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Auréolée d’un succès surprise avec son premier disque, Liz Phair battait le fer tant qu’il était encore chaud et sortait dans la foulée Whip-Smart, forcément dans la lignée de son prédécesseur. Commençant par une petite mélodie tristoune en piano-voix évoquant plus que jamais Lisa Germano, Whip-Smart se révèle (dans la moitié que j’avais retenue) assez plombant, le chant grave et monocorde de Liz Phair pouvant même être souvent qualifié de bourdon. Le problème étant qu’il n’y a que trop peu de moments fun ou dynamiques pour parvenir à l’équilibre qui prévalait sur Exile in Guyville : mis à part « Supernova », seul titre efficace du lot, ou quelques passages comme le refrain de « Whip-Smart » (reprise, je l’apprends aujourd’hui, du titre « Double Dutch » de Malcolm McLaren), on ne retiendra pas grand-chose de Whip-Smart. Tiraillée entre ses aspirations, celles du label, et les contraintes de sa vie personnelle, Liz Phair mettra 4 ans à sortir un nouvel album, avec l’insuccès que l’on a vu en cassette 083.

 

 

 

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Sur le Garage Inc. de Metallica vu il y a deux épisodes, figurait la reprise de « Loverman » de Nick Cave & the Bad Seeds. Dans le livret, James Hetfield expliquait ce choix, citant Let Love In comme l’un de ses disques favoris. C’est ce qui me poussait sans doute à l’emprunter à la médiathèque (bien que ma récente découverte d’un Murder Ballads qui m’avait complètement captivé ait certainement dû aussi peser dans la balance). Le comble est que je ne retenais sur mes cassettes ni la reprise de Metallica, ni le morceau original de Nick Cave. Et là vous vous dites, c’est quoi ce blaireau qui n’a pas apprécié d’emblée un morceau aussi énorme que « Loverman » ? Il y a quelques albums à côté desquels je suis complètement passé sans véritable raison, et j’avoue humblement que Let Love In est de ceux-là. En réalité, mis à part le country noise « Thirsty Dog » (genre de titre qui a du bien influencer un certain David Eugene Edwards), je n’avais retenu que la moitié mélodique et lancinante du disque, brisant l’équilibre qui le plaçait en véritable charnière entre les deux époques alors assez distinctes de la carrière du Cave. 

Je pense que, tout à ma fascination du Murder Ballads, j’avais simplement voulu retrouver son ambiance dans le Let Love In, trouvant mon bonheur dans les superbes mélodies de piano émaillant les ballades y figurant (ce « I Let Love In »  sonnant comme un traditionnel, avec ses fabuleux chœurs !). Je m’aperçois d’ailleurs que Let Love In préfigure à plusieurs reprises son illustre successeur, « Do you Love Me ? » racontant exactement le même genre d’histoires d’amour sanglantes (on peut déjà y entendre le vers qui deviendra la maxime du Murder Ballads : All things move toward their end). Ce titre d’ouverture est repris dans une version crépusculaire pour clôturer un album que je reconnaitrais plus tard comme un chef d’œuvre. Il faudra attendre pour cela 2008 et ma découverte du Golb, où j’avais posté sous l’article intégrale de Nick Cave un commentaire avouant mon indifférence pour Let Love In. Thom, grand spécialiste de l’artiste, m’avait sincèrement fait part de son étonnement, attendu qu’absolument tous les amateurs de rock qu’il connaissait l’adoraient. Ce n’est pas ce qui m’avait convaincu (il reste quelques artistes unanimement adulés que je n’aime pas), mais la réécoute pour en avoir le cœur net qui s’en était suivi avait été suffisante : j’avais immédiatement acheté le disque en me demandant ce qui m’était arrivé, 9 ans plus tôt, lorsque je l’avais découvert.

 

 

 

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Il y a un autre album que j’ai loupé, mais ce n’est pas exactement pour les mêmes raisons. En 1993 s’est produit l’un des pires matraquages radiophoniques que le rock ait jamais connu : « Cannonball » des Breeders. J’ai développé une allergie viscérale à cette chanson déjà répétitive à la base (1), et j’ai refusé d’écouter Last Splash pendant de nombreuses années. En 1999, lors de l’enregistrement de cette cassette, j’ai vécu à Annecy pour un stage qui inaugurait mes deux dernières années d’études dans une Ecole d’Ingénieur intégrée après ma maitrise de Mécanique à la Fac.  Je n’y suis resté que 6 mois, mais ce fut une période très importante et heureuse pour moi, car j’avais enfin quitté l’appartement familial pour un foyer de jeunes travailleurs : une chambre minuscule avec juste un bureau et un lit, toilettes et douches communes à l’étage, où je me sentais comme un Roi. En plus mon stage à la SNR était fort honorablement rémunéré, et j’y fréquentais de joyeux lurons dont un technicien qui passait ses journées à faire des farces (les stagiaires étaient évidemment une cible de choix). Aucun n’accordait d’importance à la musique, mais je trouvais quand même chez l’un d’eux, au milieu d’une étagère bourrée de CDs de daubes commerciales, ce Last Splash esseulé : c’est dire le carton commercial qu’avait réalisé à la surprise de beaucoup de monde (et certainement de Kim Deal elle-même) les Breeders avec leur second disque. 

Surprise, car même s’il était beaucoup moins abrupt qu’un Pod violenté par Steve Albini, Last Splash n’était pas forcément d’un accès évident mis à part le fantastique, joyeux et immédiat « Divine Hammer ». Kim Deal avait imaginé une collection de courtes chansons, alternant refrains en sourdine, explosions pop rock succédant à des intros dépouillées ou silences teintés de vagues larsens,  bricolages improbables qu’elle rehaussait à l’occasion d’une voix légèrement cassée, ce qui en accentuait le charme. Une espèce d’alchimie changeant le simple en génial, qui fonctionnerait redoutablement bien tout au long de ce disque mais qu’on ne retrouverait que rarement par la suite dans la discographie d’un groupe assommé par ce succès. La fin de l’album est particulièrement réjouissante, entre l’instru punkoide « S.O.S » et la reprise « Drivin’ On 9 » qui a toujours été l’une des ritournelles les plus guillerettes que je connaisse (2). Un petit rappel expéditif du quasi instru « Roi » (morceau aussi rock que malin), et les quatre héros malgré eux de la période post Cobain disparaitraient pendant près de 10 ans (et une centaine de cassettes). Si leur capital sympathie est toujours intact, ce qu’on a pu vérifier l’année dernière lors de la tournée supportant un All Nerve  aussi inégal qu’inattendu, leur talent s’est fortement dilué au cours des années, et Last Splash reste la seule référence des Breeders qui ne se privent pas de le surexploiter à longueur de setlist.

 

(1)    En recherche de titres connus adaptées à notre faible niveau technique, nous l’avions cependant reprise avec l’un de mes groupes d’Ecole d’Ingé, on l’appelait la chanson sans fin… 

(2)    Nonobstant des paroles pas si joyeuses qu’il n’y parait…

 

 

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Après avoir épuisé la discographie des Jesus and Mary Chain, j’empruntais cette compilation intitulée Barbed Wire Kisses et composée, comme son sous-titre l’indique, de Faces B, titres inédits ou versions alternatives. Si je n’en avais retenu qu’une grosse moitié, l’ensemble me parait de bonne qualité pour ce genre d’exercice, en tout cas assez indispensable pour tout fan (que je ne suis pas). Publié en 1988, on y retrouve l’ambiance des deux albums studio sortis alors, Psychocandy et Darklands, soit donc une alternance de titres New Wave Noisy (le très bon et quasi indus « Just out of Reach ») ou de chansons nonchalantes et sexy (la torpeur de « Psychocandy »). Entre temps les frères Reid se seront amusés à torturer la Surf Music inspiratrice à coup de saturation («explicite « Kill Surf City » et récidive sur la reprise du classique « Surfin’ USA ») et, cerise sur le gâteau, nous auront gratifiés d’une reprise personnelle du « Mushroom » de Can leur allant comme un gant.