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Une soirée à trois groupes, ce n’est pas forcément une bonne idée, mais là les Nuits de Fourvière avaient fait très fort : Giant Sand, Bertrand Belin et Cat Power, une affiche à la fois cohérente, variée et intéressante de bout en bout. A tel point que je décidais d’inviter Madame, gageant que l’une ou l’autre des prestations pourraient la surprendre, et qu’aucune ne risquait vraiment de la faire fuir.  C’est donc assez tôt, vers 19h (bonjour le prix du baby sitting) que nous nous retrouvions en bonne place dans les gradins, afin de ne pas manquer l’arrivée de Howe Gelb et son groupe sur la scène du théâtre antique.  Mélaine s’étant portée volontaire pour la corvée de bouffe et boissons en sera quitte cependant pour rater quelques chansons. 

 

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C’est la troisième fois que je vois Giant Sand sur scène. J’avais beaucoup aimé le concert du Tinals en 2015, mais celui du Trabendo avec Jason Lytle en 2016 fut vraiment magique. Le bougre de leader avait d’ailleurs annoncé à cette occasion que c’était sa dernière tournée, mais quelques spectateurs avertis n’en furent pas dupe, et à raison puisque revoilà ce vieux renard de Howe Gelb devant moi, avec son improbable look (une casquette vert flashy par-dessus un chapeau de paille). Il est accompagné pour l’occasion de vieux briscards à la basse et la batterie (sans doute ses potes danois), et d’une jolie demoiselle à la guitare et au chant (j’ai pensé un moment que c’était sa fille, qu’il avait fait chanter à Paris, mais il s’agit d’une certaine Annie Dolan). Deux constats s’imposent assez vite : le père Howe est encore plus à l’arrache que d’habitude, franchissant régulièrement la ligne rouge séparant la sympathique branlattitude du j’m’en foutisme total. Et le son dans les gradins est catastrophique, la basse surpassant tout le reste et noyant les chansons dans un magma incompréhensible. A la moitié du set, je décide donc d’aller en fosse, j’en profite pour saluer le couple le plus sympa de Lyon que j’avais vu arriver d’en haut et m’installer à côté d’eux. Le son est un peu meilleur, seule la guitariste est très peu audible, mais cela me permettra notamment d’être aux premières loges pour me prendre une inattendue reprise de « You can’t put your arms around a memory » de Johnny Thunders, l’une de mes chansons favorites. Howe Gelb tente même de faire participer le public, et vu que quasiment personne ne connait je me sens obligé de beugler le refrain. C’est le seul titre que je reconnais, j’avais pourtant bien apprécié et écouté le dernier disque en date du groupe, Returns to Valley of Rain, réenregistrement du tout premier album Valley of Rain (1985). Manque de bol cette année va sortir Recounting the Ballads of Thin Line Men, soit donc la relecture du deuxième album du groupe qui composera la quasi-totalité de la setlist ce soir. Un concert qui fut donc sympathique mais loin d’être mémorable. 

 

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Le temps de discuter avec Christophe et Valérie et de gueuler quelques conneries histoire de signaler ma présence à La bUze (1), que j’ai aperçu non loin au premier rang de la fosse, et je remonte dans les gradins pour passer quand même un peu de temps avec Mélaine. Ce sera pour le concert de Bertrand Belin, que je connais surtout de nom (2) mais dont j’avais adoré le featuring sur la chanson « Dimanche » des Liminanas. Le voici qui entre au centre de la scène, entouré par un guitariste, un claviériste, une batteuse et son bras droit qui alternera entre basse et claviers. Je ne sais pas trop à quoi m’attendre, bien que Julien m’ait raconté quelques extraits de son dernier passage à Lyon, en Mars. Le concert débute par « Bec »,  premier titre du dernier album Persona (qui constituera l’essentiel de la setlist), chanson calme parfaite pour se mettre dans l’ambiance et prendre la mesure de cette voix grave à la diction spéciale, que nous associons instantanément avec Mélaine à celle d’Alain Bashung (à priori c’est un lieu commun que de lier les deux artistes). 

 

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« Bronze » et sa très belle mélodie me converti à la musique du groupe, tandis que « Glissé Redressé » m’ouvre à la poésie spéciale du chanteur, du genre que j’admire particulièrement. Cette simple phrase par exemple : « la dernière fois qu’on nage, on ne le sait pas » (« Peggy »), est à la fois d’une grande simplicité et d’une grande profondeur, et il me semble que c’est à ce genre de chose qu’on reconnait un artiste de talent. De même que la litanie de chaussures sur « Grand-Duc » nous met à la place d’un sans-abri à ras du sol, ignoré de tous et à moitié fou. Musicalement, on est aussi dans la simplicité belle, titres lents ou quasi disco (« Sur le Cul ») sont basés sur des boucles répétitives joliment décorées par le groupe, sans démonstration excessive. Pour casser la très relative linéarité du concert, Bertrand Belin assure le spectacle, imitant à la perfection un discours politicien au sens absurde réduit au silence par le groupe balançant à l’improviste l’intro d’une chanson, ou serrant la pince d’un spectateur intronisé d’un ridicule titre présidentiel à rallonge. L’air de rien, Belin distille un discours politique désabusé sur ses chansons, sur l’exceptionnel duo slammé à l’unisson avec la batteuse (« En Rang (Euclide) ») ou un cruel « j’ai travaillé à travailler pour un travail » qui me renvoie à ma triste condition (« Camarade »). Bref, j’ai beaucoup aimé le concert, et je vais très rapidement me pencher sur la discographie du breton. Seule déception : j’attendais avec impatience « Dimanche » en rappel, mais ce sera « Hypernuit » (jolie chanson cela dit). 

 

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C’est l’heure de la tête d’affiche, et je me précipite dans la fosse, le pouvoir d’attraction de Cat Power étant d’autant plus puissant qu’on est proche d’elle. Mélaine préfère rester assise, je retourne donc emmerder mes vieux potes qui radotent sur la bonne époque du Pezner. C’est la quatrième fois que je vois la Californienne, et j’attends toujours sans trop y croire le concert qui me mettrait une aussi grosse mandale que les disques. J’ai eu jusqu’à présent de très beaux moments noyé dans des sets bien dépouillés mais trop alcoolisés (Marseille 1998), bien maitrisés mais sans âme (Nuits de Fourvière 2008), voire les deux ensembles (Route du Rock 2006). Cette fois je suis assez confiant, le Wanderer de l’année dernière étant son plus beau disque depuis le fabuleux You are Free (2003), mais j’avais oublié la marotte de Chan, qui s’évertue à jouer quantité de reprises ou à planquer ses compos dans d’improbables medleys. Que c’est frustrant d’attendre en vain ses chansons favorites, de vaguement reconnaitre quelques passages alors qu’on a écouté en boucle la discographie complète de l’artiste ! Quand ce n’est pas des revisites malheureuses qui  rendent méconnaissables jusqu’à ses plus beaux classiques (« Metal Heart »). La formation aura été cependant la meilleure que j’ai pu voir jusqu’à présent : une batteuse carrée et discrète, ajoutant juste ce qu’il faut de tension à certains passages. Une guitariste appliquée au joli son clair, et un multi instrumentiste concentré pour enjoliver le tout. 

 

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Chan Marshall a encore changé physiquement, un peu vieillie mais assez classe dans sa robe noire et ses bottes, elle semble beaucoup moins assurée que lors de son dernier passage à Lyon. C’est aussi cette fragilité qu’on aime, cette voix à la limite de la rupture, mais la première partie du concert est difficile : le regard de la chanteuse est quasi paniqué, on la sent presque lutter contre l’envie de tout plaquer et elle demande constamment des changements de réglage par d’innombrables gestes. Cela ne l’empêche pas de déambuler à divers endroits de la scène,  ni de nous délivrer une superbe interprétation de « Robbin Hood » et de « These Days » (dont je ne sais toujours pas si c’est une reprise). Le double extrait de Wanderer « Me Voy » / « In your Face », interprétés de façon classique mais assez réussie, semble enfin débloquer Chan  qui abandonnera progressivement ses regards angoissés et ses signes à la table de mixage. Entre autres bons moments le medley « Cross Bones Style / Nude as the News » nous ramènera aux temps anciens où nous découvrions Cat Power, tandis que « Hate », hélas seul extrait de the Greatest de la soirée, sera réinterprété cette fois de superbe manière. Pas le temps de savourer des titres qui restent la plupart du temps très courts, on profite des beaux éclairages tandis que les chansons s’enchainent, plaisantes mais moins bouleversantes qu’on ne l’aurait souhaité. Les absences sont légion, citer les titres qu’on eut aimé entendre serait trop long (ça me fait penser qu’elle n’a même pas joué l’excellent single de Wanderer, « Woman »).  Mais alors que Cat Power quitte la scène, on se dit que si la soirée a été copieuse, nous aurions bien pris 5 minutes de rappel pour aller jusqu’à minuit. La magnifique chanson « the Moon », clôturant pas mal de set récents, aurait fait une si belle conclusion…

 

(1) Le compte rendu du sieur La bUze est à lire sur son excellent blog, ICI

(2) Alors en fait j'ai déjà vu Belin en concert ici même, en première partie de Nick Cave, et c'est même chroniqué sur ce blog. Mais comme on le voit, cela ne m'avait pas laissé grand souvenir...

 

Setlist Giant Sand : ? - Barrio - Thin Line Man - ? - A Hard Man to get to know - Who Am I ? - Graveyard - the Chill Outside - Desperate Man - You can’t put your arms around a memory - Body of Water

Setlist Bertrand Belin : Bec - Bronze - Glissé redressé - Sur le cul - Choses nouvelles - L'Opéra - En rang (Euclide) - Grand duc - Peggy - Folle Folle Folle - Camarade - De corps et d'esprit //  Hypernuit

Setlist Cat Power : He Turns Down - Into My Arms / Dark End of the Street / Horizon - Robbin Hood - These Days / Song to Bobby - Me Voy - In Your Face - Great Waves - Metal Heart - Cross Bones Style / Nude as the News - Manhattan - Hate - Pa Pa Power - Good Woman - Wanderer - ? - He Was a Friend of Mine / Shivers

Photos: Bertrand Belin 2 = Ludtz / Cat Power 3 = Loic Warin / autres photos = moi

 

CAT POWER:

 

Bertrand BELIN:

 

GIANT SAND (pas un live et pas un titre joué mais bon, ils sont à l'arrache moi aussi):