Faut-il inlassablement courir après la nouveauté, faut-il rester fidèle à ses vieux compagnons ? Faut-il tolérer le confort, faut-il jetter le bébé avec l'eau du bain ? Faut-il bruler ses idoles, sont elles usées d'avoir trop donné, où c'est juste nous qui sommes devenus vieux ? Remise à Zéro des compteurs ou Nouvelle Pierre à l'Edifice ? Redite ou Trahison ? Stop ou Encore ?

 

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SMASHING PUMPKINS - Shiny and Oh So Bright - Vol.1/LP - No Past, No Future, No Sun

 

On le sait depuis longtemps maintenant, Billy Corgan a l’art de tout gâcher. Devait-on alors s’étonner qu’après un très bel album solo, dans un genre dépouillé sur lequel plus aucun fan n’osait miser, le gros melon des citrouilles fasse dans l’artillerie lourde ? Convocation ultra médiatisée des anciens membres des Smashing Pumpkins assortie d’une humiliation publique de d’Arcy (bassiste originale qui sera contactée puis finalement non), teasing indécent et tournée mondiale pour accoucher d’un album d’une demi-heure, pas génial, pas dégueu, même pas mauvais, juste d’une banalité sans nom. 

Il m’a fallu 10 secondes pour savoir que je ne pourrais pas aimer Shiny and Oh So Bright. Dès l’introduction, tout est horrible sur « Knights of Malta » : les chœurs, la guitare, les arrangements. Commencer l’album sur ce qui est sans doute la pire bouse pondue par le groupe était vraiment suicidaire et c’est dommage, la majorité des autres titres opposant à leur manque d’originalité une efficacité et une relative simplicité bienvenues, que ce soit dans la pop joyeuse de « Silvery Sometimes (Ghost) » ou sur les deux titres bien rock en écho au singles d’antan (« Solara » et « Marchin’ On », seuls extraits ou quelques éclairs nous confirment que c’est bien  Jimmy Chamberlin à la batterie et non un quelconque pigiste de studio). Il ne reste plus qu’à espérer qu’après quelques disques et tournées du genre, Billy Corgan ait les poches suffisamment pleines pour se poser et donner une digne suite à Ogilala. 

 

 

 

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CLOUD NOTHINGS - Last Building Burning

 

Un groupe doit savoir se laisser désirer. Cloud Nothings, avec une régularité métronomique, sort tous les deux ans un album, et malgré leur qualité il faut bien dire que l’intérêt s’émousse. Avec son démarrage tonitruant, Last Building Burning semble pourtant remettre les choses aux poings, retrouvant le dynamisme du Here and Nowhere Else de 2014 un peu en retrait sur le finalement dispensable Life without Sound, dernier album en date dont il conserve cependant la précision mélodique. Las, le hardcore parfait de « On an Edge » n’est que l’arbre acéré cachant une forêt sous tension maintes fois arpentée, aussi malgré le plaisir de l’écoute on ne s’avancera pas trop sur la durée de vie de ce Last Building Burning. Et l’on conseillera à Cloud Nothings de parcourir longuement l’Europe (en passant par Lyon par exemple) plutôt que de se précipiter à lui inventer un successeur.

 

 

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CAT POWER - Wanderer

 

Six ans ont passé depuis la sortie du dernier disque de Cat Power, en voici une qu’on ne peut accuser de surproduction. Sun fut un album plus encourageant qu’enthousiasmant, en ce sens que, plein de surprises, il indiquait une inspiration retrouvée après un lustre en roue libre et laissait envisager un futur à la hauteur des classiques 90’s de la belle, malgré pas mal de passages laborieux et une production souvent assez moche. Avec Wanderer, nous y voilà. Le retour tant espéré par les fans au dépouillement et aux chansons crève-cœur. Des traces expérimentales du passé on ne trouvera guère que la construction plus ambitieuse du sympathique « Woman », le vocoder for bien utilisé sur « Horizon » ou peut être l’ambiance hispanisante de « Me Voy ». Pour le reste, Wanderer, introduit par un petit gospel délicat, est un agréable vagabondage dans la discographie de Cat Power, ses chansons aux quatre accords de guitare en boucle, au piano lunaire et surtout au chant reconnaissable entre mille, bien que doté d’une assurance nouvelle dissimulée sous la mélancolie de l’ensemble. Cela touche autant au sublime (« Robbin Hood », pour ne citer qu’un seul exemple) qu’à la redite, le disque ressemblant assez souvent à un reboot de You are Free (le fantôme de  « Werewolf » revient régulièrement). Et Dieu sait que j’ai usé ce chef d’œuvre de 2003…

 

 

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DEAD CAN DANCE - Dionysus

 

Dead Can Dance n’est pas un groupe qui m’avait spécialement manqué, et j’avais accueilli leur retour dans les bacs après 15 ans d’absence par une relative indifférence (je n’ai d’ailleurs toujours pas écouté Anastasis). Est-ce d’avoir réécouté sur mes vieilles cassettes des anciens albums (notamment le très bon live Toward the Within) ou d’avoir lu des commentaires enthousiastes sur le groupe Facebook de M Lemarchand, toujours est-il que je me suis laissé tenter par ce Dionysus et, ma foi, chaque écoute de ses 7 morceaux séparés en deux pistes de 15 mn a été agréable. S’appuyant sur son savoir-faire, le duo ne force pas son talent et propose une évasion peinarde en terres orientales, entre rythmes tribaux, mélodies arabisantes et bande son de jungle luxuriante. Soit une copie conforme de leur période 90’s. Reste que les chants si caractéristiques n’ont pas bougé, et que Dionysus est à la hauteur du statut du groupe, ce qui n’est finalement pas si courant. De quoi pardonner largement l’absence de prise de risque.

 

 

 

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Malcolm MIDDLETON - Bananas

 

C’est un peu une complainte récurrente sur ce blog, et cet article en est encore l’illustration, il est très difficile pour un artiste à la discographie conséquente d’éviter la redite ou la trahison. Lassé d’une formule indie rock sur laquelle il avait régulièrement brillé jusqu’à atteindre une sorte de perfection, Malcolm Middleton avait joliment bifurqué sur de l’electo pop minimaliste  avec son projet Human Don’t Be Angry avant de décider que, 7 ans après son superbe Waxing Gibbous, il était temps de revenir aux affaires. Démarche artistique réfléchie, lâcher prise complet ou vaste blague selon les interprétations et les interviews récentes, la production de Summer of ‘13 aujourd’hui difficilement assumée par Middleton avait en tout cas mis quasiment tout le monde d’accord : un véritable gâchis et une tache irrémédiable dans la discographie de notre songwritter écossais. On n’en menait donc pas large au moment de poser les oreilles sur Bananas, d’autant que le titre et la pochette laissaient envisager une nouvelle pitrerie mal contrôlée. 

Les deux premiers titres nous rassurent d’emblée : « Gut Feeling »  est de ces titres pop rapides qui ont fait l’éclat de A Brighter Beat ou Waxing Gibbous, tandis que « Love is a Momentary Lapse in Self-Loathing » est une ballade aux paroles cyniques typiques de Middleton, comme son titre le laissait entendre (osant carrément un « fuck off with your happiness ! »). Si Bananas n’est pas exempt de longueurs ou de maladresses (les enchainements bizarres du trop long « Buzz Lightyear Helmet »), on y retrouve tout ce qui a fait notre attachement indéfectible pour le guitariste d’Arab Strap, en particulier l’art de la mélodie (piano et guitare), mais aussi son chant désabusé et ses alternances de titres dynamiques et tristounets. Une beau retour sur une carrière bien remplie, jusqu’au clin d’œil à la prod 80’s de Summer of ’13 sur « Man up Man down » qui, plus justement dosée, passe cette fois beaucoup mieux. Un disque mineur contenant quelques extraits de haut rang (« Twilight Zone »), qui aura au moins le mérite de rassurer voire ravir les fans à défaut de replacer Malcolm Middleton dans les artistes incontournables de l’année.