.

Ce Samedi soir, me voici en un lieu où je ne fous habituellement jamais les pieds : les Galeries Lafayette du Centre Commercial de la Part Dieu. Aucun rapport avec ce qui va suivre, certes, mais le grand écart avec le concert de Post Punk au Sonic qui m’attend est assez symptomatique de ma schizophrénie quotidienne, et puis cela explique aussi pourquoi j’arrivais sur la célèbre péniche Lyonnaise bien plus tard que prévu, quelques minutes avant le début officiel de la première partie. Première partie dont je salue en arrivant certains des éminents membres, puisqu’il s’agit des amis  Rank qui en tauliers régionaux ont été appelés une fois de plus par le Sonic pour assurer cette date Sold Out depuis un moment. Je connais pas mal de monde dans le public, entre les potes de Denis, Maxime qui s’est trouvé une place in extremis et Damien, exceptionnellement libre de toute contrainte familiale : de quoi passer un bon moment avant le début du concert, alors que la salle se remplit doucement pour finalement atteindre sa jauge maximale et conférer au lieu des allures de sauna rock’n roll (venu en métro, j’en suis quitte pour garder pull et blouson au milieu d’une fosse aussi dense qu’agitée).

 

00

 

C’est des Rank motivés et en confiance, après leur concert remarqué en Belgique, qui montent sur scène et entament sans tergiverser leur set par « Stained », excellent morceau d’ouverture bien tendu de leur dernier album Fake Memories, bizarrement écarté lors des dernières dates où je les avais vu (1). Comme à son habitude, Rank aura mélangé des titres anciens (dont mon favori, « Over It », toujours aussi efficace), des extraits de leur dernier disque avec un « Phalenes » prolongé particulièrement intense et des nouveautés. Outre « Brain Dead » et « Awesome » déjà bien rodés, j’aurai le plaisir de découvrir « Vorace », inédit en français qui s’affirme déjà comme l’un des sommets d’une setlist pouvant même se permettre de se passer du tube « Sixteen » pour être parfaite. C’est avec un « Wired » qui gagne en intensité ce qu’il perd en tempo  que Rank achève un concert assez court mais d’autant plus marquant, le groupe ultra carré n’ayant laissé passer aucune des imprécisions entendues occasionnellement lors de quelques prestations passées. Seul bémol, le son du clavier qui, souvent trop faible, parfois un peu trop en avant, nécessiterait quelques réglages afin de mieux profiter des trouvailles qui nous sont parvenues sur certains titres.

 

DSC_4213

 

La présence de Rank en première partie était un joli bonus puisque j’avais de toute manière prévu de me rendre au Sonic pour voir Fontaines D.C., groupe dont je n’avais pourtant pas entendu la moindre note ; En réalité, c’est un nom que j’ai vu continuellement associé à celui d’Idles, depuis qu’en grand fan du Brutalism je m’étais inscrit au groupe AF Gang sur facebook. Les dithyrambes étaient telles que je prenais ma place d’emblée, guère surpris de voir le concert afficher complet. Comme me le firent remarquer plus tard mes camarades, ce n’était pas si évident dans la mesure où Fontaines D.C. n’a pas encore sorti de disque, à peine une poignée de chansons sur quelques EP confidentiels. Mais leur réputation avait bel et bien traversé les frontières, et je décidais d’attendre cette soirée pour en avoir le cœur net. Premier constat, les cinq Irlandais ont la gueule de l’emploi et respectent les fondamentaux : ils sont très jeunes, ont fait un concours de défonce (le bassiste a gagné) et le chanteur a une belle tête de connard.

C’est les yeux dans le vague qu’ils entament leur set sur le rythme martial de « Big », punk expéditif annonçant au monde entier qu’ils veulent être des Grands du rock. Un coté Clash renforcé par le rythme chaloupé du morceau suivant, « Sha Sha Sha », plaisant mais assez éloigné de ce à quoi je m’attendais. C’est « Too Real », magnifique punk mélodique et mon morceau favori de la soirée, qui lancera les hostilités et me confirmera que je suis au bon endroit. Les Fontaines D.C. jouent juste et bien, et si Damien les trouvera un tantinet brouillons, je pense que c’est le moins qu’on puisse attendre d’un combo de gamins élevés à la Guiness et à the Fall. Par la suite, le groupe alternera des brulots saturés et des chansons au tempo plus lents qui, si elles semblent moins percutantes en live, laissent deviner des mélodies et des textes qu’il sera intéressant de creuser lorsque le disque sera sorti. A partir d’une inspiration Rock N Roll très classique, les Fontaines D.C. auront su proposer des compositions assez variées, entre hymnes expéditifs et boucles plus répétitives, et la petite heure de concert sera passé extrêmement vite (ils ont dû jouer la totalité des morceaux qu’ils avaient en magasin). C’est sur un traditionnel Irlandais, « Dublin City Sky », qu’ils concluront joliment leur set, appuyant une subtilité entrevue lors de cette soirée qu’on ne leur aurait pas forcément prêté au premier coup d’œil. 

Les copains semblent avoir autant apprécié que moi la bouillante prestation des Irlandais. Nous nous interrogeons sur leur avenir qui, passé un premier album certainement imminent et réussi, pourrait aussi bien les confirmer comme des piliers de la nouvelle scène post punk (à l’image de Protomartyr, Parquet Courts ou Idles) ou les voir s’écraser le pif dans un caniveau Dublinois. Voici en tout cas une belle soirée pour picoler, mais c’est la sagesse qui l’emporte de mon côté : s’agirait pas que j’aie la gueule de bois un dimanche complet où je suis seul avec les trois gosses. Putain de schizophrénie.

 

(1)    Au Farmer en Mars 2018, puis à La Triperie en Juin lors de notre date commune. 

 

Setlist Rank : Stained – Brain Dead – Draw the Line – Phalenes – Vorace – War is Declared – Awesome – Over it – Wired 

Setlist Fontaines DC : Big – Sha Sha Sha – Too Real – TV Screens – Hurricane Laughter – Roy’s Tune  – the Lotts – Chequeless Reckless – Liberty Belle – Boys in the Better Land  – Dublin City Sky