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Aidan MOFFAT & RM HUBBERT - Here Lies the Body

 

Après le split d’Arab Strap, j’ai suivi épisodiquement la carrière solo des deux membres du groupe. Si Malcolm Middleton est progressivement devenu l’un de mes artistes favoris (notamment après A Brighter Beat et surtout Waxing Gibbous, dans ma short list de la décennie), j’ai peu à peu cessé d’écouter les productions d’Aidan Moffat. Trop expérimentales, trop basées sur le texte et non sur la musique, pas assez accrocheur à mon oreille. Deux évènements sont venus réveiller mon intérêt pour le chanteur : sa participation à l’album Infinite de Yann Tiersen sur « Meteorite », qui m’a rappelé combien cette voix, cet accent, cette poésie noire et/ou charnelle me manquait. Et un titre paru sur le net en collaboration avec RM Hubbert, guitariste que je connaissais pour l’avoir vu en première partie de Mogwai au Transbordeur.  Le morceau était une vraie merveille laissant supposer qu’Aidan Moffat avait enfin trouvé un nouvel instrumentiste à la hauteur de ses textes et de son phrasé inimitable.  Restait à confirmer que ce n’était pas qu’une étincelle, et que le duo brillerait sur l’étendue d’un album. 

Here Lies the Body fait mieux que tenir ses promesses. Lancé par un fameux « Cockrock », qui ressuscite Arab Strap par l’entremise d’une voix féminine donnant la réplique à Aidan Moffat pour une histoire de sale rupture aux cicatrices irrémédiables, l’album se tient suffisamment près du légendaire  ton grinçant du groupe écossais pour ravir le fan tout en sachant s’en affranchir, notamment grâce à des rythmiques flamenco savamment dosées par un RM Hubbert virtuose, tout en sobriété mélancolique. L’album affiche aussi une belle cohérence, avançant entre chiens et loups, dans une pénombre où l’on devine de vagues silhouettes fantomatiques (cf la pochette, bien réussie). Le titre d’ailleurs est trompeur, et si les histoires d’amour foireuses et les manipulations ne manquent pas, le Corps ici allongé ne l’est pas pour des motifs sexuels, mais en raison de la mort d’un couple, au moins au sens figuré (« Keening for a Dead Love »). D’où l’urgence de vivre l’instant présent, de prendre ce qui est à prendre, corps et âme, tant qu’il est encore temps (« Party On », seul morceaux aux accents vaguement pop). Avant que la trahison ou pire, l’usure, n’ait raison de l’amour (magnifique ballade « Everything Goes »,  dont le texte résigné est un diamant terne comme seul Aidan Moffat pouvait en ciseler). 

Il est assez mystérieux de comprendre l’attirance éprouvée pour ces individus blasés,  ce voile levé sur de mornes histoires, cette façon toujours grise de voir les choses. Même les étoiles filantes. (« She thinks she sees a shooting star, but she’s not sure enough to wish. But what’s a shooting star anyway? It’s just a burning boulder, just an unwelcome stone »). Quant au fait de prendre un plaisir croissant et renouvelé à l’écoute de Here Lies the Body, l’explication coule de source: c’est un disque unique et superbe.

 

 

 

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MOANING - Moaning 

 

 En réalité, je n’ai été que partiellement conquis par ce premier album sans titre de Moaning. Oscillant entre post punk, rock alternatif et shoegaze, le jeune groupe de Los Angeles est capable de fulgurances noisy irrésistibles, mais peut parfois proposer des morceaux beaucoup plus convenus, voire quelques couplets de shoegaze ramolli et fade comme on en entend malheureusement beaucoup ces dernières années. Alors pourquoi l’évoquer sur ce blog ? Tout d’abord pour la prestation plus que convaincante livrée par le trio au festival TINALS cette année. Energique, tendu, le concert a beaucoup moins arpenté  les sentiers rebattus que ce que le disque ne le laissait supposer. Et puis Moaning contient quelques brulots magnifiques, comme le morceau d’ouverture « Don’t Go », l’explosif « Does this work for you » ou « Artificial », condensé d’émotion et de rage bien parti pour figurer dans mes titres favoris de l’année. Un peu à la manière de « the Wall » figurant sur Yuck, premier album inégal sur lequel on avait décidé malgré tout de s’enthousiasmer. On espère vivement que Moaning aura un autre destin que Yuck, groupe en perdition dès leur disque sorti, et que Sean Solomon marchera plutôt sur les glorieuses traces des références qu’on lui avait prêté à Nîmes, fasciné par son charisme et son attitude aussi torturée que goguenarde.

 

 

 

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Ray LAMONTAGNE - Part of the Light

 

Deux ans après le splendide Ouroboros par lequel je l’avais découvert, Ray Lamontagne revient avec Part of the Light, un album forcément lumineux, toujours dans la même veine d’un classicisme classieux. Par des arrangements subtils, une voix à l’onirisme bien dosé, et l’incorporation de quelques passages plus énervés, l’Américain évite avec élégance un coté plan-plan souvent ressenti à l’écoute de certains disques de folk rock bluesy.  On est happé par une douce mélancolie des premiers accords de guitare acoustique de « to the Sea » jusqu’aux derniers élancements électriques de « Goodbye Blue Sky », un artwork magnifique achevant de consacrer le vinyle de Part of the Light comme objet indispensable de l’année.