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Le programme de cette journée du Vendredi est clair : glander. Aussi après avoir fait un effort ultime en allant faire les courses au Super U du coin, nous décidions de renoncer à toute sollicitation extérieure et de remettre notre baignade à la piscine au lendemain. Oui, parce que notre logement qualifié de bourgeois par certains jaloux, confortablement  situé au milieu d’une calme et arborée propriété fermée (curieusement installée dans une ancienne carrière romaine), était de surcroit doté d’une grande piscine. Le lieu parfait donc, mis à part la colocation avec quelques très gros spécimens d’insectes et d’arachnides qui nous valurent notamment l’une des scènes les plus poilantes du week-end : voir Constance jaillir dans un hurlement des toilettes où elle venait d’entrer,  telle une diablesse débraillée de sa boite à ressort. Elle venait de faire connaissance avec une énorme blatte, dès lors affublée du surnom de Régine. Inutile de dire que la détestation des petites bêtes associée au véganisme chez notre camarade fut une bonne source de taquineries pour Denis et moi. L’après-midi se passait entre bouffe, discussions animées, consultation silencieuses de nos portables et une sympathique partie de Shazam. C’est un jeu de questions et de blind test sur différentes catégories musicales qui se joue à plusieurs et à la fin c’est Denis qui gagne. Bref, on est tellement bien qu’il devient difficile de s’arracher à notre jardinet et que nous arrivons tout juste à l’heure pour BIG THIEF, programmé à 18h40 sur la petite scène extérieure.

 

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Auteurs d’un charmant album cette année (U.F.O.F), BIG THIEF pouvait tout aussi bien me barber que m’émouvoir sur scène. Je ne pensais pas autant apprécier leur prestation, mais elle s’est avérée idéale pour ce début de soirée. La musique délivrée est une pop rock mainstream mais souvent agrémentée de passages bien tendus, qui m’évoque un peu les débuts des Cranberries. Le fait que le leader soit une frêle jeune femme lumineuse entourée de trois gars (guitare, basse, batterie) attentifs à ses moindres gestes n’y est peut-être pas étranger. Adrianne Lenker a les cheveux ras laissant entrevoir ce qui semble être une cicatrice au crane, un beau sourire malgré une dent manquante, son corps et son attitude racontent la même histoire qu’un chant qui m’embarque. Une histoire qui semble contenir son lot de blessures, dans des éclats saturés d’une guitare rageusement maltraitée interrompant parfois des mélodies simples et efficaces. Et pourtant quel bonheur de jouer montré par le quatuor, dont l’amateurisme relatif est très largement compensé par la sincérité ! Que cela fait du bien de voir un concert vivant, loin des shows formatés de bien des dates de festivals, surtout après la journée d’hier ! Le dernier titre, un « Cattails » beau à pleurer, finit de me convaincre de creuser un peu plus la discographie de BIG THIEF  (trois albums à leur actif).

 

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Avant de retourner dans la grande salle de la Paloma, nous déposons nos sacs à la consigne. Si les demoiselles des éditions précédentes ne sont plus au comptoir, l’accueil est toujours aussi souriant et sympathique, un bonus non négligeable à ce gros point fort du TINALS (quiconque a déjà pogoté avec un sac à dos sait de quoi je parle). Voici donc DTSQ, curiosité venue de Séoul qu’un coup d’œil à la pochette de leur disque Neon-Coloured Milky Way (2018) que j’avais bien apprécié suffit à catégoriser : du rock psyche. Le morceau d’introduction, « Stay Puft Marshmallow Man is Coming », est d’ailleurs parfaitement caractéristique du genre et lance idéalement le concert. Sur une base dont l’ADN est à chercher du côté des grands groupe de hard rock ou psyché des 70’s, DTSQ vient s’inspirer de sonorités plus modernes popularisées par Thee Oh Sees ou King Gizzard, auxquels ils font penser sur les tempos les plus rapides (« Mind Game »). A la manière des prolifiques australiens, le quatuor de séoul sait nuancer son propos, entre rythmique plus ambient évoquant Air (passages un peu moins convaincants que le reste) ou Krautrock étiré en développement répétitifs irrésistibles (« the Brain Song »). Le public est conquis d’autant plus que le groupe semble aussi ravi que surpris de jouer devant une telle affluence. Le souriant frontman, casquette vissé sur la tête, aura mis tout le monde dans sa poche en début de set lorsqu’il aura diffusé à l’aide de son portable quelques phrases enregistrées et traduites en français. Une attention à l’image d’un bon concert où la technique (excellente paire rythmique) n’aura jamais pris le pas sur le fun.

 

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Constance et Denis ont bien aimé aussi et sont restés comme moi jusqu’à la dernière minute. Nous marchons donc d’un bon pas vers la grande scène extérieure ou Courtney BARNETT vient d’attaquer son set. Si j’avais vraiment aimé son premier disque, j’ai trouvé assez chiant celui en duo avec Kurt Vile et le Tell me how you Really Feel  de l’année dernière, ce n’était donc pas gagné d’avance pour ce concert. Disons-le clairement, la seule originalité de Courtney BARNETT, c’est qu’elle est gauchère et qu’elle arbore une improbable coupe mulet qui n’arrive cependant enlaidir son joli minois souriant. Musicalement, on oscille entre un folk-rock stonien mid-tempo à la Liz Phair et un grunge bien énergique qui a ma préférence. Je ne m’attendais cependant pas à une telle présence, Courtney BARNETT bougeant sur scène dès qu’elle en a l’occasion (quand elle ne chante pas donc), levant haut sa guitare lors de soli exécutés à l’arrache mais sans faux pas ou haranguant le public d’un ton dynamique. La formule trio fonctionne parfaitement, les musiciens sont excellents et semblent s’entendre à merveille, je passe donc un bon moment même sur les morceaux un peu basiques. La setlist est d’ailleurs habilement construite de telle manière que le titre joué est souvent meilleur que le précédent, un crescendo finissant en apothéose sur deux tubes bien appuyés pour le plus grand bonheur d’un public enthousiaste. Je ne regrette donc nullement d’être resté jusqu’à la fin, pas plus que Denis et Constance ne regretterons de s’être rapidement enfuis pour assister à la performance de LIZZO, artiste hip-hop déjantée ayant enflammé la grande salle (La bUze a fortement apprécié aussi).

 

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Me voici donc solitaire, et, échaudé par les différents blocages de la journée précédente, je mange rapidement pour me placer bien en avance dans la grande salle ou Stephen MALKMUS est programmé. Précaution inutile, puisque Denis et Constance m’y rejoindront plus tard, mais on ne sait jamais, c’est bien ça qui est pénible avec cette affaire. Cela me permet néanmoins de me retrouver parmi un bon groupe de fans ultimes de Pavement qui causent tandis que MALKMUS fait tranquillement ses balances à deux mètres de nous. Détendu, il fait même un signe de la main à un gars qui l’interpelle, et montre fièrement le T-Shirt qu’il arbore sous une chemise à carreaux ouverte, sur lequel on croit lire Pavement. Le gars en question explique ensuite à une copine qu’à une époque il faisait partie d’un tribute band nommé Lavement (d’où la poire sur le T-Shirt, je m’en rends compte maintenant), qu’il en a offert un T-Shirt à MALKMUS et que ce dernier l’a mis ! (1) C’est dire la coolitude du gars, le genre de mec qui n’a tellement plus rien à prouver qu’il peut tout se permettre. Son groupe est tout aussi détendu, la bassiste affiche un sourire goguenard aux pitreries de son leader et du claviériste/guitariste rigolo, tandis que le batteur avoine son instrument avec un large sourire et un ventilateur dans la gueule qui fait flotter sa tignasse.

 

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Les JICKS ne sont pas forcément meilleurs musiciens que Built to Spill, leurs compositions ne volent pas à des kilomètres au-dessus, mais les deux concerts n’ont absolument rien à voir. Stephen MALKMUS and the JICKS déroulent une setlist essentiellement composée de titres de Sparkle Hard (album que j’avais assez aimé, à l’inverse du disque solo de cette année), qui prennent une ampleur supplémentaire sur scène. J’aime le jeu de MALKMUS, dans ses arpèges les plus mélodiques (ceux de « No one is » qui introduisent le concert par exemple), dans ses solos improbables et surtout dans la manière qu’il a de diriger des chansons vers des contrées inattendues, pics de décibels et de roulements alternant avec passages feutrés, comme sur le final exceptionnel de « Kite ». Certains titres évoquent furieusement Pavement (« Shiggy », « Middle America »), d’autres lorgnent vers le rock progressif (« Future Suite »), quasiment tous m’ont plu, notamment un « Cast Off » confirmant que MALKMUS est le seul artiste à pouvoir chanter aussi faux avec classe. Ninie est à fond tout du long, des étoiles dans les yeux et le sourire au bec en fixant son idole, c’est émouvant à voir. On regrettera simplement que le concert ne se soit pas achevé sur un titre aussi intense que « Baltimore » plutôt que sur la bancale ballade « Freeze the Saints » et le banal « Difficulties/Let them eat Vowels » finissant dans une queue de poisson qui arrache un rire au groupe et  un commentaire acerbe à Denis, revenu avec Constance d’un James BLAKE que je ne serais allé voir pour rien au monde.

 

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Mine de rien, IT IT ANITA est peut-être le concert que j’attends le plus du festival. Je ne les ai jamais vus et leur album Laurent, qui n’a fait qu’une brève apparition dans mon top 2018 pour cause d’écoute tardive, n’a cessé de tourner chez moi au premier trimestre de cette année. C’est pour cette raison, et vu le bordel autour de chaque concert programmé au club (la petite salle intérieure), que je m’installe avec presque une heure d’avance devant la scène, zappant le blues créole de DELGRES que je serais bien allé écouter par curiosité. Quasiment tous les copains ont fait le même pari gagnant, notamment Maxime et son groupe de potes, déjà croisé à plusieurs reprises pendant le festival. IT IT ANITA  s’échauffe rapidement avec un instrumental bien abrasif, « Tanker 2 (part 1) ». Je définirais leur musique comme du Shellac avec une touche improbable de Girls in Hawaii et de Sonic Youth. Un mélange qui fonctionne bien même si en live la part la plus large est réservée à la noise, avec pour seule respiration pop « Denial », interrompue par un instant chorale où les 4 membres du groupe s’aligneront devant la scène pour diriger un public très connaisseur. Il y a deux chanteurs guitaristes qui se font face, un jeune moustachu et un leader casquetté au look de présentateur sportif. Derrière, un solide bassiste et un batteur torse nu à la musculature imposante et au regard n’exprimant que deux mots (taper et batterie), eux aussi installés latéralement au public.  

 

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L’un des points forts du groupe, outre des compos explosives mais dont l’agressivité ne masque pas des refrains assez mélodiques pour bien rester en tête (« Say No », grand moment de beuglements collectif), c’est la complémentarité des chanteurs qui se répondent souvent pour une efficacité décuplée (le bassiste participe aussi, et il n’est pas en reste question volume sonore). Meilleur exemple, « User Guide », qui remet un coup de tension à la fosse. Heureusement d’ailleurs que le concert est de haute volée, car il faut supporter les débiles qui confondent pogo et match de rugby et qui monopolisent une partie de mon attention (pour résister à la tentation de les latter un bon coup). IT IT ANITA  enchaine les tueries, dont beaucoup extraites de Laurent, jusqu’à « Another Canceled Mission », qui va prendre une tournure aussi inattendue qu’incroyable. Alors que ses camarades continuent à jouer, le batteur commence tranquillement à ramener une partie de son instrument au milieu de la fosse. Grosse caisse, caisse claire, charley, cymbale, tabouret flottent de la scène jusqu’à mes pieds et à ceux de Maxime qui, déjà émoustillé par le physique de la bête (je sais maintenant à quoi ressemble un acteur porno gay), manque de défaillir et filme la scène avec force zooms. Ce n’est que le début d’un bordel général qui va se finir avec l’ensemble du groupe au milieu du public, un deuxième déménagement de batterie un peu plus loin, et un titre s’étirant jusqu’à un dernier baroud d’honneur ultra explosif. Moi qui avais retiré mes protections auditives pour cause de son un peu faiblard (seul défaut du concert avec les cons de la fosse), me voilà avec les oreilles en feu suite à ce débarquement de percussion surprise. 

La performance donne lieu à des discussions enflammées au sein de notre groupe, j’ai pris une bonne baffe et ne manquerais pas de revoir IT IT ANITA  sur scène si par chance ils passent du coté de Lyon. Un concert en point d'orgue d'une journée vraiment bonne, faite de découvertes, de confirmations et surtout de beaucoup de bonheur. On en espère autant pour le lendemain, il est grand temps d’aller rejoindre Régine… 

 

(1)    Certains y ont même vu un clin d’œil à la reformation du groupe pour quelques concerts annoncée ce week-end. On les comprend, vu que la première lettre du nom du groupe était cachée par un pan de la chemise.

 

Setlist de Big Thief : Real Love – Not – Capacity - Shark Smile - Forgotten Eyes - Those Girls – Masterpiece – Contact – Mary - Cattails  

Setlist de Courtney Barnett: Avant Gardener - City Looks Pretty - Small Talk - Need a Little Time - Nameless, Faceless - I'm Not Your Mother, I'm Not Your Bitch - Crippling Self Doubt and a General Lack of Self Confidence - Small Poppies – Depreston - Elevator Operator - Everybody Here Hates You - Nobody Really Cares If You Don't Go to the Party - Pedestrian at Best 

Setlist de Stephen Malkmus and the Jicks: No One Is (As I Are Be) - Bike Lane - Future Suite – Shiggy - Solid Silk – Lariat – Kite - Cast Off – Rattler - Middle America – Baltimore - Freeze the Saints - Difficulties / Let Them Eat Vowels 

Setlist de It It Anita: Tanker 2 (part 1) – 25 – User Guide – GOD – Templier – Say No – Denial – NPR – 11 – Another Canceled Mission (Setlist fournie par le groupe à la demande de Constance !!!)

 

PHOTOS: Big Thief 2 + DTSQ + Stephen Malkmus 1 + It It Anita 1 = Robert Gil (photosconcerts.com) / Courtney Barnett = Nina Fractal / Farniente + Big Thief 1 + Stephen Malkmus 2 + It It Anita 2 = Moi

 

BIG THIEF:

DTSQ:

 Courtney BARNETT:

 Stephen MALKMUS and the JICKS:

  

 IT IT ANITA: