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Est-il courant lors d’un voyage de trouver exactement ce qu’on avait imaginé, de manière assez floue ou fantasmée ? A la question « pourquoi l’Ecosse ? » - question un peu énervante mais finalement intéressante aussi – qu’on ne manquait pas de me poser lorsque j’évoquais la destination que j’avais choisie pour dépenser la cagnotte que famille et amis m’avaient offert comme cadeau d’anniversaire pour mes 40 ans (qu’ils en soient encore une fois remerciés), j’avais fini par trouver une réponse : Tintin. Si un jour je me décide à initier une rubrique BD sur ce blog, elle commencera forcément par un article sur Tintin et vous y apprendrez que l’Ile Noire fut, lorsque j’étais gamin, mon album favori du petit reporter. Je ne sais si le génie d’Hergé était tel qu’en quelques images il me donna une envie de découvrir un pays si forte qu’elle perdura jusqu’à se concrétiser 30 ans plus tard, mais c’est bien probable puisque j’ai retrouvé exactement ces images lors de mon Road Trip Ecossais.

 

Mercredi 19 Septembre - Lyon / Edimbourg / Perth

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Le Loch Leven 

Mais n’allons pas trop vite. Pour l’heure, après un atterrissage mouvementé à l’aéroport d’Edimbourg (en pleine tempête Ali, dont nous constaterons les dégâts sur les arbres de la région), il s’agit de se familiariser avec la conduite à gauche sur notre voiture de location. Nous boudons la belle cité écossaise, non par envie mais par manque de temps : j’ai privilégié les paysages, et nous pourrons revenir facilement à Edimbourg le temps d’un gros week end. Des vacances après les vacances, sans enfants (les grands parents nous remplacent chez nous) : 7 jours c’est très peu pour l’Ecosse, mais déjà un vrai luxe. Direction Perth, où se trouve notre premier Bed & Breakfast réservé par l’agence de voyage. En chemin nous nous arrêtons un moment à Kinross, donnant sur le Loch Leven. Un premier contact avec les paysages qui nous deviendrons familiers : un lac entouré de monts, une ile avec un château en ruine dessus, vus depuis un cimetière de pelouse bien propre d’où jaillissent des stèles ou des croix celtes. Premier contact aussi avec cette luminosité si belle et spéciale, lorsque le soleil perce les nuages gris, puis avec la météo changeante car nous essuyons un grain monstrueux qui nous trempe en quelques minutes. Arrivés à Perth, petite ville exposant quelques monuments et grandes maisons en bord de fleuves, nous nous frottons à l’accent Ecossais dans le restaurant le plus chic que nous ferons du séjour. Le lendemain, c’est Scottish Breakfast pour la première et dernière fois : Œufs-Bacon-Saucisse-Champignons-Tomates-Flageolets, il fallait le faire mais mon estomac ne supporte guère à 8h30 du matin.

 

Jeudi 20 Septembre - Perth / Inverness

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La Cathédrale de Dunkeld et son jardin

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Vue depuis la route entre Dunkeld et Blair Atholl

Une jolie route vers le Nord nous attend jusqu’à Inverness, et j’ai prévu pas mal d’arrêts, mais nous avons largement le temps de faire un détour par le Scone Palace, Grand Château aux jardins magnifiques faisant la renommée de Perth. J’avais prévu une promenade dans les jardins et un simple tour de l’extérieur du Château, mais nous nous heurtons à un écueil qui sera récurrent pour les Châteaux habités ou rénovés : une fois la grille et la maison du gardien passé, et après un bon trajet en voiture au travers un immense parc, nous tombons sur un parking obligatoire. Pour accéder au jardin et donc apercevoir le château, il faut bourse délier (et ce n’est pas donné, environ 10 livres l’entrée en moyenne). Nous rebroussons chemin sans avoir vu le moindre bout de tourelle, et attaquons la route. Premier arrêt à Dunkeld, bourgade entourée d’immenses forêts de conifères, dont la cathédrale est à juste titre louée par notre guide Lonely Planet. Située sur un très agréable terrain en bord de Tay planté de magnifiques arbres, la Cathédrale est curieusement composée d’une partie détruite (en cours de restauration) et d’une autre rénovée qui sert encore aujourd’hui pour les offices.  Outre une belle charpente et un anecdotique musée du lieu, on y trouve la tombe du Loup de Badenoch, noble excommunié pour avoir répudié sa femme au profit de sa maitresse et qui pour se venger incendia quelques villages et monastères (du coup on se demande bien ce qu’il fout gisant derrière l’autel d’une des églises d’Ecosse les plus renommées mais bon…). Après une petite promenade ensoleillée le long du fleuve et dans la charmante bourgade, nous reprenons la route vers notre seconde étape de la journée. C’est sur cette portion de route, entre Dunkeld et Blair Atholl  (aux environs de Pitlochry), que nous verrons le plus beau paysage du séjour selon moi. Depuis la route, faisant face à des montagnes à la rase végétation mêlant différents tons de verts et d’ocre, nous dominons une vallée constellée de centaines de moutons laissant passer fleuve et chemin de fer et s’ouvrant brusquement sur un Loch aux faux airs de mer intérieure, le tout sous un ciel changeant qui nous offre inévitablement un arc en ciel somptueux.

 

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Ruthven Barracks

Les jardins du Blair Castle sont payants, nous nous contentons donc d’un aller-retour dans l’allée boisée jusqu’à la barrière (ce que nous apercevons du coin de l’œil du Château, une sorte de Disneyade blanche, ne nous convainc pas d’allonger la monnaie), puis d’un agréable pique-nique dans le seul coin sympa du village : le cimetière entourant l’Eglise (il y a des bancs partout en Ecosse). Prochaine étape, à l’entrée du Parc National des Cairngorms : Kingussie et ses Ruthven Barracks, auxquels on accède par une route détournée. L’endroit est fascinant : sur une butte entourée d’eau (quasiment une ile, vu les inondations qui semblent sévir dans la région), d’imposants murs de pierre envahis de corbeaux nous accueillent dans un silence simplement brisé par les croassements et le souffle du vent (seuls au début, nous serons quand même rejoints par quelques familles de touristes par la suite). Deux hauts bâtiments identiques (anciens logements de garnisons) séparés par une cour se font face, le fond de la presqu’ile étant occupée par les anciennes écuries. Un lieu que nous aurions adoré visiter de nuit, pour le frisson, puisqu’il est ouvert en permanence et apparemment joliment éclairé. 

 

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Carrbridge

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Le Chateau d'Inverness

C’est au cœur des Cairgorns que nous nous arrêtons une nouvelle fois, aux environs d’Aviemore, haut lieu touristique de la randonnée pédestre. Nos ambitions sont bien modestes, le simple tour du Loch Morlich dominé par une chaine de montagnes dont certaines sont enneigées, et encore devons-nous les revoir à la baisse quand nous apprenons qu’il nous en coutera non pas une mais deux heures de marche. Tant pis, de toutes manières le temps est au brouillard crachouillant et, mis à part quelques beaux spécimens de champignons, l’endroit ne nous laissera pas un souvenir impérissable. Excepté une rapide pause photo pour le très joli et ancien pont de pierre enjambant le Dulnain à Carrbridge, nous filerons dès lors tout droit vers notre douillet B&B d’Inverness et sa propriétaire si attentionnée. Après avoir patienté en rigolant dans une boutique touristique où je m’aperçois à ma grande déception qu’un Kilt coute très cher, nous dinons à the Kitchen, restaurant aussi beau que bon surplombant le Ness, fleuve autour duquel s’étale la ville d’Inverness.

 

Vendredi 21 Septembre - Inverness

 

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Inverness et le Ness

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Promenade au bord du Ness

 

Le lendemain, nous avons prévu une visite de la ville, et nous arpentons les deux rives du Ness fréquemment reliées par des ponts de diverses époques et bordées de clochers en tout genre. Il y a énormément de religions différentes représentées, et toutes ont leur lieu de culte officiel. Rien n’est vraiment exceptionnel, d’autant que le temps pluvieux rend le tout un peu tristoune. Nous nous rabattons sur des boutiques (où Mélaine achète gants et écharpe), notamment un vieux marché couvert qui abrite surtout… des coiffeurs. Nous montons ensuite au château, qui ne se visite pas car il sert de tribunal, mais qui offre une jolie vue sur la ville. Alors que le soleil revient, nous longeons le Ness vers le Sud, nous éloignant de la ville en direction de deux ilots sur le fleuve, par lesquels on peut rejoindre l’autre rive grâce à des petits ponts piétons. La promenade est très jolie et calme, on se verrait bien revenir le soir lorsque seront éclairés lampadaires et guirlandes lumineuses disposés sur le chemin sous les arbres.

 

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Cawdor Castle et ses Jardins

 

Pour le moment, nous avons décidé d’explorer les environs d’Inverness. Parmi la multitude de choix, c’est la Baie de Moray, s’élargissant progressivement depuis Inverness jusqu’à la mer du nord, qui nous tente. Sur le chemin, nous nous arrêtons au Cawdor Castle et, comme le château semble joli, qu’il fait beau et que nous avons le temps, nous nous payons l’accès aux jardins. Bonne idée, ceux-ci sont magnifiques, entre labyrinthe de buis, nombreux passereaux attirés par les mangeoires, parterres fleuris et arbres multicolores. Des sculptures modernes et fontaines se fondent dans le décor, et une ballade dans les bois derrière le château est même possible pour ceux qui voudraient partir à l’aventure.

 

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Fort Georges

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Moray Firth

Direction le Fort Georges en fin d’après-midi, lieu stratégique qui ferme la Baie de Moray avec le Chanonry point qui lui fait face. Nous n’avons pas prévu de visiter ce Fort type Vauban qui est d’ailleurs encore utilisé en partie par l’armée, mais comptons observer la Baie aux jumelles pour apercevoir quelques dauphins ou autres animaux marins - des sorties touristiques sont organisées au départ d’Inverness mais cette solution nous semble stressante pour les animaux et pas géniale au niveau écologique. Revers de la médaille, nous ne verrons pas plus de dauphins que de Nessie, mais profiterons d’un splendide paysage marin sous une lumière assez extraordinaire.  Retour à Inverness où, en attendant le restaurant qui me servira un traditionnel Fish & Chips ait une place de libre, nous patienterons dans le pub d’en face où Stevie Rebel reprend des chansons folkloriques ou de pop moderne avec un accordéon boosté par de multiples effets et boucles enregistrées.

 

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