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Sans attendre, je continuais de creuser l’age d’or de Yo La Tengo en empruntant tous les albums qui me tombaient sous la main. Succédant au déjà divin May I Sing with Me qu’on verra dans quelques épisodes, Painful pourrait assez bien être résumé par la double interprétation du titre « Big Day Coming », d’abord en version lente et calme s’étalant sur 7 mn pour débuter l’album, puis en noise énervée et répétitive sur moitié moins de temps pour le conclure. Ainsi Yo La Tengo s’amuse à projeter l’auditeur dans des ambiances radicalement différentes, depuis la douceur infinie de chansons pop mélodiques telles que « A worrying Thing » jusqu’à la nervosité noise d’un « From a Motel 6 » flirtant avec le Krautrock. La guitare saturée partage l’affiche avec un orgue parfois énervé (« Sudden Organ »), souvent mélancolique, la tempête succède au calme, réjouissant le fan de rock alternatif que je suis alors depuis quelques années déjà. Et puis, comme d’habitude, le merveilleux trio réserve sa pépite en final, avec l’instrumental « I Heard You Looking » qui nous transporte loin dans une boucle onirique se chargeant au fil des minutes en électricité, genre de morceau qui pourrait se poursuivre à l’infini sans que la moindre lassitude ne pointe. Un des nombreux grands classiques de Yo La Tengo.

 

 

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En 2002, sortent le dernier album de 16 Horsepower et le premier de Wovenhand, transition assez douloureuse pour moi qui suis un immense fan du premier groupe. Le décevant Folklore, sorte de compilation minimaliste, a tout d’un chant du cygne et la création d’un nouveau groupe par David Eugene Edwards enterre mes espoirs de voir un jour sur scène les fabuleux 16 Horsepower. Composé et interprété quasi intégralement par le seul DiEu, Woven Hand est pourtant un bon album marchant dans la lignée du Secret South, sans en atteindre l’intensité rock excepté sur quelques extraits (« Your Russia » où batterie et Slide guitare évoquent furieusement le trio original franco-américain). Seul à la manœuvre, DiEu se concentre sur des ambiances plutôt calmes et sombres, où le banjo et les claviers ont la part belle. C’est donc un disque de country aux tempos lents inaugurant une discographie riche qui se durcira progressivement jusqu’à une homogénéisation rock bourrine qui finira par me lasser. Rien de tel pour le moment, et l’on savourera les belles mélodies de guitare (« Glass Eye ») ou de piano (« Arrowhead ») d’un coup d’essai maitrisé mais un poil timide. Le meilleur sera à venir, comme on le verra dans quelques épisodes.

 

 

 

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J’ai déjà raconté en ces pages la grosse baffe de ma découverte de Dionysos sur la scène du Brise Glace à Annecy, lors de la tournée Haiku en 1999. Il y avait eu deux groupes en première partie dont l’un, Citron, originaire de Valence aussi, m’avait bien plu, suffisamment en tout cas pour que je me mette en quête d’emprunter leur premier album, assez difficile à trouver si j’en juge le temps qu’il me fallut (deux ans environ). Il faut dire que Citron est resté un groupe ultra confidentiel, et on se dit que c’est bien dommage quand on réécoute ce Phonograma pétri de qualités et de références variées qu’on prend plaisir à identifier au fil des chansons. On y entend la crème du rock indé fin 90’s, Beck pour les bidouillages folk et les samples, le rock foutraque des Dandy Warhols des premiers albums et plus encore le psychédélisme déjanté des Mercury Rev de David Baker, toute l’imagination du rock alternatif qu’on pouvait trouver à l’époque sur les groupes les plus obscurs de mon cher label Matador. En cela le rapprochement avec le Dionysos de Haiku ou Happening Songs se fait assez facilement, encore plus lorsque les claviers s’envolent façon thérémine ou sur les deux extraits chantés en français - c’est flagrant sur « Anniversaire » qui ressemble énormément à « Pyjama » de Dionysos, un peu moins sur « Thé Vert » qui fait plus penser à un Etienne Daho bancal et qui paradoxalement est la seule chanson dont je me souvenais vraiment. Dans ses meilleurs moments, Citron se montre plus mélancolique et compose des mélodies splendides, sur le long morceau « I’m a star » ou sur « Where she goes » dont les magnetos scientifiques diffusés en fond évoquent le groupe de post rock grenoblois Rien. Bref, il aura sans doute manqué à Citron la présence scénique et surtout le tube  qui propulsèrent Dionysos au sommet du rock français. En 2004, le groupe sortira un Isolationphonik encore plus confidentiel (je ne l’ai jamais vu nulle part et encore moins écouté) puis disparaitra sans laisser d’autres traces. Dommage, mais la réécoute de Phonograma m’a suffisamment emballée pour que j’essaye d’acheter ces deux albums si je les trouve un jour.