Parce qu'il est un peu facile de bruler ses idoles, je me suis employé à trouver quelques plus ou moins jeunes pousses prometteuses dont les disques rendent hommages aux anciens tout en rachetant leurs errements actuels. En espérant amener un peu de neuf pour mon fidèle lectorat en une année 2019 pas vraiment folichonne à mes oreilles.

 

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PIXIES - Beneath the Eyrie

 

Salauds de Pixies, avec toute l’énergie que j’ai dépensé pour défendre Indie Cindy contre les acharnés passéistes, voilà qu’ils finissent par pondre un album se confortant en tous points à leurs critiques d’alors !  Qu’on ne m’en veuille pas si, contrairement à Head Carrier où je m’étais concentré sur le verre à moitié plein, je me focalise ici sur le verre aux trois quarts vide. A force de diluer les Pixies dans des litres de soupe, le principe actif a quasiment disparu de la formule sur Beneath the Eyrie. C’est pas grave, l’effet est psychologique, et du moment que c’est marqué sur la boite cela agira sur une bonne frange du public nostalgique. Le comble étant que ce même public n’a jamais porté une oreille sur la discographie solo de Frank Black, pourtant bien souvent supérieure à cette dernière production, qu’on placerait entre Honeycomb et Bluefinger. 

 

 

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Ezra FURMAN - Twelve Nudes 

 

La discographie d’Ezra Furman, en groupe ou en solo, est déjà importante (une dizaine de disques depuis 2007), mais c’est avec ce Twelve Nudes que je le découvre, une des rares découvertes enthousiasmantes de 2019 d’ailleurs. Rien de tel que cet album direct et sans complexes pour retrouver le brin de folie aujourd’hui disparu chez nos ex-idoles ci-dessus amicalement égratignées. Ezra Furman et sa bande prennent un malin plaisir à dénaturer à coup de chant éraillé et de guitares abrasives tout un pan du rock allant de la ballade folk au punk hardcore, en passant par du rock n’roll débridé ou du garage évoquant la bonne époque des débuts de Ty Segall. Tout ceci est fait avec un talent qui dénote une très solide culture musicale derrière des brulots volontairement caricaturaux, mais c’est finalement dans les power-pop qu’on trouve les sommets de Twelve Nudes, avec les titres « Thermometer »  et « My Teeth Hurt » aux mélodies imparables. Une réjouissante surprise qui rappelle celle de la sortie du premier Clap Your Hands Say Yeah, et qui donne envie de découvrir le reste de la discographie de l’américain (mais en aura-t-on le temps ?) ou, encore mieux, de le voir sur scène. 

 

 

 

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L7 - Scatter the Rats

 

On l’a vu à de nombreuses reprises (notamment dans la rubrique Tape Story), 20 ans correspondent à un cycle qui en musique voit le retour de modes, de styles, de groupes ravivant la nostalgie de quarantenaires endormis. Parmi ces retours aux affaires pas toujours judicieux, celui de L7 (surtout avec le come-back de Jennifer Finch) ne pouvait que ravir votre serviteur, qui a souvent étalé son admiration pour ces nanas rebelles en ces pages. Hélas, l’accumulation de titres aux riffs gras et pesants ne parvient pas à faire décoller ce Scatter the Rats au niveau des brulots de jeunesse du virulent quatuor, à l’exception d’un « Stadium West » relevé ravivant les flammes de Bricks are Heavy. Certes rien n’est vraiment raté sur ce disque qui tient aisément le rang par rapport à leurs dernières productions (il y a 20 ans, donc), notamment avec un dernier tiers plus varié qui voit même le groupe proposer un titres quasi pop rafraichissant (« Holding Pattern »), mais Scatter the Rats reste d’un intérêt limité. Si au moins leurs tournées de reformation s’arrêtaient près de Lyon, que je puisse voir enfin les rageuses disperser les Rats à coup de bottes cloutées et de décharges saturées…

 

 

 

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SAVAGE MANSION - Revision Ballads

 

Bon, c’est vrai que Savage Mansion s’inspire fortement de Parquet Courts, dans la nonchalance (« No Flags ») comme dans le rock garage débridé, frisant le plagiat par moments (« Honeymoon »). Mais ce n’est pas pour me déplaire, alors que le passage à la maturité du groupe d’Andrew Savage m’a un peu laissé de côté malgré sa qualité. Autre imitation réussie (et Malkmus sait que beaucoup s’y sont cassé les dents), celle des ancêtres de ce rock déjanté et faussement brouillon, Pavement (« Three and a Half Thousand Cheetahs », « Uncomfortable Slumber »), avec chant approximatif et mélodies entêtantes de rigueur. Bref, Revision Ballads compense largement son manque de personnalité par des compos inspirées qui donnent envie d’y revenir.

 

 

 

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Iggy POP - Free

 

Iggy Pop ose tout, ce qui est  plutôt honorable. Iggy Pop est libre, il le clame haut et fort, et personne ne lui interdira de  mettre de la trompette sur du Interpol (« Loves Missing »). Personne ne l’empêchera non plus de pondre des chansons dont la pauvreté des paroles n’a d’égale que la répétitivité musicale (« James Bond »). Iggy Pop ose danser la carioca (« Dirty Sanchez »), Iggy Pop tente de ressembler à Leonard Cohen, mais ressemble surtout à un gars qui s’est reconverti en conteur pour enfants, comme Marlène Jobert (toute la fin du disque). Iggy Pop ose tout, c’est à ça qu’on le reconnait.

 

 

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MICROWAVE - Death is a Warm Blanket

 

Les débuts acoustiques de « Leather Daddy » ne sont qu’un prélude trompeur avant une explosion noise et des hurlements primaires rappelant les agressions caractérisées subits par mes oreilles dans les années 90.  L’introduction est à l’image d’un album dont les contre-pieds sont l’un des principaux atouts, et tant pis si cela nous amène aux frontières du bon gout, ravivant l’époque des bâtards du grunge, Silverchair ou Muse en tête. La violence quasi hardcore de certains passages rachètera largement le coté emo (pour les allergiques) de compos plus mélodiques, quoique gardant toujours une base saturée  menaçante au fond de la salle.  Etant aussi amateur de Nine Inch Nails que de Sunny Day Real Estate, rien ne me rebute sur ce Death is a Warm Blanket, sauf peut-être ses deux dernières tentatives plus sages. Pour avoir une idée du bordel stylistique, une écoute du titre « The Brakeman Has Resigned » devrait suffire.