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Je connais relativement bien la discographie de Nick Cave à partir du Let Love In, je ne sais pas si on peut l’appeler sa deuxième partie de carrière (en omettant ce qu’il a fait avant les Bad Seeds) mais bon, en tout cas j’étais persuadé de m’être intéressé à lui en le découvrant sur le superbe Murder Ballads. Première erreur : c’est bien the Firstborn is Dead qui introduit le grand Nick en cette rubrique, sans que je sache pourquoi (je n’étais pas loin de faire les choses dans l’ordre, à un From Her to Eternity près, que du coup je n’ai jamais écouté). Et je connais fort mal sa première partie de carrière, vu qu’avant la sortie d’un Live Seeds en forme de best of je n’écoutais pas de musique. D’ailleurs je pensais n’en avoir apprécié que quelques titres éparts. Deuxième erreur : the Firstborn is Dead est quasiment intégralement enregistré sur cette cassette (bravo jeune Xavier de 20 ans, je te félicite).

Surprise, alors que je croyais le disque écrasé par la supériorité du « Tupelo » introductif présenté à l’épisode précédent, il n’en est rien. Certes, cela reste le meilleur titre de l’album, mais pas mal de ses condisciples n’ont pas grand-chose à lui envier. De ce blues ancestral, le groupe tire le meilleur en y ajoutant une tension dont on attend en vain qu’elle se relâche à la faveur d’une quelconque explosion, tout comme on attend que l’orage éclate pour rafraichir la pesante moiteur d’une nuit d’été. Tout ceci avec une économie de moyen qui force le respect, de traits de slide guitare en basse minimaliste lugubre, sans compter un jeu de batterie étonnant où la caisse claire n’intervient que sporadiquement, comme autant de coups de feu matérialisant une menace rampante. Les chansons sont aussi longues et répétitives que l’attente d’une chose qui ne vient jamais. Et par-dessus, évidemment, les incantations de Nick Cave, et les échos plaintifs de sa troupe désenchantée. Ces chœurs sont sans doute l’apport le plus fascinant des Bad Seeds, pour le reste on est sous le joug du chant de l’homme au regard pénétrant scrutant l’auditeur depuis cette magnifique pochette. Du tempo le plus lent (lugubre piano bar « Knockin’ On Joe ») au plus rapide (le « Train Long Suffering » déboulant à toute vapeur) en passant par « Wanted Man », une reprise de Dylan si magistrale qu’on n’a aucune envie de découvrir l’originale, the Firstborn is Dead est un chef d’œuvre dont je mesure l’influence sur beaucoup d’artistes majeurs de ma discothèque (à commencer par David Eugene Edwards), et que j’inscris donc tardivement, mais sans plus attendre, sur ma liste d’albums à acquérir.

 

 

 

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Changement de style, certainement, mais changement d’ambiance ? Le chant tout à fait fascinant de Lisa Gerrard sur « Yulunga (Spirit Dance) », quasiment a capella sur un drone de cordes indéterminées, maintient la cassette dans une ambiance étrange et menaçante. C’est un nouveau voyage qui s’annonce, exit les marécages insalubres du Mississipi, le bouzouki et les percussions nous transportent dans un orient un brin artificiel, avec ces cris d’animaux et ses tribus inconnues. L’écart est très grand entre cet enregistrement live (mais composé essentiellement de morceaux inédits) et le premier album aux accents post punk présenté en cassette 062. 10 ans et quasiment toute une carrière, au cours de laquelle le duo Brendan Perry / Lisa Gerrard aura exploré des univers et des sonorités bien différentes au fil de disques singuliers qu’on retrouvera périodiquement dans mes cassettes. Mais pas forcément sur cet album, qui présente (du moins les deux tiers que j’en avais retenu), trois types d’ambiances différentes. D’abord les morceaux aux accents arabisants déjà cités, auquel il faut ajouter le bien nommé « Oman » (dont on retiendra surtout les percussions qui finissent par occuper toute la fin du titre), morceaux qui semblent accorder une place égale aux deux membres du duo. Il y a ensuite trois curieuses chansons folk plutôt sympathiques (« I Can See Now », « American Dreaming » et « Don’t Fade Away »), mais qui s’éloignent assez fortement du Dead Can Dance que l’on imagine. En réalité on dirait des titres solos de Brendan Perry, puisqu’il y chante accompagné presque seulement d’une guitare acoustique : le genre d’indices qui présagent d’un avenir assez cours à un groupe. Et puis il y a les titres qui ont ma préférence, ceux où le chant de Lisa Gerrard est l’élément dominant, voire unique. Je connaissais le « Cantara » issu de Within The Realm Of A Dying Sun, enchainant une partie calme et une accélération vaudou,  je redécouvre le superbe chant médiéval « Tristan » et surtout l’incroyable « Sanvean », où le chant mystique de Lisa Gerrard atteint des sommets de beauté. L’une des plus belles chansons de Dead Can Dance, confortant Toward the Within comme un très bon album qui compense un côté un peu hétérogène par une très bonne setlist et un son qui n’a pas trop vieilli.

 

 

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Une remarque sur le son pas anodine, puisque la cassette enchaine Toward the Within avec l’album studio l’ayant précédé un an auparavant, Into the Labyrinth (1993), dont les claviers font un peu tiquer l’oreille aujourd’hui. S’ils n’arrivent pas à gâcher la mélancolie joliment mise en place sur « the Carnival is Over » ou le coté hypnotique du classique « How Fortunate the Man with None », « Ariadne » par exemple semble assez cheap par rapport à tout ce que l’on a pu écouter du groupe auparavant. Un album en demi-teinte qui a le mérite de proposer le très beau « Emmellia », interprété a capella par Brendan Perry et Lisa Gerard. Un chant à deux voix qu’on est étonné et déçu de ne pas retrouver plus souvent dans la discographie de Dead Can Dance tant il fonctionne bien sur ce court morceau. La suite des aventures du duo Australien, complètement dans le désordre, c’est dans pas longtemps…