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Après l’excellent « Thank You » de Led Zeppelin, avec un solo de Jimmy Page que le petit Slash a du étudier sous ses moindres coutures, tant on y décèle ce qui sera le jeu et le son qui feront sa légende, je crois poursuivre sur la lancée des BBS Sessions avec de jolis arpèges légèrement dissonants. Les grosses guitares et le chant qui interviennent soudainement me détrompent : il s’agit bien de l’album de Creed qui a débuté.  Sorti en 1997, My Own Prison va faire un énorme carton aux USA et propulser le groupe en fer de lance du revival grunge, 3 ans après la mort de Mister Cobain. C’est d’ailleurs l’un des reproches (injuste, évidemment) que ses détracteurs feront au groupe que de piller l’héritage d’un mouvement encore en deuil. Musicalement, Creed marche plutôt sur les plates-bandes d’Alice in Chains, avec des guitares bien lourdes, une basse très présente (quatuor à une seule guitare) et un chanteur qui, s’il n’a bien sûr pas le charisme de Layne Staley, est loin de démériter dans le registre torturé. Au niveau des compos, c’est du solide, avec des riffs bien troussés et une puissance digne du meilleur rock alternatif de cette époque, deux chansons étant d’ailleurs restées ancrées dans ma mémoire alors que je n’ai pas écouté ces cassettes depuis des lustres (« My Own Prison » et « What’s this Life For »).

Mais la vraie particularité du groupe, que j’ignorais d’ailleurs en empruntant l’album, c’est qu’il se revendiquait chrétien ! S’il y a peut-être quelques pistes dans les paroles (rappelons que je m’y intéresse rarement), rien dans la musique ne l’indique : on cherche désespérément la moindre trace d’espérance, vertu première de tout chrétien qui se respecte,  dans ce sombre torrent de décibels, mis à part quelques embellies groovy sur « Sister ». On est plutôt dans le registre du peuple couvert de cendre qui crie vers un Dieu inaccessible, tel que décrit dans certains passages bien glauques de la Bible, en témoignent des titres comme « Torn » ou « Bound & Tied ». Si aux Etats Unis (contrairement à la France) se revendiquer chrétien peut être un bon plan commercial, il y a aussi deux revers à la médaille. Premièrement se faire cracher dessus par les prétendus authentiques rebelles (Marilyn Manson, forcément, était particulièrement virulent à leur encontre) et gardiens du temple grunge, et deuxièmement ne pas avoir droit au moindre faux pas. C’était couru d’avance, le chanteur et leader Scott Stapp, aux prédispositions dépressives certainement déjà amorcées à la formation du groupe tant elles transparaissent sur My Own Prison, explosera en vol suite au succès et se fera toper la main dans le sac à paradis artificiels, ce qui est génialement rock n’roll sauf quand on s’est présenté en bon soldat d’une quelconque religion. Une situation intenable qui aboutira sans surprise à la fin rapide du groupe après trois albums, mais nous verrons ceci prochainement puisqu’ils figurent tous sur ces cassettes… 

 

 

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Sur la pochette, Nick Cave a la tronche d’un gars qu’on aimerait pas croiser le soir dans une rue déserte. Et c’est pas ce qu’on entend en entrant dans l’album qui va nous rassurer. Le mec a le chant qui déraille, il clame d’une voix lugubre des chansons où le sang gicle, où les femmes te bouffent l’esprit et portent malheur, et où il y a toujours un homme de Dieu pour te rappeler d’un seul regard que tu viens de te damner pour perpète. Avec les chœurs hantés de ses sbires et le rythme entêtant d’un groupe assez minimaliste (pas mal de guitare acoustique), on peut dire que dans ses sommets Henry’s Dream est inoubliable. « Papa won’t leave you, Henry » bien sûr, et  « Brother, my cup is empty » qui est du même bois, avec un peu d’alcool pour oublier parce que c’est pas une vie ces villes où il pleut tout le temps et où la poisse a installé ses pénates. Une jolie ballade d’amoureux aussi, « Straight to you », quoiqu’avec Nick Cave il faut s’attendre à tout, si ça se trouve il est en train de chanter un poème à une femme qu’il vient de butter… Après, j’avais pas enregistré deux titres, et il y en a deux autres que j’avais complètement oublié. « John Finn’s Wife » l’histoire est sympa (ah ah) mais je sais pas, c’est quoi cette fin chelou ? Ca reste entre nous, hein, c’est un coup à se retrouvé la gorge tranché net par le Cave ou pire, un de ses fans qui vénérera forcement ce disque… moi c’est presque ca mais pas tout à fait, il faudra attendre le prochain, Let Love In, pour que je bascule. Mais il reste « Jack the Ripper », ses choeurs d’outre-tombe, et ce chant malsain qui oscille, et ce riff qui t’appelle et ne te lâche plus. Oh non, Papa won’t leave you, plus jamais. Ah moins qu’une fois de plus, le destin….