01

 

Cette année je me suis un peu fatigué à défendre le dernier album des Pixies. Devant la mauvaise foi (et souvent l’ignorance) des agresseurs, j’ai eu tendance, moi aussi, à en rajouter. Quitte à être un peu plus flatteur que ne mérite cet Indie Cindy, bon mais pas indispensable. Quitte parfois à rabaisser un peu trop la discographie passée des Lutins Bostoniens (1), tant l’énervant culte dont ils firent tardivement l’objet virait à l’intégrisme ou au révisionnisme (il n’y a rien à jeter dans les titres pré split, sans blague ?). Bref au bout d’un moment, je me suis contenté d’écouter avec grand plaisir le nouveau disque des Pixies et d’acheter ma place pour les voir aux Nuits de Fourvière. J’ai acheté cette place pour deux raisons : l’assurance qu’ils ne joueraient pas la même setlist best of que celles qu’ils usaient depuis 10 ans (et à laquelle j’avais eu droit aux Eurockéennes) (2), et l’envie d’entendre les nouveaux titres en live. On verra en cours d’article que sur ces deux points, je me suis un peu fait rouler.

 

02

 

Me voici donc à l’entrée du Théatre, attendant Arnaud qui me rachète une place. Lorsque celui-ci me rejoint avec son pote Pierre, j’ai déjà vu passer bon nombre d’habitués de l’Epicerie Moderne n’ayant pas résisté à voir leurs idoles d’adolescence de plus près. Le concert est complet, et le public compte certainement dans ses rangs des détracteurs d’Indie Cindy, ce qui ne manque pas d’ironie. C’est d’ailleurs avec l’un d’entre eux, en l’occurrence Damien,  que je franchi les portes et viens m’installer dans les gradins après un passage à la case bière. Un peu fatigué (Héloïse avait invité copains-copines à la maison pour son anniversaire dans l’après-midi), j’ai décidé de voir la première partie assis avant de descendre dans la fosse au moment opportun. Il s’agit des Pastels, un groupe écossais dont je ne connais rien. J’ai quand même un a priori positif, puisque Damien a eu le temps de poser une oreille sur certains disques et a trouvé ça intéressant, et que la bUze s’est quasiment décidé à venir ce soir lorsqu’il a appris leur présence. Les Pastels, entourant une batteuse chanteuse (premier mauvais signe) bien au centre de la scène, entament leur concert par de la flute traversière (deuxième mauvais signe). Que dire, si ce n’est que j’assistais alors à l’une des plus ennuyeuses prestations qu’il m’ait été donné de voir. Déjà, même si j’ai été à une époque amateur de Belle and Sébastian (qui ont semble-t-il été inspirés par ces Pastels), je ne suis pas du tout client de cette pop gentillette, mais en plus les chants sont tous faux, et on a l’impression qu’ils jouent en boucle la même compo ramollie. Je me mets rapidement à discuter par sms avec la Buze que j’ai aperçu dans la fosse et qui tente difficilement de défendre la prestation pitoyable à laquelle on assiste (prétextant un problème de son ah ah ah) et avec Stéphane, ex collègue de boulot situé un peu plus haut dans les gradins. Cette première partie m’aura au moins donné l’occasion de lui parler un moment, puisqu’à peu près aux deux tiers du set nous capitulons et nous retrouvons au bar pour nous alimenter et nous rafraichir. Damien et moi espérions profiter de la pause pour regagner sereinement le devant de la fosse, mais personne n’a bougé, et il faudra (légèrement) jouer des coudes pour rejoindre le sieur Buzard.

 

04

 

 C’est entouré de pleins de gens de mon âge, ou plus vieux, que je vois entrer les Pixies sur scène. Ils attaquent d’emblée par « Debaser », et il ne me faut pas plus de 20 secondes pour me retrouver collé au 3eme rang. Après s’être chauffé par quelques classiques, le quatuor entame pour mon plus grand plaisir « Rock Music », le genre de titres un peu moins joués que j’adore, bref, ce que j’étais venu entendre. Sans surprise, les Pixies n’ont pas changé sur scène, c’est-à-dire qu’ils sont toujours aussi carrés et efficaces, et toujours aussi peu charismatiques et prévisibles. En conséquence, il ne me reste plus qu’à débrancher mon cerveau (mes voisins ont fait de même, et j’en soupçonne certains de n’avoir pas eu grand-chose à débrancher), et à basculer du côté obscur de la fosse. Tout y passera, improbables mouvements athlétiques, saut en hauteur/longueur/de côté, beuglement de paroles (voire de yaourt quand je me souviens plus des paroles). Sale temps pour les binoclards, mauvaise pioche pour les ipodocinéastes amateurs qui ont oublié que chez les Pixies, il y a toujours un refrain explosif après un couplet calme. Sur beaucoup de titres, j’entendrai essentiellement les vociférations de mes copains décérébrés qui chantent presque aussi faux que le leader des Pastels, certains poussant le vice jusqu’à chanter les lignes de guitare du père Santiago. Et à partir d’un certain moment, il y aura dans les environs plus d’odeur que de son.

 

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Imperturbable, le quatuor enchaine les titres, avec un notamment un passage aussi énorme que Frank Black. « River Euphrates » « Something against You » « Bone Machine » « Crackity Jones » « Mr Grieves », phénoménal. Heureusement, le groupe sait que ses fans ne sont plus tout jeunes et réserve quelques plages de repos habilement parsemées dans la setlist. Je parle évidemment des nouveaux morceaux qui, il faut bien le reconnaitre,  tombent assez à plat. C’est là ma principale déception, je ne comprends pas pourquoi ces imbéciles se sont évertués à éviter de jouer les titres les plus efficaces de Indie Cindy, à un « Bagboy » près. Pas de « Blue Eyed Hexe », de « Snake » ni même de « What Goes Boom », c’est à croire qu’ils veulent donner raison à ceux qui n’ont retenu que mollesse et  arthrose chez la jeune Cindy. Deuxième déception, c’est l’originalité de la setlist qui n’était pas vraiment au rendez-vous, avec seulement 5 morceaux non joués aux Eurocks, dont on retiendra, outre « Rock Music », l’excellent « I’ve been Tired » et le gueulard « the Sad Punk » sur lequel je croiserai brièvement dans un pogo un La Buze qui semblait lui aussi avoir compris le seul intérêt d’un concert des Pixies. Sinon il y avait aussi « Brick is Red » et « La la Love You », au cours d’un ventre mou de concert, l’enchainement « Here Comes Your Man »  « La la Love You » prouvant quand même si besoin à ceux qui ont des oreilles que les Pixies n’ont pas attendu Indie Cindy pour écrire des trucs mous du gland.

 

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Lovering, à l’improbable look de grand père Noel, aura un grand sourire à la fin de sa chanson. Difficile de croire qu’il a été magicien pendant 20 ans tant il est toujours aussi incroyable à la batterie. Beaucoup auront trouvé de la classe à la nouvelle bassiste Paz Lenchantin, sans doute n’étaient-ils pas aussi près d’elle que moi, m’enfin le son de basse était excellent, et ses sourires contrastaient avec l’air hautain de Frank Black et Joey Santiago (toujours aussi bons dans leurs rôles respectifs, évidemment). Ma troisième petite déception fut l’absence de « Distance Equals Rates Times Time », l’une de mes favorites que je m’attendais à entendre (voir note (2)) et pour laquelle j’aurai même été prêt à slamer. On se rattrapera avec une fin de concert explosive (la setlist parle d’elle-même) où le public jettera ses dernières forces dans ce qu’il faut bien appeler une bataille. Bon, une bataille cordiale quand même, pas de celles où l’on trouille de mourir piétiné par des milliers de personnes (comme, par exemple, aux Eurocks). Ma seule peur fut sur « Caribou », lorsque je faillis perdre une grole (coute cher ces baskets) et me déboiter une épaule en essayant de la renfiler dans le bordel ambiant. Ceci nous amena tranquillement jusqu’à l’inévitable « Where is my Mind ? » où tous les gentils Lyonnais purent chanter en tapant dans les mains et en lançant leur coussin en l’air, coussins qui furent mis en scène par Santiago sur son fameux « solo » du final « Vamos ». Les Pixies quittèrent alors la scène sans faire de rappel et en ayant réussi l’exploit de ne pas prononcer un seul mot du concert.

 

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Bref, du Pixies tout craché, aucun intérêt mais des chansons tellement bonnes que pour ma part j’en aurai bien repris une petite quinzaine, signe que j’ai quand même bien kiffé cette soirée régressive à souhait. Les protagonistes de cette chronique croisés après le concert était tous ravis d’être contents, et c’est bien là le principal.

 

(1)    Je ne suis quand même pas allé jusqu’à rabaisser mon admiration pour Swans, unique et énervant contre-exemple qu’on me claqua systématiquement au museau d’un air triomphant  lorsque j’émettais l’avis que, pour des vieux sur le retour, les Pixies s’en étaient plus honorablement sorti que la plupart de leurs collègues…

 

(2)    En fait une extrapolation à partir du CD live bonus d’Indie Cindy, véritable tract publicitaire sonore enjolivé….

 

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Setlist :  Debaser - U-Mass - Monkey Gone to Heaven - Rock Music - Wave of Mutilation – Hey – Bagboy - River Euphrates - Something Against You - Bone Machine - Crackity Jones - Mr. Grieves - Magdalena 318 - Brick Is Red - Nimrod's Son - Indie Cindy - Here Comes Your Man - La La Love You - Greens and Blues – Caribou - Isla de Encanta - I've Been Tired – Cactus - Gouge Away – Tame - The Sad Punk - Where Is My Mind? - Vamos