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Vous avez aimé Xavier au concert de Détroit, le seul con avec un K-Way lors d’une magnifique nuit d’été, vous adorerez le même seul con en T-Shirt sous des trombes d’eau aux Nuits de Fourvière pour le concert de Mogwai, et ce malgré un ciel uniformément gris lorsque je quittais mon appart. A ma décharge ce fut le seul moment de la soirée où il ne plut pas, mais j’avais à peine posé un pied hors du funiculaire que le déluge commença. Alors que je jetais un  œil au stand marchandising pour voir si à tout hasard il n’y avait pas de K-Way Mogwai (on a vu pire), je bénissais l’initiative des Nuits de Fourvière qui vendaient un poncho en plastique transparent à 1€. Inutile de dire qu’ils partaient comme des petits pains et que je jouais des coudes pour en acquérir un, ce qui contribua un peu à sauver ma soirée.  Celle-ci débuta par une bonne attente assis sur les gradins à moitié déserts du Théatre, un sandwich humide dans une main et dans l’autre une bière qui se remplissait de flotte au fur et à mesure que je la vidais. Avec mon flair pour ce genre de choses, j’étais venu bien en avance pile pour la soirée qui, n’ayant déjà pas fait le plein, avait dû voir une partie de son public fuir ces conditions météorologiques désastreuses. Au moins avais-je la satisfaction d’être magnifiquement placé et de ne pas être à Rock en Seine (1).

 

 

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Les quatre membres de Timber Timbre entrent en scène sous les clapotissements du public, dont une partie est venu pour eux. Voilà un groupe dont j’ai entendu parler mais que je n’ai pas eu la curiosité d’écouter (sans doute parce que les groupes qui ont un nom doublé sont tous pourris). Une bonne basse bien présente, une batterie aux sonorités très travaillées, un clavier agréable assistent un chanteur/ guitariste assez charismatique malgré un look à la Mr Kidd (le chant est clairement l’un des points forts du groupe). Les compositions m’évoquent David Bowie ou le Nick Cave crooner, avec un soupçon de Mercury Rev pour les sonorités étranges du clavier et le côté lunatique. Malgré un petit regret sur le tempo exclusivement lent des chansons, je ne m’ennuie pas car celles-ci évitent la linéarité et sont pleines de détails ou de changements d’intensité surprenants. L’ambiance mystérieuse se dégageant d’une majorité de chansons collait bien avec les silhouettes immobiles moulées dans leurs ponchos transparents, tel un public spectral figé depuis l’éternité sous un amas de toiles d’araignées géantes.  Ajoutons quelques touches d’humour du leader et j’aurai dressé là le portrait d’un agréable moment, qui m’aura donné envie d’explorer plus avant la discographie de Timber Timbre.

 

 

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Fatigué, j’avais décidé de me faire exceptionnellement un concert assis, d’autant que la musique de Mogwai s’y prête bien.  Je ne bouge donc pas de ma place lorsque les deux roadies écossais qu’on croirait sortis d’un épisode des Simpson s’activent sur scène et testent très bruyamment les instruments installés. Si la perspective d’écouter le médiocre Rave Tapes tout habillé sous la douche doit ressembler d’assez près à l’enfer pour beaucoup, fan je suis et donc bonne figure je fais alors que mes baskets se Titaniquent (2). Un curieux fan d’ailleurs, puisque je n’ai jamais bien su le nom des membres du groupe, le titre des chansons (après 2000) ou la moindre histoire sur le groupe. Si Mogwai est mon groupe favori, c’est simplement que je peux à tout moment m’écouter intérieurement les 12 minutes de « Like Herod » à la note près (3). Ainsi, bien que les mélodies des premiers morceaux me fussent familières, je fus incapable de les identifier ou de les replacer dans la discographie aujourd’hui conséquente de Mogwai. Les cinq Glaswégiens commencèrent par mettre en avant leur coté mélodique, avec trois titres sur lesquels le piano joue le premier rôle au détriment de la moindre saturation. Une bonne mise en oreille qui se terminait avec « Take me Somewhere Nice », un morceau chanté exhumé de Rock Action pour cette tournée et que j’aurai été infoutu de resituer sans internet.

 

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John Cummings, qui enfle à chaque fois que je le vois, entamait les hostilités à grands coup d’accords bien noisy sur « Master Card » avant que tout le monde ne s’y mette pour le classique « Ithica 27Ø9 » (marrant ce titre antédiluvien que le groupe persiste à jouer à chaque tournée). Mogwai met ensuite à l’honneur l’album Hardcore Will Never Die, but You Will avec le très rythmé « Mexican Grand Prix » chanté par Luke Sutherland (4), l’un des meilleurs moments du concert, ou « How to be a Werewolf », parmi mes favoris des dernières années. Nous sommes à la mi- concert et de nombreux spectateurs commencent à laisser tomber, ce qui me permet d’être debout dans les gradins pile en face du groupe, même si je me rassoirais le temps d’un « Deesh » constituant l’unique titre vraiment faible de la setlist (avec, dans une moindre mesure, le mal nommé « White Noise »). Honnêtement, ayant vu Mogwai à de nombreuses reprises, j’avais pris ma place uniquement parce qu’ils jouaient au Théatre Antique et que cela me semblait un lieu idéal pour le post rock cinématographique du groupe. Je ne m’étais pas trompé, surtout dans la position optimale où je me trouvais, même si l’effet fut bien sur un peu gâché par un ciel qui ne cessa quasiment jamais de nous pisser dessus. Autre grand moment de la soirée, un « Rumerdered » surpuissant, bien au-dessus de la version studio constituant pourtant le seul extrait enthousiasmant de Rave Tapes. De quoi me consoler d’une setlist, qui, par malchance (le groupe changeant souvent les vieux titres qu’il interprète à chaque concert), se révéla fort proche de celle entendue il y a trois ans déjà au Transbordeur. Le « We’re No Here » enchainé à « Rumerdered » constituait malgré tout un excellent final, et nous n’allons pas cracher sur le toujours merveilleux « Mogwai Fear Satan » en rappel, n’empêche qu’avec le nombre de compositions que le groupe a aujourd’hui à son actif, il y avait quand même de quoi varier un peu (j’aurai bien écouté un ou deux extraits des Revenants, et je n’ai toujours pas entendu « Batcat » en live….)

 

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Stuart Braithwaite fut une fois de plus le seul lien entre le public et le groupe, mais il tint son rôle avec amabilité tout au long du set, nous remerciant régulièrement avant de s’excuser au rappel de n’avoir pu faire cesser la pluie. Sans doute fallait-il être  un inconditionnel de Mogwai pour apprécier vraiment la soirée. J’en suis suffisamment un pour être passé outre les conditions difficiles et un concert balisé sans la folie furieuse qui -je le savais avant de prendre ma place - a déserté le groupe depuis longtemps, et avoir apprécié un moment de très bonne musique mise en valeur par un son, des éclairages et un site optimaux. Soyons sincère : outre les sommets musicaux du concert évoqués précédemment, le meilleur moment de la soirée fut celui où, débarrassé de mes vêtements trempés, je me glissais sous ma chaleureuse couette.

 

(1)    Rappelons cette soirée de triste mémoire où le festival parisien avait interrompu le concert d’Arcade Fire pour une pluie à peu près 10 fois moins drue que ce soir.

 

(2)    J’ai une pensée émue pour le vieux assis devant moi dont je compris assez rapidement qu’il était là uniquement pour accompagner sa fille….

 

(3)    C’est un exemple parmi tant d’autres, n’empêche que c’est ce morceau que je réclamerais à grand cri au rappel, sans succès malheureusement.

 

(4)    Venu comme la dernière fois prêter main forte au groupe sur une moitié des morceaux, au violon, chant ou percussions…

 

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PS à l’adresse de certains débiles profonds qui malheureusement ont peu de chance de le lire: une gentille dame était venue l’annoncer avant le concert pour ceux qui n’avaient pas assez de cerveau pour s’en douter: si le lancer de coussins était toléré pour faire plaisir aux neuneus Lyonnais avides de respecter une tradition exécutée sans réfléchir (comme 90% des traditions) même si ça fout la honte à la minorité du public passionné de musique et donc respectant les artistes, le faire lorsque lesdits coussins sont gorgés d’eau après des heures passés sous la pluie était non seulement stupide mais dangereux,  aussi  demandait-elle poliment que l’on s’abstienne pour cette fois ci. Et bien il y eu quand même bon nombre de connards s’amusant de voir d’innocents spectateurs de la fosse se prendre en plein crane et par surprise des coussins de quelques kilos lancé à toute force du haut des gradins, une poignée (la crème de la crétinerie) allant jusqu’à en projeter sur scène lors du rappel, évitant par miracle les musiciens et le matériel.  Hé les gros cons, pitié, retournez au stade de Gerland !

 

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Setlist: Heard About You Last Night - Friend of the Night - Take Me Somewhere Nice - Master Card - Ithica 27ø9 - White Noise - Mexican Grand Prix - Auto Rock - How to Be a Werewolf – Deesh – Remurdered - We're No Here // Hunted by a Freak - Mogwai Fear Satan