aussi perdu dans l’éphémère super groupe Zwan  avec Billy Corgan ou pigiste à la basse chez Interpol, rien ne semble vraiment cohérent chez cet artiste complet. Génial, dépressif, opportuniste, perché, passionné, j’m’en foutiste ? On ne sait pas, sans doute tout et bien plus encore. Difficile à suivre disais-je, la sortie de ce nouvel album sous le patronyme de Papa M fut donc une véritable surprise. Et plus encore aux premières écoutes, tant il différait de son prédécesseur. 

En réalité, Highway Songs ressemble avant tout à une compilation de demos. Il m’a replongé à l’époque où, grand fan des Smashing Pumpkins, je tombais parfois sur des morceaux d’étude du Mellon Collie and the Infinite Sadness sur les bootlegs que j’achetais, Corgan ayant enregistré des centaines de titres ou de riffs pour ce disque (1), dont certains, lourds, un peu Sabbathien, ressemblaient beaucoup à « Flatliners » ou « Bloom ». De manière très hétérogène, Papa M balance ainsi 8 petits instrumentaux de moins de 3 minutes, aléatoirement métal, folk, ou samples bidouillés, dans un agencement à priori sans queue ni tête. 

Des demos de rock alternatif en 2017 ? Autant dire que l’affaire semblait vite pliée, et que Highway Songs se destinait à rester une curiosité fort dispensable dans le foutoir discographique de David Pajo. Et pourtant, soit parce que c’est justement lui, soit parce que ces sonorités me sont familières, je me surprends à être fasciné par certains passages, puis par le disque lui-même (d’autant qu’il est très court). Fascination pour ce même riff qu’on finit par détecter sous diverses formes sur au moins la moitié des pistes. Espoir de déterminer si ce bricolage n’est qu’un amas d’idées comme tout guitariste amateur en grave à ses heures perdues et livrées au public pour on ne sait quelle raison , ou la bande sonore murement réfléchie d’une histoire dont on n’aurait pas encore trouvé la clef. Mystère, tout comme ce « Little Girl » final, curieux mélange du fabuleux songwritting folk de Papa M, et d’un inhabituel exercice de solos hard rock que n’aurait pas renié Slash. Un titre qui vient d’abord comme une délivrance (enfin une chanson !) puis, au fil des écoutes, qui finit par déranger, tant il semble n’avoir aucun lien avec le reste du disque. A moins que ?? 

 

(1)    Certains ont été compilés sur un improbable « Pastichio Medley » de 23 mn figurant en Face B du single « Zero ». Beaucoup sortiront bien plus tard officiellement sur le coffret de la luxueuse réédition du Mellon Collie.