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J’ai rarement été aussi peu enthousiaste pour aller à un concert. Il faut dire que de nombreux indices annonçaient une soirée barbante, le seul dont j’avais connaissance avant de prendre ma place pour les Nuits de Fourvière étant l’immense déception ressentie la dernière fois que j’avais vu PJ Harvey,  pour la tournée Let England Shake (alors que j’avais beaucoup aimé le disque). Les autres indices: the Hope Six Demolition Project, album que pour résumer et ne pas spoiler un futur article je qualifierai simplement de raté, le retour négatif de Denis et Juliet ayant vu l’ex-rockeuse quelques jours auparavant au We Love Green festival, et pour couronner le tout une bonne averse au moment de rejoindre le Théâtre Antique. A vrai dire j’étais alors bien plus motivé à la perspective de revoir mon pote Fred que la belle Polly Jean.

 

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Fred, moi et nos bières nous installons dans les gradins, bien vite rejoints par Damien. D’habitude je préfère être en fosse mais vu le spectacle qui s’annonce, cela semble parfait d’être assis. Nous ne sommes pas idéalement placés, à l’extrême droite au deux tiers des gradins, mais c’est bien suffisant pour voir toute la scène, le seul truc se révélant gênant étant le bras articulé d’une camera qui passera et repassera sous notre pif pendant tout le concert (retransmis sur Arte). Assez scandaleux pour le prix qu’on a payé nos places, mais bon, on ne va pas refaire toute la litanie des plaintes concernant les Nuits de Fourvière, ca prendrait des pages et de toutes manières nous sommes venus en connaissance de cause. Tout comme bon nombre de visages familiers des concerts lyonnais, dont un Sayba tout content du dernier concert de Rank donné au Trocson, ainsi que Gary aperçu de loin et même la fille de l’accueil de l’Hôtel de la Musique. Le temps passe vite et agréablement, d’autant que la pluie s’est définitivement arrêtée, et nous interromprons à peine nos discussions pendant l’improbable première partie, Good Sad Happy Bad. Ce jeune trio guitare clavier batterie aura je pense évoqué des souvenirs à tout les spectateurs de ma génération ayant un jour tenté de monter un groupe : on croirait écouter de vieilles demos grunge exhumées de cassettes de débutants inspirés. Le début de leur set est catastrophique d’amateurisme, avant que quelques compos un peu mieux construites arrivent à nos oreilles sans pour autant expliquer la présence du groupe (au non look le plus pourri que j’ai jamais vu) en première partie d’une des plus grandes artistes actuelles sur une telle scène. Pas de quoi capter durablement notre attention, nous sommes assez dissipés mais cela n’a pas l’air de gêner grand monde….

 

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Le temps d’un aller retour au bar, et nous attendons 22h30, début officiel du concert pour la diffusion télé. A l’heure dite, l’intro martiale de « Chain of Keys » accompagne une procession de musiciens habillés de noir à la suite d’une grosse caisse marquant le lent tempo, sombre cortège se dispersant lentement sur la scène, pour une entrée en matière majestueuse et surprenante. Neuf gars - des cadors expérimentés que les connaisseurs croisent sur des productions diverses depuis des années –au service de la seule fille sur scène, une PJ Harvey en tenue violette, bottes montantes et chapeau grandiloquent. En fond de scène, deux percussionnistes surplombent la section cuivre, avec deux saxophonistes à plein temps, et un guitariste. Sur la gauche un clavier, tandis que les trois derniers musiciens, John Parish bien au centre,  changeront constamment d’instrument, cuivre, clavier, guitare ou percussion. PJ Harvey sera au chant principal, mais aussi au saxophone sur les compositions les plus récentes. Un instrument, vous le savez, que je n’affectionne pas du tout, mais qui lui sied bien mieux que la précieuse Auto Harp de la dernière fois.

 

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Il faut s’imaginer PJ Harvey à Musilac, engoncée dans sa longue robe blanche, coincée derrière son micro, ne bougeant pas d’un millimètre de tout le concert (seule une morte aurait été plus statique), pour comprendre le soulagement que je ressentais dès les premiers titres : elle est mobile, Alleluia ! Et même sacrément impliquée, ce qui avec les différents mouvements des musiciens satellites donnera au spectacle un aspect bien vivant, à défaut d’être rock. Musicalement, la technique des membres du groupe ainsi que leur nombre apporte puissance et nuances aux morceaux, d’autant plus que chacun participe si besoin au chant - il y a certains passages à 10 voix, une vraie chorale, si bien que la palette sonore potentielle du groupe est immense. Les rares titres marquants de the Hope Six Demolition Project (par exemple « The Ministry of Defence ») en sortent renforcés, les titres faiblards (comme  « The Orange Monkey ») restent sans surprise ennuyeux, mais c’est sur ses nombreux extraits passables du genre « The Community of Hope » que le concert va s’avérer grâce à cette formation bien supérieur au disque, et donc emporter mon adhésion. Les deux premiers tiers du concert vont être occupé par la quasi intégralité du dernier album de PJ Harvey pour une revisite plutôt plaisante donc, quoi qu’encore trop riche en saxophone (avec quelques solos ridicules, dont le final de « Dollar, Dollar » qui nous fera éclater de rire avec Fred). Mais aussi par l’enchainement de trois titres de Let England Shake, qui va se révéler mon passage favori du concert. Si certaines compositions dispensables de the Hope Six Demolition Project me seront apparu agréables en cette soirée, on imagine l’effet qu’on pu me produire trois extraits de son prédécesseur, parmi mes préférés en plus. Je ne comprends toujours pas pourquoi PJ Harvey ne s’était pas si bien entouré pour la tournée de ce superbe album, au lieu d’un trio minimaliste obligé de sampler dans l’ombre la plupart des arrangements, car ici ce sera tout simplement magnifique.

 

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 « The Ministry of Social Affairs » achève cette séquence récente, encore un de ces morceaux gonflants sur le disque qui prennent une toute autre ampleur sur scène. Damien avancera une comparaison osée, qualifiant PJ Harvey de Bowie au féminin, mais la mise en scène de cette soirée et des titres comme celui-ci la rendent plutôt pertinente. La suite du concert va être consacrée à des titres plus anciens, l’album le plus représenté étant to Bring you My Love, ce qui n’est pas illogique vu son dépouillement général (par opposition par exemple à mon favori  Stories From The City, Stories From The Sea qui ne sera pas évoqué ce soir). La différence se situe dans la tension palpable sur ces morceaux, notamment un terrible « to Bring you My Love » qui nous rappellera aussi combien PJ Harvey est une chanteuse exceptionnelle. Elle nous aura auparavant gratifiés d’un « 50ft Queenie », passage le plus rock d’un set maitrisé à la perfection (très ou trop professionnel, suivant les points de vue), et du lénifiant tube « Down by the Water » qui me donnera l’occasion de m’absenter brièvement (j’eus été une fille que j’aurai loupé la fin du concert). Le groupe repart comme il était arrivé, façon procession gospel, terminant quasiment à capella un « River Anacostia » pourtant bien fade à l’origine, mais qui avec cette mise en scène se révèle fort pertinent.

 

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Le rappel constitué de deux morceaux anciens, dont le très joli « A Perfect Day Elise » en final, nous semble court, on aurait bien repris deux ou trois titres supplémentaires, preuve que cette heure et demi en compagnie de PJ Harvey fut des plus plaisantes. Aucun de nous n’est véritablement emballé, mais on a tous passé un bon moment, Damien regrettant quand même un coté très pro et du coup un peu trop lisse à son gout, tandis que Fred s’est parfois cru devant une comédie musicale américaine des années 50, style Frank Sinatra. Nous prenons un moment pour boire une bière avec Angélique, à qui j’ai vendu une place que j’avais en trop. Fan ultime de PJ Harvey (elle l’a déjà vu à deux festivals cette année, et a fait l’aller-retour Paris Lyon pour cette date), c’est aussi une acharnée des concerts (bien plus que je ne l’ai jamais été), et nous partageons de nombreuses anecdotes de lives et de festivals. Anecdotes fort sympathiques, mais pas autant que celle de Fred en pseudo journaliste bourré investissant des backstage pour picoler à l’œil, qui clôturerons alors que nous rentrons chez nous à pied cette belle soirée à la saveur inattendue.

 

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Setlist: Chain of Keys - The Ministry of Defence - The Community of Hope - The Orange Monkey - A Line in the Sand - Let England Shake - The Words That Maketh Murder - The Glorious Land - Medicinals - When Under Ether - Dollar, Dollar - The Wheel - The Ministry of Social Affairs - 50ft Queenie - Down by the Water - To Bring You My Love - River Anacostia // Working for the Man - A Perfect Day Elise