Pixies-Head-Carrier

PIXIES - Head Carrier

 

En écoute: DEEZER

Proposé par Xavier.

Mon avis:

Avec Indie Cindy, les Pixies avaient fait le plus dur : franchir le pas, oser affronter le culte qui les entoure et proposer des nouvelles chansons, quitte à faire hurler à la trahison les tenants du c’était mieux avant et autres adorateurs des discographies soit disant parfaites. Au final, un album inégal contenant des chansons géniales et d’autres vite oubliées, mais peu de passages vraiment mauvais. Soit donc un album des Pixies. Deux ans après, on pourrait dire la même chose de Head Carrier et s’en tenir là, mais l’album mérite qu’on s’y attarde un peu plus (au moins nous épargnerons nous de contrer les arguments fallacieux des détracteurs de cette seconde carrière, ces derniers s’étant enfin résigné à abandonner l’idée d’un nouveau Doolittle et ayant consacré leur fiel à un autre vieux groupe incapable de les faire rajeunir). 

 

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La première constatation, c’est que les Pixies ont gommé le plus gros défaut d’Indie Cindy en  accordant enfin la place qu’elle mérite à Paz Lenchantin (pas au point toutefois de la laisser s’asseoir sur le canapé avec les trois membres masculins originels du groupe).  Plaisanterie à part, la basse reprend enfin ses droits, les secondes voix féminines sont légion, et comme Joey Santiago semble avoir complètement retrouvé son jeu de guitare saturé minimaliste et distordu, on est en présence d’un disque au son diablement Pixiesien. Le gros paradoxe, c’est qu’à l’exception de quelques titres (le tonitruant « Um Chagga Lagga », d’ores et déjà un classique du groupe), les compositions ne ressemblent pas trop au Pixies historique. Tout se passe comme si, en tentant de faire plus Pixies que jamais, le groupe s’en éloignait d’autant - un bon exemple en est « All i think about now » et ses arpèges lorgnant désespérément vers le tube tardif (1) « Where is my Mind ? » tout en ressemblant à la chanson d’un autre groupe. Et c’est tant mieux ! « All i think about now » est une bonne compo, et Head Carrier un bon album. 

La grosse surprise, c’est que « All i think about now » est chantée par Paz Lenchantin (2). La bassiste a si bien fait sa place au sein du groupe qu’elle en a imprimé sa marque, donnant un côté pop à de nombreux titres, « Tenement Song » ayant même, c’est un comble, une touche Breeders. Parallèlement, Head Carrier propose aussi bien de sympathiques ballades assez inédites chez les Pixies (« Might as well be gone », « all the Saints »), que le retour du Frank Black hurlant (excellent « Baal’s Back ») ou des morceaux dansants entendus sur Trompe le Monde ou Teenager of the Year (« Plaster of Paris »). Le plus gros défaut du disque est, à mon sens, de débuter par (et de se nommer comme) son titre le plus faible, « Head Carrier », évoquant un Frank Black solo peu inspiré (3). Pas de quoi plomber un album qu’on aura plaisir, à l’instar de son prédécesseur, à poser régulièrement sur sa platine, en attendant tranquillement la suite des aventures des Pixies.  

 

(1)   Posthume ? Pré-revival ? comment qualifier une chanson qui devient un tube après la mort d’un groupe mais avant sa reformation ? 

(2)   A lire dans Noise une interview de la bassiste très instructive, notamment sur la composition de ce titre dédié à Kim Deal ! 

(3)   J’ai d’ailleurs trouvé sur Head Carrier (surtout première moitié) beaucoup plus de compos style Frank Black solo que sur Indie cindy (à l’inverse des autres chroniqueurs), sans que cela ne me déplaise la plupart du temps.

 

 

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Yann TIERSEN - Eusa

 

 

En écoute: DEEZER

Proposé par Xavier.

Mon avis

Lorsque j’ai découvert Yann Tiersen, l’une des choses qui m’a le plus attiré dans sa musique est les petites pièces pour piano parsemant ses premiers disques. Souvent intitulées Prière ou Comptine, ces courts instrumentaux ne faisaient que renforcer mon attrait pour ce qui sans doute mon instrument préféré, bien qu’on ne puisse le deviner qu’en filigrane en observant mes étagères à CD. En explorant d’autres territoires musicaux, toujours passionnants, Tiersen a abandonné progressivement la publication de ces titres, même si l’on devinait (notamment par des videos publiées lors de ses tournées à vélo) qu’il prenait toujours plaisir à réinterpréter ses chansons récentes en pianiste soliste. Ce fut donc une belle surprise d’apprendre la sortie d’un disque complet du genre, le premier pour Tiersen.  

Eusa, nom breton d’Ouessant où habite Yann Tiersen, a été imaginé comme une carte musicale de l’ile. Chaque titre fait référence à un lieu précis d’Ouessant, l‘auditeur passant de l’un à l’autre en parcourant des chansons intitulées Hent (qui veut évidemment dire chemin). Ces Hent sont des simili improvisations, souvent lentes et décousues et parfois émaillées de bruits marins ou de cris d’oiseaux. Ils recréent à merveille l’impression d’une promenade tranquille, nez au vent et pensées en liberté. Les « vrais » morceaux sont plus construits, on y retrouve facilement la patte de Tiersen, jusqu’à parfois évoquer furieusement certains de ses anciens titres. Pas grave, c’est avec plaisir qu’on se laisse emporter par des compositions toujours aussi jolies, et dotées, d’une ambiance marquée (plus ou moins mélancolique, plus ou moins guillerette), de la même manière, on l'imagine, que les endroits qu’elles illustrent. Eusa est une grande réussite, gardant tel une ile son identité forte mais réussissant à évoquer divers points de vue suivant l’endroit où l’on s’est rendu. C’est surtout un grand bol d’air, une respiration bienvenue, une invitation au rêve pour l’auditeur citadin à la vie trépidante et aux écoutes souvent bruyantes.  

Seul regret, l’artwork. Certes, ce minimalisme extrême représente bien celui de la musique proposée, mais j’aurai aimé une carte (surtout que j’adore la cartographie) identifiant les lieux mis en musique, retraçant un parcours,  et des photos de paysages qu’on imagine magnifiques. Il y avait matière à faire un superbe objet. A priori cela a été réservé aux pianistes ayant acquis le livre de partitions. Dommage…. 

 

 

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NOTS - Cosmetic

 

 

En écoute: DEEZER 

Proposé par Xavier. 

Mon avis

Vues au Tinals en Juin, les quatre jeunes filles de Nots avaient livré un concert suffisamment détonnant pour me donner envie d’écouter leur album. Cosmetic, c’est du punk, par le son cradingue et quelques brulots expédiés en moins de deux minutes (« Rat King », « No Novelty »). Cosmetic, c’est du post punk, par l’importance accordée à l’excellente bassiste dès l’entame du disque (et les rythmiques à la Joy Division, sur « Cold Line » par exemple). Cosmetic, c’est évidemment l'oeuvre d'un rrriot girls band dans l’intention et la tonalité, même si la chanteuse manque un poil de coffre. Tout ceci et un peu plus, dans des extraits moins rapides ou aux constructions plus complexes (« Cosmetic »). Nots, en mode DIY, sans se soucier de l’histoire, balance un disque enthousiasmant et reprend un flambeau un peu délaissé ces derniers temps (à moins que je ne sois dépassé, ce qui est possible…)