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Oui, je l’avoue, une fois, Eels m’avait déçu. Après trois chefs d’œuvre d’affilée, et un disque un peu moins évident mais se révélant rapidement tout aussi magnifique (Souljacker), j’avais tiqué à l’écoute de Shootenanny ! Pas assez de recul, j’en attendais trop pour prendre ce disque tel qu’il l’était : simplement une collection de titres tout à fait honorables, parfois même excellents. Je ne referais pas deux fois la même erreur, surtout pas après que E eut publié l’œuvre de sa vie (littéralement), un Blinking Lights and other Revelations en ces pages quotidiennement célébré. Son fardeau déposé, il était évident que E allait faire des chansons, sans fioritures, comme il l’entendait. Et donc des disques, à prendre ou à laisser. Alors que ceux qui se plaignent, après une écoute rapide, parce que Eels n’a pas sorti un nouvel Electro Shock Blues passent leur chemin, on a pas besoin d’eux ici. Et que ceux qui estiment que cet Hombre Lobo n’est qu’une resucée des albums précédents tendent mieux l’oreille. Ils se rendrons compte que, malgré certaines similitudes avec l’ensemble de la carrière de E (« That look you give that Guy » a des petits airs de ses albums solo), voire avec d’autres groupes (« Prizefighter » me fait un peu penser à « Jean Genie »), les titres de ce nouvel album sont bien plus originaux et prenants qu’on eut pu le penser de prime abord (1). Bref, c’est assez enthousiaste que je me rendais dans une vieille cabane Californienne envahie par la fumée de cigares cubains, pour une interview exclusive de mon idole, Mister E.

 

Blinking Lights : la pochette de votre nouvel album représente une boite à cigares : que représente pour toi cet accessoire ? Est-ce comme pour la canne et la barbe une façon de te distinguer des autres, en particulier des autres groupes de rock ?

Eels : ……..

BL : Hombre Lobo (Loup Garou) symbolise il ta misanthropie, et le mélange d’une forme de violence contre le genre humain, mais aussi de souffrance de s’en sentir exclu ?

Eels : ……..

BL : Si je te pose cette question, c’est que cela est parfaitement illustré musicalement sur cet album, même si personnellement j’ai préféré ton coté Loup que Garou ah ! ah ! ah ! hemmm… Je veux dire par là que Hombre Lobo alterne de manière un peu systématique les titres rock et les titres calmes, et qu’on t’a connu plus émouvant sur les ballades. Les titres explosifs, tel le bien nommé « Tremendous Dynamite », m’ont semblé plus originaux et enthousiasmants : si tu avais fait un album uniquement dans ce ton là, on aurait eu une vrai surprise, et une réussite éclatante, non ?

Eels : Grrrrrrrrrrrrrr…………..

BL : euh, oui, en effet, ça n’aurait pas été un album de Eels, dans ce cas. Et puis « the Longing », on a beau avoir l’impression de l’avoir entendu des dizaines de fois, on a quand même toujours la gorge serré lorsqu ‘elle passe. C’est comme les paroles d’ « Ordinary Man », le dernier cigare de la boite, elle sont vraiment magnifiques, c’est pour ce genre de textes que je me sens si proche de toi. Sinon, sur « Fresh Blood », on s’attendrait presque à entendre Polly Jean venir hurler sous la lune avec toi. Ça serait pas mal un petit duo, c’est quand même celle qui se rapproche le plus d’une Lycanthropette dans le monde du rock, non ?

Eels (battant de la queue frénétiquement en entendant le prénom Polly Jean) : Waf !!

BL : Avoue, « Beginner’s Luck », avec sa basse bondissante, sa guitare marquant le rythme par de petits accords quasi reggae, ses chœurs joyeux et son petit solo final, c’est une perche tendue au fameux groupe Croix Roussien Tom et Pilou pour les remercier d’avoir si bien repris « My Beloved Monster » ?

Eels : ……..

BL : bon, sinon, quand est ce que tu daignes faire une date de concert vers Lyon, parce que ça fait depuis Beautiful Freak que je t’ai pas vu, ça commence à bien faire !

Eels :…….

 

C’est sur ces paroles, et sans avoir osé parler de l’arnaque qui consiste à mettre en vente l’édition limitée 15 jours après l’édition normale (2), que je laissais partir le deuxième membre de Eels vers sa niche et son os a moelle. Oui, parce qu’en fait E m’avait finalement envoyé son chien pour l’interview, prétextant qu’il avait autre chose à foutre, réparer le toit de sa baraque qui fuyait sur ses guitares ou fabriquer un énième abri à piafs, et que de toutes manière son dernier album, c’était du rock et point final, qu’il avait rien à en dire de plus. Des chansons, du rock, un disque quoi… un sacré bon disque…. 

 

(1) Ok, mis à part « All the Beautiful Things » où le père E abuse un peu en nous refourguant la mélodie de « Blinking Lights ».

(2) qu’est ce que ça m’énerve ! et c’est pas la première fois avec Eels…..