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Girls in Hawaii, ce fut d’abord pour moi le titre « Flavor », adoré d’emblée. Un morceau tendu finalement assez peu représentatif du premier disque du groupe, From Here to There, prometteur mais extrêmement inégal. A l’écoute de son successeur Plan Your Escape, on avait acquis la conviction que le groupe belge ne serait jamais en haut de l’affiche : pas de tube immédiat, pas d’inspiration géniale, trop peu de charisme. Et en même temps, une indéniable qualité d’écriture, une pop modeste traversée de mélodies lumineuses qu’il faisait bon retrouver de temps en temps. Est ce pour cette accessibilité, pour ces disques imparfaits donc humains, que Girls in Hawaii me devint extrêmement sympathique, à moins que ce ne fut pour l’amusant épisode où le groupe intégra une dizaine de minutes Fred Courant sur la scène des Eurockéennes pour le tournage d’un épisode de C’est Pas Sorcier ?  Toujours est il que je fus assez touché d’apprendre le décès du batteur du groupe - me posant même l’absurde question, pourquoi eux ? - espérant sans trop y croire que le groupe pourrait s’en remettre et reprendre une discographie sans doute dispensable au plus grand nombre, mais trop injustement interrompue à mes yeux.

 

Cinq ans après voici donc Everest, nom si symbolique de l’obstacle à priori inaccessible, et finalement vaincu (1). La déception de la première écoute est à la hauteur de la joie qu’on avait mise dans les retrouvailles. On ira même jusqu’à préférer initialement  le disque bonus qui compile inédits et Faces B depuis les débuts (2), ce qui n’est franchement pas bon signe. C’est que depuis le temps, on avait oublié que la musique de Girls In Hawaii n’est pas immédiate, qu’il faut se mettre à sa hauteur, à son tempo. Encore plus pour Everest, son chant souvent parlé, ses éclairs qui mettent du temps à illuminer des compositions nuageuses, ses sonorités inhabituelles mais mieux maitrisées que précédemment (« Wars », jolie conclusion spectrale). Si l’ombre plane, donnant des reflets Linkouséens à certains titres (l’intro low-fi « the Spring » ou « Here I Belong » et son chant désabusé), Girls in Hawaii à évité à juste titre d'aller contre sa nature et de sortir un disque plombant : la pop règne toujours en déesse, à l’image de l’accrocheur single « Not Dead » ou de l’émouvant « Misses ». Après avoir fait tourner le disque suffisamment longtemps pour être bien certain de ne le juger que par ses qualités intrinsèques, et non symboliques, on en vient à sacrément le réévaluer, même si l’ensemble est malheureusement irrémédiablement terni par la faute de gout que constitue la mielleuse balade « Head On ». Imparfait et cherchant toujours une véritable identité, mais dans une bien moindre mesure que sur les deux précédents albums, Girls In Hawaii est dans tout les cas de retour parmi les invités réguliers de ma platine, un retour qui fait plaisir et qu’on fêtera dignement début décembre à l’Epicerie Moderne.

 

 

(1)   Un célèbre groupe miné par les querelles internes, incapable de donner suite à sa légendaire discographie, s’était remobilisé pour finir sa carrière sur un dernier coup d’éclat, qui devait s’appeler Everest. Et qui s’appellera finalement Abbey Road….

 

(2) Quitte à acheter le disque, je conseille d'ailleurs vivement l'édition comprenant ce disque bonus, qui contient pas mal d'excellents titres et montre surtout que les influences de GIH sont aussi diverses que bonnes...