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Le programme de l’été s’annonce chargé en concerts, avec entre autres une programmation assez alléchante à la fois aux Eurockéennes et aux Nuits de Fourvière. Le premier concert de ce programme voyait hier mes retrouvailles avec Cat Power, déjà vue à deux reprises, alors que mon pote Damien était enthousiaste à l’idée de la voir sur scène pour la première fois. Nous nous dirigeâmes vers l’amphithéâtre de Lyon sans nous presser, les programmeurs ayant eu la curieuse idée de faire précéder le show de l’américaine par celui du Lyonnais Benjamin Biolay, personnage qui les rares fois où je l’ai vu à la télé m’a paru très antipathique.

Alors que nous nous installons en haut des gradins, Benjamin Biolay a déjà commencé son concert, et intègre le refrain d’un titre de Gorillaz à une de ses compos. Décidé à faire preuve d’ouverture d’esprit, j’ouvre grand les oreilles et les yeux. Biolay se la joue Gainsbourg rock, avec parfois un phrasé rap qui n’est pas si mal. La chanson suivante, « Tant le ciel était sombre », est plutôt rock et sympa, malgré une interruption « voix sur ton chemin » un peu ridicule. Hélas, il reprend ensuite « Syracuse », et on se souvient alors qu’il est à l’origine du retour sur scène du simiesque grabataire Salvador. La suite du concert est constituée de variétoche du même acabit, et on s’emmerde sec dans les gradins (il y a quand même cinq groupies au premier rang pour crier lorsqu’il annonce un titre). Non content de ne pas avoir de voix, ses textes ne semblent vraiment pas exceptionnels (exemple : « A mesure que le temps passe / Je mesure le temps qui passe / Et tandis que l'eau s'étend/ Jusqu'à l'autre bout de l'étang », tirées des « cerfs volants »). Dommage qu’il insiste sur ce coté chanson française, car lorsqu’il slamme quasiment sur du rock bien violent, c’est autrement plus convainquant, en témoigne le morceau « à l’origine » sur lequel les choristes (15 jeunes filles qui se trémoussent) placent des cris terrifiés d’un bel effet. Le français quitte enfin la scène et laisse place après une petite pause à Chan Marchall et ses quatre musiciens, ceux là même qui ont enregistré l’album « Jukebox » avec elle, album de reprises que nous avions trouvé assez décevant.

Damien souhaite rester assis un moment, craignant d’être fatigué s’il reste dans la fosse pendant tout le concert. C’est donc de loin que nous assistons à un début de show constitué par cinq titres de « Jukebox » exécutés (c’est le terme) assez froidement par le groupe. Même « Silver stallion » ne me procure aucune émotion, et « New York » n’a pas du durer plus d’une minute. On décide enfin de descendre dans la fosse, et c’est à quelques mètres de la chanteuse que nous suivrons le reste du concert, ce qui est selon moi indispensable pour observer les mimiques, l’interprétation et le charme de la chanteuse qui font une bonne partie de la force de sa prestation. Les titres de Jukebox s’enchaînent, je suis déçu par le groupe de vieux briscards du rock indé qui semblent s’emmerder à reprendre ces standards des 70’s. Le très beau « Song to Bobby » (une des rares compos interprétée ce soir)  est ainsi bien raccourcie par rapport à l’album. Seul le splendide « Metal Heart » bénéficie d’une interprétation digne d’un live. Sur scène, les musiciens sont agités, chacun passe beaucoup de temps à faire des signes ou même à se déplacer en régie. Finalement une panne de quelques minutes conclue la première partie du concert, laissant Chan chanter une curieuse comptine sur un framboisier. A la reprise, c’est enfin des titres personnels (tirées de the Greatest) que le groupe interprète, Cat Power modifiant le chant des plus calmes tandis que le groupe s’exprime enfin en dynamitant les plus rapides, notamment un « Could We » magistral ou chaque membre du groupe est présenté avec solo de bon aloi et petite plaisanterie de la chanteuse. Enchaîné avec une excellente reprise du « Satisfaction » des Stones, c’est le meilleur moment du concert.

C’est quasiment un immense medley dynamique que cette deuxième partie de concert, contenant quelques reprises inédites, qui s’achève sur « Angelitos Negros », mon titre le plus honni de « Jukebox ». Heureusement que le groupe s’accorde une dernière chanson, en l’occurrence un « Fortunate Song » intense qui aurait vraiment mérité sa place sur ce dernier album. C’est un concert assez décevant qui s’achève : déçu par le groupe, qui n’a donné le meilleur de lui-même qu’à quelques reprises. Déçu par les chansons, 80% de reprises, le plus souvent vite enchaînées et finissant en queue de poisson. Déçu par le son (qui pour le coup était très bon pour Biolay), bourré d’effets et couvrant  la voix de Cat Power, qui de toute manière n’est pas dans son registre (sa voix est bien meilleure pour des folk intimiste, et pas assez puissante pour ce style « Aretha Franklin ‘ »). Un peu déçu enfin par la chanteuse, qui malgré sa belle voix, son charisme et son indéniable implication est partie sans un rappel, et sans oser une courte partie seule comme elle l’avait fait à la route du rock. A la vue des commentaires sur les autres dates de la tournée, ce concert lyonnais n’est pas une exception : la tournée « Jukebox » n’et pas la meilleure façon de découvrir Cat Power sur scène.

Setlist: Don't Explain - Woman Left Lonely - Silver Stallion - New York - I lost Someone - Song to Bobby - Metal Heart - Lord, Help the Poor & Needy - Ramblin' Woman - Blue - Where is my love - the Greatest - Lived in Bars - Tracks of my Tears - Could We ( + impro) - Satisfaction - I've been loving you too long - ? - Angelitos Negros - Fortunate Song