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Cette année encore, je guettais avec impatience la programmation du This Is Not A Love Song, TINALS de son petit nom. La frustration avait été grande l’année dernière de ne pas y participer tant ce festival est convivial et agréable, mais la programmation y était vraiment trop inintéressante. La première annonce 2018, quoique très loin des géniales éditions 2015 et 2016 - genre d’affiches dont il faudra, à priori, faire son deuil – contenait quelques noms intéressants qui me tentaient, mais il manquait encore le truc pour me faire craquer. Parallèlement à ça, je cherchais par tous les moyens à voir Idles en concert. Il faut savoir que Brutalism est sans doute le seul album depuis une quinzaine d’années que j’aie véritablement écouté jusqu’à l’écœurement, aussi étais je désespéré de voir que malgré une tournée gigantesque, aucune date ne passait à une distance respectable de Lyon. J’avais envisagé plusieurs voyages, découragé à chaque fois par le cout et l’organisation, et m’étais presque résolu à prendre un billet à Rock en Seine, à la programmation pourtant infecte, lorsque la nouvelle que j’attendais tomba (tardivement) : Idles était annoncé au TINALS ! Je me ruais donc sans réfléchir plus avant sur un Pass 3 Jours. Tant pis pour les têtes d’affiche moyennes, les découvertes pour lequel ce Festival est assez doué compenseraient. Tant pis si personne n’était intéressé pour m’accompagner, le but était aussi de faire un bon break, la solitude étant un luxe rare dans ma vie actuelle.

 

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En ce vendredi soir, je me retrouvais donc  sous un beau soleil en terrain connu à Nîmes, dans cette ambiance à la fois festive et paisible. Toujours ce parc joliment décoré, ces lieux arborés où se poser tranquille, ces coussins moelleux, cet indispensable vestiaire aux toujours souriantes tenancières, ces couronnes de fleurs qui parent bientôt une grosse partie des festivalières donnant au lieu un côté onirique et irréel. Le public est extrêmement hétéroclite, notamment au niveau de l’âge : on croise vraiment des personnes de 7 à 77 ans.  Seul changement apporté, la petite salle intérieure qui n’accueille plus de concerts (certainement pour des raisons de sécurité), et une nouvelle scène de taille moyenne (appelée Bamboo) en extérieur, à proximité de la petite scène déjà existante auparavant (la Mosquito). Le TINALS a appris des précédentes éditions, les légers disfonctionnements qu’on avait regrettés à l’époque ayant tous été corrigé, offrant une organisation sans aucune faille tout au long du week end.

 

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Me voici donc avec une bonne pinte attaquant ce marathon musical devant MUMMY'S GONE, trio local de folk, batterie/guitare/violon. On est dans un registre de chanson délicate, évoquant par moment Sparklehorse, sauf pour le chant qui, loin d’être fragile, a cette chaleur qu’on retrouve par exemple chez Jose Gonzales. Les compositions ne sont pas d’une originalité folle, mais l’ensemble est assuré et plaisant, c’est en tout cas une très belle entrée en matière, histoire de se chauffer doucement les oreilles et de finir de se mettre l’esprit en vacances.

 

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Direction le Patio, la bien nommée petite scène extérieure nichée au cœur du bâtiment de la Paloma,  pour assister au concert du quatuor Japonais  DYGL. Si le guitariste arbore un T Shirt Metallica et le batteur un Portishead, on ne pourrait trouver références plus éloignées de la musique proposée. En réalité, DYGL envoie un rock hésitant entre la pop et le garage, de joyeuses chansons au tempo relevé qui emporteront l’adhésion d’un public assez nombreux et participatif. Les jeunes musiciens semblent aussi surpris que ravis de l’accueil qui leur est fait, en tout cas la bonne humeur est visible tant sur scène que dans la fosse.

 

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Pas grand-chose à suivre, on retourne vers la Mosquito pour WARMDUSCHER, groupe prétendument Punk dont l’écoute portée à l’album Whale City  ne nous avait pas vraiment convaincu. C’est typiquement le groupe qui s’appuie plus sur son look et son charisme que sur ses chansons, d’ailleurs je n’ai déjà plus beaucoup de souvenirs de ce qu’ils ont joué. Entouré par un solide bassiste et un guitariste en costard à la gueule soigneusement enlaidie par une coiffure de junkie, le chanteur arborant chapeau de cow boy, lunettes de soleil et longue gabardine gueule dans son micro et harangue la foule sur fond de saturation parfois un peu facile. Cependant suffisamment intéressant, ou fun, pour que je reste jusqu’à la fin du set.

 

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C’est l’heure d’un des rares choix épineux de la programmation. Sur la grande scène Flamingo, le légendaire BECK, que je connais peu (pour tout dire j’apprécie surtout Sea Change) et dont les derniers disques n’ont pas soulevé l’enthousiasme, mais que je n’ai jamais vu - sur la scène Bamboo les punks de Flat Worms dont l’album éponyme sorti l’année dernière m’avait assez emballé lorsque je l’avais écouté en prévision du festival. Je choisi finalement la légende, je n’aurai peut-être pas d’autre occasion de le voir, et puis les découvertes bruyantes ne manquent pas à l’affiche les prochaines soirées. Me voici donc arrivant juste à temps pour voir un Beck chapeauté entrer sur scène juste après son groupe. Le dispositif est impressionnant, 7 musiciens (dont 4 qui ne servent pas à grand-chose, avec la choriste blonde canon de service prenant la pose avec tout plein d’instruments différents), une scène à deux étages, un affichage numérique gigantesque, bref un concert spectacle qui promet d’en mettre plein la vue. J’ai pas mal de doutes en voyant tout ce cirque, mais je suis rassuré par le « Devils Haircut » inaugural, qui a l’avantage d’être un titre que je connais et apprécie. Je vais pourtant me décomposer au fil des chansons suivantes. S’il y a un moment où je peux apprécier de la pop commerciale, c’est bien dans cette ambiance chaleureuse, entouré de jeunes filles en fleur et avec quelques pintes dans le museau. On peut dauber sur Coldplay, leur coté lisse, gentil, inintéressant : les chansons de Beck ont ceci de pire qu’elles sont vraiment moches, même avec la plus grande ouverture d’esprit possible. J’insiste, ne pouvant pas croire que celui qu’on célèbre comme un génie, qu’on présente souvent comme  le plus grand précurseur des 90’s, en soit réduit à cette prestation que seule une pension alimentaire dithyrambique pourrait excuser.

 

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C’est au bout d’un bon moment d’ennui et d’effarement que je me souviens soudain de FLAT WORMS, et que je bats en retraite.  Si selon le programme il me reste encore une bonne demi-heure de punk à savourer, je n’aurai de manière incompréhensible qu’un seul morceau à me mettre sous la dent. De quoi vraiment alimenter mes regrets car le trio américain termine son set, qu’on imagine intégralement relevé de la sorte, par une tuerie mettant moins de 3 secondes à m’emballer. Grosse déception d’avoir manqué ça, j’espère qu’ils passeront vers Lyon pour une prochaine tournée. Du coup je retourne vers la grande scène et écoute de loin la fin du concert de Beck. J’entends des bribes de « Miss You »  (assez emblématique qu’il ait choisi ce titre putassier parmi les tubes des Stones) et de « Once in a Lifetime », plutôt sympa mais c’est juste un extrait, avant un « One Foot in the Grave » bluesy (harmonica / guitare) démontrant que l’épure sied bien mieux à Beck.

 

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Quelques mètres de côté et me voici de nouveau devant la Mosquito, pour le concert de MOANING, dont j’avais trouvé le premier album sorti cette année sur Sub Pop intéressant mais inégal. C’est un trio très jeune et assez atypique qui investit la scène, les T-Shirts arborés étant cette fois plutôt représentatifs de la musique du groupe. Le bassiste est un métis élancé avec un T-Shirt de Warsaw, pour le côté post punk.  Sur celui du batteur (un gros roux barbu) on peut lire Metz, pour le côté gros rock appuyé. Quant au T-Shirt du guitariste chanteur, il représente Bart Simpson, ce qui va bien à ce gamin plein d’arrogance, sorte de mélange entre le leader de Parquet Courts et Thurston Moore, qu’il évoque par un jeu de guitare noisy, épileptique et maitrisé. Je suis embarqué dès les premières notes de « Does This Work For You », me place direct devant la scène, et prend de plein fouet un exceptionnel « Artificial ». Couplets à la Joy Division, mélange de voix morne et de basse très en avant, refrains explosifs dans un style rock alternatif 90’s, le titre me file le frisson et sera l’un des meilleurs moments du festival.  La suite du concert, quoi que moins intense, reste de très haute volée, abandonnant progressivement le post punk pour de la pop noisy énergique et démonstrative, l’ami Bart Simpson ne ménageant pas sa peine en soubresauts et matraquage de guitare. Un des concerts les plus marquants du TINALS 2018, de quoi me donner envie d’écouter plus attentivement l’album Moaning, joué quasiment en intégralité.

 

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Pas le temps de m’attarder, je file vite vers la Grande Scène où les premières notes des JESUS AND MARY CHAIN se font entendre. Je me demande si le TINALS a vraiment fait recette, car quel que soit le concert il est assez facile de se faufiler dans la fosse pour arriver à proximité de la scène. Les 5 musiciens sont habillés de noir et placés devant un écran géant indiquant simplement le nom du groupe. La sobriété est de mise, tant dans la tenue que dans l’interprétation des morceaux, une sobriété qui flirte avec le jansénisme. Du coup je m’ennuie un peu, surtout que je reconnais peu les titres (à l’exception évidente de « Head On »), ce qui est frustrant dans la mesure où j’ai récemment révisé Jesus au travers des chroniques de mes vieilles cassettes. A ma décharge, le son est terriblement mauvais, on n’entend que la basse et la grosse caisse, ce qui est évidemment très dommage pour un groupe fondé sur la guitare solo de William Reid et le chant nonchalant de son frangin Jim (une voix très faiblarde d’ailleurs, ce qui n’arrange rien). « Between Planets », une chanson que j’aime beaucoup, est ainsi passablement gâchée par le fait que j’entends très peu le terrible riff de guitare du refrain, qui fait une bonne partie de son sel. La fin du set est plus sympathique, par l’enchainement de tubes qu’elle propose, « Some Candy Talking », « Halfway to Crazy » et l’irrésistible « Just like Honey » passant comme une lettre à la poste. Après cette pause sucrée, les Jesus and Mary Chain remettent le potard à fond et terminent sur un déluge de décibels. « I Hate Rock N Roll », clament-ils,  et pour cette soirée on ne mettra pas leur parole en doute.

C’est sur ce concert pas vraiment enthousiasmant que se termine une journée en demi-teinte, dont on retiendra surtout la prestation de Moaning, et où le coté apaisant d’une journée ressemblant à la première d’une longue pause bien méritée et quelques concerts sympas auront rattrapé l’ennui ressenti devant les têtes d’affiche. 

 

 moaning 2

 

Setlist de Beck (celle du Titanic festival, probablement très proche) : Devils Haircut - Up All Night – Wow - Mixed Bizness – Colors – Debra - Raspberry Beret – Dreams – Girl – Loser - E-Pro - Where It's At - One Foot in the Grave

 

Setlist de Moaning:  Does This Work For You – Artificial – Close – WSU – Tired - For Now – Misheard ? - Don't Go - The Same - Somewhere In There

 

Setlist de Jesus and Mary Chain (celle du Bearded Theory festival, probablement très proche) : Amputation - April Skies - Head On - Blues From a Gun - Black and Blues - Far Gone and Out - Between Planets - Cherry Came Too - All Things Pass - Some Candy Talking - Halfway to Crazy - Just Like Honey - Cracking Up - War on Peace – I Hate Rock N Roll

 

PHOTOS: Bandeau  - Beck 1 = Facebook du TINALS / Mummy's Gone - Flat Worms - Jesus and Mary Chain - Moaning 2 = Robert Gil / Selfie - DYGL - Warmduscher - Beck 2 - Moaning 1 = Moi (mais l'une d'elle contient un Robert Gil)

 

MUMMY's GONE:

 

DYGL:

 

WARMDUSCHER:

 

 BECK:

 

 FLAT WORMS:

 

MOANING:

 

the JESUS AND MARY CHAIN: